2 octobre 1935

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Les baladins, par Pablo Picasso (Espagne et France 1881-1973), National Gallery of Art (Washington)
Ce jour-là...

L'Italie attaque l'Éthiopie

Les armées italiennes envahissent l’Éthiopie le 2 octobre 1935 sur un fallacieux prétexte.

Le dictateur Benito Mussolini veut venger une humiliante défaite des armées italiennes face aux Éthiopiens du négus Ménélik, à Adoua, le 1er mars 1896.

Il veut aussi offrir à son pays un empire colonial digne de son rang, et il n'a pas d'autre solution pour cela que d'attaquer le seul État africain qui ait échappé à la colonisation européenne.

Sur l'ordre du Duce, dix divisions appuyées par les chars et l'aviation - au total 400.000 hommes - se ruent sur ce pays misérable et le prennent en tenaille à partir des colonies italiennes de Somalia et d'Érythrée.

Malgré des bombardements brutaux et l'usage de l'ypérite et du phosphore, il faudra plusieurs mois aux troupes fascistes pour venir à bout de la résistance éthiopienne et chasser le souverain, le négus Haïlé Sélassié.

Le 9 mai 1936, enfin, le roi Victor-Emmanuel III est proclamé empereur d'Éthiopie et, le 1er juin, Mussolini peut annoncer à Rome la naissance de l'«Africa Orientale Italiana».

Fatal enchaînement


L'agression de l’Éthiopie, qui fait partie de la Société des Nations, porte un rude coup à la paix dans le monde et rompt l'équilibre précaire né du traité de Versailles.

Conséquente avec elle-même, la SDN condamne l'Italie dès le début de l'agression. Elle demande à la France et à l'Angleterre d'appliquer à son encontre des sanctions économiques.

Mais en France même, les partis de gauche comme de droite se refusent à sanctionner une violation du droit international pour complaire à «un amalgame de tribus incultes» (sic).

Les gouvernements français et anglais (qui possèdent eux-mêmes d'immenses empires coloniaux!) exécutent les sanctions avec réticence. Ils ne tiennent pas à se brouiller avec le Duce à un moment très critique pour l'Europe.

Quelques mois plus tôt, le 11 avril, à Stresa, Mussolini lui-même leur a proposé un front commun face aux violations du traité de Versailles par le nouveau Führer de l'Allemagne, Adolf Hitler. Celui-ci a rétabli le service militaire et vient, qui plus est, d'annoncer les premières lois antisémites.

Le 7 mars 1936, Hitler remilitarise sans préavis la Rhénanie. Inquiète pour la paix en Europe, la SDN lève les sanctions contre l'Italie dès le mois de mai et l'annonce de la conquête définitive de l'Ethiopie.

L'intervention poignante du négus ne change rien. Haïlé Sélassié vient plaider la cause de l'Ethiopie à Genève, devant les délégués de la SDN, le 30 juin 1936. Le petit homme frêle tout de blanc vêtu fait une grande impression sur les délégués et sur l'opinion publique mais n'entraîne aucune décision en sa faveur.

Ces atermoiements de la SDN et des démocraties occidentales échoueront cependant à isoler Hitler.

La condamnation de la SDN a contribué à souder les Italiens autour du Duce. Déçu par l'attitude des Occidentaux à son égard, celui-ci a pris le parti de se rapprocher du Führer.

C'est ainsi que Mussolini intervient à ses côtés dans la guerre civile qui éclate en juillet 1936 en Espagne. Le 1er novembre, il annonce la création d'un axe Rome-Berlin. Le 11 décembre de l'année suivante, l'Italie se retire de la SDN.

 

Mise à jour le 23 février 2003