26 février 1885

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Les deux soeurs à la terrasse (détail), par Pierre-Auguste Renoir (France 1841-1919)
Ce jour-là...

Partage de l'Afrique noire

Le 26 février 1885 prend fin la conférence de Berlin sur le partage de l'Afrique noire.

Le chancelier allemand Otto von Bismarck a convié les représentants des États-Unis et de treize pays européens à se répartir les dernières terres qui échappent à la mainmise occidentale.

En trois mois, la conférence a permis de fixer les règles qui doivent présider à l'occupation du continent africain.

Elle proclame la liberté de navigation sur les grands fleuves africains, le Niger et le Congo.

Elle permet aux États européens déjà présents sur le littoral africain d'annexer l'arrière-pays correspondant. Le Portugal et l'Allemagne sont dans ce cas.

La France obtient des droits sur les vastes territoires de l'Afrique de l'ouest. Le chancelier Bismarck espère, mais à tort, que les Français se résigneront de la sorte à la perte de l'Alsace-Lorraine.

L'Angleterre se réserve la possibilité de constituer un axe continu du Caire au Cap, à la pointe sud du continent.

Le roi Léopold  II (1835-1909)Le principal bénéficiaire de la conférence de Berlin est le roi des Belges, Léopold II. Ce géant exubérant aime la bonne chère, les femmes et les très jeunes filles.

Il cultive aussi un intérêt très vif pour l'outre-mer et rêve d'imiter les Hollandais qui exploitent avec une brutalité sans égale leur colonie des Indes orientales, l'actuelle Indonésie.

C'est ainsi que Léopold II consacre sa fortune personnelle à l'exploration de l'Afrique centrale. Il finance les expéditions du célèbre journaliste anglo-américain Henri Morton Stanley dans le but d'«ouvrir à la civilisation la seule partie de notre globe où elle n'a pas encore pénétré»

Ses efforts sont récompensés par la conférence de Berlin. Celle-ci lui reconnaît la possession à titre privé d'un vaste territoire au cœur de l'Afrique noire, qui sera baptisé «État indépendant du Congo»!

Léopold II promet aux grandes puissances que le territoire sera ouvert à leur commerce. Lui-même va s'efforcer de tirer de sa colonie un maximum de ressources en instituant le travail forcé.

A sa mort, il lèguera le Congo à la Belgique mais celle-ci ne l'acceptera qu'à son corps défendant. 

Malgré son importance pour le continent africain, la conférence de Berlin ne suscite qu'indifférence en Europe. L'opinion publique se désintéresse dans son immense majorité des conquêtes coloniales.

Celles-ci sont le fait de quelques militaires, philanthropes et aventuriers qui ont réussi à convertir à leurs vues des responsables politiques comme le républicain français Jules Ferry, le conservateur britannique Benjamin Disraeli ou le roi des Belges, Léopold II.

Histoire du Congo


Le royaume africain du Congo était déjà connu des Portugais au temps des Grandes Découvertes, il y a 500 ans, et son roi s'était volontairement converti au catholicisme.

Mais les marchands d'esclaves occidentaux ne tardent pas à détruire cet embryon d'Etat africain. 

A la fin du XIXe siècle, les dirigeants européens rivalisent de vitesse pour planter leur drapeau sur les dernières terres insoumises de la planète. 

Léopold II, le roi des Belges, réunit une Conférence de géographie à Bruxelles, le 12 février 1876, pour débattre des dernières terres inexplorées d'Afrique. 

Sur la rive nord du fleuve Congo, l'Italien Savorgnan de Brazza reçoit au nom de la France la soumission de quelques chefs de tribu.

Mais l'aventurier britannique John Stanley prend derechef possession de la rive opposée au nom de son commanditaire, Léopold II.

Les Belges (comme d'ailleurs les citoyens ordinaires du reste de l'Europe) n'ayant aucun goût pour les aventures coloniales, c'est en son nom personnel et avec sa fortune que le roi mène la conquête du Congo.

Le roi des Belges, qui aurait préféré acquérir une colonie dans les terres à épices de l'océan Indien, ne mettra jamais les pieds au Congo mais fait contre mauvaise fortune bon cœur. Il affiche des intentions philanthropiques comme de mettre fin à la traite des noirs par les marchands arabes.

Ce trafic vieux d'un millénaire a occasionné l'envoi de plusieurs millions d'esclaves vers le Moyen Orient. Il est principalement organisé à partir du sultanat de Zanzibar, une île située au large de l'Afrique orientale (Tanzanie actuelle).

Léopold II Il veut surtout rentabiliser sa conquête et lui permettre de s'autofinancer. Ses hommes de main entament l'exploitation des ressources locales par des méthodes proprement inhumaines.

Ils soumettent les indigènes à des corvées pour développer notamment l'exploitation du caoutchouc ou collecter l'ivoire. Les réfractaires sont exterminés en masse ou ont les mains tranchées.

En 1908, à contrecoeur, le gouvernement belge reçoit le Congo en cadeau du roi. Il en poursuit la mise en valeur, sans toutefois se soucier de former et d'éduquer les habitants. Il lui octroiera l'indépendance de façon hâtive et désastreuse le 30 juin 1960.

Bibliographie


On peut lire sur la tragédie du Congo: Les fantômes du roi Léopold (Belfond). Terrifiant. Sur la colonisation du continent africain, rien ne vaut Le partage de l'Afrique, 1880-1914, par Henri Wesseling (Denoël).

 

Mise à jour le 24 février 2003