18 octobre 1748

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Le temps des Révolutions (1688-1848)
Ce jour-là...

La Prusse triomphe au traité d'Aix-la-Chapelle

Le 18 octobre 1748, le traité d'Aix-la-Chapelle met fin à la guerre de Succession d'Autriche.

A la mort de l'empereur d'Allemagne Charles VI, sa fille aînée, Marie-Thérèse, devait lui succéder en vertu d'une «Pragmatique Sanction» signée par son père en 1713.

Cette ordonnance impériale devait éviter le morcellement de ses États. Mais elle ne fut agréée que du bout des lèvres par les souverains européens.

Or, l'empereur Charles VI décède le 20 octobre 1740, à un moment clé de l'histoire des monarchies.

Frédéric-Guillaume 1er, surnommé le Roi-Sergent, est lui-même mort le 31 mai et son fils lui succède sur le trône de Prusse sous le nom de Frédéric II. Personne n'imagine l'esprit politique qui se cache derrière les bonnes manières de ce jeune homme amoureux de philosophie.

En Russie, la tsarine Anna Ivanovna meurt le 28 octobre. Son neveu Ivan IV (1 an) est rapidement éliminé et la fille de Pierre le Grand, Elizabeth Petrovna, devient à son tour tsarine le 7 décembre 1741.

Quand vient le moment de procéder à l'élection du nouvel empereur du Saint Empire romain germanique, l'Electeur de Bavière Charles Albert de Wittelsbach se porte candidat au grand dam des Habsbourg d'Autriche.

Louis XV et son ministre Fleury sont disposés à respecter leurs engagements vis à vis des Habsbourg dans un souci d'équilibre européen. Ils ont acquis la conviction que l'Autriche ne représente plus un danger pour la France et qu'il ne servirait à rien de l'abaisser.

Mais l'opinion éclairée, à Paris, est d'un avis opposé. Les nobles rêvent d'en découdre avec l'ennemie séculaire, héritière de Charles Quint, voire de Charles le Téméraire et des Bourguignons.

Un compromis se dessine. Marie-Thérèse conserverait ses domaines héréditaires d'Autriche, de Bohème et de Hongrie tandis que le titre impérial, purement symbolique, reviendrait au duc de Bavière.

C'est alors que le roi de Prusse Frédéric II s'empare sans coup férir de la province autrichienne de Silésie, depuis longtemps convoitée.

Le négociateur français à la Diète de Francfort rejoint son camp. Outrepassant les instructions de Louis XV, il signe une alliance avec la Prusse et la Bavière, contre l'Autriche.

La guerre de Succession d'Autriche


Ainsi s'engage la guerre de Succession d'Autriche, coûteuse pour la France et annonciatrice des malheurs liés à la montée de la Prusse.

Les armées prennent Prague tandis que Marie-Thérèse et ses troupes hongroises saccagent Munich et la Bavière.

Incontinent, Frédéric II signe le 28 juillet 1742, à Berlin, un traité unilatéral avec Marie-Thérèse, qui lui abandonne la Silésie.

Les Français, piteux, doivent se retirer de Prague. Fin du premier acte.

Après la chute de son premier ministre Walpole, le roi d'Angleterre George II décide d'intervenir plus activement dans le conflit en faveur des Autrichiens.

L'armée anglaise bouscule les Français sur le Rhin.

Nul ne sait plus quel est l'enjeu de cette guerre d'autant que la mort l'empereur Charles VII de Bavière permet à François de Lorraine, l'époux de Marie-Thérèse, de se faire élire à la tête de l'empire sous le nom de François II (on parlera désormais de la dynastie des Habsbourg-Lorraine et non plus des seuls Habsbourg).

A noter que les deux époux auront 21 enfants, dont notre chère Marie-Antoinette. C'est beaucoup mieux que Louis XV et la douce Marie Leczinska, limités à 15 enfants (avaient-ils pris la pilule?).

Le roi de Prusse, Frédéric II renoue avec la France pour mieux battre l'Autriche. Il obtient de celle-ci confirmation de son annexion de la Silésie et se retire définitivement du conflit, laissant les Français seuls avec leurs difficultés.

Le «monarque éclairé» de Prusse n'en continue pas moins de bénéficier d'un soutien inconditionnel de l'élite intellectuelle de Paris. Celle-ci ne comprendra ses erreurs qu'après la bataille de Sadowa,... en 1866. Il sera trop tard, alors, pour arrêter l'irrésistible progression de la Prusse.

Louis XV se fait heureusement épauler par le maréchal Maurice de Saxe, un condottiere (mercenaire) au service de la France.

Sur la frontière avec les Pays-Bas autrichiens (l'actuelle Belgique), Maurice de Saxe remporte sur les troupes anglo-autrichiennes du duc de Cumberland les éclatantes victoires de Fontenoy en 1745, puis de Lawfeld.

La France sort finalement vainqueur de la guerre. Elle est en situation d'annexer les Pays-Bas.

Un traité chahuté


Pourtant, en dépit de ses victoires, Louis XV, dont la popularité est à son apogée, n'exige rien pour la France.

Le jeune roi (30 ans) manifeste en cette occasion une lucidité qui lui sera reprochée par l'opinion éclairée de son pays (et dont il ne tardera pas à se défausser sous l'influence de la Pompadour et de ses autres maîtresses).

En une époque où s'affirment avec forces les consciences nationales, il rejette les conquêtes à l'emporte-pièce qui peuvent provoquer des conflits en cascade.

Il veut préserver l'équilibre européen et il aurait lui-même déclaré faire la paix «non en marchand mais en roi».

La France restitue donc les territoires conquis aux Pays-Bas autrichiens ainsi que la Savoie et le comté de Nice. Il reconnaît à Marie-Thérèse de Habsbourg et à son mari François 1er le droit à la couronne impériale.

La diplomatie européenne ne peut pas empêcher cependant l'occupation de la Silésie par le roi de Prusse Frédéric II.

C'est la première fois que la diplomatie entérine la conquête d'une province sans justification aucune. Ce précédent ne sera pas oublié.

Frédéric II apparaît comme le seul gagnant de la guerre. Il illustre les rapides progrès accomplis par la Prusse depuis son érection en royaume, en 1701.

Le traité d'Aix-la-Chapelle est à l'origine de plusieurs expressions populaires : «bête comme la paix», «travailler pour le roi de Prusse».

 

Mise à jour le 24 février 2003