Résumé du Roman de la Rose

Ce résumé est une synthèse de ceux que les différents commentateurs et traducteurs littéraires du Roman de la Rose présentent habituellement.

Au sens exotérique, au premier degré de lecture, ces résumés et les commentaires qui les accompagnent sont parfaitement exacts. Les critiques formulées par tel ou tel, en particulier relativement au style des auteurs, sont tout à fait respectables, et il n'entre pas dans mon propos de les discuter ici. Je vais seulement m'efforcer de montrer que ce récit, apparemment d'amour courtois, ou plus précisément érotique, est aussi, est surtout, une description, bien dissimulée, du processus alchimique.

La première partie du Roman, due à Guillaume de Lorris, est dédiée à sa bien-aimée.

Comme l'écrivent les analystes littéraires,

" …dans cette poésie allégorique, il est difficile de discerner la confidence de la fiction. Car Guillaume de Lorris use constamment de l'allégorie, prêtant une apparence humaine et une vie propre aux sentiments, aux qualités, aux défauts, aux âges de la vie : Tristesse, Félonie, Vilenie, Courtoisie, Jeunesse, Vieillesse, etc. L'intrigue est présentée sous une forme symbolique . "

" Le poète, AMANT, cherche à conquérir la ROSE dont son cœur est épris, c'est-à-dire la jeune fille qu'il aime. "

" On voit combien la fiction est gracieuse ; mais elle ne va pas sans mièvrerie. Elle présente surtout le grave inconvénient de morceler de façon artificielle la psychologie de la femme aimée : celle-ci n'est qu'un bouton de rose, et ses sentiments, se détachant d'elle, prennent une existence autonome, qui ne saurait nous satisfaire pleinement. Autour de la ROSE évolue le ballet des complices et des adversaires de l'Amour, conduits respectivement par Bel-Accueil et par Danger (ce dernier symbolise les obstacles de toute sorte que rencontre la passion). Cette quête de la Rose constitue un véritable code de l'amour courtois, avec ses délicatesses, ses raffinements et sa poésie. Le chemin est long et difficile, pour atteindre la Rose, et le verger du Dieu d'Amour figure déjà comme une " Carte du Tendre "... Poète un peu prolixe pour notre goût, et parfois fade ou trop subtil, Guillaume de Lorris charme cependant par sa sensibilité volontiers mélancolique, par la grâce de ses descriptions et par la délicatesse raffinée de son œuvre ".

Plus loin, ils ajoutent :

" Jean de Meung voue à la Nature un véritable culte. En un mythe saisissant, il nous la montre forgeant inlassablement des êtres pour combler les vides creusés par la mort. L'art s'efforce de l'imiter. Tous les hommes, égaux devant elle, doivent écouter sa grande voix. En son nom, l'auteur s'insurge contre l'ascétisme, contre le célibat des prêtres et des moines. Comment ne songerait-on pas à Rabelais ?... On voit combien sa pensée s'écarte du mysticisme du Moyen-Age et du respect des autorités établies ; pourtant le dernier mot de sa philosophie reste mystérieux : peut-être conciliait-il son naturalisme avec la foi chrétienne? "


Mystérieux, certes, Jean de Meung l'était. Mais il n'était pas le seul. Tous les Alchimistes - ou prétendus tels - préservent en eux et en leur œuvre une part de mystère. De ce point de vue, d'ailleurs, la référence à Rabelais, qui se présentait comme "abstracteur de quintessence", est d'une justesse peut-être involontaire. Et ce n'est qu'en lisant ce roman avec la clé fournie par Hermès que l'on pourra comprendre le message de l'Adepte.

Si j'ai tenu à citer longuement cette analyse littéraire, c'est pour bien montrer combien on peut passer à côté du sens réel d'une œuvre, et donc de sa vraie richesse, si l'on se refuse à en faire une lecture ésotérique, autrement dit de passer derrière le miroir.

Ceci n'est qu'un exemple parmi beaucoup d'autres de l'aveuglement qu'entraîne le Savoir, lorsqu'il occulte la Connaissance.