Disparition
de Patrice Lumumba
Le 17 janvier 1961, un avion se pose à Elizabethville, capitale de la province du
Katanga, au sud du Congo ex-belge.
A son bord, un prisonnier, Patrice Lumumba (35 ans). Cet ancien
employé des postes a été nommé Premier ministre du Congo lorsque celui-ci est devenu
indépendant, le 30 juin 1960.
On ne le reverra plus vivant. Il sera assassiné avec deux de ses compagnons.
La mort brutale du dictateur Kabila, quarante ans plus tard (16 janvier 2001), montre que
le Congo n'arrive toujours pas à trouver son équilibre.
Un mirage désespérant
Le Congo, aujourd'hui aussi peuplé que la France et quatre fois plus vaste, bénéficie
de ressources naturelles exceptionnelles, avec des terres fertiles et des pluies
abondantes ainsi qu'un sous-sol truffé de diamants, d'or, de cuivre, de cobalt etc.
C'est un véritable «scandale géologique» de l'avis des experts. Mais ses
habitants sont parmi les plus démunis de la terre et l'Histoire
n'a pas été bienveillante pour ce très ancien pays.
Lorsqu'en 1958, la France décide de donner l'indépendance à ses colonies africaines,
des manifestants réclament la même chose à Léopoldville, capitale du Congo belge
(aujourd'hui Kinshasa).
Les Belges ne se font pas prier et accèdent à leur demande sans ménager de transition.
Patrice Lumumba devient chef du gouvernement et son rival Joseph Kasavubu, président de
la République.
Le climat se dégrade très vite en raison du manque d'élites et des dissensions entre
les populations de cet immense pays.
Dans la rue, les soldats s'en prennent à leurs officiers européens et aux colons. C'est
le début des désordres. Ils feront au total quelques 500.000 victimes chez les Congolais
et les Européens.
Dans la province du Katanga, où se situent les mines de cuivre et de cobalt qui font la
fortune du pays, Moïse Tshombé fait sécession avec le soutien actif de la compagnie qui
exploite le cuivre et avec l'appui de mercenaires européens.
Patrice Lumumba plaide pour un Etat centralisé, contre la volonté de la plupart des
Congolais.
Il en appelle à l'ONU, qui envoie des «Casques bleus». Mais ceux-ci se gardent
(déjà) de s'immiscer dans les troubles intérieurs.
En désespoir de cause, le Premier ministre se tourne vers les capitales européennes,
sans oublier Moscou. L'URSS bénéficie d'un préjugé très favorable dans les élites du
tiers-monde comme d'ailleurs chez les intellectuels européens.
Cet activisme de Lumumba gêne ses partenaires et rivaux. C'est ainsi que le président
Kasavubu révoque Lumumba. Il le fait arrêter et le livre à Tshombé.
Le gouvernement belge et la CIA étatsunienne sont très vite suspectés d'avoir trempé
dans l'élimination du leader congolais, jugé trop «progressiste», trop
véhément, trop conciliant aussi avec l'Union soviétique.
De nombreuses séditions éclatent dans le pays à l'initiative des nostalgiques de
Lumumba, avec le soutien des Soviétiques et des Cubains, y compris même le
révolutionnaire castriste Che Guevara. Le futur dictateur Kabila est de la
partie.
Pour tenter de faire face au désordre croissant, Kasavubu fait appel au colonel Joseph
Mobutu et à son armée.
De difficiles négociations s'ensuivent avec le Katanga, au cours desquelles le
secrétaire général de l'ONU, le norvégien Dag Hammarskjöld, trouve la mort dans un
bizarre accident d'avion.
Tshombé rend enfin les armes, met fin à la sécession et se rapproche de son ancien
ennemi, le président Kasavubu. Mais l'un et l'autre sont bientôt exclus du
pouvoir.
Le 24 novembre 1965, Mobutu devient chef de l'Etat. C'est la fin de la première guerre
civile et le début d'une longue dictature.
Elle durera jusqu'en 1997. Mobutu, vieilli et malade, est alors chassé par des
envahisseurs venus des pays voisins, le Rwanda, l'Ouganda, le Zimbabwe et l'Angola.
Les nouveaux-venus installent le nullissime Kabila à la tête de l'Etat ou du moins de ce
qu'il en reste après le partage des principales provinces minières, le Kivu, le Shaba
(ex-Katanga) etc.