Fin tragique
de Cavelier de la Salle
Avec l'aimable collaboration
de Patrick Salin
Le 19 mars 1687, l'«inventeur» de la Lousiane,
René-Robert Cavelier de La Salle, est tué par un de ses compagnons au terme d'une ultime
expédition dans la région du Mississipi.
Arrivé au Canada en 1666, l’intrépide aventurier prend possession de la Louisiane le 9 avril 1682 au nom de Louis XIV.
Le roi lui confie plus tard la mission de fonder un établissement aux bouches du
Mississippi. La Salle quitte La Rochelle le 1e août 1684 avec quatre vaisseaux, le Joly,
une frégate de 36 canons, et trois barques de transport, la Belle, l’Aimable
et le Saint-François.
Il emmène avec lui trois cents personnes, une centaine de soldats, six religieux, une
douzaine de femmes, quelques enfants et deux neveux.
Il entre dans le Golfe du Mexique 58 jours plus tard et relâche à Saint-Domingue. Il
perd le Saint-François pris par des flibustiers et repart vers son objectif
mais, dû à une erreur de latitude, il dépasse le delta du Mississippi sans le savoir.
C'est ainsi qu'il touche terre début janvier 1685 dans une baie de la côte du Texas
moderne qu’il appelle baie Saint-Bernard, devenue depuis la baie Matagorda, située
entre les villes modernes de Corpus Christi et de Houston, à environ 150 km au nord-est
de la première et 200 km au sud-ouest de la seconde.
L’atmosphère est lourde, le capitaine de Beaujeu qui commande la flotille est
hostile à La Salle. Après deux mois de recherche d’un site d’installation, il
le débarque avec les membres de son expédition, tout leur équipement et lui laisse un
petit navire, La Belle, alors que l’Aimable s’est échouée
quelques jours auparavant.
De Beaujeu rentre en France le 12 mars avec le Joly, sans espoir de retour, et
laisse derrière lui une petite colonie diminuée par la maladie et le découragement,
d’environ 180 personnes.
La Salle fait construire un camp et lance ensuite la construction d’un fort. Il
explore la côte avec la Belle et une trentaine d’hommes, toujours en quête
de l’embouchure du Mississippi, tandis que son fidèle Joutel commande le fort
Saint-Louis avec une colonie réduite à 34 hommes, femmes et enfants.
La Salle passe encore plus d’une année à chercher le Mississippi tout en voyant sa
colonie fondre à vue d’oeil, autant en raison de conditions de vie insalubres que
des difficultés résultant de la rencontre de bandes indiennes pas toujours amicales.
Après avoir perdu la Belle qui s’est échouée dans la baie de Matagorda,
il se décide à aller chercher du secours en Nouvelle-France, au nord du continent
nord-américain!
Il part avec plusieurs compagnons mais, exténués et fatigués des errances de leur chef
et de ses exigences, des mécontents l’attirent dans une embuscade, le tuent le 19
mars 1687 et se dispersent.
Les autres membres du groupe, au nombre de sept, achèvent l’impossible voyage à
pied jusqu’au fort Saint-Louis des Illinois et rejoignent la civilisation.
L’expédition de La Salle ayant échouée, Louis XIV et son entourage ne s'occupent
désormais plus que des guerres européennes et la Louisiane sort de leurs pensées.
Cependant, la petite colonie de fort Saint-Louis du Texas a survécu jusque vers le milieu
de l’hiver 1688-89. Elle a été en définitive attaquée par des Indiens Karankawa
qui ont massacré les survivants sauf cinq enfants, qui furent emmenés par les femmes de
la tribu.
De leur côté, les Espagnols du Mexique voisin cherchaient La Salle et sa colonie
française pour l’anéantir mais n’avaient pas encore localisé le fort
français.
En mars 1689, le général et gouverneur Alonso de Léon découvre les ruines du fort
Saint-Louis et constate le massacre. Il revient l’année suivante pour brûler les
bâtiments encore debout et enterrer les huit canons de fer qu’il trouve dans le
fort.
Il apprend la présence de Français dans des tribus indiennes de la région et les
retrouve. Il s’agit de deux des meurtriers de La Salle. Emmenés à Mexico, ils
finiront en prison.
Des enfants également récupérés seront emmenés à Mexico. Trois deviendront soldats
dans l'armée espagnole et seront capturés par un navire français peu après.
Deux d'entre eux deviendront interprètes au service des expéditions du
Français-Canadien Pierre Le Moyne d’Iberville, le fondateur de la Louisiane.
C’est par eux que l’on apprendra comment a fini le fort Saint-Louis.
Dès lors, la présence
française dans les abords de ce qui deviendra le Texas moderne sera assurée par les
passages successifs de hardis explorateurs et négociants, dont le plus célèbre fut un
autre Français-Canadien, Louis Juchereau de Saint-Denis.
Les Français présents au Texas
Le site de l’expédition de La Salle tombe alors dans l’oubli, restant seul
marqué sur les cartes françaises comme «lieu de l’établissement de M. de La
Salle».
A partir de 1978, l’archéologue J. Barto Arnold III travaillant pour la Texas
Historical Commission recherche
l’épave de la Belle.
L’archéologue la découvre en juillet 1995, gisant dans 12 pieds d’eau boueuse,
près de la Baie Matagorda, avec un détecteur de résonance qui localise ce qui se
révélera être un canon de bronze donné à La Salle pour son expédition par le Comte
de Vermandois, Amiral de France, identifié grâce aux inscription gravées sur le dessus
et toujours enfermé dans les flancs de la Belle.
C’est le début de la résurrection du site des exploits malheureux de La Salle et le
départ d’un engouement des Américains pour les premiers colons européens établis
sur la côte du Texas. Un fonds est accumulé grâce à de nombreux donateurs, un coffre
est aménagé autour du site pour le mettre à sec et excaver les restes du navire qui
sont abondants et les découvertes se poursuivent.
En octobre 1996, on découvre le site présumé du Fort Saint-Louis avec l’exhumation
du terrain d’un ranch des huit canons enterrés par Alonso de Léon en 1690.
En février 1998, nouvelle émotion avec la découverte d’une épave que l’on
croît être celle de l’Aimable, mais un démenti est publié en août 1998,
il s’agit de l’une des 38 épaves historiques de la baie Matagorda. Les
recherches se poursuivent et l’Etat du Texas prend en main avec les collectivités
locales concernées l’exploitation des reliques sous formes d’expositions dans
divers endroits.
On estime qu’il faudra encore près de dix ans pour la mise en oeuvre de cet
important site à des fins éducatives et touristiques, avec un budget de 2 millions de
dollars.
Bibliographie
Les détails cités dans ce texte sur l’expédition de La Salle et le destin de la
petite colonie peuvent être retrouvés dans l’ouvrage de Robert S. Weddle, The
French Thorn - Rival explorers in the Spanish Sea, 1682-1762, Texas A&M
University Press, College Station, 1991, 435 pages.