Une bombe à
la Chambre !
Le 9 décembre 1893, une bombe explose dans
l'hémicycle de la Chambre des députés. Panique, cris. Nombreux députés blessés.
En dépit du brouhaha, le président, Charles Dupuy, lance : "Messieurs, la
séance continue!" Un instant plus tard, il ajoute avec l'emphase coutumière de
l'époque: "Il est de la dignité de la Chambre et de la République que de
pareils attentats, d'où qu'ils viennent et dont, d'ailleurs, nous ne connaissons pas la
cause, ne troublent pas les législateurs."
L'anarchiste Auguste Vaillant, qui a lancé la bombe, est arrêté. Avant d'être
guillotiné deux mois plus tard, il explique son geste par sa volonté de venger
l'anarchiste Ravachol, lui-même guillotiné le 11 juillet 1892 à la suite de quatre
attentats à la dynamite et qui, lors de son procès, avait lancé à la Cour: "La
société est pourrie."
Le 24 juin 1894, un autre anarchiste, Casério, assassinera le président Sadi Carnot à
Lyon en réplique aux mesures d'exception contre la flambée d'anarchisme.
Cette flambée d'anarchisme prétend s'inspirer des enseignements de Proudhon et de
Bakounine, penseurs en rupture avec le socialisme.
Elle reflète surtout le malaise d'une époque marquée par le scandale de Panama,
l'affaire Dreyfus, les menées chauvinistes et revanchardes, les rivalités coloniales
avec l'Angleterre, la volonté d'en découdre avec l'Allemagne,...
Le film Titanic (1997) montre bien les tensions sociales et les angoisses de
cette période que d'aucuns appellent "Belle Epoque".