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Le Symbolisme
et l'aube des temps nouveaux
Le 18 septembre 1886, Jean Moréas publie dans Le Figaro le
Manifeste du symbolisme.
Extrait
Ainsi, le romantisme, après avoir sonné
tous les tumultueux tocsins de la révolte, après avoir eu ses jours de gloire et de
bataille, perdit de sa force et de sa grâce, abdiqua ses audaces héroïques, se fit
rangé, sceptique et plein de bon sens ; dans l'honorable et mesquine tentative des
Parnassiens, il espéra de fallacieux renouveaux, puis finalement, tel un monarque tombé
en enfance, il se laissa déposer par le naturalisme auquel on ne peut accorder
sérieusement qu'une valeur de protestation, légitime mais mal avisée, contre les
fadeurs de quelques romanciers alors à la mode.
Une nouvelle manifestation d'art était donc attendue, nécessaire, inévitable. Cette
manifestation, couvée depuis longtemps, vient d'éclore.
Le poète, qui n'a que
30 ans (il est né à Athènes sous le nom de Jean Papadimantopoulos), enterre le
romantisme et prend le contrepied du naturalisme à la façon du romancier Émile Zola. Il
prône un assouplissement du vers et de la rime, et un renoncement au réalisme.
Par leur musicalité, les mots doivent suggérer les idées et non plus les affirmer.
Jean Moréas accueille ses
contemporains Verlaine et Mallarmé dans le panthéon symboliste.
Il est rejoint par d'autres poètes de sa génération, Jules Laforgue, Albert Samain ou
encore Henri de Régnier.
Mais le symbolisme déborde le cadre de la poésie. Il touche aussi le roman, le
théâtre, la peinture et la musique.
On peut citer le compositeur Claude Debussy, le peintre Gustave Moreau, le dramaturge
belge Maurice Maeterlinck, le poète belge Émile Verhaeren et encore le peintre
autrichien Gustav Klimt, qui sera à l'origine de l'«Art
nouveau».
Le symbolisme est présenté à sa naissance comme une extrapolation de l'«École
décadente».
En fait, il annonce un bouleversement du paysage littéraire et artistique de l'Europe
occidentale, avec plus de sensibilité et d'introversion, plus de fragilité aussi.
Une nouvelle ère s'annonce en Europe... La dernière exposition des peintres impressionnistes a lieu en cette année 1886. L'année
précédente, le monde a célébré avec émotion la disparition du grand témoin de
l'époque romantique, Victor Hugo.
Cependant que paraît le Manifeste du symbolisme, on découvre en librairie... La
France juive, essai d'histoire contemporaine (Marpon-Flammarion), un sinistre
pamphlet d'Édouard Drumont qui va populariser l'antisémitisme en France puis en
Allemagne.
Jean Moréas lui-même s'écartera dès 1892 du symbolisme et reviendra dans ses Stances
à une poésie plus classique:
«Ne dites pas: la vie est un joyeux festin;
Ou c'est d'un esprit sot ou c'est d'une âme basse.
Surtout ne dites point: elle est malheur sans fin;
C'est d'un mauvais courage et qui trop tôt se lasse.»
Jean Moréas, Stances
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