Mendeleïev
met de l'ordre dans la chimie
Avec l'aimable collaboration
de Christian Guyard
Les murs de nos établissements scolaires et de nos
laboratoires sont tous ornés d'un tableau abscons intitulé «classification
périodique des éléments».
On doit cette représentation des constituants de la matière à un chimiste
russe de 35 ans, né à Tobolsk, en Sibérie, Dimitri Ivanovitch Mendeleïev.
Faute de disposer d'un bon manuel, ce professeur renommé de l'université de
Saint-Pétersbourg rédige lui-même un ouvrage en deux volumes sur les «Principes de
la chimie».
Ce travail l'amène à réfléchir sur la manière d'ordonner les 63 éléments chimiques
déjà connus comme l'hydrogène, l'oxygène, le fer, le carbone,...
En classant ces éléments d'après le poids de leur atome, il observe que leurs
propriétés chimiques se répètent à intervalles réguliers.
C'est ainsi que le 6 mars 1869, il présente devant la Société chimique russe un projet
de classification périodique à lignes et à colonnes, où tous les éléments
d'une même colonne affichent des propriétés comparables.
Deux ans plus tard, il améliore le tableau en prévoyant des cases vides pour des
éléments encore inconnus.
La célébrité lui vient en 1875, lorsque le chimiste Paul-Emile Lecoq de Boisbaudran
ayant découvert un nouvel élément, le gallium, celui-ci trouve exactement sa
place dans le tableau.
En 1913, lord Rutherford explique la répétition périodique des propriétés des
éléments par le nombre d'électrons qui gravitent à la périphérie de l'atome.
Une ligne du tableau correspond au remplissage d’une
couche périphérique. A l'extrémité de la ligne, on trouve les gaz rares, avec une
couche saturée en électrons. On fait alors un «retour
chariot» et l'on passe à la ligne suivante avec une
nouvelle couche d'électrons.
Les travaux de Mendeleïev témoignent de l'essor de la
science et des techniques au milieu du XIXe siècle, y compris en Russie, où la culture
s'épanouit sous le règne du meilleur tsar qu'aient jamais eu les Russes, Alexandre II.
Rien qu'en 1869, les Occidentaux peuvent assister à
l'invention de la «houille blanche»
(l'électricité produite par les chutes d'eau) ainsi qu'à l'inauguration du canal de Suez et, aux États-Unis, du premier chemin de fer
transcontinental.
Dix ans plus tard, la montée des nationalismes et des
intolérances commenceront de mettre à mal la foi des Européens dans le progrès.