17 janvier 1991

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Pour Vava, par Marc Chagall (1955)
Ce jour-là...

Opération «Tempête du désert» contre l'Irak

  Voici quelques dates clés pour comprendre les racines de la guerre contre les talibans et le terrorisme:

2 novembre 1841: les Anglais chassés de Kaboul

27 avril 1978: coup d'Etat prosoviétique à Kaboul

22 septembre 1980: Saddam Hussein attaque l'Iran

17 janvier 1991: opération "Tempête du désert"

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Bref aperçu de l'Histoire afghane

Quelle "vengeance" pour les victimes du 11 septembre?
 

Le 17 janvier 1991 débute l’opération «Tempête du désert». Une coalition internationale attaque l'Irak de Saddam Hussein, qui a eu le front d'annexer l'émirat du Koweit. 

La coalition réunit 28 pays et 605.000 hommes dont une moitié d'Étatsuniens. Elle dispose d'armes du dernier cri. Face à elle, les 540.000 soldats irakiens, mal commandés et sans motivation, ne font pas le poids.

Après plusieurs jours de bombardements massifs sur l'ensemble du pays, les armées coalisées entament une promenade militaire à travers le Koweit et l'Irak lui-même.

La guerre-éclair se solde par plus de 200.000 morts du côté irakien (dont une moitié de civils), contre quelques dizaines du côté des assaillants.

Les pertes occidentales pourraient s'avérer beaucoup plus lourdes à moyen terme du fait de la contamination des soldats par les résidus des bombes fabriquées à partir de déchets d'uranium appauvri.

La guerre et l'embargo économique qui lui fait suite ont porté un coup fatal à l'un des pays les plus mythiques du monde.

Un pays mythique

Entre les fleuves du Tigre et l'Euphrate, dans l'antique Mésopotamie (en grec, «le pays d'entre les fleuves»), l'écriture est née il y a six mille ans. Les cités de Sumer, Babylone et Bagdad ont rayonné tour à tour sur le monde civilisé.

Dans un paysage aujourd'hui aride et désolé flottent les fantômes d'Abraham, Hammourabi, Alexandre le Grand, Haroun al-Rachid et Saladin.

Créé par les Britanniques sur les ruines de l'empire ottoman, l'Irak moderne a d'abord été une monarchie pro-occidentale riche de son pétrole.

Dans les années 1970, le parti Baas, socialiste, moderniste et laïc, nationalise les ressources pétrolières et modernise hardiment le pays avec le soutien, en particulier, du Premier ministre français Jacques Chirac.

Dangereuse dérive

Le 16 juillet 1979, le numéro deux du régime, un militaire brutal nommé Saddam Hussein s'arroge la totalité du pouvoir.

Sous le prétexte d'une menace communiste, il fait fusiller sans état d'âme un grand nombre de ses opposants et de ses rivaux.

La révolution islamiste dans l'Iran voisin suscite l'émotion chez les Occidentaux comme chez les Soviétiques.

En 1981, les uns et les autres encouragent Saddam Hussein à porter la guerre chez son turbulent voisin.

Isolé par le pouvoir absolu et l'absence d'opposition internationale, Saddam Hussein dérive vers de dangereuses pratiques.

Le dictateur massacre les shi'ites du sud irakien, favorables à leurs coreligionnaires iraniens.

Il met au pas les montagnards kurdes du nord, qui n'en finissent pas de se battre entre eux ou contre leurs voisins.

L'emploi de gaz de combat et d'armes chimiques contre ses propres sujets, en violation de toutes les conventions internationales, suscite une protestation molle de la part des démocrates occidentaux.

Coup de poker

En 1988, la guerre entre l'Iran et l'Irak laisse les deux pays ruinés. C'est alors que le Koweit, rompant la solidarité entre les pays exportateurs de pétrole, augmente unilatéralement sa production et fait chuter les cours.

L'Irak perd les deux tiers de ses recettes pétrolières. Qui plus est, l'émir du Koweit, Jaber al-Sabah, refuse d'annuler une dette de 15 milliards de dollars contractée par l'Irak pendant la guerre contre l'Iran.

Saddam Hussein garde de tout cela rancune au Koweit. Il se souvient que le petit émirat faisait partie de son pays avant que les Britanniques ne l'en détachent en 1932.

Le 25 juillet 1990, l'ambassadrice américaine à Bagdad, April Glaspie, est convoquée par Saddam Hussein qui lui fait part de son intention de conquérir le Koweit pour récupérer sa dette. L'ambassadrice ne bronche pas et assure même le dictateur que les États-Unis n'interviendront pas dans le règlement du conflit. Le piège se referme.

Le piège

Saddam Hussein ordonne l'occupation de l'émirat le 2 août 1990. Il est aussitôt surpris par la violence des réactions internationales.

C'est que l'annexion du Koweit constitue une menace insupportable pour les autres monarchies du Golfe Persique.

L'appropriation par l'Irak des ressources pétrolières du Koweit présente aussi pour les Occidentaux le risque de déséquilibrer le marché du pétrole.

Plus sérieusement, il semble que les dirigeants américains aient choisi de tirer parti de Saddam Hussein et de ses foucades pour installer une base militaire au milieu des champs pétrolifères du Golfe Persique.

L'implosion de l'URSS, au même moment, leur laisse toute liberté d'agir.

Les monarchies arabes refusaient jusque-là toute présence militaire occidentale sur le territoire sacré de l'islam. Elles reviennent sur leur choix devant la menace (fictive) d'une invasion de l'Arabie par Saddam Hussein.

Une armada est rassemblée dans le désert arabe par les Anglo-Saxons et les Européens. Elle remporte une victoire totale et sans surprise sur l'armée irakienne que la propagande occidentale présentait sans rire comme la quatrième armée du monde (sic).

Mais à la surprise de l'opinion occidentale, qui s'était laissée convaincre que la guerre avait pour but d'installer en Irak un gouvernement démocratique, les dirigeants de la coalition, le président George Bush en tête, arrêtent la marche triomphale de leurs armées aux portes de Bagdad.

Saddam Hussein est sauvé et sa garde rapprochée peut à loisir massacrer les populations chiites du sud de l'Irak, qui s'étaient soulevées à l'appel du président George Bush.

Les Occidentaux, en effet, ne veulent pas abattre le dictateur.

Ils satisfont ainsi à la demande des monarques arabes du Golfe, qui préfèrent un autocrate désarmé à la tête d'un pays ruiné plutôt qu'un Irak démocratique et laïc, susceptible de représenter un modèle à suivre pour leurs propres sujets.

Le maintien de Saddam Hussein au pouvoir à Bagdad permet d'autre part de justifier la pérennisation d'une puissante base militaire anglo-saxonne au milieu des champs de pétrole.

Aujourd'hui, l'ordre règne autour du Golfe. Saddam Hussein et les monarques arabes continuent d'exercer un pouvoir brutal et sans entraves sur leurs populations.

Saddam Hussein met ses arsenaux et ses laboratoires au service des réseaux terroristes islamistes cependant que les potentats du Golfe leur reversent une partie des royalties tirées de l'exploitation du pétrole. 

Quant aux Occidentaux, ils peuvent jouir en toute tranquillité du précieux pétrole. Dix ans après la «guerre du Golfe», l'Irak continue d'être bombardé quotidiennement par l'aviation occidentale.

 

Mise à jour le 24 février 2003