Mort
tragique de Salvador Allende
Le gouvernement d'Union populaire du Chili
est renversé dans des conditions dramatiques le 11 septembre 1973.
C'est pour le pays la fin d'une pratique démocratique vieille de plusieurs décennies qui
lui avait valu le surnom autrefois élogieux de «Prusse de l'Amérique du sud»
ou encore de «Suisse de l'Amérique du sud».
Salvador Allende avait été élu trois ans plus tôt à la présidence de la République
avec 36,7% des suffrages, face à deux candidats de droite dont Jorge Alessandri, qui a
obtenu 35,3% des suffrages, et Radomiro Tomic (plus de 30% des suffrages).
L'élection avait été validée par le Parlement grâce au soutien de la
démocratie-chrétienne. Pour la première fois, un socialiste accédait par les urnes à
la tête d'un pays d'Amérique latine.
Le nouveau président s'appuie sur une coalition hétérogène qui va du centre à
l'extrême gauche révolutionnaire (trotskystes et maoïstes) en passant par les
communistes.
Ses mesures sociales (augmentation des salaires, nationalisation des mines de cuivre et
des principales entreprises du pays, réforme agraire,...), tantôt trop modérées,
tantôt trop radicales, ne font jamais l'unanimité dans son camp.
Salvador Allende doit par ailleurs faire face à une opposition de droite majoritaire au
Parlement. Elle est soutenue en sous-main par les agents secrets de la CIA étatsunienne
et financée par les multinationales implantées dans le pays, au premier rang desquelles
figure le trust de télécom ITT.
Le Chili est bientôt secoué par l'agitation violente de l'extrême-gauche
révolutionnaire (le MIR) et paralysé par des grèves à répétition, dont celle des
camionneurs. Les prix flambent et la production alimentaire s'effondre. Les ménagères
descendent dans la rue.
Pour faire face aux menaces qui l'assaillent de toutes parts, Salvador Allende appelle les
militaires à son secours.
En novembre 1972, le commandant en chef de l'armée de terre, Carlos Prats, devient chef
du gouvernement et ministre de l'Intérieur (il sera assassiné à Buenos Aires, en
Argentine, en 1974).
Mais le Parlement prive Salvador Allende de tout moyen d'action et tente de le récuser.
Le président ne voit bientôt plus d'autre issue que dans un référendum...
C'est alors
que le chef des armées, le général Augusto Pinochet, décide de mettre un terme par la
force à l'expérience socialiste.
Le matin du 11 septembre 1973, des unités de la marine neutralisent le port de
Valparaiso.
Peu après, à Santiago-du-Chili, les soldats investissent le palais présidentiel de La
Moneda, construit en 1806.
Vers midi, l'aviation bombarde le palais et les soldats y pénètrent enfin. Le président
demande à ses défenseurs de quitter les lieux. Resté seul, il se suicide d'une rafale
de mitraillette (thèse officielle). Il a 65 ans.
Plusieurs dizaines de milliers de personnes sont raflées et concentrées
dans le sinistre stade de Santiago.
Trois mille d'entre elles disparaissent tragiquement dans les geôles militaires, ce qui
vaudra un quart de siècle plus tard une inculpation de crime contre l'humanité à
Augusto Pinochet.
Après le gouvernement autoritaire de celui-ci, de 1973 à 1989, le pays est revenu
pacifiquement à la démocratie.