|
Le film de Patricia
Mazuy nous plonge dans l'intimité du Grand Siècle à travers les
destins croisés de deux jeunes filles de l'aristocratie.
Avec
Isabelle Huppert dans le rôle de la Maintenon et Jean-Pierre Kalfon,
plus vrai que nature en Louis XIV vieillissant.
|
|
Saint-Cyr
Nous sommes au milieu du règne de
Louis XIV et Madame de Maintenon, l'épouse secrète du roi, accueille
ses premières élèves dans l'institution qu'elle destine aux jeunes
filles de la noblesse pauvre du royaume.
Le ton est donné
dès les premières images. La campagne respire la pauvreté et les
austères bâtiments que l'architecte Mansard a édifiés au milieu des
marais, à Saint-Cyr, à deux pas du château de Versailles, suintent
l'humidité et la fièvre.
Les jeunes filles, à leur arrivée,
parlent le patois de leur province et Madame de Maintenon (on dit
simplement Madame) s'applique à leur faire apprendre la belle langue
française que l'on parle à la Cour et qu'elle-même maîtrise à la
perfection.
Ses méthodes pédagogiques débouchent sur un franc
succès. C'est ainsi que les jeunes filles interprétent avec éclat et
émotion une nouvelle pièce de Racine, Esther, devant le Roi
et un cercle choisi de courtisans.
Un avenir brillant s'ouvre
devant elles. Mais c'est sans compter avec la bigoterie dévorante de
la marquise de Maintenon.
Nous n'en dirons pas plus pour
laisser intacts le plaisir de la découverte et l'émotion devant les
destins croisés de deux élèves liées par une profonde amitié et
cruellement séparées par le destin.
Plongée dans
l'Histoire
Saint-Cyr nous plonge sans tapage ni
artifices dans l'intimité du Grand Siècle, évoquant par touches ses
guerres et ses splendeurs, son art de vivre et ses misères.
Tout sonne juste dans les paysages, les costumes, les
personnages et les voix. A cent lieues du film de cape et d'épée et
des décors hollywoodiens à la Vatel.
L'Histoire sert
de toile de fond au drame personnel de deux héroïnes étouffées par
les sautes d'humeur de leur éducatrice.
Les faits sont assez
bien connus du public français depuis la parution des mémoires
apocryphes de Madame de Maintenon, sous la plume de Françoise
Chandernagor («L'Allée du roi»).
Françoise d'Aubigné
naît dans la prison de Niort le 27 novembre 1635, soit trois ans
avant la naissance du futur Louis XIV.
Misérable et
réprouvée, elle est la petite-fille du poète et homme de guerre
protestant Agrippa d'Aubigné.
Françoise devient l'épouse du
poète satirique Scarron, infirme et valétudinaire, qui a le mérite
de l'initier à la vie mondaine et de développer ses aptitudes à la
conversation de salon.
Elle va dès lors suivre un
destin exceptionnel, devenant en 1669 la préceptrice des bâtards
royaux nés de la marquise de Montespan. Cinq
ans plus tard, en récompense de ses services, Françoise d'Aubigné
est faite marquise de Maintenon (petite ville entre Chartres et
Versailles).
Louis XV apprécie sa conversation et sans doute
aussi ses charmes féminins. Après la disgrâce de la Montespan et la
mort de la reine Marie-Thérèse, l'enfant de la prison de Niort
devient l'épouse morganatique du roi (sans droit à la succession)
par un mariage resté secret.
Louis XIV approche alors de la
cinquantaine et les grandes années de son règne sont derrière lui.
Il s'apprête à révoquer l'Edit de tolérance de Nantes sous la
pression de l'opinion populaire et, sous l'impulsion du belliqueux
Louvois, il va s'engager dans des guerres risquées et cruelles qui
vont gravement ternir les dernières décennies de son
règne.
C'est en 1686, l'année qui suit la révocation de
l'Edit de Nantes, que Madame de Maintenon fonde l'institution de
Saint-Cyr pour éduquer les jeunes filles de la noblesse pauvre et
forger l'élite de l'avenir.
Très vite, sa piété catholique et
ses bons sentiments vont virer à la bigoterie. Et usant de son
influence sur le Roi vieillissant, elle va mettre un terme aux
grandes fêtes et à l'atmosphère joyeuse qui ont fait les beaux jours
de Versailles.
Tout cela est parfaitement ressenti à travers
le film de Patricia Mazuy. A voir en famille (commentaire spontané
de ma fille, 11 ans, à la fin de la séance: «Le film est trop
bien»).
André Larané
|
|