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Le 19 novembre 1946,
une fusillade se produit dans le port de Haïphong entre une jonque chinoise et la douane
française.
A bord de la jonque, des nationalistes vietnamiens transportent de l'essence de
contrebande. La fusillade dégénère et fait 24 morts dont le commandant Carmoin qui
s'avançait avec un drapeau blanc vers les vietnamiens de la jonque.
C'est le début de la première guerre d'Indochine.
Origines de la guerre
Dans leur ancienne colonie d'Indochine, les Français avaient perdu le pouvoir dès le 30
août 1940, lorsque le gouverneur Jean Decoux avait dû concéder des facilités
militaires aux Japonais, alors en guerre contre la Chine.
Les occupants japonais chassent les derniers Français le
9 mars 1945 après avoir massacré ou interné les militaires. Ils confient le pays à
l'ex-empereur d'Annam, Bao Dai.
Mais Bao Dai doit abdiquer le 2 septembre 1945 cependant que la ligue Vietminh, fondée
par Hô Chi Minh, proclame l'indépendance de la République démocratique du Vietnam.
Cependant, à Paris, le général Charles de Gaulle, qui
dirige le gouvernement provisoire de la République française, met tout en oeuvre pour
restaurer la souveraineté de la France sur ses colonies d'outre-mer.
Il veut effacer le souvenir de la défaite de 1940 et
restaurer en tous lieux la grandeur de la France. Il veut aussi couper court à d'autres
tentatives indépendantistes au sein de l'Empire colonial.
Dès le 24 mars 1945, alors qu'il s'apprête à prendre le pouvoir en France à la faveur
de la Libération du pays par les Anglo-Saxons, le général de Gaulle déclare son
intention de restaurer l'autorité de la France en Indochine dans le cadre d'une
fédération de colonies et de protectorats qui comprendrait les trois provinces du
Vietnam (les trois Ky; Tonkin, Annam et Cochinchine) ainsi que le Cambodge et le
Laos.
«De Gaulle, qui entend rétablir la France dans toutes ses positions d'avant guerre,
envoie un corps expéditionnaire afin de reconquérir l'Indochine; entreprise difficile à
mener à douze mille kilomètres de distance» (René Rémond, Notre Siècle,
1918-1988, page 430).
Des soldats français s'emparent le 23 septembre de Saigon, capitale de la Cochinchine (le
Vietnam du sud) en attendant l'arrivée quelques jours plus tard d'un corps
expéditionnaire sous les ordres du général Leclerc de Hauteclocque, héros de la
Libération.
«Deux politiques sont concevables, sinon pareillement praticables: restaurer par tous
les moyens, les armes si nécessaire, la domination française ou rechercher un accord
avec les nationalistes par la négociation. Ces deux politiques sont personnifiées par
deux hommes également investis de grandes responsabilités: l'amiral d'Argenlieu incarne
la première; la seconde revient au général Leclerc, qui s'est vite convaincu de
l'impossibilité d'une reconquête militaire et qui préconise la recherche d'une entente
- Jean Sainteny en est l'exécutant convaincu» (René Rémond, Notre Siècle,
1918-1988, page 431).
Leclerc revient bientôt en France avec la conviction qu'il est urgent de négocier et
qu'il faut se résigner à la décolonisation.
L'éviction du général de Gaulle, en janvier 1946, permet au nouveau gouvernement de
préparer un accord avec les Vietnamiens en vue de reconnaître leur indépendance.
Il veut suivre l'exemple des Britanniques qui s'apprêtent à quitter sans façons leur
colonie des Indes.
Circonstance favorable, Hô Chi Minh, à Hanoi, craint une mainmise de ses voisins chinois
et se montre disposé à composer avec les Français.
Le négociateur Jean Sainteny et Hô Chi Minh signent alors les
accords du 6 mars 1946 qui reconnaissent un État libre du Vietnam au sein de l'Union
française.
Une conférence réunie à Fontainebleau doit préciser les contours de l'indépendance de
l'Indochine. Un référendum est prévu pour l'union des trois Ky. Mais la
conférence va tourner court en raison des événements du 19 novembre.
L'incident de la jonque chinoise est exploité par les partisans d'une reconquête de
l'ancienne colonie. Leur chef de file est l'amiral Georges Thierry d'Argenlieu.
Le général de Gaulle l'avait nommé le 14 août 1945 gouverneur général de l'Indochine
et lui avait demandé de restaurer la souveraineté de la France sur l'ancienne colonie.
L'amiral s'oppose ouvertement à Leclerc et Sainteny. Il veut au moins conserver à la
France Saigon et la Cochinchine.
En contradiction avec les accords du 6 mars, il tente de rompre l'unité des trois Ky
du Vietnam en créant une Cochinchine indépendante affidée à la France.
L'artillerie de marine, sous les ordres du colonel Debès, bombarde le 23 novembre le port
de Haïphong. Elle fait au moins 6.000 morts.
Le 19 décembre suivant, Hô Chi Minh et son parti, le Vietminh, lancent une offensive
générale contre les Français.
Une guerre inutile commence. L'opinion française y restera à peu près indifférente à
cette guerre. Il est vrai que les combattants du corps expéditionnaire sont des
militaires de métier et des engagés.
Une forte proportion d'entre eux sont des soldats perdus de la Wehrmacht,
l'armée de Hitler. On le voit, sur les photos d'archives, aux panneaux indicateurs en
français et en allemand.
Dans leur effort de guerre, les Français obtiendront le concours des Américains en
faisant valoir qu'ils luttent contre le communisme stalinien. La guerre s'achèvera au
bout de huit ans avec les accords de Genève. |
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