Prise de Nankin par les Taiping

 
Le 19 mars 1853, une troupe de «rebelles aux cheveux longs» s'empare de Nankin, la prestigieuse capitale de la Chine du sud, sur le fleuve Yang Tsé Kiang.

Ces hommes rejettent le port de la natte imposé par les empereurs de la dynastie Tsin.

Ils veulent porter à la tête du pays une dynastie chinoise au lieu de ces empereurs originaires des confins barbares de Mandchourie.

Par la même occasion, ils veulent instaurer en Chine une société plus juste et plus égalitaire, fondée sur un partage des terres, l'émancipation des femmes,...

Ils prônent la renonciation à la polygamie, à l'esclavage ou encore à la vieille coutume de bander les pieds des Chinoises.

Les rebelles appartiennent à la secte T'ai P'ing, ou secte de la Grande pureté. Ils sont guidés par une personnalité étrange autant que puissante, Hung Xiuquan.

Ce fils de paysan du Kwangsi, une province arriérée et montagneuse de l'ouest de Canton, a échoué aux examens pour devenir mandarin (énarque en quelque sorte).

Il s'est consolé en entrant dans une secte protestante et en tirant de la Bible la conviction qu'il est... le frère de Jésus Christ.

Il échafaude un curieux synchrétisme du christianisme et de la doctrine traditionnelle de Confucius, promettant à ses disciples l'avènement d'un «Royaume céleste de la Grande Paix» destiné à durer mille ans.

Après la prise de Nankin, devenue capitale provisoire de leur royaume, les T'ai P'ing s'immiscent dans toutes les provinces de l'Empire du Milieu (ainsi se dénomme la Chine) et font vaciller le trône de l'empereur. Ils occupent jusqu'à 600 villes et menacent même Pékin, où réside l'empereur.

On pourrait s'attendre à l'émergence d'une nouvelle dynastie conformément à une vieille tradition de l'Histoire chinoise. Mais c'est compter sans les Occidentaux.

Inquiets pour la bonne marche de leurs affaires et menacés par les T'ai P'ing jusque dans leur centre d'affaires de Shanghai, ils vont apporter leur appui logistique à l'empereur mandchou en échange de concessions multiples... et avec quelques arguments frappants (mise à sac du Palais d'Eté de Pékin).

En 1860, l'armée impériale est placée sous le commandement d'un jeune Anglais de 27 ans, Charles Gordon.

Ne disposant que d'un armement traditionnel, conduits par des chefs incompétents et divisés entre eux, qui n'hésitent pas à s'entretuer, les T'ai P'ing cèdent peu à peu du terrain.

Le 19 juillet 1864, Nankin est reprise par l'armée impériale. Les rebelles sont massacrés tandis que leur chef se suicide... en avalant de l'or.

100.000 rebelles sont passés au fil de l'épée. Au total, la révolte aura fait environ 20 millions de victimes, sur une population totale de plus de 300 millions d'âmes, sans réussir à rénover l'empire.

Les vieux chefs de la Chine actuelle craignent de voir dans les manifestations de la secte Falun Gong une réédition de la rébellion des T'ai P'ing.

 

Mise à jour le 23 février 2003