18 septembre 1886

Voir le jour précédentavant aprèsVoir le jour suivant
Les deux soeurs à la terrasse (détail), par Pierre-Auguste Renoir (France 1841-1919)
Ce jour-là...

Le Symbolisme et l'aube des temps nouveaux

Le 18 septembre 1886, Jean Moréas publie dans Le Figaro le Manifeste du symbolisme.

Extrait

Ainsi, le romantisme, après avoir sonné tous les tumultueux tocsins de la révolte, après avoir eu ses jours de gloire et de bataille, perdit de sa force et de sa grâce, abdiqua ses audaces héroïques, se fit rangé, sceptique et plein de bon sens ; dans l'honorable et mesquine tentative des Parnassiens, il espéra de fallacieux renouveaux, puis finalement, tel un monarque tombé en enfance, il se laissa déposer par le naturalisme auquel on ne peut accorder sérieusement qu'une valeur de protestation, légitime mais mal avisée, contre les fadeurs de quelques romanciers alors à la mode. 
Une nouvelle manifestation d'art était donc attendue, nécessaire, inévitable. Cette manifestation, couvée depuis longtemps, vient d'éclore.

Le poète, qui n'a que 30 ans (il est né à Athènes sous le nom de Jean Papadimantopoulos), enterre le romantisme et prend le contrepied du naturalisme à la façon du romancier Émile Zola. Il prône un assouplissement du vers et de la rime, et un renoncement au réalisme.

Par leur musicalité, les mots doivent suggérer les idées et non plus les affirmer.

Moréas et le symbolisme, par Paul GauguinJean Moréas accueille ses contemporains Verlaine et Mallarmé dans le panthéon symboliste.

Il est rejoint par d'autres poètes de sa génération, Jules Laforgue, Albert Samain ou encore Henri de Régnier.

Mais le symbolisme déborde le cadre de la poésie. Il touche aussi le roman, le théâtre, la peinture et la musique.

On peut citer le compositeur Claude Debussy, le peintre Gustave Moreau, le dramaturge belge Maurice Maeterlinck, le poète belge Émile Verhaeren et encore le peintre autrichien Gustav Klimt, qui sera à l'origine de l'«Art nouveau».

Le symbolisme est présenté à sa naissance comme une extrapolation de l'«École décadente».

En fait, il annonce un bouleversement du paysage littéraire et artistique de l'Europe occidentale, avec plus de sensibilité et d'introversion, plus de fragilité aussi.

Une nouvelle ère s'annonce en Europe... La dernière exposition des peintres impressionnistes a lieu en cette année 1886. L'année précédente, le monde a célébré avec émotion la disparition du grand témoin de l'époque romantique, Victor Hugo.

Cependant que paraît le Manifeste du symbolisme, on découvre en librairie... La France juive, essai d'histoire contemporaine (Marpon-Flammarion), un sinistre pamphlet d'Édouard Drumont qui va populariser l'antisémitisme en France puis en Allemagne.

Jean Moréas lui-même s'écartera dès 1892 du symbolisme et reviendra dans ses Stances à une poésie plus classique:

«Ne dites pas: la vie est un joyeux festin;
Ou c'est d'un esprit sot ou c'est d'une âme basse.
Surtout ne dites point: elle est malheur sans fin;
C'est d'un mauvais courage et qui trop tôt se lasse.»
Jean Moréas, Stances

 

Mise à jour le 23 février 2003