30 janvier 1948

Voir le jour précédentavant  aprèsVoir le jour suivant
Pour Vava, par Marc Chagall (1955)
Ce jour-là...

Les Indes anglaises

Assassinat de Gandhi

Le 30 janvier 1948, le Mahatma Gandhi est assassiné par un fanatique hindou qui lui reproche sa complaisance pour les musulmans.

Né 78 ans plus tôt, dans le Gudjerat, au nord-ouest de l'Empire des Indes, Mohandas K. Gandhi fait des études d'avocat à Londres puis, trop timide pour plaider en Inde, il part en Afrique du Sud.

Affecté par des vexations racistes de la part des Blancs, comme de devoir descendre d'un compartiment de train de première classe, il s'érige en défenseur des immigrants indiens et forge une doctrine originale fondée sur la non-violence, la maîtrise de soi et le respect de la vérité (la «satyagraha»).

De retour en Inde en 1915, avec une solide réputation d'ascète et de héros, il prend la tête du parti du Congrès. Le grand poète indien Tagore le surnomme Mahatma, d'après un mot hindi qui veut dire «Grande âme».

Gandhi mène dès lors la lutte pour l'autonomie du pays puis pour son indépendance tout en prônant l'autosuffisance économique, le retour aux techniques traditionnelle, mais aussi l'émancipation des Intouchables (les hors-castes de l'hindouisme) et des femmes.

 < Gandhi au rouet >Le Mahatma donne l'exemple de l'ascétisme en pratiquant la chasteté dans son ashram des environs d'Ahmedabad, au nord-ouest du pays, et en tissant le coton sur son rouet pour subvenir à ses besoins et fabriquer ses propres vêtements.

Dans les années 1930, il recommande aux peuples persécutés par les nazis, les fascistes, les communistes ou les nationalistes japonais d'appliquer la non-violence qui lui a si bien réussi... sans trop bien percevoir la différence de nature entre l'Etat de droit anglo-saxon et les tyrannies totalitaires.

Son combat aboutira après la deuxième guerre mondiale à l'indépendance de l'Inde (15 août 1947) mais aussi à sa scission d'avec le Pakistan et à une atroce guerre religieuse qui lui coûtera la vie.

Les Indes anglaises, bref rappel

L'hégémonie anglaise sur le sous-continent indien remonte au milieu du XVIIIe siècle.

Profitant du déclin de l'empire moghol établi à Delhi... et de l'éviction de leurs rivaux français conduits par Dupleix, des marchands anglais réunis au sein de la Compagnie des Indes orientales avaient peu à peu fait subjugué les États de la péninsule et soumis les princes hindous.

En 1867, la reine Victoria avait reçu de son Premier ministre Benjamin Disraëli le titre d'impératrice des Indes. Dès lors, le gouvernement de Londres allait remplacer officiellement la Compagnie dans la gestion de l'immense sous-continent.

Usant habilement des rivalités entre princes, castes et religions, les Anglais allaient réussir à maintenir l'Inde dans une paix relative pendant près de 80 ans tout en maintenant sur place une présence dérisoire. A peine quelques 7.000 Européens.

Curiosités linguistiques

Le mot Mahatma («Grande âme») appartient à la langue hindie, majoritaire au nord de l'Inde. On peut reconnaître dans cette expression les mêmes racines que dans les mots latins major («grand») et anima («âme»). De la même façon, le mot Maharadjah («Grand roi») a les mêmes racines que les mots latins major et rex («roi»).

Grâce à des observations de cette sorte, les linguistes du début du XIXe siècle ont mis en évidence une parenté commune entre les Européens et les habitants du nord de l'Inde.

Gordon Childe, un grand préhistorien britannique du début du XXe siècle, a pensé que les uns et les autres descendaient de tribus originaires des pays du Don et de la Volga, en Russie.

Ces tribus parlaient à l'origine la même langue. Elles auraient migré, 4000 ans avant JC, qui vers l'Europe, qui vers la Perse et l'Inde.

Les découvertes archéologiques les plus récentes donnent à croire qu'elles seraient en fait originaires d'Anatolie (la Turquie d'Asie) et auraient migré à partir du... VIIIe millénaire avant JC.

Faute de mieux, ces populations (Indiens, Perses, Grecs, Romains, Celtes, Germains et Slaves) sont qualifiées d'Indo-Européens ou d'Indo-Germains par les linguistes.

Max Müller propose pour sa part le terme d'Aryens, d'après l'appellation «ârya» que se sont données celles qui ont migré vers le Pendjab et l'Inde. Ce mot signifie noble.

Le Français Arthur de Gobineau exalte pour la première fois en 1853 la prétendue supériorité raciale des Aryens dans son Essai sur l'inégalité des races humaines.

Dans cet ouvrage appelé à une grande célébrité, l'auteur déplore les conséquences du métissage irréversible des populations.

On sait comment les nazis ont dévoyé ces théories savantes pour tenter de démontrer la supériorité de leur race.

 

Mise à jour le 24 février 2003