1er novembre 1954

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Pour Vava, par Marc Chagall (1955)
Ce jour-là...

Insurrection en Algérie

Les heures noires de la guerre d'Algérie:

De la conquête romaine à la conquête française

10 février 1943: Ferhat Abbas veut l'autonomie

8 mai 1945: massacres de Sétif

1er novembre 1954: insurrection du FLN

7 janvier 1957: bataille d'Alger et torture

13 mai 1958: vrai-faux coup d'État

17 octobre 1961: nuit tragique à Paris

19 mars 1962: le cessez-le-feu et ses séquelles
 

Le 1er novembre 1954 est la date qu'ont choisie les indépendantistes algériens pour lancer leurs premières opérations violentes contre la présence française en Algérie.

La défaite piteuse des Français face au Vietminh, quelques mois plus tôt, les encourage à se lancer à leur tour dans la lutte armée contre la puissance coloniale.

Divisés en plusieurs partis, dont le MTLD de Messali Hadj et l'UDMA de Feraht Abbas, les indépendantistes forment au printemps 1954 un Comité révolutionnaire d'union et d'action (CRUA). C'est celui-ci qui décide de la date du 1er novembre pour le déclenchement de l'insurrection.

Une dizaine d'attentats ont lieu en Algérie. Parmi les premières victimes figure un couple de jeunes instituteurs venus de la métropole pour instruire les enfants du bled.

Leur autocar est attaqué dans les gorges de Tighanimine. Ils sont extraits du véhicule ainsi que les autres passagers et touchés par une rafale de mitrailleuse destinée au caid Hadj Sadok.

Guy Monnerot succombe sur le champ mais sa femme, Jacqueline, survivra à ses blessures.

Les meurtriers des deux Français avaient enfreint l'ordre de n'agresser que des membres de l'élite musulmane francophile, à l'exception des Européens. Ils seront plus tard sanctionnés par leurs chefs.

Les attentats ont peu de retentissement dans l'opinion française. Ils n'en marquent pas moins le début de la guerre d'Algérie.

Le Front de Libération Nationale (FNL) est créé peu après au Caire par Ahmed Ben Bella, un indépendantiste en rupture avec le MTLD de Messali Hadj, qu'il juge trop modéré.

Le mouvement indépendantiste et les messalistes, rassemblés au sein d'un nouveau parti, le MNA (Mouvement National Algérien), se disputent à couteaux tirés les faveurs des travailleurs algériens en métropole. L'historien Benjamin Stora évalue à 4.000 les victimes de ces règlements de comptes en métropole, de 1954 à 1962. C'est près de 2% des Algériens de la métropole.

En Algérie même, à l'instigation de Abane Ramdane, le FLN évite les batailles rangées. Il s'en tient à des massacres de civils, essentiellement des notables musulmans favorables à la France.

Ces derniers sont torturés, mutilés et assassinés avec un raffinement de cruauté.

Très vite, le gouvernement français envoie des troupes pour maintenir l'ordre. Il rappelle même des réservistes (les effectifs atteindront 400.000 hommes sous le gouvernement socialiste de Guy Mollet).

Les pouvoirs publics reprennent en main la population musulmane des douars (villages) grâce à des mesures sociales et au regroupement des populations en des lieux prétendument sûrs (à la fin de la guerre, 1.250.000 paysans auront été ainsi déplacés).

Ces tâches de terrain à caractère humanitaire sont confiées aux Sections Administratives Spéciales (SAS), animées par des officiers aguerris et de bonne volonté.

Échec de la pacification

N'arrivant pas à retourner la population musulmane en sa faveur, le FLN change bientôt de tactique. Le 20 août 1955, à l'occasion du deuxième anniversaire de la déposition du sultan du Maroc, il organise des manifestations violentes dans le Constantinois.

Des émeutiers investissent les rues de Philippeville et El-Alia. Cette fois, les colons européens sont directement visés.

Plusieurs dizaines d'hommes, de femmes, d'enfants et de nourrissons sont tués dans des conditions atroces.

Piégés par la colère et l'émotion, les colons et les militaires réagissent en massacrant à leur tour des musulmans pris au hasard dans la rue, faisant officiellement plusieurs centaines de victimes innocentes.

Le résultat est immédiat. De très nombreux musulmans modérés, qui étaient restés jusque-là réfractaires aux thèses indépendantistes des groupuscules FLN, basculent de leur côté.

C'est l'échec des tentatives d'intégration des musulmans algériens dans la République française et le véritable commencement de la guerre d'indépendance.

La guerre et la haine, photo M. Desjardins / L'ennemi intime (Seuil)

Le 6 février 1956, le lendemain même de son investiture à la tête du gouvernement français, le socialiste Guy Mollet débarque impromptu à Alger.

Il veut prendre le pouls de la population et lui présenter le ministre résident d'Algérie, le général Catroux, un ancien résistant de grand prestige.

Guy Mollet se propose d'entamer des réformes de structure, de mettre fin à la vague de terrorisme engagée et enfin d'entamer des négociations avec les plus conciliants des indépendantistes.

Mais son arrivée mal préparée débouche sur une manifestation violente des Français d'Algérie. Pris au dépourvu, le président du Conseil renonce à la nomination de Catroux comme ministre résident et propose à sa place Robert Lacoste, qui a la faveur des Algérois.

Ces derniers prennent conscience à l'occasion de cette journée de leur pouvoir de pression sur le gouvernement.

Repoussant les réformes aux calendes grecques, Guy Mollet met tout en œuvre pour éradiquer le terrorisme et en premier lieu ses bases arrières à l'étranger.

Le 22 octobre 1956, débordant les consignes du gouvernement, les services secrets français arrêtent en plein ciel un avion qui transporte les principaux chefs de la rébellion algérienne: Ben Bella, Boudiaf,... Le scandale est immense et n'arrange en rien les affaires du gouvernement.

Le mois suivant, celui-ci monte avec la Grande-Bretagne et Israël une attaque contre l'Égypte du général Nasser, sous le prétexte de la nationalisation du canal de Suez. L'opération se solde par un fiasco.

Enfin, en janvier 1957, Guy Mollet fait appel au général Massu pour en finir avec les bombes et les morts d'innocents qui traumatisent les habitants de l'Algérie, musulmans et Européens confondus.

L'historien René Rémond explique ces options par les convictions socialistes et laïques du chef du gouvernement.

Selon lui, «les positions que les circonstances ont contraint Guy Mollet à adopter n'étaient pas contraires à sa philosophie: le refus de l'indépendance était conforme et à la tradition républicaine et à l'idéologie socialiste (...). La gauche démocratique et laïque avait une certaine idée de la France qui lui conférait une mission de valeur universelle: conduire sur la voie du progrès les peuples les moins évolués, diffuser les valeurs démocratiques, affranchir les esprits de la superstition (...)» Et «Pourquoi la France de 1789 encouragerait-elle un phénomène archaïque? L'avenir est dans les grands ensembles...» (1).

Le général Massu gagnera la bataille d'Alger. Mais cette victoire ternie par des procédés inqualifiables (tortures, exécutions sans jugement) ne sera d'aucun profit.

(1) René Rémond, Notre Siècle, 1918-1988, page 499, Fayard [retour].

 

Mise à jour le 22 février 2003