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Naissance de
l'Impressionnisme
Le 15 avril 1874, une trentaine d'artistes peintres
sont rejetés par le jury du Salon officiel de Paris.
Ils décident d'exposer eux-mêmes leurs oeuvres dans l'atelier
de leur ami, le photographe Félix Tournachon, plus connu
sous le pseudonyme Nadar, au 35, boulevard des Capucines.
Parmi les réfusés du Salon de 1874 figurent des noms qui
deviendront très vite immortels: Boudin, Cézanne, Degas, Monet,
Pissaro, Renoir, Sisley,...
Louis Le Roy, critique du journal Le Charivari, ironise
sur ces peintres qui se détournent de la manière académique
en vogue sous le Second Empire. Il les appelle impressionnistes
d'après le titre d'un tableau de Claude Monet: Impression
soleil levant.
En dépit de leurs dissemblances, ces artistes cultivent en commun
une nouvelle technique picturale qui donne la primeur aux effets
de lumière.
Sur leurs tableaux, le dessin s'efface devant les touches de
couleur et les objets devant la représentation qu'en donnent
les sens.
Auguste Renoir se souviendra plus tard: «Nous voulions
dans nos tableaux des accords gais, de la vie sans littérature.
Un matin, l'un de nous, manquant de noir, utilisa du bleu.
L'impressionnisme était né» (1).
Les impressionnistes se démarquent des peintres académiques,
qu'ils appellent «pompiers», par un autre trait: ils
décrivent la vie quotidienne de préférence à des sujets mythologiques
ou historiques.
Grâce à la peinture en tube métallique mise
au point par Jean-Frédéric Bazille,
ils sortent de leur atelier et peignent volontiers en extérieur.
Révolutionnaires dans la forme, ils se montrent très conservateurs
dans les sujets traités: paysages bucoliques, enfants adorables
ou belles adolescentes dénudées.
Sous le règne de Napoléon III, ces peintres représentent les
joies de la vie parisienne et les quartiers modernes créés par
le préfet Haussmann. Ils mettent en scène les bourgeois, les
courses, les demi-mondaines et les courses à Longchamp.
Des bourgeois tranquilles
Le journaliste
et romancier Émile Zola, fin observateur de son époque,
écrit vers 1866: «La vie d'un artiste aujourd'hui
est celle d'un bourgeois tranquille qui peint des tableaux
comme d'autres vendent du poivre derrière leur comptoir.
La race chevelue de 1830
a même, Dieu merci, complètement disparu et nos peintres
sont devenus ce qu'ils doivent être, des gens vivant la
vie de tout le monde».
Après les horreurs de
la Commune, écœurés par les violences populaires et
la laideur de la société industrielle, les peintres impressionnistes se replient vers
les villages bucoliques des environs de Paris: Auvers-sur-Oise, Barbizon, Chatou,... en
quête de lumière pure et de bonheur simple.
La frange éclairée des bourgeois de la IIIe République ne tarde pas à reconnaître
leur talent. L'impétueux Georges Clemenceau se lie ainsi d'amitié avec Claude Monet.
La IIIe
République se détourne du peuple
La IIIe République de cette fin de siècle n'a d'yeux que pour les débats sur la place
de l'Armée et de l'Église dans la société et pour les enjeux coloniaux.
Le temps n'est plus où Millet, l'auteur de L'Angélus, exaltait la vertu des
pauvres à travers ses durs portraits de travailleurs (comme ont pu s'en apercevoir les
heureux visiteurs de l'exposition «Millet et Van
Gogh», en 1999, à Paris).
Même changement dans la littérature romanesque. On oublie Eugène Sue qui faisait
pleurer son public sur le sort des pauvres en 1842, dans les Mystères de Paris,
et même Victor Hugo, qui racontait en 1866 l'épopée émouvante des Misérables.
Au contraire de ses devanciers, le grand romancier de la fin du siècle, Émile Zola, ne
s'apitoie pas sur les miséreux et les ouvriers mais les dépeint comme des êtres
irrémédiablement marqués par leur ascendance génétique.
(1) Augustin
de Butler, Renoir, écrits,
entretiens et textes sur l'art, Editions de l'Amateur, 2002 [retour]
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