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Le 1er novembre
1954 est la date qu'ont choisie les indépendantistes algériens pour lancer leurs
premières opérations violentes contre la présence française en Algérie.
La défaite piteuse des Français face au
Vietminh, quelques mois plus tôt, les encourage à se lancer à leur tour dans la lutte
armée contre la puissance coloniale.
Divisés en plusieurs partis, dont le MTLD de
Messali Hadj et l'UDMA de Feraht Abbas, les indépendantistes forment au printemps 1954 un
Comité révolutionnaire d'union et d'action (CRUA). C'est celui-ci qui décide de la date
du 1er novembre pour le déclenchement de l'insurrection.
Une dizaine d'attentats ont lieu en Algérie. Parmi les premières victimes figure un
couple de jeunes instituteurs venus de la métropole pour instruire les enfants du bled.
Leur autocar est attaqué dans les gorges de Tighanimine. Ils sont extraits du véhicule
ainsi que les autres passagers et touchés par une rafale de mitrailleuse destinée au
caid Hadj Sadok.
Guy Monnerot succombe sur le champ mais sa femme, Jacqueline, survivra à ses blessures.
Les meurtriers des deux Français avaient enfreint l'ordre de n'agresser que des membres
de l'élite musulmane francophile, à l'exception des Européens. Ils seront plus tard
sanctionnés par leurs chefs.
Les attentats ont peu de retentissement dans l'opinion française. Ils n'en marquent pas
moins le début de la guerre d'Algérie.
Le Front de Libération Nationale (FNL) est créé peu après au Caire
par Ahmed Ben Bella, un indépendantiste en rupture avec le MTLD de Messali Hadj, qu'il
juge trop modéré.
Le mouvement indépendantiste et les messalistes, rassemblés au sein d'un
nouveau parti, le MNA (Mouvement National Algérien), se disputent à couteaux tirés les
faveurs des travailleurs algériens en métropole. L'historien Benjamin Stora
évalue à 4.000 les victimes de ces règlements de comptes en métropole, de 1954 à
1962. C'est près de 2% des Algériens de la métropole.
En Algérie même, à l'instigation de Abane Ramdane, le FLN évite les batailles
rangées. Il s'en tient à des massacres de civils, essentiellement des notables musulmans
favorables à la France.
Ces derniers sont torturés, mutilés et assassinés avec un raffinement de cruauté.
Très vite, le gouvernement français envoie des troupes pour maintenir l'ordre. Il
rappelle même des réservistes (les effectifs atteindront 400.000 hommes sous le
gouvernement socialiste de Guy Mollet).
Les pouvoirs publics reprennent en main la population musulmane des douars
(villages) grâce à des mesures sociales et au regroupement des populations en des
lieux prétendument sûrs (à la fin de la guerre, 1.250.000 paysans auront été
ainsi déplacés).
Ces tâches de terrain à caractère humanitaire sont confiées aux Sections
Administratives Spéciales (SAS), animées par des officiers aguerris et de bonne
volonté.
Échec de la
pacification
N'arrivant pas à retourner la population musulmane en sa faveur, le FLN change bientôt
de tactique. Le 20 août 1955, à l'occasion du deuxième anniversaire de la
déposition du sultan du Maroc, il organise des manifestations violentes dans le
Constantinois.
Des émeutiers investissent les rues de Philippeville et El-Alia. Cette fois, les colons
européens sont directement visés.
Plusieurs dizaines d'hommes, de femmes, d'enfants et de nourrissons sont tués dans des
conditions atroces.
Piégés par la colère et l'émotion, les colons et les militaires réagissent en
massacrant à leur tour des musulmans pris au hasard dans la rue, faisant officiellement
plusieurs centaines de victimes innocentes.
Le résultat est immédiat. De très nombreux musulmans modérés, qui étaient restés
jusque-là réfractaires aux thèses indépendantistes des groupuscules FLN, basculent de
leur côté.
C'est l'échec des tentatives d'intégration des musulmans algériens dans la République
française et le véritable commencement de la guerre d'indépendance.

Le 6 février 1956, le lendemain même de son
investiture à la tête du gouvernement français, le socialiste Guy Mollet
débarque impromptu à Alger.
Il veut prendre le pouls de la population et lui présenter le ministre résident
d'Algérie, le général Catroux, un ancien résistant de grand prestige.
Guy Mollet se propose d'entamer des réformes de structure, de mettre fin à la vague de
terrorisme engagée et enfin d'entamer des négociations avec les plus conciliants des
indépendantistes.
Mais son arrivée mal préparée débouche sur une manifestation violente des
Français d'Algérie. Pris au dépourvu, le président du Conseil renonce à la nomination
de Catroux comme ministre résident et propose à sa place Robert Lacoste, qui a la
faveur des Algérois.
Ces derniers prennent conscience à l'occasion de cette journée de leur pouvoir de
pression sur le gouvernement.
Repoussant les réformes aux calendes grecques, Guy Mollet met tout en œuvre pour
éradiquer le terrorisme et en premier lieu ses bases arrières à l'étranger.
Le 22 octobre 1956, débordant les consignes du gouvernement, les services secrets
français arrêtent en plein ciel un avion qui transporte les principaux chefs de la
rébellion algérienne: Ben Bella, Boudiaf,... Le scandale est immense et n'arrange en
rien les affaires du gouvernement.
Le mois suivant, celui-ci monte avec la Grande-Bretagne et Israël une attaque contre
l'Égypte du général Nasser, sous le prétexte de la nationalisation du canal de Suez.
L'opération se solde par un fiasco.
Enfin, en janvier 1957, Guy Mollet fait appel au général Massu pour en finir avec
les bombes et les morts d'innocents qui traumatisent les habitants de l'Algérie,
musulmans et Européens confondus.
L'historien René Rémond explique ces options par les convictions socialistes et laïques
du chef du gouvernement.
Selon lui, «les positions que les circonstances ont contraint Guy Mollet à adopter
n'étaient pas contraires à sa philosophie: le refus de l'indépendance était conforme
et à la tradition républicaine et à l'idéologie socialiste (...). La gauche
démocratique et laïque avait une certaine idée de la France qui lui conférait une
mission de valeur universelle: conduire sur la voie du progrès les peuples les moins
évolués, diffuser les valeurs démocratiques, affranchir les esprits de la superstition
(...)» Et «Pourquoi la France de 1789 encouragerait-elle un phénomène
archaïque? L'avenir est dans les grands ensembles...» (1).
Le général Massu gagnera la bataille d'Alger. Mais cette
victoire ternie par des procédés inqualifiables (tortures, exécutions sans jugement) ne
sera d'aucun profit.
(1) René Rémond, Notre
Siècle, 1918-1988, page 499, Fayard [retour].
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