La chute du
Mur de Berlin
Chacun se souvient de la nuit du 9 au 10 novembre 1989. Cette
nuit-là, devant les caméras du monde entier, de jeunes Allemands de l'Est et de l'Ouest
brisent le Mur de la honte qui sépare Berlin depuis le 13 août 1961.
Ils prennent de court les dirigeants des deux bords qui ne s'attendaient pas à un
enchaînement aussi rapide des événements.
Les Hongrois, touchés par la politique de glasnost (transparence) engagée
depuis 1986 par le dirigeant soviétique Mikhaïl Gorbatchev, avaient annoncé le 2 mai
leur intention d'entrouvrir leur frontière avec l'Autriche.
Des centaines d'Allemands de l'Est se précipitèrent alors en Hongrie dans l'espoir de
bientôt passer à l'Ouest. En septembre, ils sont plusieurs milliers à s'enfuir de la
sorte.
En République Démocratique Allemande (RDA), à Leipzig puis dans les autres villes du
pays, les opposants au communisme quittent le secret des temples luthériens et
manifestent au grand jour.
Le pouvoir vacille. Erich Honecker laisse la place à Egon Krenz. Mais rien n'arrête plus
l'Histoire. Un million de manifestants à Berlin-Est entraînent la démission collective
du gouvernement communiste le 7 novembre.
Le soir du 9 novembre, à 22h15, des milliers de Berlinois massés près du Mur ouvrent un
à un les postes frontière.
En près de 30 ans, les redoutables garde-frontières est-allemands, les «vopos»,
ont tué 239 personnes qui tentaient de franchir le Mur. Cette fois, ils gardent l'arme au
pied.
Face à la politique d'ouverture engagée depuis 1986 par Mikhaïl Gorbatchev et à la
désintégration de leur propre gouvernement, ils comprennent que leur temps est révolu.
La chute du Mur (3,60 mètres de haut, 160 kilomètres de long et 300 miradors) met fin à
cinquante ans de séparation et d'antagonismes
entre les deux parties de l'Allemagne, la République Fédérale Allemande (RFA), sous
influence occidentale, et la République Démocratique Allemande (RDA), sous domination
soviétique.
Les idéologies chavirent dans un enthousiasme débridé. Personne ne s'inquiète encore
des lendemains difficiles de la réunification.
Sans perdre de temps, le chancelier fédéral Helmut Kohl imposera une unification
monétaire puis politiques des deux parties de l'Allemagne.
L'unité sera officielle le 3 octobre 1990. Mais, en 1999, le vieux chancelier laissera à
son successeur l'honneur d'inaugurer l'installation des pouvoirs publics à Berlin, qui
fut déjà la capitale de l'Allemagne de 1871 à 1945.
Mitterrand et la réunification allemande
Le 3 novembre, dans une conférence de presse donnée en Allemagne, le président français déclare: «Je n'ai rien contre la
réunification». Mais, comme tout un chacun, il songe alors à une réunification
très progressive.
Après la chute du Mur, François Mitterrand cache mal son irritation et ne donne aucun
signe d'encouragement à son ami Helmut Kohl.
Il craint que l'avènement d'une Allemande unie et puissante au cœur de l'Europe ne
marginalise la France.
Début décembre, il rencontre Mikhail Gorbatchev à Kiev. Il échoue, semble-t-il, à le
convaincre de freiner les ardeurs du chancelier ouest-allemand.
Le 19 décembre, comme si de rien n'était, le président français effectue auprès du
gouvernement moribond de Berlin-Est un voyage officiel qui était prévu de longue date.
Non content de cette maladresse, François Mitterrand exige du chancelier ouest-allemand,
en préalable à la réunification, une reconnaissance formelle de la frontière
germano-polonaise issue de la dernière guerre.
Pour les Allemands de l'Ouest en général, et Helmut Kohl en particulier, cette attitude
qui met en doute leur pacifisme est ressentie comme une provocation.
Il va de soi que ces nuages sur les relations franco-allemandes ne ralentissent en rien la
course à la réunification.
Ils témoignent simplement du décalage entre la réalité et la diplomatie française,
qu'incarnent à ce moment-là François Mitterrand et son ministre Roland Dumas.
1989
1989 est l'année clé de cette fin de siècle. La chute du Mur liquide les séquelles de
la seconde guerre mondiale. Elle annonce en même temps la mort prochaine de l'URSS et du
communisme.
En janvier est mort l'empereur Hiro Hito, qui a régné sur le Japon depuis 1926. C'est le
dernier des grands acteurs de ce siècle.
Cependant que s'écroulent les régimes communistes d'Europe les uns après les autres, au
Kosovo, un certain Milosevic fait un discours retentissant devant une foule de Serbes
enthousiastes... De nouvelles formes de guerres se préparent cette année-là à l'insu
de l'opinion mondiale.