2 décembre 1851

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Les deux soeurs à la terrasse (détail), par Pierre-Auguste Renoir (France 1841-1919)
Ce jour-là...

Coup d'État de Louis-Napoléon Bonaparte

Le Prince-Président Louis-Napoléon Bonaparte, photo de Félix Tournachon, dit  Nadar (BN)En 1851, le neveu de Napoléon le Grand choisit le 2 décembre, anniversaire du sacre de son oncle et de la bataille d'Austerlitz, pour conduire le coup d'État qui lui permettra de passer du statut de prince-président à celui d'Empereur des Français.

C'est un destin extraordinaire que celui de Louis-Napoléon Bonaparte, fils de Louis Bonaparte et de Hortense de Beauharnais.

Né en 1808 et exilé à la chute de Napoléon 1er, il est éduqué par un ancien révolutionnaire, Le Bas. En 1832, après la mort de «l'Aiglon» (le fils de Napoléon) ainsi que de ses frères et de ses oncles, il devient le candidat des bonapartistes.

Conspirateur-né, il fréquente l'organisation secrète de la Charbonnerie. Profitant du regain de ferveur bonapartiste provoqué par le retour des cendres de l'Empereur, il tente avec son ami Persigny, un aventurier comme lui, de prendre le pouvoir par la force en 1840. Cela lui vaut d'être condamné à la prison à vie au fort de Ham.

Il s'en échappe six ans plus tard en empruntant la tenue d'un ouvrier du nom de Badinguet (d'où l'un des surnoms du futur empereur).

Réfugié en Angleterre, le fringant conspirateur séduit une demi-mondaine, miss Howard, qui met sa fortune à sa disposition.

Survient la IIe République. Empêché de revenir en France, Louis-Napoléon n'en est pas moins élu député dans plusieurs départements et le 10 décembre 1848, le suffrage universel fait de lui le premier Président de la République française!

Face à lui, le principal candidat républicain, le général Cavaignac, est discrédité par sa brutale répression des émeutes ouvrières de juin 1848.

Adolphe Thiers, leader royaliste, convainc ses collègues de soutenir Louis-Napoléon: «C'est un crétin que l'on mènera», leur répète-t-il!

Contre l'Assemblée nationale, dominée par les royalistes et le «parti de l'Ordre», le Prince-Président se pose habilement en protecteur des faibles et en défenseur du suffrage universel.

La Constitution lui interdisant de se représenter aux élections prévues en mars 1852, il prépare dans le plus grand secret un coup d'État.

Dans la nuit du 1er au 2 décembre, les ouvriers de l'Imprimerie nationale composent deux affiches sous la surveillance de la police.

Au petit matin, les Parisiens découvrent sur les murs ces textes qui annoncent la dissolution de l'Assemblée, «foyer de complots», le rétablissement du suffrage universel, l'état d'urgence et la mise en place prochaine de nouvelles institutions.

Les députés républicains, au premier rang desquels Victor Hugo et Victor Schoelcher, tentent mais en vain de mobiliser le peuple. La plupart sont prestement arrêtés et bannis.

Le député Baudin sur la barricade (lithographie de Méjanel, BN)Le 3 décembre, Alphonse Baudin (40 ans), député de l'Ain et médecin à Nantua, meurt sur une barricade du faubourg Saint-Antoine en lançant aux ouvriers goguenards: «Vous allez voir comment on meurt pour 25 frans!» (montant de l'indemnité journalière des parlementaires).

L'incident le plus grave a lieu sur les Grands Boulevards où la troupe, excédée par les huées de jeunes bourgeois, des «gants jaunes», fait feu et laisse environ 200 morts sur le pavé.

Les émeutes sont beaucoup plus graves dans la Nièvre, l'Hérault, le Var et les Basses-Alpes où les sociétés secrètes républicaines tardent à se rendre à la raison faute d'informations sur la situation à Paris.

Le 20 décembre, un plébiscite approuve le coup d'État et le 14 janvier 1852, une nouvelle Constitution donne à Louis-Napoléon des pouvoirs quasi-dictatoriaux pour dix ans.

Après une tournée de propagande en province faisant valoir que «l'Empire, c'est la paix», il ne reste plus au Prince-Président qu'à organiser un nouveau plébiscite le 21 novembre pour restaurer l'Empire.

Celui-ci prend effet le... 2 décembre 1852 par un simple décret qui énonce: «Louis-Napoléon Bonaparte est empereur des Français sous le nom de Napoléon III»...

C'est que Napoléon 1er, après Waterloo, a abdiqué en faveur de son fils et celui-ci aurait normalement régné sous le nom de Napoléon II.

Au nom de la continuité dynastique, Louis-Napoléon a donc adopté comme nom de règne Napoléon III... mais sa période de gouvernement est désignée comme le Second Empire.

Le 30 janvier 1853, le galant laisse choir miss Howard et épouse une jeune et belle aristocrate espagnole, Eugénie de Montijo (26 ans).

 

Mise à jour le 22 février 2003