25 septembre 1609

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Portrait de jeune homme, par Raphaël (Italie 1483-1520), National Gallery of Art (Washington)
Ce jour-là...

«Journée du guichet» à Port-Royal

Le 25 septembre 1609, émotion à l'abbaye de Port-Royal. Jacqueline Arnauld (Mère Angélique pour les religieuses) refuse de recevoir son père et son frère au guichet du couvent.

Cette journée dite «Journée du Guichet» marque le début d'une querelle religieuse et intellectuelle qui parcoura tout le XVIIe siècle français, que l'on qualifie parfois de «Siècle des Saints» (François de Sales, Vincent de Paul,...) tant il est en rupture avec la vague de déchristianisation et de doute du siècle précédent.

Jacqueline Arnauld est la fille d'un grand avocat du Parlement de Paris et la petite-fille d'un illustre chef... protestant. Son père l'avait faite désigner dix ans plus tôt comme «coadjutrice» de l'abbesse de Port-Royal, alors qu’elle était tout juste âgée de... 8 ans.

Après trois ans de formation à l'abbaye de Maubuisson, Jacqueline prend ses fonctions à Port-Royal, dans la vallée de Chevreuse, au sud de Paris, sans manifester une vocation  quelconque pour la vie religieuse.

Touchée par la foi à la fin de son adolescence, elle restaure une sévère discipline dans ce vieil établissement de l’ordre de Cîteaux qui était devenu au fil des siècles un lieu de mondanités aux mœurs relâchées.

C'est ainsi qu'elle interdit aux religieuses le droit de recevoir leur famille (c'est la «clôture»); elle rétablit surtout la règle monastique de saint Benoît de Nursie dans toute sa rigueur, en partageant les journées entre travail, prière et repos.

Mère Angélique et sa soeur, Mère Agnès, à Port-Royal, par Philippe de Champaigne

Son initiative ne manque pas de surprendre dans les milieux bourgeois et aristocratiques de la capitale où, au sortir des guerres de religion, on s’était habitué à considérer les affaires religieuses avec un certain détachement.

Mère Angélique contribue au renouveau de la religion catholique en France en s’appuyant sur l’enseignement de François de Sales. Le monastère reçoit un afflux important de vocations.

Trop à l'étroit dans la vallée de Chevreuse, Mère Angélique et les Filles du Saint Sacrement (ainsi appelle-t-on les religieuses de Port-Royal) s'établissent en 1625 dans un nouvel établissement du faubourg Saint-Jacques, au sud de Paris (quelques sœurs reviendront dans la vallée en 1648 après l'assèchement des marécages).

 < Blaise Pascal >L’esprit de Port-Royal séduira des génies intellectuels aussi remarquables que Blaise Pascal, né en 1623 et attiré dans les lieux par sa sœur Jacqueline, et Jean Racine, né en 1639.

Ce dernier passe son enfance dans le château de Chevreuse et étudie aux Petites Écoles de l’abbaye de Port-Royal des Champs (ainsi dénommée par opposition au nouvel établissement de Port-Royal de Paris).

Un autre disciple, le peintre Philippe de Champaigne, laissera de saisissants portraits de Mère Angélique et des principaux protagonistes de Port-Royal.

Naissance et mort du jansénisme


Les choses se gâtent après la publication en 1640 de l’ouvrage posthume d’un certain Jansénius, évêque d’Ypres. Ce théologien catholique lie le salut de chacun à la grâce, c’est-à-dire au bon vouloir de Dieu, en interprétant de façon stricte la doctrine de Saint Augustin.

 < Jean Duvergier de Hauranne, abbé de Saint-Cyran, par Philippe de Champaigne >Sa doctrine est introduite en France par Jean Duvergier de Hauranne, abbé de Saint-Cyran (Indre). Ce hobereau né à Bayonne en 1581 a correspondu dans sa jeunesse avec Jansénius.

Devenu en France le chef du parti dévot, très lié au Parlement, il entre en conflit avec le cardinal de Richelieu. Celui-ci le fait enfermer à Vincennes en 1638 faute de pouvoir l'acheter par des bénéfices et des honneurs.

L'abbé, devenu en 1633 confesseur et directeur de conscience de Port-Royal de Paris, rallie Mère Angélique et ses religieuses à la doctrine janséniste.

Le jansénisme pénètre aussi à Port-Royal des Champs, où sont établis des disciples de Mère Angélique aussi appelés les Solitaires.

Ces «Messieurs» de Port-Royal opposent violemment le jansénisme à la pratique complaisante des jésuites, très influents à la Cour et dans l’enseignement.

Ils dispensent leur enseignement aux Petites Écoles et à travers de nombreuses publications. Ils s'installent aux Granges, à côté de l'abbaye, tandis que Mère Angélique et une partie de ses religieuses réinvestissent celle-ci.

La querelle janséniste atteint son summum en 1655 avec la publication des Provinciales par Blaise Pascal. Mais très vite, sous le règne de Louis XIV, le jansénisme s’épuise, victime de ses excès.

Les cinq propositions contenues dans l’ouvrage de Jansénius sont condamnées en 1659 par une «bulle» du pape.

En 1664, les religieuses de Port-Royal de Paris sont dispersées dans différentes institutions. L'établissement est débarrassé des jansénistes et tombe entre les mains des jésuites, leurs ennemis de toujours. Après bien des vicissitudes, ses bâtiments hébergeront en 1814 une maternité. Connue sous le nom de Baudelocque, c'est aujourd'hui la plus grande maternité de France!

À la fin de son règne, le 29 octobre 1709, le roi Louis XIV dispersera enfin les religieuses de Port-Royal des Champs. Il fera raser l’abbaye, dont seules subsistent aujourd’hui les ruines romantiques. Les sépultures seront même violées.

 

Mise à jour le 24 février 2003