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Le 17 janvier
1991 débute l’opération «Tempête du désert». Une coalition
internationale attaque l'Irak de Saddam Hussein, qui a eu le front d'annexer l'émirat du
Koweit.
La coalition réunit 28 pays et 605.000 hommes dont une moitié d'Étatsuniens. Elle
dispose d'armes du dernier cri. Face à elle, les 540.000 soldats irakiens, mal commandés
et sans motivation, ne font pas le poids.
Après plusieurs jours de bombardements massifs sur l'ensemble du pays, les armées
coalisées entament une promenade militaire à travers le Koweit et l'Irak lui-même.
La guerre-éclair se solde par plus de 200.000 morts du côté irakien (dont une moitié
de civils), contre quelques dizaines du côté des assaillants.
Les pertes occidentales pourraient s'avérer beaucoup plus lourdes à moyen terme du fait
de la contamination des soldats par les résidus des bombes fabriquées à partir de
déchets d'uranium appauvri.
La guerre et l'embargo économique qui lui fait suite ont porté un coup fatal à l'un des
pays les plus mythiques du monde.
Un pays
mythique
Entre les fleuves du Tigre et l'Euphrate, dans l'antique Mésopotamie (en grec, «le
pays d'entre les fleuves»), l'écriture est née il y a six mille ans. Les
cités de Sumer, Babylone et Bagdad ont rayonné tour à tour sur le monde civilisé.
Dans un paysage aujourd'hui aride et désolé flottent les fantômes d'Abraham,
Hammourabi, Alexandre le Grand, Haroun al-Rachid et Saladin.
Créé par les Britanniques sur les ruines de l'empire ottoman, l'Irak moderne a d'abord
été une monarchie pro-occidentale riche de son pétrole.
Dans les années 1970, le parti Baas, socialiste, moderniste et laïc,
nationalise les ressources pétrolières et modernise hardiment le pays avec le soutien,
en particulier, du Premier ministre français Jacques Chirac.
Dangereuse dérive
Le 16 juillet 1979, le numéro deux du régime, un militaire brutal nommé Saddam Hussein
s'arroge la totalité du pouvoir.
Sous le prétexte d'une menace communiste, il fait fusiller sans état d'âme un grand
nombre de ses opposants et de ses rivaux.
La révolution islamiste dans l'Iran voisin suscite l'émotion chez les Occidentaux comme
chez les Soviétiques.
En 1981, les uns et les autres encouragent Saddam Hussein à porter la guerre chez son turbulent voisin.
Isolé par le pouvoir absolu et l'absence d'opposition internationale, Saddam Hussein
dérive vers de dangereuses pratiques.
Le dictateur massacre les shi'ites du sud
irakien, favorables à leurs coreligionnaires iraniens.
Il met au pas les montagnards kurdes du nord, qui n'en finissent pas de se battre entre
eux ou contre leurs voisins.
L'emploi de gaz de combat et d'armes chimiques contre ses propres sujets, en violation de
toutes les conventions internationales, suscite une protestation molle de la part des
démocrates occidentaux.
Coup de poker
En 1988, la guerre entre l'Iran et l'Irak laisse les deux pays ruinés. C'est alors que le
Koweit, rompant la solidarité entre les pays exportateurs de pétrole, augmente
unilatéralement sa production et fait chuter les cours.
L'Irak perd les deux tiers de ses recettes pétrolières. Qui plus est, l'émir du
Koweit, Jaber al-Sabah, refuse d'annuler une dette de 15 milliards de dollars contractée
par l'Irak pendant la guerre contre l'Iran.
Saddam Hussein garde de tout cela rancune au Koweit. Il se souvient que le petit émirat
faisait partie de son pays avant que les Britanniques ne l'en détachent en 1932.
Le 25 juillet 1990, l'ambassadrice américaine à Bagdad, April Glaspie, est convoquée
par Saddam Hussein qui lui fait part de son intention de conquérir le Koweit pour
récupérer sa dette. L'ambassadrice ne bronche pas et assure même le dictateur que les
États-Unis n'interviendront pas dans le règlement du conflit. Le piège se referme.
Le piège
Saddam Hussein ordonne l'occupation de l'émirat le 2 août 1990. Il est aussitôt surpris
par la violence des réactions internationales.
C'est que l'annexion du Koweit constitue une menace insupportable pour les autres
monarchies du Golfe Persique.
L'appropriation par l'Irak des ressources pétrolières du Koweit présente aussi pour les
Occidentaux le risque de déséquilibrer le marché du pétrole.
Plus sérieusement, il semble que les dirigeants américains aient choisi de tirer parti
de Saddam Hussein et de ses foucades pour installer une base militaire au milieu des
champs pétrolifères du Golfe Persique.
L'implosion de l'URSS, au même moment, leur laisse toute liberté d'agir.
Les monarchies arabes refusaient jusque-là toute présence militaire occidentale sur le
territoire sacré de l'islam. Elles reviennent sur leur choix devant la menace (fictive)
d'une invasion de l'Arabie par Saddam Hussein.
Une armada est rassemblée dans le désert arabe par les Anglo-Saxons et les Européens.
Elle remporte une victoire totale et sans surprise sur l'armée irakienne que la
propagande occidentale présentait sans rire comme la quatrième armée du monde
(sic).
Mais à la surprise de l'opinion occidentale, qui s'était laissée convaincre que la
guerre avait pour but d'installer en Irak un gouvernement démocratique, les dirigeants de
la coalition, le président George Bush en tête, arrêtent la marche triomphale de leurs
armées aux portes de Bagdad.
Saddam Hussein est sauvé et sa garde rapprochée peut à loisir massacrer les populations
chiites du sud de l'Irak, qui s'étaient soulevées à l'appel du président George Bush.
Les Occidentaux, en effet, ne veulent pas abattre le dictateur.
Ils satisfont ainsi à la demande des monarques arabes du Golfe, qui préfèrent un
autocrate désarmé à la tête d'un pays ruiné plutôt qu'un Irak démocratique et
laïc, susceptible de représenter un modèle à suivre pour leurs propres sujets.
Le maintien de Saddam Hussein au pouvoir à Bagdad permet d'autre part de justifier la
pérennisation d'une puissante base militaire anglo-saxonne au milieu des champs de
pétrole.
Aujourd'hui, l'ordre règne autour du Golfe. Saddam Hussein et les monarques arabes
continuent d'exercer un pouvoir brutal et sans entraves sur leurs populations.
Saddam Hussein met ses arsenaux et ses laboratoires au service des réseaux terroristes
islamistes cependant que les potentats du Golfe leur reversent une partie des royalties
tirées de l'exploitation du pétrole.
Quant aux Occidentaux, ils peuvent jouir en toute tranquillité du précieux pétrole. Dix
ans après la «guerre du Golfe», l'Irak continue d'être bombardé
quotidiennement par l'aviation occidentale.
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