Révolte à Madagascar

Le 29 mars 1947 éclate une insurrection en plusieurs lieux de la colonie française de Madagascar.

Une île à part


Bien que proche de l'Afrique, la Grande Île (plus vaste que la France) n'a rien de commun avec le continent noir. Elle est née comme l'Australie d'un morcellement du continent austral. Sa géologie, sa flore et sa faune en attestent (Madagascar est connue pour ses lémuriens, de petits singes à longue queue).

L'île a été d'abord peuplée au Moyen Âge par des navigateurs venus de l'Indonésie. Ils ont occupé les hauts plateaux du centre, au climat tempéré, où ils introduit la riziculture en terrasse.

Plus tard sont arrivés des navigateurs de Mélanésie, apparentés aux Kanaks ou aux Papous. Ils ont occupé les côtes, moins hospitalières. Tous parlent peu ou prou la même langue.

Une riche histoire


Au XVIIe siècle, en 1638, les Français s'implantent sur la côte orientale de l'île, en un lieu qu'ils baptisent Fort-Dauphin, en l'honneur de leur futur roi Louis XIV.

Les rades et les baies profondes de l'île, bien situées sur la route des Indes, vont devenir au début du XVIIIe siècle le repaire de nombreux flibustiers et pirates.

Certains se constituent de véritables royaumes. C'est le cas de Baldrige et de Plantain, roi d'Antongil. Madagascar est unifiée au début du XIXe siècle par un roi originaire des hauts plâteaux.

Contemporain de Napoléon 1er, Andrianampoinimerina appartient à l'ethnie hova (on prononce ouv) apparentée aux Indonésiens.

Il soumet les populations côtières, apparentées quant à elles aux Mélanésiens. Il crée l'ébauche d'un véritable
État tandis que des missionnaires britanniques et français convertissent la population au christianisme.

En 1895, Madagascar est conquise, non sans mal, par le général Duchesne. L'année suivante, le gouverneur Gallieni déporte la reine Ranavalo pour (déjà) étouffer des rébellions.

Dans son désir d'accélérer le développement de l'île, il instaure le travail forcé et encourage la venue de colons européens. En réaction, les malgaches rebelles forment des sociétés secrètes et complotent contre le colonisateur.

En 1946, à Paris, deux jeunes députés malgaches, Joseph Raseta et Joseph Ravoahangy, déposent sur le bureau de l'Assemblée un projet de loi inspiré de l'accord franco-vietnamien du 6 mars.

Il est ainsi rédigé:
«Madagascar est un État libre ayant son propre gouvernement, son parlement, son armée, ses finances, au sein de l'Union française». Le projet de loi est repoussé. Un an après, c'est l'insurrection.

L'insurrection de 1947

En 1947, la Grande Île compte 4 millions d'habitants dont 35.000 Européens.

L'insurrection qui embrase l'île prend au dépourvu les colons ordinaires établis sur place mais ne surprend pas l'administration française.

Les services de la Sûreté dirigées par le commissaire Marcel Baron étaient en effet au courant de la préparation d'une insurrection grâce à des agents malgaches infiltrés dans les sociétés secrètes. Mais ils ne font rien pour l'empêcher.

Les trois jeunes parlementaires malgaches du MDRM (Mouvement Démocratique de la Rénovation Malgache), qui avaient gagné par leur élection le droit de siéger dans les Assemblées de la IVe République, étaient aussi informés du projet d'insurrection.

Ils diffusent dans les villages un télégramme demandant instamment à chacun d'éviter les violences. Mais leur appel est sans effet. Les autorités françaises font en certains lieux arracher leurs affiches comme si elles souhaitaient en découdre avec les opposants cachés.

L'insurrection rapproche les paysans des hauts plateaux en révolte contre la misère et des élites qui revendiquent une intégration complète de l'île dans la République française.

Dès le mois d'avril, les autorités envoient à Madagascar un corps expéditionnaire de 18.000 hommes. Celui-ci sera porté jusqu'à 30.000 hommes.

En métropole, Le Figaro et L'Humanité parlent du soulèvement mais le gouvernement et l'ensemble des organes de presse minimisent son importance et ne disent rien de la répression. L'opinion publique, il est vrai, était alors plus préoccupée par le rationnement, les grèves et la guerre froide.

En vingt mois, la «pacification» fait 89.000 victimes chez les Malgaches selon les comptes officiels de l'état-major français. Les forces françaises procèdent à des tortures, des exécutions sommaires, des regroupements forcés, des mises à feu de villages.

Pour la première fois, l'armée française expérimente une nouvelle technique de guerre psychologique: des suspects sont jetés vivants d'un avion pour terroriser les villageois de leur région.

Les forces coloniales perdent quant à elles 1.900 hommes (des supplétifs malgaches). On relève aussi la mort de 550 Européens, dont 350 militaires. La disproportion des pertes tient à ce que les rebelles ne disposaient en tout et pour tout que 250 fusils.

Le gouvernement de Paul Ramadier fait porter la responsabilité de l'insurrection sur les trois parlementaires du MDRM. Les députés, y compris l'extrême-gauche communiste, lèvent sans rechigner leur immunité parlementaire.

Ils sont arrêtés et torturés. Deux sont condamnés à mort mais leurs peines heureusement commuées en exil.

L'insurrection de 1947 a été gommée de la mémoire collective des Malgaches comme des Français. Elle précède de six ans la défaite de la France en Indochine et le début de la guerre en Algérie.


Bibliographie


Il existe sur le sujet un ouvrage de référence (que je n'ai pas moi-m
ême lu): «L'insurrection malgache de 1947» (Jacques Tronchon, éditions Karthala, 1974).

 

Mise à jour le 23 février 2003