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Les Templiers

Histoire

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Histoire

En 1099, les croisés de Godefroi de Bouillon prennent Jérusalem. Il reste à défendre ce poste avancé de la chrétienté. En 1118, neuf chevaliers francs décident de consacrer leur vie à la cause des pèlerins en Terre sainte; ils prennent d'abord le nom de "Pauvres Chevaliers du Christ", puis, après que Baudouin II leur a donné pour résidence une salle de son palais de l'esplanade du Temple, il deviennent les chevaliers du Temple "les Templiers".

Premiers pèlerins en Terre sainte

Lorsque le pape Urbain II, en 1095, a déclenché la "première croisade", ce n'était en fait que l'aboutissement d'une longue série d'appels et de nouvelles menaçantes venues de cette Terre sainte si chère au cœur des chrétiens. Jérusalem, où le Christ est mort et ressuscité, n'avait cessé depuis la christianisation de l'Empire romain d'attirer les pèlerins. Dès le IVe siècle, des récits, comme celui d'Egérie, attestent des étapes usuelles du pèlerinage l'emplacement du Golgotha, "l'Anastasis", la rotonde que l'empereur byzantin Constantin et sainte Hélène, sa mère, ont fait bâtir au-dessus du tombeau dont le Christ est ressorti vainqueur. A la même époque (392), saint Jérôme, (le rédacteur de la Vulgate, traduction latine de la Bible) a fondé deux monastères, l'un pour les hommes, l'autre pour les femmes, à Bethléem, car déjà l'affluence des pèlerins était telle à Jérusalem qu'ils ne pouvaient y trouver le recueillement indispensable.

Jérusalem, ville arabe et islamique

L'histoire de Jérusalem porte en elle-même tous les germes qui en feront à la fois un puissant symbole religieux et le théâtre de tous les conflits. En 614, la Ville sainte est tombée aux mains des Perses Sassanides. Mais Héraclius, l'empereur chrétien de Byzance, les en a chassés quatorze ans plus tard. Peu après, Mahomet prêche l'islam, dont un des préceptes de base prône le "jihad", la guerre sainte. Dès le VIIe siècle, les musulmans se sont emparés de la Palestine, de la Syrie et de l'Egypte, détruisant au passage les nombreuses églises de la région. Mais le calife Omar, arrivé à Jérusalem en 637, n'a pas touché la rotonde du Saint-Sépulcre. La ville est devenue un des hauts lieux de l'islam: le Coran reconnaît le caractère sacré de l'enseignement de jésus, tout en le subordonnant à l'autorité du prophète Mahomet. Au IXe siècle, Charlemagne a obtenu que les pèlerinages chrétiens fussent autorisés vers Jérusalem et deux monastères ont même été établis, l'un sur le mont Sion pour les moines, l'autre pour les moniales, près du Saint-Sépulcre. Tant bien que mal, les pèlerinages se sont poursuivis. La situation s'est aggravée brusquement lorsque les Fatimides, implantés en Afrique du Nord, basés au Caire, ont pris Jérusalem en 969; le calife al-Hâkîm, un fondamentaliste d'une intransigeante brutalité, a donné l'ordre de détruire la rotonde du Saint-Sépulcre.
Les chroniques arabes ont soigneusement relaté cet événement (18 octobre 1009, précisant que le calife, qui poursuivait de sa haine chrétiens et juifs, voulait que la destruction fût totale de manière à ce qu'on ne pût plus retrouver l'emplacement de "l'Anastasis". Quand la nouvelle se propagea, le choc fut énorme dans l'Occident chrétien. Mais, en 1054, l'empereur de Byzance parvint à un accord avec l'un des successeurs d'Al-Hakim qui autorisait la reconstruction de la rotonde. Elle ne put être menée à terme, l'empire byzantin ayant à se défendre de l'invasion des Turcs Seldjoukides qui avaient embrassé la foi musulmane; ceux-ci pénétrèrent très profondément en Asie Mineure et, l'an 1071, infligèrent aux armées byzantines de Romain IV Diogène une complète déroute, à Mantzikert.

L'appel à la "Première croisade"

Trois ans plus tard, en 1074, l'empereur de Byzance, Michel VII Doukas, fit appel au pape pour que les chrétiens d'Occident viennent au secours de ceux d'Orient. Quelque vingt années passèrent avant la réponse pontificale. Entre-temps, les Occidentaux apprirent le sort malheureux de nombre de pèlerins (par exemple ceux qui, en 1065), s'étaient engagés aux côtés de Gunther, évêque de Bamberg, massacrés jusqu'au dernier par les Turcs musulmans. Dès lors, tout pèlerinage se révélait impossible, sinon les armes à la main.
En 1095, lors du concile de Clermont, le pape Urbain II appela les chrétiens à la reconquête de la Ville sainte. Son appel ne trouva aucun écho officiel, ni chez l'empereur, ni chez le roi de France, mais de nombreux seigneurs, individuellement, décidèrent de prendre la route le 15 août 1096. Aussi bien les Flamands de Godefroi de Bouillon, les Français de Hugues de Vermandois, frère de Philippe Ier roi de France, les Normands de Sicile de Bohémond et de Tancrède. Une multitude de petites gens emmenés par Pierre l'Ermite les avaient d'ailleurs précédés, par groupes informels, sans encadrement, mais formant une véritable marée humaine.
Après trois années de route poursuivie séparément à travers l'Europe centrale, les barons Godefroi de Bouillon, Robert de Flandre, Raymond de Saint-Gilles avec douze mille hommes, selon des estimations possibles, parvinrent sous les murs de Jérusalem, qu'ils prirent le 15 juillet 1099 (à la stupeur du monde connu), prise suivie d'un affreux massacre de la population.

Baudouin, premier roi de Jérusalem

Godefroi de Bouillon a été choisi par ses compagnons pour prendre la tête de ce qu'on espère être le royaume de Jérusalem, mais il meurt un an seulement après la conquête de la ville, l'an 1100. Son frère Baudouin lui succède. Les Francs qui décident de rester et de consolider le royaume sont cependant fort peu nombreux. Beaucoup de pèlerins, lorsqu'ils débarquent (le transfert par mer est devenu entre-temps le plus habituel), sont rapidement exposés à tous les dangers, même si la population n'est pas totalement hostile Syriens chrétiens et surtout Arméniens, premières victimes des Seldjoukides, ont eu à souffrir des conquêtes islamiques. Les routes sont loin d'être sûres. Entre Ramleh et Jérusalem, notamment, celles qui permettent de gravir les hauteurs entourant la Ville sainte, sont autant d'embuscades.

Garantir la sécurité des pèlerins

C'est alors qu'en 1118, Hugues de Payns regroupe ses compagnons au sein d'un ordre: les "Pauvres Chevaliers du Christ", qui se donnent pour vocation d'assurer le service et la défense des pèlerins entre le lieu de débarquement et l'arrivée à Jérusalem, et de prendre en charge la police de la route.
Immédiatement, leurs services sont appréciés. Le roi Baudouin II "Baudouin du Bourg, qui a succédé en 1118 à son cousin Baudouin Ier" les accueille dès 1119 dans une salle de son palais et, bientôt, leur abandonne tout l'emplacement, celui de l'ancien temple de Salomon, où s'élève la mosquée al-Aqsa. Les membres de l'ordre prennent le nom de "Chevaliers du Temple", ou "Templiers". Une de leurs priorités est de surveiller les routes les plus menacées, notamment entre Caïffa (Haïfa) et Césarée de Palestine, un défilé à travers les montagnes; déjà dans cette idée, Hugues de Payns et son compagnon Godefroi de Saint-Omer ont construit, dès 1110, la tour de Destroit, sorte de relais de sécurité pour les pèlerins.
Leurs premières années se passent à mener des opérations militaires ponctuelles, à caractère défensif. En effet, dans la ligne du pèlerinage qui les a assemblés, ces chevaliers ont voulu prendre un engagement religieux d'un genre nouveau: ils se considèrent comme des moines, mais également comme des guerriers.

La "règle latine"

Moins de dix ans après la fondation de l'ordre, à l'automne de l'an 1127, Hugues de Payns passe la mer avec cinq compagnons et vient à Rome solliciter du pape Honorius II une reconnaissance officielle et établir une règle propre à leur vie. Jusqu'alors les Templiers se sont inspirés de la règle de saint Augustin. Leur nombre s'est fortement accru et leur activité s'est suffisamment intensifiée pour qu'ils ressentent le besoin d'une véritable organisation. Ils sont soutenus par saint Bernard, l'une des plus éminentes personnalités de l'époque. Le 13 janvier 1128, à Troyes, un concile présidé par le légat du pape, Matthieu d'Albano, rassemble de nombreux prélats archevêques de Sens et de Reims, évêques de Troyes et d'Auxerre, l'abbé de Cîteaux lui-même, Etienne Harding. Au cours des débats, une première règle est rédigée, qui sera mise au net par le patriarche de Jérusalem, Etienne de Chartres: la "règle latine". Douze ans plus tard, une seconde règle, en français, la reprendra avec quelques variantes. Elle prévoit plusieurs sortes de membres, comme la plupart des ordres religieux de l'époque, pour mieux tenir compte de l'action militaire que les Templiers doivent mener: les chevaliers, seuls combattants proprement dits, sont recrutés dans la noblesse, conformément aux traditions de la chevalerie au Moyen Age; leurs auxiliaires, sergents et écuyers, appartiennent au peuple ou à la bourgeoisie; des prêtres assurent quant à eux le service religieux et l'administration des sacrements; enfin les serviteurs et aides divers viennent du bas de l'échelle sociale.
Leur tenue est également réglementée. Les chevaliers du Temple peuvent porter "blanche robe", qui les distingue des autres membres non combattants, vêtus d'un manteau noir ou brun. Ce n'est qu'un peu plus tard, très probablement lors d'un chapitre général tenu à Paris, que le pape Eugène III octroie aux Chevaliers la croix vermeille, sorte de blason qu'ils portent sur le coeur ou sur l'épaule, cousue sur leur manteau blanc.

Des maîtres exigeants pour une règle de fer

A la tête de l'ordre se trouve le maître - il n'est jamais question de "grand maître", ce terme ne sera employé qu'au XIVe siècle, à une époque où déjà l'ordre aura disparu. Le maître a exactement la fonction et le pouvoir du père-abbé d'un monastère; il doit, dit la règle, "tenir à la main le bâton et la verge" le bâton avec lequel il soutient les faiblesses des autres; la verge avec laquelle il punit les vices de ceux qui manquent à leur devoir. Pouvoir de discipline donc qu'il doit exercer "par amour de ce qui est droit". Il se fait assister d'un conseil; lorsqu'une décision importante qui concerne l'ensemble de la maison est à prendre, il assemble "tout le chapitre". Les frères lui doivent ferme obéissance. Lorsqu'il s'absente, il est remplacé par le sénéchal - en quelque sorte son lieutenant; le maréchal, quant à lui, a la responsabilité des armes et armures de la maison, le "harnais".

Les "retraits"

Les usages de l'ordre sont pour leur part consignés et mis par écrit en 1165 : ce sont les "retraits". Ils précisent entre autres les insignes du maître: "la boule et la bourse" la "boule" signifie la bulle, c'est-à-dire le sceau du Temple, chaque maison ayant le sien; la "bourse" est le trésor.
Le maître dispose pour son usage personnel de quatre chevaux, de deux frères chevaliers, d'un frère chapelain, d'un clair (il s'agit ici plutôt d'un secrétaire), d'un sergent et d'un valet, auxquels s'ajoutent maréchal-ferrant, un "écrivain sarrazinois" l'interprète, enfin, un turcople soldat auxiliaire probablement recruté dans la population indigène et un cuisinier et deux garçons "à pied", alors que le valet, lui, dispose d'un cheval. Lors des expéditions, le maître a droit à deux bêtes de somme en dehors de son cheval turcoman, bête d'élite pour la chevauchée. Il dispose d'une tente ronde et arbore le "gonfanon", l'étendard de l'ordre qui est dit "baucent", en terme de blason: "d'argent au chef de sable". Après 1145 s'y ajoute la croix de "gueules" brochant sur le tout. Il est le point de ralliement des chevaliers lors de la bataille.
Ces moines-chevaliers ne sont soldats que dans le cadre de leur mission de protection. Le reste du temps, ils sont essentiellement moines : pauvreté, chasteté et prières un carcan exigeant que le succès de l'ordre va briser rapidement de l'intérieur, ce qui autorisera bien des rumeurs et bien des convoitises.

Les maisons et les commanderies

Au moment où sont rédigés les "retraits", l'ordre s'est largement étendu. La maison de Jérusalem, établie à l'emplacement du Temple, le dôme du Rocher, reste la maison principale, la maison "chêvetaine"; c'est la résidence du maître et des deux principaux commandeurs: celui de la cité de Jérusalem à qui est dévolue l'activité spécifique de l'ordre, la défense et la conduite des pèlerins de Terre sainte, et celui de la terre et du royaume de Jérusalem qui a sous son autorité les établissements d'Orient.
Les Templiers se sont également implantés dans les deux provinces de Tripoli et d'Antioche, puis dans toute une série de provinces occidentales, chacune ayant à sa tête un maître ou commandeur (le titre de précepteur apparaît aussi quelquefois) : ce sont les provinces de France, d'Angleterre, du Poitou, de Provence, d'Aragon, du Portugal, de Pouilles et de Hongrie. Chacune comporte plusieurs commanderies; en effet, l'ordre ne cesse de s'étendre et de s'enrichir grâce à l'afflux des donations. A la fin du XIIIe siècle, le nombre total des commanderies sera de neuf mille en Occident, dont environ trois mille en France. Ainsi, en 1124, le comte Guillaume de Poitiers fait don à l'ordre d'une église à La Motte dans le diocèse de Fréjus, puis de l'église Saint-Jean à Saint-Paul-Trois-Châteaux sur un territoire auquel est adjointe une maison rurale à Richerenches.
Dès 1150, nombre de commanderies sont répertoriées en Avignon et bientôt Arles, Saint-Gilles, puis à Nice, Aix, dans la région d'Orange et de On dénombre vingt-neuf maisons du Temple dans les limites du Midi provençal. C'est une région particulièrement importante pour les Templiers car, non acquise alors à l'autorité pontificale, elle doit assurer le ravitaillement des établissements d'Orient, par la vallée du Rhône et le port de Marseille, en produits de la terre, foin, froment, chevaux, mais aussi en biens divers...

En Occident, des maisons toutes simples pour des moines-soldats

Les commanderies d'Europe sont avant tout des exploitations agricoles, administrées avec grand soin, mais qui ne diffèrent pas dans leur ensemble des bâtiments des autres exploitation rurales. Si l'on examine celle de Richerenches (Vaucluse), la plus ancienne et l'une des mieux connues, on constate qu'il s'agit d'un vaste quadrilatère avec des tours aux angles, dont l'une, au sud, contient la chapelle. Celles de la région charentaise, comme Malleyrand, Angles, Château-Bernard et Grand-Mas-Dieu ont conservé leurs chapelles: il s'agit d'édifices de plan rectangulaire couverts de voûtes soutenues le plus souvent par des arcs-doubleaux, avec un choeur généralement à chevet plat éclairé par trois fenêtres. Ces chapelles s'apparentent donc de très près à celles qu'ont élevées les Cisterciens; leurs bâtisseurs ont recherché la simplicité, le "fonctionnel". La chapelle Saint-Blaise de Fourches- en-Gâtinais, par exemple, étudiée par l'archéologue Claude-Clément Perrot, est de petites dimensions, longue de 6,50 mètres et pourvue d'un choeur de 2,10 mètres avec une abside semi-circulaire éclairée par trois fenêtres en plein cintre. A 12 mètres de hauteur, un clocher la surmonte, percé d'une arcature pour la cloche. Le cimetière proche de l'église recèle de nombreuses tombes à peu près dépourvues de mobilier funéraire et une dalle tumulaire sculptée d'une croix de "Malte"; les archéologues ont également découvert une croix de Jérusalem en métal, ainsi que des pichets destinés à contenir de l'eau bénite.

Dès le 29 mars 1139, la bulle Omne datum optimum du pape Innocent II autorise les Templiers à avoir leurs propres oratoires et leurs cimetières, desservis en général par des chapelains dont la plupart adoptent l'ordre du Temple. "Car il est indécent et périlleux que les frères profès, en allant à l'église, doivent se mêler à la tourbe des pécheurs et des fréquenteurs de femmes". Les chapelles des commanderies attestent le fondement religieux de l'ordre et la plupart d'entre elles témoignent du même goût de la simplicité. On a prétendu que ces chapelles templières auraient volontiers affecté une forme arrondie "sur le modèle du temple de Salomon à Jérusalem". Si quelques-unes de leurs églises ont en effet adopté cette structure, comme celle du Temple de Londres et celle de Paris, c'est sans doute moins pour commémorer le souvenir du "temple de Salomon" que celui de la rotonde du Saint-Sépulcre à Jérusalem. On retrouve néanmoins ces églises de plan central dans plusieurs régions, notamment en Angleterre, parfois dans des chapelles templières comme à Douvres, à Bristol, à Garway, mais aussi dans des monuments étrangers à l'ordre, comme l'église du Saint-Sépulcre de Cambridge ou celle de Northampton; de même, en France, l'ancien baptistère octogonal de Montmorillon, la chapelle de Metz et nombre de chapelles de cimetières, comme celle de Saint-Vincent-de-Laon, ainsi que l'impressionnante tour des Morts de Sarlat en Périgord. Autrement dit, le plan circulaire ou octogonal est parfois utilisé par les Templiers comme il l'est par d'autres ordres ou pour des édifices religieux ne relevant aucunement du Temple.

Terre sainte, terre de combats

Les constructions élevées en Orient témoignent toutes de la nécessité des fortifications et du caractère prioritairement militaire de l'ordre. L'une des forteresses les mieux connues, quant aux étapes de sa construction, est le château de Saphet (au cœur de la Galilée, à la hauteur de Saint-Jean-d'Acre).
Défendu par une série de fossés et d'ouvrages avancés, muni de machines de guerre (pierrières et balistes), il était alimenté en eau par douze moulins, ou, en cas d'assaut, par des moulins à vent situés à l'intérieur même des murs du château. Sa garnison comportait cinquante frères chevaliers, trente frères sergents, assistés d'une cinquantaine de turcoples, trois cents balistiers et autres combattants ou esclaves musulmans : en tout, mille sept cents hommes.
Des villes entières étaient parfois confiées à la surveillance du Temple, ainsi Gaza, dès 1150, ou Tortose (Tartous), une quinzaine d'années plus tard, qui lui servira de refuge après le désastre de Hâttin en 1187, lorsque Saladin reprendra possession de Jérusalem. C'est à cette époque que sont bâties les forteresses les plus importantes de l'ordre du Temple: Châtel-Pèlerin, au sud de Haïfa, sur le promontoire d'Athlit qui reste aujourd'hui encore un site militaire stratégique, comportait deux chapelles dont l'une de forme octogonale avec un déambulatoire à douze côtés, seul exemple d'église en rotonde élevée par les Templiers en Terre sainte.
A Safita, trente kilomètres à l'est de Tortose, Châtel-Blanc, tour isolée de plan carré de plus de 17 mètres de hauteur, s'inspire des donjons normands. De la plate-forme crénelée, on échangeait des signaux avec le Krak des chevaliers, distant de moins de vingt kilomètres. Enfin, furent érigées d'autres forteresses templières d'importance secondaire: Beaufort et Arsour au Liban, Châtel-Rouge en Syrie, Bagras et Gastein sur l'Oronte, ainsi qu'en Arménie.

La double vocation des Templiers : l'épée et la charrue,

La vie du Templier se présente sous deux aspects qui sont d'ailleurs l'un et l'autre familiers à la société féodale. Les chevaliers, assistés de leurs sergents et écuyers, ont une activité militaire, bâtissent des forteresses, assurent l'ordre et la protection des pèlerinages et prennent part à tous les assauts défensifs ou offensifs que suppose la survie du royaume franc de Terre sainte, continuellement exposé sur une terre hostile; d'autre part, assistés de paysans, ils se font exploitants agricoles et mettent en valeur la terre qui leur a été donnée en Occident, veillent aux récoltes et organisent les expéditions de céréales et de bétail en direction de l'Orient, essentiellement du froment, du millet, des boeufs et des chevaux.
Ainsi, ce sont les Templiers qui entreprennent d'assainir le vaste marécage des bords de Seine à Paris (où s'élèvera le quartier du Marais), qu'ils aménagent en jardins potagers, subvenant du même coup aux besoins d'une ville en pleine expansion. En maints endroits, ils effectuent des travaux de drainage, canalisation... C'est là un aspect souvent oublié de leur activité: leurs commanderies en Occident ne sont pas de simples lieux de réunion pourvus d'une chapelle; partout les Templiers mettent la terre en valeur avec une application sans égale. Tant dans leurs travaux agricoles que dans la vie monacale, ils sont largement influencés par les Cisterciens: même simplicité assez austère des chapelles, soin égal apporté à la culture des terres.
Les Templiers se révèlent aussi attentifs, en Occident, aux travaux agricoles qu'ils sont, en Orient, experts dans la construction des forteresses et dans la conduite de la guerre; on disait alors d'eux qu'ils étaient les soldats les plus prudents au combat. Somme toute, cet ordre né dans les circonstances très particulières d'une conquête d'outre-mer répond pleinement aussi aux données de la société européenne de son temps: créé par des féodaux, il est féodal par toutes ses fibres, par son attachement à la foi de l'Eglise et à la terre. Rien d'étonnant, si l'on y réfléchit, à ce qu'il n'ait pas survécu à cette société elle-même, qui a façonné la France du XIe à la fin du XIIIe siècle; et sa disparition marquera, dans le fer et le feu la fin de la féodalité.

La défense des routes des pèlerins est la responsabilité des Templiers

La bulle de Grégoire IX de 1238 rappelle que la route de Jaffa à Césarée est placée sous la surveillance de l'Ordre du Temple. L'ordinaire des chevaliers du Temple est bien la protection des pèlerins. L'extraordinaire de leur légende, dans les exploits qui jalonnent l'histoire de la Terre Sainte après la conquête de Jérusalem.

La défense de la Terre Sainte

Dès 1138, les Templiers participent à l'attaque de Teqoa; premier combat, première défaite: ils sont encore peu familiarisés avec la tactique des Turcs qui semblent abandonner la ville pour revenir peu après en force y faire un affreux massacre de chrétiens "Tout l'espace depuis Hébron jusqu'à Teqoa est jonché de leurs cadavres", déplore Guillaume de Tyr. Ces Turcs renouvellent périodiquement ces raids de pillages, rendant intenables les routes, jusqu'au moment où le roi de Jérusalem, Baudouin III, en 1153, décide d'entreprendre le siège de la cité.

L'échec de la deuxième croisade

En 1144, la chute d'Edesse, que les croisés avaient conquise dès le début de leurs expéditions, va provoquer un nouvel appel à la croisade. Le roi de France, Louis VII, et son épouse Aliénor d'Aquitaine, décident de prendre eux-mêmes la croix. Le pape, Eugène III, se rend en personne à Paris et y assiste, le 27 avril 1147, à la première réunion du chapitre général de la maison du Temple. L'empereur Conrad III du Saint Empire romain germanique décide à son tour de s'engager: la deuxième croisade est enfin la cause commune des chefs d'Etat chrétiens. Leur entreprise cependant se heurte à des conditions difficiles.

Conrad et les croisés allemands, trompés par des guides byzantins, n'ont pas emporté suffisamment de vivres et manquent de périr tant par la faim que sous les attaques des Turcs; l'expédition française, mal engagée dans les gorges de Pisidie, en Asie Mineure, coupée d'une avant-garde qui s'aventure trop loin en dépit des consignes, doit aussi subir les assauts des Turcs.

Cette traversée de la "montagne exécrable" faillit mettre fin à l'expédition; Louis VII choisit alors de se mettre sous la sauvegarde des Templiers et de leur maître, Evrard des Barres. Sous sa conduite, les restes de l'armée royale entreprennent quelques actions comme celle menée contre Damas.
Mais la deuxième croisade est un nouvel échec. Conrad III rembarque en septembre 1148, Louis VII l'imite peu après.
Quelques années plus tard, en 1153, les Templiers participent au siège d'Ascalon (citée côtière tenue par les Turcs), mais le nouveau Maître Bernard de Trémolay, est soupçonné de tenter de garder, pour son Ordre la citée dans laquelle quarante Templiers ont réussi à pénétrer les premiers. Mal lui en prend, car les Turcs revenus en force, les massacrent tous, même le Maître. Malgré tout, Ascalon est conquise par Baudouin III quelques jours plus tard.

Très tôt, les Templiers sont accusés de mener leur politique personnelle

En 1168, l'Ordre refuse de s'associer à l'entreprise préparée par le roi Amaury (successeur de Baudouin III) contre le sultan d'Egypte, pays sur lequel les Francs ont établi une sorte de protectorat. En effet, le fragile royaume de Jérusalem a tout intérêt à ce que l'Egypte et la Syrie ne soient pas entre les mêmes mains. L'alliance avec l'Egypte Fatimide contre la Syrie Ayyubide est donc un gage de survie pour les Francs, qui apportent leur aide au sultan Shawar lorsqu'il met le siège à Alexandrie pour en chasser ses rivaux.
Or, sous l'influence de l'empereur de Byzance, Amaury se prépare à briser cette alliance. Le maître de l'Hôpital (ordre fondé en 1113) dont les membres, les Hospitaliers, ont sensiblement la même vocation religieuse et militaire que les Templiers consent à envoyer des chevaliers soutenir l'action franco-byzantine qui se prépare. Mais le maître du Temple, Bertrand de Blanquefort, s'y oppose. Le chroniqueur Guillaume de Tyr, pourtant rarement favorable aux Templiers, lui donne raison Le maître du Temple et les autres frères ne voulurent jamais s'entremettre de cette besogne et dirent qu'en cette guerre, ils ne suivraient pas le roi... Bien ce pût être qu'ils s'aperçurent que le roi n'avait pas bonne raison de guerroyer les Egyptiens contre les conventions qui lui étaient assurées par son serment.. En effet, cette rupture ne plaide pas en faveur du sens politique du roi Amaury.
D'autant qu'une nouvelle menace pèse sur le petit royaume latin: Saladin. En 1169, ce dernier fait assassiner le sultan Shawar, et prend le pouvoir en Egypte. A la mort du sultan de Damas Nur-ed-Din, Saladin s'attribue successivement Damas et Alep, unifiant un immense royaume musulman sous son autorité, face à la minuscule Palestine chrétienne et au royaume de Jérusalem où, au roi Amaury, a succédé en 1174 son fils Baudouin IV, âgé de treize ans, qui engage, malgré la terrible lèpre qui le ronge, plusieurs batailles. A Montgisard, en 1177, à la tête de cinq cents chevaliers appuyés par quatre-vingts Templiers venus de Gaza à marche forcée, Baudouin disperse les trente mille mamelouks de Saladin, remportant ainsi l'une des plus brillantes victoires des croisades. Baudouin IV meurt en 1185. Le titre de roi de Jérusalem échoit à l'époux de sa demi-sueur, Gui de Lusignan, un baron récemment arrivé en Terre sainte, sous le contrôle d'un régent, Raymond III de Tripoli.

Gérard de Ridefort et la chute de Jérusalem

Les Templiers ont alors un nouveau maître, Gérard de Ridefort, un Flamand, chevalier errant venu chercher fortune en Terre Sainte, comme c'est le cas pour un certain nombre de cadets plus préoccupés de leur réussite propre que de la délivrance du Saint-Sépulcre.
D'abord admis dans l'entourage du comte de Tripoli, Raymond III, il convoite la main d'une de ses vassales, l'héritière du fief de Boutron, et, éconduit, se prend d'une haine féroce contre le comte. Il réussit à entrer dans l'Ordre du Temple et à s'y faire élire comme Maître, par une contestable déviation de la règle qui tend désormais à placer à sa tête une personnalité en vue, (il est l'allié de Gui de Lusignan) plutôt qu'un chevalier mûri à la discipline religieuse et militaire. Gérard de Ridefort entreprend une expédition fort aventureuse contre les hommes de Saladin à Casal Robert: sept mille mamelouks ont facilement raison des cent cinquante chevaliers du Temple, tous occis à l'exception du Maître. Saladin décide alors de mettre le siège devant la forteresse de Tibériade où demeurent la femme de Raymond de Tripoli; ce dernier préfèrerait que Tibériade tombe aux mains des soixante mille hommes de Saladin, plutôt que de mettre en péril l'armée franque forte de seulement trente mille hommes, dont mille deux cent chevaliers.
Mais Gui de Lusignan écoute les conseils de Gérard de Ridefort, qui accuse Raymond de Tripoli de lâcheté et pour le roi à engager l'armée franque contre Saladin. Les Croisés se dirigent vers "les cornes de Hattin" où se trouve le seul point d'eau, une source minuscule, en cette torride journée de juillet 1187.

Leur armée est bientôt encerclée par les troupes de Saladin. Quelques chevaliers, dont Raymond de Tripoli, réussissent à traverser les lignes ennemies en une charge désespérée. Gui de Lusignan fait prisonnier, Saladin vainqueur massacre tous les chevaliers du Temple et de l'Hôpital, mais, chose surprenante, laisse la vie sauve à Gérard de Ridefort.
Le sultan ne s'arrête pas là. Après avoir pris et pillé Saint-Jean-d'Acre, il réussit à s'emparer de Jérusalem, le 4 juillet 1187. Il réduit la population en esclavage, à l'exception de ceux qui peuvent se racheter ou que le sultan consent à libérer, voire à racheter lui-même.
La résidence du Temple redevient la mosquée al-Aqsâ, le Templum Domini, la mosquée d'Oman.
Gérard de Ridefort parcourt les forteresses, incitant les habitants à capituler, à Gaza comme à Ascalon; désormais, en Terre sainte et particulièrement dans l'ordre du Temple, on murmure que ce personnage dont la conduite est constamment suspecte a en réalité "crié la loi", c'est-à-dire embrassé secrètement la foi musulmane.

Troisième, quatrième et cinquième croisades

Les Occidentaux se maintiennent néanmoins en Terre sainte, leur territoire réduit, il est vrai, à une étroite bande littorale, pouvant par conséquent recevoir des renforts par mer. Ainsi, en 1191, le roi de France, Philippe Auguste, et surtout le roi d'Angleterre, Richard Coeur de Lion, viennent à leur secours et reconquièrent Saint-Jean d'Acre, profitant des dissensions que connaît le monde musulman avant la mort de Saladin (en 1193) et soutenus par les chevaliers du Temple. Gérard de Ridefort disparu en 1189, la nouvelle élection, régulièrement faite, amène à la maîtrise du Temple Robert de Sablé, vassal du roi d'Angleterre. Sous sa conduite, puis sous celle de son successeur, Gilbert Erail ou Hérail, les Templiers s'installent à Saint-Jean-d'Acre et, après avoir fortifié Césarée, construisent à Athlit la forteresse de Châtel-Pèlerin.
Ils prennent part aussi à l'offensive contre l'Égypte, autour de jean de Brienne, roi de Jérusalem, titre devenu un peu illusoire: c'est la cinquième croisade. Damiette est prise en 1219 et le sultan Hâkim propose de rétrocéder Jérusalem aux chrétiens contre l'évacuation de Damiette et de l'Égypte en général.
Le monde musulman est alors, tout autant que le monde chrétien, sous le coup de l'inquiétude née de l'invasion de la Perse par les Mongols de Gengis Khân. C'est du reste un Templier, Pons d'Aubon, qui envoie au roi de France le premier texte décrivant la menace des Mongols qui s'avancent vers l'ouest.
Il est vital pour les Francs et les Occidentaux en général de ne pas se trouver enserrés entre l'Égypte d'une part et la Syrie de l'autre. Malheureusement, l'offensive jusqu'alors bien menée par jean de Brienne est contrecarrée par les initiatives imprudentes du légat du pape, le cardinal Pélage, qui commande l'expédition d'Égypte; les chrétiens doivent finalement capituler en 1221.

L'expédition de Saint-Louis: la septième croisade

En août 1244, Jérusalem, la Ville Sainte, est attaquée à nouveau par les Turcs, malgré la résistance des Templiers: trois cent chevaliers sur trois cent quarante-huit meurent au combat. Jérusalem est perdue, l'armée des Occidentaux en déroute.
Est-ce la fin du royaume ?
L'espoir du premier pèlerinage renaît avec la venue de Louis IX et de ses frères, lesquels débarquent en Terre sainte et se dirigent vers l'Égypte, objectif devenu classique. Ils reprennent Damiette (6 juin 1249). Le frère du roi, Robert d'Artois, quoique soutenu par les Templiers, se lance dans une folle expédition avec ses seules forces contre la forteresse de Mansourah au sud-est du delta du Nil, en dépit des ordres donnés: c'est un désastre. Le roi de France parvient néanmoins à rétablir la situation (8 février 1250), mais il est handicapé par la crue du Nil et l'épidémie de dysenterie qui s'ensuit. Son armée est mise en déroute, le roi lui-même fait prisonnier, tandis que le maître du Temple, Guillaume de Sonnac, trouve la mort.
Marguerite de Provence, reine de France, soutient avec un courage sans égal le siège de Damiette et réussit à échanger la ville contre la libération de son époux et des principaux chevaliers.
Louis et Marguerite passent encore quatre années en Terre sainte, relevant une à une les forteresses, renforçant un royaume que les discordes et les désunions des chrétiens ont largement ébranlé. Les possessions franques retrouvent alors une certaine unité parmi les actes qui y contribuent, l'attitude sans ambiguïté du roi qui casse le traité conclu de son propre chef par le nouveau maître du Temple, Renaud de Vichiers, avec les sultans de Damas.
L'ordre du Temple y gagne un renom d'orgueil et d'insubordination qui n'est certes pas sans fondement.

La fin du Temple en Terre sainte

Après le départ de saint Louis en avril 1254, les hostilités internes, quelque temps apaisées, ne tardent pas à se manifester de nouveau, notamment sous l'influence des commerçants italiens qui fréquentent alors les côtes, fournissant aux croisés armes et ravitaillement, mais qui sont avant tout soucieux de la prospérité de leur négoce. Une véritable guerre éclate même entre la ville de Gênes soutenue par le maître de l'Hôpital, et les négociants de Venise et de Pise, qui se réclament de l'appui du Temple. Le pape tente d'intervenir, en vain. Rivalités sordides au milieu desquelles les barons francs ne savent pas saisir les chances offertes d'une alliance avec ces Mongols qui terrorisent les musulmans, mais surtout qui les retardent.
Le sultan Baïbars, maître de l'Egypte, dominée par les Mamelouks depuis 1250, en profite, quant à lui, pour enlever successivement les places fortes des Occidentaux: Césarée, Saphet, Jaffa, Antioche (12651268). Il conquiert le Châtel-Blanc des Templiers et le fameux Krak des chevaliers, que tiennent les Hospitaliers.
Une trêve de dix ans ne suffit pas aux chrétiens pour se regrouper et les Mamelouks relancent l'offensive en 1288. Coup décisif, sous prétexte d'une attaque des musulmans par des pèlerins débarqués fraîchement d'Italie, le sultan al-Ashraf met le siège devant Saint-Jean-d'Acre (avril-mai 1291) avec des forces considérables deux cent vingt mille hommes, ce qui amène (trop tard) la réconciliation des deux ordres dont les maîtres, Guillaume de Beaujeu pour le Temple (le dernier grand maître à siéger en Orient), jean de Villiers pour l'Hôpital, marchent ensemble à la défense des tours sur lesquelles s'acharnent les troupes musulmanes. L'un et l'autre y trouvent la mort.
La dernière tour (la tour Maudite) cède enfin sous les assauts et les sapes, ensevelissant, avec les derniers Templiers, les mamelouks qui mènent l'assaut. La citadelle tombe le 28 mai. Les dernières places fortes (Tyr, Sidon, Tortose) sont évacuées sans combat, les Templiers survivants quittent la Terre Sainte.