|
Naissance de
François Mitterrand
François Mitterrand est né le 26 octobre 1916 à Jarnac (Charente), dans la famille d'un
industriel vinaigrier.
Éduqué dans la foi catholique par un précepteur privé puis envoyé en pension chez les
frères maristes, à Paris, le jeune homme affiche sa sympathie pour un mouvement
fascisant, la Cagoule, sans toutefois y
adhérer.
François Mitterrand se fait remarquer lors de manifestations estudiantines antisémites
comme l'attestent des photos de presse qui ne seront révélées à l'opinion qu'à
l'hiver de sa vie, dans les années 1990, par le journaliste et confident Pierre Péan.
Séduisant et cultivé, excellent orateur, François Mitterrand se découvre très vite
des dispositions pour diriger les hommes. Mais il n'atteint le pouvoir suprême, la
présidence de la République, qu'au terme d'un long parcours erratique, parsemé de
chausse-trapes.
Tout au long de ce parcours, son éclectisme politique et sa fidélité en amitié lui
valent des soutiens indéfectibles sur toute l'étendue de l'échiquier politique et
social.
Ses amis lui donnent le surnom de «Florentin» en référence à l'art de
l'esquive pratiqué par des gens de la Renaissance comme Laurent le Magnifique ou
Machiavel.
Nonobstant son œuvre politique, François Mitterrand demeure un personnage romanesque
des plus passionnants.
Les journalistes Catherine Nay, Jean Montaldo et Pierre Péan ont révélé par touches
successives les différentes facettes de son itinéraire.
De Vichy au
Panthéon
En 1942, s'étant enfui d'un camp de prisonniers, François Mitterrand renonce à la
sécurité au sein de sa famille installée sur la côte méditerranéenne et prend le
train pour... Vichy.
Comme beaucoup de jeunes ambitieux de sa génération, il entre au service du maréchal
Pétain et le sert avec efficacité, ce qui lui vaut de recevoir la Francisque,
le 16 août 1943. Il obtient le n°2202 de cette prestigieuse décoration remise à
seulement 3.000 personnes au total.
Mais dès le début 1943, prévoyant la faillite inéluctable du nazisme après la
défaite de Stalingrad, François Mitterrand met
un pied dans la Résistance. Il mène diverses opérations clandestines sous le nom de Morvan.
Il bénéficie entre autres de la complicité d'un haut fonctionnaire de la Police, un
certain Jean-Paul Martin. Après la guerre, ce comploteur-né le met en relation avec
René Bousquet, secrétaire général de la Police sous l'Occupation et principal
organisateur de la rafle du Vél d'Hiv, suite à laquelle de nombreux juifs ont
été envoyés dans les chambres à gaz.
Pour des raisons obscures, Bousquet est blanchi à la Libération par un tribunal
d'exception. Reconverti dans les milieux d'affaires, il va dès lors rendre des services
importants à son nouvel ami, François Mitterrand, notamment en finançant une partie de
ses campagnes électorales (ainsi Pierre Bergé, ami personnel de l'ancien président et
auteur d'une biographie, explique-t-il le lien entre les deux personnages).

René Bousquet (à gauche) chez les Mitterrand,
à Latché, dans les années 70
(photo parue dans la presse quotidienne nationale en 2001)
A la
Libération, François Mitterrand, à peine âgé de 28 ans, devient ministre des Anciens
combattants. Il est ministre de la Justice sous le gouvernement de Guy Mollet, lorsque les
militaires reçoivent les pleins pouvoirs à Alger pour
mettre fin au terrorisme, au besoin par la torture.
Le brillant politicien ne cache pas son espoir d'accéder à la Présidence du Conseil, le
poste le plus important sous la IVe République, avant l'âge de 40 ans!
Mais le retour du général de Gaulle aux affaires, en
1958, l'oblige à rentrer dans l'anonymat. En 1959, il organise maladroitement un faux
attentat contre sa voiture, avenue de l'Observatoire, à Paris, dans l'espoir saugrenu de
regagner les faveurs de l'opinion publique. L'affaire est heureusement étouffée.
Candidat contre le général de Gaulle aux élection présidentielles de 1965, François
Mitterrand se présente comme le champion de l'alternance au gaullisme.
C'est ainsi qu'il réunit les partis de gauche autour de son nom, sous l'étiquette de la
FGDS (Fédération de la gauche démocrate et socialiste).
L'échec le conduit à fonder un nouveau parti socialiste sur les ruines de l'ancienne SFIO (Section française de l'Internationale socialiste) de
Guy Mollet, discréditée par son engagement dans les guerres coloniales.
Après un nouvel échec en 1974, François Mitterrand gagne enfin les élections
présidentielles en 1981, tirant parti de l'impopularité du président en titre, Valéry
Giscard d'Estaing, et de son lâchage par Jacques Chirac, le chef du parti néogaulliste.
Alors débute un «règne» de 14 ans, comparable par sa durée à celui de Henri
IV, de Louis-Philippe ou encore de... Napoléon 1er.
Un règne à
éclipses
Les deux septennats de François Mitterrand s'ouvrent sur une fête à la Bastille
et une cérémonie au Panthéon, dans l'euphorie de la première victoire de la gauche
après 23 ans d'opposition. Ils se terminent dans un climat maussade tissé de
désillusions.
Le premier gouvernement, dirigé par Pierre Mauroy, maire de Lille, rompt résolument avec
la politique de rigueur de Raymond Barre, Premier ministre de 1976-1981. Il renoue avec la
politique de relance de Jacques Chirac (1974-1976): embauches dans la fonction publique,
nationalisations, contrôle des changes...
Le ministre de la Justice, Robert Badinter, abolit la peine de mort et met la France au
diapason de l'Europe.
A l'étranger, après un discours tiers-mondiste à Cancun, au Mexique, François
Mitterrand s'engage résolument aux côtés des Occidentaux contre l'URSS, qui
prétend pointer des missiles SS20 vers l'Europe occidentale.
Il prend aussi parti pour Saddam Hussein, dans le conflit
qui l'oppose à l'Iran, d'où une vague d'attentats organisés en sous-mains par les
services secrets iraniens.
Très vite, l'effondrement de l'économie oblige le président à pratiquer une pratique
très libérale, sous la direction de Laurent Fabius, plus jeune Premier ministre (34 ans)
depuis Decaze, sous le règne de Louis XVIII:
privatisations d'entreprises publiques, abrogation de l'«échelle mobile» des salaires.
Les salaires ne sont plus indexés sur l'inflation et de ce moment les inégalités de
revenus recommencent à croître pour la première fois depuis... deux siècles (début de
la révolution industrielle)!
La remontée du chômage et des inégalités sociales entraînent un retournement de
l'opinion. L'impopularité de la gauche atteint des sommets. A la veille des élections législatives de 1986, les affiches du parti
socialiste avertissent: «Au secours, la droite revient!»
Comme prévu, les nouvelles élections ramènent la droite au gouvernement et
Jacques Chirac, chef de l'opposition, devient le Premier ministre de François Mitterrand.
C'est la première cohabitation de la Ve République entre un président et un
Premier ministre de bords opposés.
Les maladresses de Jacques Chirac entraînent deux ans plus tard la réélection
triomphale de François Mitterrand.
Sous la pression de l'opinion, le président appelle son ennemi intime, Michel Rocard, à
la tete du gouvernement. En 3 ans, celui-ci pacifie la Nouvelle-Calédonie. Il instaure la
CSG, premier impôt équitable et universel, et le RMI, une allocation aux déshérités
victimes de la crise rampante des années 80.
C'est ensuite le bref gouvernement d'Édith Cresson puis celui
du technicien Pierre Bérégovoy. En 1993, première année de récession depuis la fin de
la guerre, c'est le retour de la droite avec cette fois Édouard
Balladur à la tête du gouvernement.
Ce deuxième septennat est marqué par la réorientation du projet européen vers des
objectifs économiques: marché unique des marchandises et des capitaux, monnaie unique.
Il est surtout affecté par les bouleversements européens (chute du mur de Berlin, guerres en Yougoslavie) et l'effondrement de l'Afrique
post-coloniale (génocide au Rwanda).
A gauche comme à droite, la fin de ce deuxième septennat est accueillie avec
soulagement.
|