9 novembre 1989

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Pour Vava, par Marc Chagall (1955)
Ce jour-là...

La chute du Mur de Berlin

Chacun se souvient de la nuit du 9 au 10 novembre 1989. Cette nuit-là, devant les caméras du monde entier, de jeunes Allemands de l'Est et de l'Ouest brisent le Mur de la honte qui sépare Berlin depuis le 13 août 1961.

Ils prennent de court les dirigeants des deux bords qui ne s'attendaient pas à un enchaînement aussi rapide des événements.

Les Hongrois, touchés par la politique de glasnost (transparence) engagée depuis 1986 par le dirigeant soviétique Mikhaïl Gorbatchev, avaient annoncé le 2 mai leur intention d'entrouvrir leur frontière avec l'Autriche.

Des centaines d'Allemands de l'Est se précipitèrent alors en Hongrie dans l'espoir de bientôt passer à l'Ouest. En septembre, ils sont plusieurs milliers à s'enfuir de la sorte.

En République Démocratique Allemande (RDA), à Leipzig puis dans les autres villes du pays, les opposants au communisme quittent le secret des temples luthériens et manifestent au grand jour.

Le pouvoir vacille. Erich Honecker laisse la place à Egon Krenz. Mais rien n'arrête plus l'Histoire. Un million de manifestants à Berlin-Est entraînent la démission collective du gouvernement communiste le 7 novembre.

Le soir du 9 novembre, à 22h15, des milliers de Berlinois massés près du Mur ouvrent un à un les postes frontière.

En près de 30 ans, les redoutables garde-frontières est-allemands, les «vopos», ont tué 239 personnes qui tentaient de franchir le Mur. Cette fois, ils gardent l'arme au pied.

Face à la politique d'ouverture engagée depuis 1986 par Mikhaïl Gorbatchev et à la désintégration de leur propre gouvernement, ils comprennent que leur temps est révolu.

La chute du Mur (3,60 mètres de haut, 160 kilomètres de long et 300 miradors) met fin à cinquante ans de séparation et d'antagonismes entre les deux parties de l'Allemagne, la République Fédérale Allemande (RFA), sous influence occidentale, et la République Démocratique Allemande (RDA), sous domination soviétique.

Les idéologies chavirent dans un enthousiasme débridé. Personne ne s'inquiète encore des lendemains difficiles de la réunification.

Sans perdre de temps, le chancelier fédéral Helmut Kohl imposera une unification monétaire puis politiques des deux parties de l'Allemagne.

L'unité sera officielle le 3 octobre 1990. Mais, en 1999, le vieux chancelier laissera à son successeur l'honneur d'inaugurer l'installation des pouvoirs publics à Berlin, qui fut déjà la capitale de l'Allemagne de 1871 à 1945.

Mitterrand et la réunification allemande


Le 3 novembre, dans une conférence de presse donnée en Allemagne, le président français déclare: «Je n'ai rien contre la réunification». Mais, comme tout un chacun, il songe alors à une réunification très progressive.

Après la chute du Mur, François Mitterrand cache mal son irritation et ne donne aucun signe d'encouragement à son ami Helmut Kohl.

Il craint que l'avènement d'une Allemande unie et puissante au cœur de l'Europe ne marginalise la France.

Début décembre, il rencontre Mikhail Gorbatchev à Kiev. Il échoue, semble-t-il, à le convaincre de freiner les ardeurs du chancelier ouest-allemand.

Le 19 décembre, comme si de rien n'était, le président français effectue auprès du gouvernement moribond de Berlin-Est un voyage officiel qui était prévu de longue date.

Non content de cette maladresse, François Mitterrand exige du chancelier ouest-allemand, en préalable à la réunification, une reconnaissance formelle de la frontière germano-polonaise issue de la dernière guerre.

Pour les Allemands de l'Ouest en général, et Helmut Kohl en particulier, cette attitude qui met en doute leur pacifisme est ressentie comme une provocation.

Il va de soi que ces nuages sur les relations franco-allemandes ne ralentissent en rien la course à la réunification.

Ils témoignent simplement du décalage entre la réalité et la diplomatie française, qu'incarnent à ce moment-là François Mitterrand et son ministre Roland Dumas.

1989


1989 est l'année clé de cette fin de siècle. La chute du Mur liquide les séquelles de la seconde guerre mondiale. Elle annonce en même temps la mort prochaine de l'URSS et du communisme.

En janvier est mort l'empereur Hiro Hito, qui a régné sur le Japon depuis 1926. C'est le dernier des grands acteurs de ce siècle.

Cependant que s'écroulent les régimes communistes d'Europe les uns après les autres, au Kosovo, un certain Milosevic fait un discours retentissant devant une foule de Serbes enthousiastes... De nouvelles formes de guerres se préparent cette année-là à l'insu de l'opinion mondiale.

 

Mise à jour le 22 février 2003