Histoire
En 1099, les croisés de Godefroi de Bouillon prennent Jérusalem. Il reste à défendre ce poste avancé de la chrétienté. En 1118, neuf chevaliers francs décident de consacrer leur vie à la cause des pèlerins en Terre sainte; ils prennent d'abord le nom de "Pauvres Chevaliers du Christ", puis, après que Baudouin II leur a donné pour résidence une salle de son palais de l'esplanade du Temple, il deviennent les chevaliers du Temple "les Templiers".
Premiers pèlerins en Terre sainte
Lorsque le pape Urbain II, en 1095, a déclenché la "première croisade", ce n'était en fait que l'aboutissement d'une longue série d'appels et de nouvelles menaçantes venues de cette Terre sainte si chère au
cœur
des chrétiens. Jérusalem, où le Christ est mort et ressuscité, n'avait cessé depuis la christianisation de l'Empire romain d'attirer les pèlerins. Dès le IVe siècle, des récits, comme celui d'Egérie, attestent des étapes usuelles du pèlerinage l'emplacement du Golgotha, "l'Anastasis", la rotonde que l'empereur byzantin Constantin et sainte Hélène, sa mère, ont fait bâtir au-dessus du tombeau dont le Christ est ressorti vainqueur. A la même époque (392), saint Jérôme, (le rédacteur de la Vulgate, traduction latine de la Bible) a fondé deux monastères, l'un pour les hommes, l'autre pour les femmes, à Bethléem, car déjà l'affluence des pèlerins était telle à Jérusalem qu'ils ne pouvaient y trouver le recueillement indispensable.
Jérusalem, ville arabe et islamique
L'histoire de Jérusalem porte en elle-même tous les germes qui en feront à la fois un puissant symbole religieux et le théâtre de tous les conflits. En 614, la Ville sainte est tombée aux mains des Perses Sassanides. Mais Héraclius, l'empereur chrétien de Byzance, les en a chassés quatorze ans plus tard. Peu après, Mahomet prêche l'islam, dont un des préceptes de base prône le "jihad", la guerre sainte. Dès le VIIe siècle, les musulmans se sont emparés de la Palestine, de la Syrie et de l'Egypte, détruisant au passage les nombreuses églises de la région. Mais le calife Omar, arrivé à Jérusalem en 637, n'a pas touché la rotonde du Saint-Sépulcre. La ville est devenue un des hauts lieux de l'islam: le Coran reconnaît le caractère sacré de l'enseignement de jésus, tout en le subordonnant à l'autorité du prophète Mahomet.
Au IXe siècle, Charlemagne a obtenu que les pèlerinages chrétiens fussent autorisés vers Jérusalem et deux monastères ont même été établis, l'un sur le mont Sion pour les moines, l'autre pour les moniales, près du Saint-Sépulcre. Tant bien que mal, les pèlerinages se sont poursuivis. La situation s'est aggravée brusquement lorsque les Fatimides, implantés en Afrique du Nord, basés au Caire, ont pris Jérusalem en 969; le calife al-Hâkîm, un fondamentaliste d'une intransigeante brutalité, a donné l'ordre de détruire la rotonde du Saint-Sépulcre. L'appel à la "Première croisade"
Trois ans plus tard, en 1074, l'empereur de Byzance, Michel VII Doukas, fit appel au pape pour que les chrétiens d'Occident viennent au secours de ceux d'Orient. Quelque vingt années passèrent avant la réponse pontificale. Entre-temps, les Occidentaux apprirent le sort malheureux de nombre de pèlerins (par exemple ceux qui, en 1065), s'étaient engagés aux côtés de Gunther, évêque de Bamberg, massacrés jusqu'au dernier par les Turcs musulmans. Dès lors, tout pèlerinage se révélait impossible, sinon les armes à la main. Baudouin, premier roi de Jérusalem
Godefroi de Bouillon a été choisi par ses compagnons pour prendre la tête de ce qu'on espère être le royaume de Jérusalem, mais il meurt un an seulement après la conquête de la ville, l'an 1100. Son frère Baudouin lui succède. Les Francs qui décident de rester et de consolider le royaume sont cependant fort peu nombreux. Beaucoup de pèlerins, lorsqu'ils débarquent (le transfert par mer est devenu entre-temps le plus habituel), sont rapidement exposés à tous les dangers, même si la population n'est pas totalement hostile Syriens chrétiens et surtout Arméniens, premières victimes des Seldjoukides, ont eu à souffrir des conquêtes islamiques. Les routes sont loin d'être sûres. Entre Ramleh et Jérusalem, notamment, celles qui permettent de gravir les hauteurs entourant la Ville sainte, sont autant d'embuscades.
Garantir la sécurité des pèlerins
C'est alors qu'en 1118, Hugues de Payns regroupe ses compagnons au sein d'un ordre: les "Pauvres Chevaliers du Christ", qui se donnent pour vocation d'assurer le service et la défense des pèlerins entre le lieu de débarquement et l'arrivée à Jérusalem, et de prendre en charge la police de la route. La "règle latine"
Moins de dix ans après la fondation de l'ordre, à l'automne de l'an 1127, Hugues de Payns passe la mer avec cinq compagnons et vient à Rome solliciter du pape Honorius II une reconnaissance officielle et établir une règle propre à leur vie. Jusqu'alors les Templiers se sont inspirés de la règle de saint Augustin. Leur nombre s'est fortement accru et leur activité s'est suffisamment intensifiée pour qu'ils ressentent le besoin d'une véritable organisation. Ils sont soutenus par saint Bernard, l'une des plus éminentes personnalités de l'époque. Le 13 janvier 1128, à Troyes, un concile présidé par le légat du pape, Matthieu d'Albano, rassemble de nombreux prélats archevêques de Sens et de Reims, évêques de Troyes et d'Auxerre, l'abbé de Cîteaux lui-même, Etienne Harding. Au cours des débats, une première règle est rédigée, qui sera mise au net par le patriarche de Jérusalem, Etienne de Chartres: la "règle latine". Douze ans plus tard, une seconde règle, en français, la reprendra avec quelques variantes. Elle prévoit plusieurs sortes de membres, comme la plupart des ordres religieux de l'époque, pour mieux tenir compte de l'action militaire que les Templiers doivent mener: les chevaliers, seuls combattants proprement dits, sont recrutés dans la noblesse, conformément aux traditions de la chevalerie au Moyen Age; leurs auxiliaires, sergents et écuyers, appartiennent au peuple ou à la bourgeoisie; des prêtres assurent quant à eux le service religieux et l'administration des sacrements; enfin les serviteurs et aides divers viennent du bas de l'échelle sociale. Des maîtres exigeants pour une règle de fer
A la tête de l'ordre se trouve le maître - il n'est jamais question de "grand maître", ce terme ne sera employé qu'au XIVe siècle, à une époque où déjà l'ordre aura disparu. Le maître a exactement la fonction et le pouvoir du père-abbé d'un monastère; il doit, dit la règle, "tenir à la main le bâton et la verge" le bâton avec lequel il soutient les faiblesses des autres; la verge avec laquelle il punit les vices de ceux qui manquent à leur devoir. Pouvoir de discipline donc qu'il doit exercer "par amour de ce qui est droit". Il se fait assister d'un conseil; lorsqu'une décision importante qui concerne l'ensemble de la maison est à prendre, il assemble "tout le chapitre". Les frères lui doivent ferme obéissance. Lorsqu'il s'absente, il est remplacé par le sénéchal - en quelque sorte son lieutenant; le maréchal, quant à lui, a la responsabilité des armes et armures de la maison, le "harnais".
Les "retraits"
Les usages de l'ordre sont pour leur part consignés et mis par écrit en 1165 : ce sont les "retraits". Ils précisent entre autres les insignes du maître: "la boule et la bourse" la "boule" signifie la bulle, c'est-à-dire le sceau du Temple, chaque maison ayant le sien; la "bourse" est le trésor. Les maisons et les commanderies
Au moment où sont rédigés les "retraits", l'ordre s'est largement étendu. La maison de Jérusalem, établie à l'emplacement du Temple, le dôme du Rocher, reste la maison principale, la maison "chêvetaine"; c'est la résidence du maître et des deux principaux commandeurs: celui de la cité de Jérusalem à qui est dévolue l'activité spécifique de l'ordre, la défense et la conduite des pèlerins de Terre sainte, et celui de la terre et du royaume de Jérusalem qui a sous son autorité les établissements d'Orient. En Occident, des maisons toutes simples pour des moines-soldats
Les commanderies d'Europe sont avant tout des exploitations agricoles, administrées avec grand soin, mais qui ne diffèrent pas dans leur ensemble des bâtiments des autres exploitation rurales. Si l'on examine celle de Richerenches (Vaucluse), la plus ancienne et l'une des mieux connues, on constate qu'il s'agit d'un vaste quadrilatère avec des tours aux angles, dont l'une, au sud, contient la chapelle. Celles de la région charentaise, comme Malleyrand, Angles, Château-Bernard et Grand-Mas-Dieu ont conservé leurs chapelles: il s'agit d'édifices de plan rectangulaire couverts de voûtes soutenues le plus souvent par des arcs-doubleaux, avec un choeur généralement à chevet plat éclairé par trois fenêtres. Ces chapelles s'apparentent donc de très près à celles qu'ont élevées les Cisterciens; leurs bâtisseurs ont recherché la simplicité, le "fonctionnel". La chapelle Saint-Blaise de Fourches- en-Gâtinais, par exemple, étudiée par l'archéologue Claude-Clément Perrot, est de petites dimensions, longue de 6,50 mètres et pourvue d'un choeur de 2,10 mètres avec une abside semi-circulaire éclairée par trois fenêtres en plein cintre. A 12 mètres de hauteur, un clocher la surmonte, percé d'une arcature pour la cloche. Le cimetière proche de l'église recèle de nombreuses tombes à peu près dépourvues de mobilier funéraire et une dalle tumulaire sculptée d'une croix de "Malte"; les archéologues ont également découvert une croix de Jérusalem en métal, ainsi que des pichets destinés à contenir de l'eau bénite.
Dès le 29 mars 1139, la bulle Omne datum optimum du pape Innocent II autorise les Templiers à avoir leurs propres oratoires et leurs cimetières, desservis en général par des chapelains dont la plupart adoptent l'ordre du Temple. "Car il est indécent et périlleux que les frères profès, en allant à l'église, doivent se mêler à la tourbe des pécheurs et des fréquenteurs de femmes". Les chapelles des commanderies attestent le fondement religieux de l'ordre et la plupart d'entre elles témoignent du même goût de la simplicité. On a prétendu que ces chapelles templières auraient volontiers affecté une forme arrondie "sur le modèle du temple de Salomon à Jérusalem". Si quelques-unes de leurs églises ont en effet adopté cette structure, comme celle du Temple de Londres et celle de Paris, c'est sans doute moins pour commémorer le souvenir du "temple de Salomon" que celui de la rotonde du Saint-Sépulcre à Jérusalem. On retrouve néanmoins ces églises de plan central dans plusieurs régions, notamment en Angleterre, parfois dans des chapelles templières comme à Douvres, à Bristol, à Garway, mais aussi dans des monuments étrangers à l'ordre, comme l'église du Saint-Sépulcre de Cambridge ou celle de Northampton; de même, en France, l'ancien baptistère octogonal de Montmorillon, la chapelle de Metz et nombre de chapelles de cimetières, comme celle de Saint-Vincent-de-Laon, ainsi que l'impressionnante tour des Morts de Sarlat en Périgord. Autrement dit, le plan circulaire ou octogonal est parfois utilisé par les Templiers comme il l'est par d'autres ordres ou pour des édifices religieux ne relevant aucunement du Temple.
Terre sainte, terre de combats
Les constructions élevées en Orient témoignent toutes de la nécessité des fortifications et du caractère prioritairement militaire de l'ordre. L'une des forteresses les mieux connues, quant aux étapes de sa construction, est le château de Saphet (au
cœur de la Galilée, à la hauteur de Saint-Jean-d'Acre). La double vocation des Templiers : l'épée et la charrue,
La vie du Templier se présente sous deux aspects qui sont d'ailleurs l'un et l'autre familiers à la société féodale. Les chevaliers, assistés de leurs sergents et écuyers, ont une activité militaire, bâtissent des forteresses, assurent l'ordre et la protection des pèlerinages et prennent part à tous les assauts défensifs ou offensifs que suppose la survie du royaume franc de Terre sainte, continuellement exposé sur une terre hostile; d'autre part, assistés de paysans, ils se font exploitants agricoles et mettent en valeur la terre qui leur a été donnée en Occident, veillent aux récoltes et organisent les expéditions de céréales et de bétail en direction de l'Orient, essentiellement du froment, du millet, des boeufs et des chevaux. La défense des routes des pèlerins est la responsabilité des Templiers
La bulle de Grégoire IX de 1238 rappelle que la route de Jaffa à Césarée est placée sous la surveillance de l'Ordre du Temple. L'ordinaire des chevaliers du Temple est bien la protection des pèlerins.
L'extraordinaire de leur légende, dans les exploits qui jalonnent l'histoire de la Terre Sainte après la conquête de Jérusalem.
La défense de la Terre Sainte
Dès 1138, les Templiers participent à l'attaque de Teqoa; premier combat, première défaite: ils sont encore peu familiarisés avec la tactique des Turcs qui semblent abandonner la ville pour revenir peu après en force y faire un affreux massacre de chrétiens "Tout l'espace depuis Hébron jusqu'à Teqoa est jonché de leurs cadavres", déplore Guillaume de Tyr. Ces Turcs renouvellent périodiquement ces raids de pillages, rendant intenables les routes, jusqu'au moment où le roi de Jérusalem, Baudouin III, en 1153, décide d'entreprendre le siège de la cité.
L'échec de la deuxième croisade
En 1144, la chute d'Edesse, que les croisés avaient conquise dès le début de leurs expéditions, va provoquer un nouvel appel à la croisade. Le roi de France, Louis VII, et son épouse Aliénor d'Aquitaine, décident de prendre eux-mêmes la croix. Le pape, Eugène III, se rend en personne à Paris et y assiste, le 27 avril 1147, à la première réunion du chapitre général de la maison du Temple. L'empereur Conrad III du Saint Empire romain germanique décide à son tour de s'engager: la deuxième croisade est enfin la cause commune des chefs d'Etat chrétiens. Leur entreprise cependant se heurte à des conditions difficiles.
Conrad et les croisés allemands, trompés par des guides byzantins, n'ont pas emporté suffisamment de vivres et manquent de périr tant par la faim que sous les attaques des Turcs; l'expédition française, mal engagée dans les gorges de Pisidie, en Asie Mineure, coupée d'une avant-garde qui s'aventure trop loin en dépit des consignes, doit aussi subir les assauts des Turcs.
Cette traversée de la "montagne exécrable" faillit mettre fin à l'expédition; Louis VII choisit alors de se mettre sous la sauvegarde des Templiers et de leur maître, Evrard des Barres. Sous sa conduite, les restes de l'armée royale entreprennent quelques actions comme celle menée contre Damas. Très tôt, les Templiers sont accusés de mener leur politique personnelle
En 1168, l'Ordre refuse de s'associer à l'entreprise préparée par le roi Amaury (successeur de Baudouin III) contre le sultan d'Egypte, pays sur lequel les Francs ont établi une sorte de protectorat. En effet, le fragile royaume de Jérusalem a tout intérêt à ce que l'Egypte et la Syrie ne soient pas entre les mêmes mains. L'alliance avec l'Egypte Fatimide contre la Syrie Ayyubide est donc un gage de survie pour les Francs, qui apportent leur aide au sultan Shawar lorsqu'il met le siège à Alexandrie pour en chasser ses rivaux. Gérard de Ridefort et la chute de Jérusalem
Les Templiers ont alors un nouveau maître, Gérard de Ridefort, un Flamand, chevalier errant venu chercher fortune en Terre Sainte, comme c'est le cas pour un certain nombre de cadets plus préoccupés de leur réussite propre que de la délivrance du Saint-Sépulcre.
Leur armée est bientôt encerclée par les troupes de Saladin. Quelques chevaliers, dont Raymond de Tripoli, réussissent à traverser les lignes ennemies en une charge désespérée. Gui de Lusignan fait prisonnier, Saladin vainqueur massacre tous les chevaliers du Temple et de l'Hôpital, mais, chose surprenante, laisse la vie sauve à Gérard de Ridefort. Troisième, quatrième et cinquième croisades
Les Occidentaux se maintiennent néanmoins en Terre sainte, leur territoire réduit, il est vrai, à une étroite bande littorale, pouvant par conséquent recevoir des renforts par mer. Ainsi, en 1191, le roi de France, Philippe Auguste, et surtout le roi d'Angleterre, Richard Coeur de Lion, viennent à leur secours et reconquièrent Saint-Jean d'Acre, profitant des dissensions que connaît le monde musulman avant la mort de Saladin (en 1193) et soutenus par les chevaliers du Temple. Gérard de Ridefort disparu en 1189, la nouvelle élection, régulièrement faite, amène à la maîtrise du Temple Robert de Sablé, vassal du roi d'Angleterre. Sous sa conduite, puis sous celle de son successeur, Gilbert Erail ou Hérail, les Templiers s'installent à Saint-Jean-d'Acre et, après avoir fortifié Césarée, construisent à Athlit la forteresse de Châtel-Pèlerin. L'expédition de Saint-Louis: la septième croisade
En août 1244, Jérusalem, la Ville Sainte, est attaquée à nouveau par les Turcs, malgré la résistance des Templiers: trois cent chevaliers sur trois cent quarante-huit meurent au combat. Jérusalem est perdue, l'armée des Occidentaux en déroute. La fin du Temple en Terre sainte
Après le départ de saint Louis en avril 1254, les hostilités internes, quelque temps apaisées, ne tardent pas à se manifester de nouveau, notamment sous l'influence des commerçants italiens qui fréquentent alors les côtes, fournissant aux croisés armes et ravitaillement, mais qui sont avant tout soucieux de la prospérité de leur négoce. Une véritable guerre éclate même entre la ville de Gênes soutenue par le maître de l'Hôpital, et les négociants de Venise et de Pise, qui se réclament de l'appui du Temple. Le pape tente d'intervenir, en vain. Rivalités sordides au milieu desquelles les barons francs ne savent pas saisir les chances offertes d'une alliance avec ces Mongols qui terrorisent les musulmans, mais surtout qui les retardent. |