La fin
tragique de Giordano Bruno
Le 17 février 1600, le philosophe Giordano Bruno est
brûlé vif à Rome, sur le Campo des Fiori, après avoir passé huit ans dans
les geôles de l'Inquisition.
Avant de le faire mourir, ses bourreaux ont soin de lui arracher la langue pour
l'empêcher de proférer des "paroles affreuses".
La condamnation du philosophe comme hérétique sur ordre du pape Clément VIII met le
terme à une vie de pérégrinations, de disputes et de tourments.
Né en 1548 à Nola, près de Naples, Giordano Bruno entre chez les Dominicains puis
s'initie, à Genève, à la doctrine de Jean Calvin. Il enseigne ensuite la théologie à
Toulouse puis à Paris.
Doué d'une mémoire prodigieuse qui lui permet, dit-on, de réciter 7000 passages de la
Bible ou encore 1000 poèmes d'Ovide, le philosophe est volontiers reçu chez les princes
d'Europe où il donne libre cours à son penchant pour la libre discussion.
Sensible aux découvertes de l'astronome Nicolas Copernic,
publiées en 1543, Giordano Bruno imagine un univers infini dont Dieu serait l'âme.
Il conçoit une pluralité de mondes analogues au nôtre dans un univers qui n'aurait pas
été créé mais aurait existé de toute éternité. Cette philosophie panthéiste
inspirera Spinoza au siècle suivant... En attendant, elle s'oppose de front à la
théologie chrétienne.
Giordano Bruno publie ses idées en 1584, en italien et en latin, dans un ouvrage
intitulé: "De l'infini, de l'univers et des mondes". Mais il ne se
contente pas de mal penser et mal écrire. D'une humeur combative et enclin à la dispute,
il se met à dos la plupart des théologiens et des penseurs de son temps.
La condamnation du philosophe est représentative de l'intolérance et des excès
idéologiques, dans le camp catholique comme dans le camp réformé, à l'époque des
guerres de religion et à la fin de la Renaissance.
En 1553, le médecin Michel Servet a subi le même sort que Giordano Bruno, à Genève, à
l'initiative de Calvin. En 1633, Galilée sera jugé comme Giordano Bruno mais il se
rétractera et échappera ainsi au bûcher.
NB: "Le tour de France par deux enfants", le livre de lecture le plus
célèbre de l'école laïque, a été signé du pseudonyme G. Bruno en hommage au
philosophe martyr.