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Le nouveau film de
Roland Joffé, avec Gérard Depardieu dans le rôle-titre, montre une
fête à la Cour du Roi-Soleil.
Un spectacle plein de
paillettes et de feux d'artifice... auquel il ne manque qu'une
histoire.
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Vatel
Deux heures d'un grand spectacle
baroque, avec feux d'artifices, ballets nautiques, pièces montées et
victuailles à satiété. Ainsi se résume le film de Roland
Joffé.
Il relate les trois jours de fêtes que donna le prince
de Condé en avril 1671, en son château de Chantilly, en l'honneur du
roi Louis XIV, son cousin.
D'intrigue, point, sauf les émois
amoureux d'une gentille duchesse sur laquelle le Roi-Soleil daigne
abaisser le regard le temps d'une soirée.
Il est vrai que le
personnage qui a donné son nom au film ne prête pas à rêver.
François Vatel,
contrôleur général de la Bouche de Monsieur le Prince, n'a
rien à voir avec le d'Artagnan d'Alexandre Dumas ou le Lagardère de
Paul Féval.
Ses tourments professionnels et son suicide sont
passés à la postérité par la grâce de la marquise de Sévigné qui les
relata dans deux lettres
célèbres.
Sauf une intrigue sentimentale autour de la
duchesse précitée, le scénario ne s'écarte guère du bref récit de
Madame de Sévigné.
Les personnages et les allusions au
contexte historique paraissent en tout point conformes aux
enseignements des historiens.
L'Histoire dans le film
Le prince de Condé s'est illustré très jeune à la
bataille de Rocroi (1643).
Maladroit, il se met plus tard à la tête de la Fronde des
Princes et trahit le roi et son pays.
C'est seulement en
1667 que Louis XIV lui rend le commandement d'une armée en vue de la
conquête de la Franche-Comté. L'affaire se solde par le traité
d'Aix-la-Chapelle, l'année suivant. Le Roi-Soleil est alors au
sommet de sa gloire et de sa puissance et il prend goût aux grandes
fêtes. Versailles devient le miroir de sa gloire.
Couvert de
dettes et tourmenté par la goutte, Monsieur le Prince, âgé
de 50 ans, ne quitte plus guère Chantilly quand son jeune cousin (32
ans) lui fait part de son intention de lui rendre visite le jeudi 23
avril 1671. C'est l'occasion de faire taire les créanciers en leur
donnant à croire à de futures faveurs royales et le prince ne
regarde pas à la dépense.
Le film évoque ces préoccupations
ainsi que la guerre prochaine contre la Hollande qui débouchera sur
la glorieuse paix de Nimègue, en 1678, mais entraînera aussi un
éveil des nationalismes en Angleterre et sur les bords du Rhin, en
opposition à l'hégémonisme français.
Il donne à voir le
ministre Colbert, plus soucieux de paix que de gloire militaire; la
reine Marie-Thérèse, infante espagnole effacée et résignée; Mme de
Montespan, maîtresse royale inquiète de son pouvoir;
Monsieur, frère du roi et homosexuel notoire (était-il
aussi pédophile et amateur de petits garçons?); et aussi l'intrigant
marquis de Lauzun, qui obtiendra du roi le titre de
duc.
Oubliée, hélas, la marquise de Sévigné. Oubliés aussi
l'art de la conversation et la danse, que pratiquaient si bien Louis
XIV et ses courtisans. D'une manière générale, les courtisans
paraissent à l'écran aussi passifs que nous-mêmes devant la Grande
Parade de Disneyland.
Les amoureux de l'Histoire et du vrai
cinéma préféreront comme nous Saint-Cyr,
l'autre film de l'année consacré au Grand Siècle.
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