La
Convention cède la place au Directoire
Avec la collaboration de
Gabriel Vital-Durand
Le 26 octobre 1795, la Convention cède la place au Directoire.
Ayant renversé Robespierre le 9 thermidor an II (27
juillet 1795), les conventionnels modérés, ou thermidoriens, mettent fin à la Terreur.
Ils votent la Constitution de l'an III qui instaure le Directoire, avec le souci de
préserver leurs acquis.
Les constituants prévoient deux assemblées, les Cinq-Cents et les Anciens, destinées à
se neutraliser l'une l'autre et à éviter le retour de la dictature comme à l'époque de
la Convention montagnarde.
Les 2/3 des futurs députés devront être choisis parmi les anciens conventionnels et le
droit de vote sera réservé aux possédants. Ces limitations vaudront au futur régime
l'opposition résolue des royalistes et des Jacobins.
Désireuse de conserver les gains territoriaux de la Révolution, la Convention vote par
ailleurs, avant de se séparer, l'annexion de la Belgique. Cette mesure est ressentie
comme une provocation par les Anglais et entra. Il va en résulter 20 ans supplémentaires
de guerres sans merci.
Les défis du Directoire
Dans les quatre années de sa courte existence, jusqu'au coup d'Etat de Brumaire, le gouvernement du Directoire accomplit une oeuvre
conséquente à l'intérieur en relevant des défis énormes à l'extérieur.
Suite à la formation en 1793 d'une première coalition européenne, la France
révolutionnaire doit lutter contre l’ensemble des monarchies alliées sous la
bannière du Royaume-Uni, de l’Autriche et de la Russie.
D’une part l’idéologie véhiculée par les gouvernements républicains paraît
aux souverains «des Lumières» dangereusement subversive, d’autre part les
ambitions territoriales de la France sont inacceptables pour les autres puissances
d’Europe.
Sous le régime antérieur de la Convention, les ressources rassemblées par Lazare
Carnot, l’«organisateur de la victoire», combinées à l’enthousiasme des volontaires de l’an II, avaient permis
des succès militaires impressionnants.
La République française avait accédé ainsi à ses «frontières naturelles» sur les Alpes et le
Rhin par absorption de la Savoie, la Belgique et la Rhénanie.
Le Directoire allait poursuivre cette oeuvre en achevant d'établir un glacis de
républiques-sœurs dans tous les azimuts (Batave, Cispadane et Transpadane puis
Cisalpine, Cisrhénane, bientôt Romaine, Parthénopéenne et Helvétique...).
Mais ces succès liguent contre la France un nombre considérable d’ennemis
intérieurs et extérieurs. L’Autriche, elle-même principale victime aux termes du traité de Campo Formio (octobre 1797) ne se résigne pas à
des pertes jugées intolérables.
Plus grave encore, l’incroyable expédition d’Egypte entreprise au printemps
1798 éloigne des forces précieuses et le meilleur général de la République, mais
surtout, elle indispose deux nouvelles puissances majeures que la France n’avait
jamais eu à combattre: la Sublime Porte (l’empire turc) et l’empire du
nouveau tsar Paul Ier.
La diplomatie et les subsides britanniques (la «cavalerie de Saint-Georges»)
aboutissent ainsi début 1798 à une deuxième coalition, avec l’Empire ottoman, ceux
d’Autriche et de Russie, les royaumes de Bavière, des Deux Siciles, du Portugal, de
Suède et les États Pontificaux, consacrant néanmoins la défection des royaumes
d’Espagne, de Hanovre, de Prusse et de Saxe.
La première République Française se trouve ainsi confrontée à la guerre étrangère
sur tous les fronts, à l’émigration des cadres aristocratiques, à la révolte
intérieure (Bretagne, Vendée, Midi, Corse) et extérieure (rébellion à Saint-Domingue)
et à la faillite économique.
Le régime du Directoire trouve pourtant l’occasion de fonder un nouveau système
d’unités de mesure, de réformer la société (égalité devant la loi, suffrage
universel, liberté de la presse, de croyance et de pensée, suppression des corporations,
abolition de l’esclavage, droit au divorce), le gouvernement (suppression des droits
féodaux, séparation des pouvoirs, de l’église et de l’état),
l’éducation (école publique, écoles Normale Supérieure et Polytechnique), de
lancer de nombreuses réformes au long cours, et même d’envoyer une délégation en
Inde et des corps expéditionnaires en Irlande (Hoche, Humbert) et en Egypte!