Genève perd
sa liberté
par Gabriel Vital-Durand
Les troupes françaises occupent Genève le 15 avril 1798 avant de l’ériger en
chef-lieu du département du Léman.
Comme pour l'occupation de la Suisse, elles agissent sur
ordre du gouvernement du Directoire, poussé par la
logique stratégique, les suppliques de certains agitateurs et l’attrait des
richesses disponibles.
L'annexion de Genève est l'aboutissement d'un long processus de rapprochement et de
séduction.
Genève séduite et perdue
La République de Genève s’était constituée au XVIe siècle en marge de la
Confédération helvétique mais en s’appuyant à l'occasion sur elle pour résister
aux velléités annexionnistes de la Savoie et de la France.
Au cours du XVIIIe siècle, la ville s’était considérablement enrichie tout en
écartant le peuple de la direction des affaires. Dans le même temps, de nombreuses
insurrections étaient survenues, imposant l’intervention conjointe des royaumes de
France et de Sardaigne en 1782 pour rétablir l’ordre menacé.
Quelques grandes familles aristocratiques - les négatifs - tenaient le haut du
pavé sur le modèle de Versailles, alors que les bourgeois - qualifiés de représentants
- prétendaient à une influence en rapport avec leur contribution économique.
Au fil du temps, le Conseil Général, assemblée populaire souveraine en principe,
s’était vu dessaisir de la plupart de ses prérogatives. Le peuple ordinaire - on
parle de natifs ou d’habitants - restait privé de toute influence
réelle.
Les classes inférieures avaient des sentiments réservés vis-à-vis de la Couronne de
France, alors que l’aristocratie en était proche par les sentiments, le mode de vie,
le service étranger et les liens bancaires fort étroits.
En janvier 1789, l’émeute gronda en ville, et le gouvernement fut amené à faire
quelques concessions politiques aux représentants bourgeois.
On conçoit que les événements survenus à Paris la même année aient trouvé un écho
considérable dans la république dont beaucoup d’habitants étaient les descendants
de huguenots français.
En septembre 1792, après avoir annexé la Savoie pour en faire le département du
Mont-Blanc, l'assemblée de la Convention confia au général de Montesquiou la mission de
s’assurer de la place de Genève, qui contrôlait l’accès du plateau suisse.
Montesquiou se contenta d'abord de garanties de neutralité dans le souci de ménager les
susceptibilités confédérées.
Puis, en décembre 1792, Genève adopta les formes d’une république-sœur. Elle
s'assura ainsi la sympathie du gouvernement parisien tout en préservant son indépendance
pour quelques années.
Comme Genève, les villes libres de Montbéliard et de Mulhouse furent absorbées par la
République française. Certains esprits échevelés, à Paris, prévoyaient
l’établissement de républiques dite Rauracienne à Montbéliard, et Rhodanienne
autour du Léman.
Mais ces cités furent finalement annexées en toute simplicité à la France.
En 1814, à la chute de Napoléon 1er, seule Genève recouvrera sa liberté. Elle
s'intégrera à la Confédération helvétique.
Bibliographie
Les principales sources des articles relatifs à Genève et à la République helvétique proviennent de:
Casanova G. Histoire de ma vie (Paris) 1962
Chevallaz A. Histoire de la Suisse Payot (Lausanne)
Duffy Ch. Suvarov - Campaigns in Italy and Switzerland 1799 Combined Publishing
(Conshohocken, USA)
Gibbon E. Memoirs of his life and writings (London)
Goethe J. W. von. Die Belagerung von Mainz
Goethe J. W. von. Schweizer Reisen
Grèce M. de. La nuit du sérail (Paris) 1983
Karamzine N. M. Lettres d’un voyageur russe
Las Cases M. de. Mémoires (Paris)
Maurois A. Histoire d’Angleterre Gallimard (Paris)
Peyrefitte A. Mission en Chine Julliard (Paris)
Roulin N. La République Helvétique
Staël G. de. Voyage en Russie (Paris)
Stendhal. Vie de Napoléon (Paris)
Thiers A. Histoire de la Révolution et de l’Empire (Paris)
Zweig St. Episode am Genfer See»(Vienne).