Victoire des
Athéniens à Salamine
Non contents d'avoir été battus à Marathon, les Perses
engagent dix ans plus tard une deuxième guerre contre Athènes et ses alliés de la
confédération de Délos.
Cette deuxième guerre médique s'achève le 22 septembre de l'an 480 avant notre ère par
la victoire de la flotte athénienne dans le détroit de Salamine.
Le «Rois des Rois» Xerxès, fils de Darius 1er, a entamé les hostilités par
une double offensive terrestre et navale.
Xerxès fait fouetter la mer
L'armée perse traverse le détroit de l'Hellespont qui sépare l'Asie de l'Europe
(aujourd'hui, le Bosphore).
Selon un célèbre récit d'Hérodote, une tempête ayant détruit les ponts provisoires
installés sur le détroit, Xerxès donne l'ordre de flageller la mer afin de la punir.
«... Xerxès indigné ordonna d'infliger à l'Hellespont trois cents coups de fouet
et de jeter dans ses eaux une paire d'entraves. J'ai entendu dire aussi qu'il avait
envoyé d'autres gens pour marquer l'Hellespont au fer rouge. En tout cas, il enjoignit à
ses gens de dire, en frappant de verges l'Hellespont, ces mots pleins de l'orgueil
insensé d'un Barbare: "Onde amère, notre maître te châtie parce que tu l'as
offensé quand il ne t'a jamais fait de tort. Le roi Xerxès te franchira, que tu le
veuilles ou non; et c'est justice que personne ne t'offre de sacrifices, car tu n'es qu'un
courant d'eau trouble et saumâtre". Ainsi fit-il châtier la mer , - et couper la
tête aux ingénieurs qui avaient dirigé les travaux» (Hérodote, La Pléiade).
Après cet épisode, l'armée perse pénètre dans le massif montagneux de l'Oeta. Là,
dans le défilé des Thermopyles qui donne accès à la péninsule grecque, elle se
heurte à la résistance forcenée de 300 hoplites venus de Sparte sous le commandement du
général Léonidas (rien à voir avec les chocolats du même nom ;-).
Ces héros ainsi que 700 soldats des cités de Thèbes et de Thespies venus en renfort se
font tuer jusqu'au dernier pour retarder l'avance des Perses et laisser aux autres Grecs
le temps de se préparer à la guerre. Une inscription sera plus tard gravée sur la
pierre en leur souvenir: «Passant, va dire à Sparte que nous sommes morts pour
obéir à ses lois».
La Béotie et l'Attique sont désormais menacées d'invasion et la plupart des Grecs se
replient derrière le détroit de Corinthe, dans le Péloponnèse, où ils se préparent
à une ultime résistance.
Thémistocle,
celui qui dit non
Face aux Perses de Xerxès, la Grèce semble défaite.
C'est compter sans la détermination de Thémistocle. Archonte d'Athènes et chef du parti
populaire, il a compris après la bataille de Marathon que l'avenir de sa cité se
jouerait désormais sur l'eau.
Par des mesures fiscales, il oblige les riches Athéniens à aménager le port du Pirée
et fait construire les Longs Murs, des fortifications destinées à protèger les
communications entre le port et la cité.
Il convainc surtout l'assemblée du peuple d'affecter les revenus des mines
d'argent du Laurion à la construction de cent trières ou bateaux de guerre. C'est
de cette flotte qu'il entend se servir pour résister aux envahisseurs.
Son audace ne rencontre plus de bornes avec l'ostracisme qui frappe en 482 avant JC son
rival Aristide, le chef du parti aristocratique.
À l'approche des Perses, Thémistocle convainc les habitants d'abandonner leur ville avec
la complicité des prêtres de la déesse Athéna et sur la foi d'un oracle ambigu de la
Pythie de Delphes qui évoque le «rempart de bois» de la flotte.
Les familles se réfugient dans la ville voisine de Trézène tandis que les hommes en
âge de combattre embarquent sur les trirèmes, des bateaux de guerre à trois rangs de
rameurs.
C'est le moment où déboule l'armée perse. Elle occupe l'Attique, la province
d'Athènes, et pénètre dans la cité qu'elle pille et brûle, détruisant notamment le
temple de l'Erechtéion sur l'Acropole. Les quelques Athéniens qui avaient
refusé de suivre Thémistocle sont massacrés sans façon.
La flotte de Xerxès, forte de plus d'un millier de navires, mouille dans le port du
Phalère, non loin d'Athènes. Pendant ce temps, les 380 trirèmes de la flotte
athénienne se mettent à l'affût dans le détroit qui sépare l'Attique de l'île de
Salamine.
Par une nouvelle ruse, Thémistocle envoie son propre esclave auprès de Xerxès. Se
faisant passer pour traître, l'esclave explique au Roi des Rois que les Grecs
sont terrorisés et s'apprêtent à fuir dès la nuit suivante. Ce n'est à vrai dire
qu'un demi-mensonge car les Athéniens, à l'exception de Thémistocle, n'en mènent pas
large.
Xerxès ordonne à sa flotte se déployer à l'entrée du détroit. Cette manœuvre a
l'effet de renforcer la détermination des Athéniens. Et au petit matin, les Perses
voient avec effarement la flotte ennemie se ruer à leur rencontre.
Indisposés par l'étroitesse de la passe, les navires perses manœuvrent dans la plus
grande confusion. Alors s'engage pour Athènes le combat de la dernière chance.
Huit ans après, en -472, le poète Eschyle en a fait le récit dans sa tragédie Les
Perses:
«Puis la flotte entière se dégage et s'avance, et l'on pouvait alors entendre, tout
proche, un immense appel:
"Allez, enfants des Grecs, délivrez vos enfants et vos femmes, les sanctuaires des
dieux de vos pères et les tombeaux de vos aïeux: c'est la lutte suprême!"...»
(Eschyle - Les Perses).
Xerxès assiste de la rive à la déconfiture de sa flotte. Après un ultime combat à
Platées, l'année suivante, le Roi des Rois se replie en Asie avec ses troupes. C'en est
fini de la menace perse.
Forte de sa victoire, Athènes va dès lors rayonner sur toute la Grèce et placer un
grand nombre de cités sous sa protection. La culture classique va s'épanouir au pied de
l'Acropole.