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Coup d'État de Louis-Napoléon Bonaparte
En
1851, le neveu de Napoléon le Grand choisit le 2 décembre, anniversaire
du sacre de son oncle et de la bataille d'Austerlitz, pour conduire
le coup d'État qui lui permettra de passer du statut de prince-président
à celui d'Empereur des Français.
C'est un destin extraordinaire que celui de Louis-Napoléon Bonaparte,
fils de Louis Bonaparte et de Hortense de Beauharnais.
Né en 1808 et exilé à la chute de Napoléon 1er, il est éduqué
par un ancien révolutionnaire, Le Bas. En 1832, après la mort
de «l'Aiglon» (le fils de Napoléon) ainsi que de ses
frères et de ses oncles, il devient le candidat des bonapartistes.
Conspirateur-né, il fréquente l'organisation secrète
de la Charbonnerie. Profitant
du regain de ferveur bonapartiste provoqué par le retour des
cendres de l'Empereur, il tente avec son ami Persigny, un aventurier
comme lui, de prendre le pouvoir par la force en 1840. Cela
lui vaut d'être condamné à la prison à vie au fort de Ham.
Il s'en échappe six ans plus tard en empruntant la tenue d'un
ouvrier du nom de Badinguet (d'où l'un des surnoms du futur
empereur).
Réfugié en Angleterre, le fringant conspirateur
séduit une demi-mondaine, miss Howard, qui met sa fortune à
sa disposition.
Survient la IIe République.
Empêché de revenir en France, Louis-Napoléon n'en est pas moins
élu député dans plusieurs départements et le 10 décembre 1848,
le suffrage universel fait de lui le premier Président de la
République française!
Face à lui, le principal candidat républicain, le général Cavaignac,
est discrédité par sa brutale répression des émeutes
ouvrières de juin 1848.
Adolphe Thiers, leader royaliste,
convainc ses collègues de soutenir Louis-Napoléon: «C'est
un crétin que l'on mènera», leur répète-t-il!
Contre l'Assemblée nationale, dominée par les royalistes et
le «parti de l'Ordre», le Prince-Président se pose habilement
en protecteur des faibles et en défenseur du suffrage universel.
La Constitution lui interdisant de se représenter aux élections
prévues en mars 1852, il prépare dans le plus grand secret un
coup d'État.
Dans la nuit du 1er au 2 décembre, les ouvriers de l'Imprimerie
nationale composent deux affiches sous la surveillance de la
police.
Au petit matin, les Parisiens découvrent sur les murs ces textes
qui annoncent la dissolution de l'Assemblée, «foyer de complots»,
le rétablissement du suffrage universel, l'état d'urgence et
la mise en place prochaine de nouvelles institutions.
Les députés républicains, au premier rang desquels Victor Hugo
et Victor Schoelcher, tentent
mais en vain de mobiliser le peuple. La plupart sont prestement
arrêtés et bannis.
Le
3 décembre, Alphonse Baudin (40 ans), député de l'Ain et médecin à Nantua,
meurt sur une barricade du faubourg Saint-Antoine en lançant
aux ouvriers goguenards: «Vous allez voir comment on meurt
pour 25 frans!» (montant de l'indemnité journalière des
parlementaires).
L'incident le plus grave a lieu sur les Grands Boulevards où
la troupe, excédée par les huées de jeunes bourgeois, des «gants
jaunes», fait feu et laisse environ 200 morts sur le pavé.
Les émeutes sont beaucoup plus graves dans la Nièvre, l'Hérault,
le Var et les Basses-Alpes où les sociétés secrètes républicaines
tardent à se rendre à la raison faute d'informations sur la
situation à Paris.
Le 20 décembre, un plébiscite approuve le coup d'État et le
14 janvier 1852, une nouvelle Constitution donne à Louis-Napoléon
des pouvoirs quasi-dictatoriaux pour dix ans.
Après une tournée de propagande en province faisant valoir que
«l'Empire, c'est la paix», il ne reste plus au Prince-Président
qu'à organiser un nouveau plébiscite le 21 novembre pour restaurer
l'Empire.
Celui-ci prend effet le... 2 décembre 1852 par un simple décret
qui énonce: «Louis-Napoléon Bonaparte est empereur des
Français sous le nom de Napoléon III»...
C'est que Napoléon 1er, après Waterloo, a abdiqué en faveur
de son fils et celui-ci aurait normalement régné sous le nom
de Napoléon II.
Au nom de la continuité dynastique, Louis-Napoléon
a donc adopté comme nom de règne Napoléon III... mais sa période
de gouvernement est désignée comme le Second Empire.
Le 30 janvier
1853, le galant laisse choir miss Howard et épouse
une jeune et belle aristocrate espagnole, Eugénie de Montijo
(26 ans).
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