|
|
Texte intégral de la bible de
Barnabas (ou Barnabé)
Cliquez
ici pour savoir qui est Barnabé
Prologue :
Barnabé, apôtre de Jésus Nazaréen appelé Christ, à tous ceux qui habitent sur
la terre, souhaite paix et consolation.
Très chers, le grand et admirable Dieu nous a visités, ces jours passés, par
son Prophète Jésus Christ, en grande miséricorde de doctrine de doctrine et
de miracles. C'est pourquoi beaucoup, trompés par Satan, sous couvert de
pitié, prêchent une doctrine fort impie: ils appellent Jésus fils de Dieu,
rejettent la circoncision, alliance de Dieu à jamais, et autorisent toute
sorte d'aliments impurs. Parmis eux, Paul lui-même est dans l'erreur, et je
n'en parle pas sans douleurs.
En conséquence, je vous écris cette vérité que j'ai vue et entendue en
fréquentant Jésus, afin que vous soyez sauvés, que vous vous ne soyez pas
trompés par Satan et que vous ne périssiez pas dans le jugement de Dieu.
Gardez-vous donc de quiconque vous prêche une doctrine nouvelle opposée à ce
que je vous écris, pour que vous soyez sauvés à jamais. Que le grand Dieu
soit avec vous et vous garde de Satan et de tout mal! Amen.
Chapitre 1
Ce premier chapitre contient
l'annonce de l'ange Gabriel à la vierge Marie au sujet de la naissance de
Jésus.
Ces années passées, une vierge appelée Marie, de la race de David, de la tribu
de Juda, reçut la visite de l'ange Gabriel envoyé par Dieu. Cette vierge
vivait en toute sainteté, sans aucun scandale, sans reproche, dans la prière
et les jeûnes. Un jour qu'elle était seule, l'ange Gabriel entra dans sa
chambre et la salua en ces termes: "Que Dieu soit avec toi, Marie!"
A la vue de l'ange, la vierge prit peur. Celui-ci la réconforta en disant:
"Ne crains pas, Marie, car tu es agréable à Dieu. Il t'a choisie pour
être la mère d'un Prophète qu'il enverra au peuple d'Israël pour qu'ils
marchent dans sa loi d'un cœur sincère". La vierge répondit:
"Comment mettrais-je au monde des enfants puisque je ne connais pas
d'homme?". L'ange reprit: "Marie, Dieu qui a fait l'homme sans
homme est capable d'engendrer en toi l'homme sans homme car pour lui rien
n'est impossible". Marie répondit: "Je sais que Dieu est tout
puissant; aussi que sa volonté soit faite!". L'ange reprit:
"Maintenant, en toi a été conçu le Prophète, tu l'appelleras Jésus. Tu
le préserveras du vin, de la boisson fermentée et de tout aliment impur, car
l'enfant est de Dieu". Marie s'inclina humblement et dit: " Voici
la servante de Dieu. Qu'il advienne selon ta parole!".
L'ange s'en alla et la vierge glorifia Dieu en disant: "Ô mon âme.
reconnais la grandeur de Dieu! Et toi mon esprit, exulte en Dieu mon sauveur
qui a si bien regardé l'humilité de sa servante que je serais appelée
bienheureuse par toutes les nations! En effet, il m'a faite grande celui qui
est puissant. Que son saint nom soit béni, car sa miséricorde s'étend a travers
toutes les générations qui le craignent! Il a rendu puissante sa main. Il a
dispersé le superbe dans ses desseins. Il a déposé les puissants de leurs
trônes. Il a exalté les humbles. Il a comblé de biens ceux qui avaient faim,
et les riches il les a renvoyés vides, car il se souvient des promesses
faites à Abraham et à son fils à jamais.
Chapitre 2
Avertissement de l'ange Gabriel à
Joseph sur la conception de la vierge Marie.
Une fois connue la volonté de Dieu, Marie craignant que le peuple ne se scandalise
de ce qu'elle était enceinte et ne la lapide comme coupable de fornication,
élut un compagnon de sa race, un homme appelé Joseph, de vie irréprochable.
En effet, en juste qu'il était, il craignait Dieu et le servant dans les
jeûnes et la prière, vivant de l'œuvre de ses mains, car il était
charpentier.
Connaissant un tel homme, la vierge le choisit pour compagnon et lui révéla
le dessein divin.
Quand Joseph s'aperçut que Marie était enceinte, il voulait l'abandonner en
juste qu'il était, car il craignait Dieu.
Or, tandis qu'il dormait il fut réprimandé par l'ange en ces termes: “Joseph,
pourquoi veux-tu abandonner Marie, ton épouse? Sache que tout ce qui s'est
fait en elle est arrivé par la volonté de Dieu! La vierge enfantera un fils.
Tu l'appelleras Jésus. Tu le préserveras du vin, de la boisson fermentée et
de tout aliment impur, car il est saint de Dieu dans le ventre de sa mère. Il
est Prophète de Dieu, envoyé au peuple d'Israël pour convertir Juda
dans son cœur et pour qu'Israël marche dans la loi du seigneur, comme il est
écrit dans la loi de Moïse. Il viendra avec une grande puissance que Dieu lui
donnera et il fera de grands miracles, c'est pourquoi beaucoup se sauveront”.
En s'éveillant, Joseph remercia Dieu et demeura avec Marie toutes les années
de sa vie, servant Dieu en toute sincérité.
Chapitre 3
Admirable naissance de Jésus et
apparition d'anges qui louaient Dieu.
En ce temps-là, Hérode régnait en Judée par décret de César Auguste; Pilate
était gouverneur, étant pontifes Anne et caïphe. C'est alors que par décret
d'Auguste, tout le monde se fit recenser. A cet effet chacun se rendait a sa
patrie et se présentait a sa tribu pour se faire recenser.
Joseph, originaire de Nazareth, ville de Galilée, partit donc pour Bethléem
avec Marie, son épouse, qui était enceinte, afin d'y être recensé selon le
décret de César. C'était en effet sa ville puisqu'il était de la race de
David.
Parvenu a Bethléem, comme la ville était petite et que la foule des pèlerins
était grande, il ne trouva pas de place. Aussi se logea-t-il hors de la
ville, dans un endroit fait pour abriter les bergers. Tandis que Joseph y
demeurait, le temps arriva où Marie devait enfanter.
La vierge fut environnée d'une immense splendeur et elle enfante son fils
sans douleur. Elle le prit dans ses bras, l'enveloppa de langes et le posa
dans l'étable, car il n'y avait pas de place à l'auberge. Une multitude
d'anges vint à l'auberge avec allégresse, bénissant Dieu et annonçant la paix
a ceux qui craignent Dieu. Marie et Joseph louaient le Seigneur pour la
naissance de Jésus et le nourrissaient avec une joie extrême.
Chapitre 4
Des anges annoncent la naissance
de Jésus aux bergers. Ceux-ci après l'avoir trouvé, l'annoncent (à leur tour).
En ce temps-là les bergers étaient en train de veiller sur leur troupe au
selon leur habitude. Et voici qu'ils furent environnés d'une immense
splendeur. C'est alors que leur apparut un ange qui glorifiait Dieu. Les
bergers furent remplis de frayeur à cause de la lumière soudaine et de
l'apparition de l'ange. Aussi l'ange du Seigneur les réconforta-t-il en
disant: “Voici que je vous annonce une grande joie: il est né dans la ville
de David un enfant, Prophête du Seigneur. Il apporte grand salut à la maison
d'Israël. Ce petit enfant vous le trouverez dans l'étable, ainsi que sa mère
qui glorifie Dieu”. A ces mots, survint une multitude d'anges qui
glorifiaient Dieu et annonçait la paix à ceux qui sont de la bonne volonté.
Les anges partis, les bergers parlaient ainsi entre eux: “Allons jusqu'à
Bethléem et voyons la parole que Dieu nous a annoncée par son ange!” Beaucoup
de bergers vinrent à Bethléem à la recherche du nouveau né. Hors de la ville,
ils trouvèrent le nouveau-né, couché dans l'étable comme l'ange l'avait dit.
Ils se révérèrent donc et donnèrent à la mère ce qu'ils avaient tout en lui
en racontant ce qu'ils avaient entendu et vu. Cependant Marie conservait tout
cela dans son coeur, de même que Joseph, et ils remercièrent Dieu. Les
bergers retournèrent à leur troupeau en racontant à chacun ce qu'ils avaient
vu.
Aussi toute la montagne de Judée fut-elle remplie de crainte et tout
homme se demanda dans son coeur: “Que deviendra cet enfant ?”.
Chapitre 5
Circoncision de Jésus.
Quand furent accomplis les huits jours, selon la loi de Seigneur,
comme il est écris au livre de Moïse, ils prirent l'enfant et le portèrent au
temple pour le circoncir. Ils le circoncirent donc et l'appelèrent “Jésus”
comme l'avait dit l'ange du Seigneur avant qu'il fut conçu. Marie et Joseph
surent que cet enfant devait être pour le salut et la ruine de beaucoup.
Aussi craignirent-ils Dieu, et ils servaient l'enfant avec crainte de Dieu.
Chapitre 6
D'Orient en Judée, trois mages
sont guidés par une étoile. Ayant trouvé Jésus, ils le révèrent et lui
offrent des présents.
Dans les régions orientales, sous le règne d'Hérode, roi de Judée, après
la naissance de Jésus, trois mages scrutaient les étoiles du ciel. Or une
étoile d'une grande splendeur leur apparut. En ayant délibéré entre eux, d'un
commun accord ils se rendirent en Judée. L'étoile les guidait en les
précédant.
Parvenus à Jérusalem, ils demandèrent où était né le roi des Juifs. En
l'entendant, Hérode eut peur et toute la ville fut troublée. Hérode convoqua donc
les prêtres et les scribes et leur demanda où devait naître le Christ. Ils
répondirent qu'il devait naître à Bethléem, comme il est écrit par le
Prophète: “ Et toi Bethléem, tu n'es pas petite parmis les princes de Juda,
car c'est de toi que sortira un chef qui conduira mon peuple Israël!”.
Hérode convoqua donc les mages et les interrogea sur la raison de leur venue.
Ils leur répondirent qu'ils avaient vu une étoile en Orient, qu'elle les
avait guidés jusqu'en ce lieu, qu'ils voulaient adorer ce nouveau roi que
montrait son étoile et lui offrir des présents. Hérode dit alors: “Allez à
Bethléem! Avec grand soin enquérez-vous de l'enfant. Et quand vous l'aurez
trouvé, venez me le dire, car moi aussi je veux aller l'adorer”. Il disait
cela pour les tromper.
Chapitre 7
La visite des mages à Jésus; leur
retour chez eux et l'avertissement que jésus leur donna en songe.
Les mages sortirent donc de Jérusalem. Et voici que l'étoile qui leur
était apparue en Orient les précédait. A sa vue, ils furent remplis de joie.
Parvenus à Bethléem, à l'écart de la ville, ils virent l'étoile arrêtée
au-dessus de l'auberge où était né Jésus. Les mages s'y rendirent donc.
Entrés dans la pièce, ils trouvèrent l'enfant et sa mère et se prosternant,
ils le révérèrent. Tout en racontant à la vierge tout ce qu'ils avaient vu,
les mages offrirent à l'enfant des aromates, de l'argent et de l'or.
Puis, pendant leur sommeil, ils furent exhortés par l'enfant à ne pas se
rendre chez Hérode. Ils partirent donc par une autre route et s'en
retournèrent chez eux en racontant tout ce qu'ils avaient vu en Judée.
Chapitre 8
Fuite en Egypte où l'on emporte
Jésus: Hérode massacre les enfants innocents.
Voyant que les mages ne revenaient pas, Hérode s'estima joué par eux. Il
se décida donc à faire mourir l'enfant ou nouveau-né.
Mais voici que pendant le sommeil de joseph, l'ange du Seigneur lui apparut
et lui dit: “Vite! Lève-toi! Prends l'enfant et la mère et va-t'en en Egypte.
Ils y demeurèrent jusqu'à la mort d'Hérode.
Celui-ci, s'estimant bafoué par les mages, envoya ses soldats massacrer tous
les enfants nouveau-nés à Bethléem. Les soldats vinrent donc et tuèrent tous
les enfants qui s'y trouvaient comme le leur avait commandé Hérode. Alors
s'accomplirent les paroles du Prophète: “Lamentation et larmes sont
abondantes en Rama: Rachel pleur ses fils, mais il n'y a pas de consolation,
car ils ne son plus!”.
Chapitre 9
Rentré en Judée, Jésus a une
merveilleuse discussion avec les docteurs, il est alors âgé de douze ans.
A la mort de Hérode, voici que l'ange du Seigneur apparut en songe a
Joseph et lui dit: Rentre en Judée, car ils sont morts ceux qui voulaient la
mort de l'enfant!” Joseph prit donc l'enfant alors âgé de sept ans, ainsi que
Marie, et il vint en Judée. Là, il apprit qu'Archelaüs, fils d'Hérode,
régnait en Judée; craignant d'y demeurer, il s'en alla en Galilée. Ils
vinrent habiter Nazareth. L'enfant grandissait en grâce et en sagesse devant
Dieu et devant les hommes.
A douze ans, avec Marie et Joseph, Jésus monta a Jérusalem pour y adorer
selon la loi du Seigneur écrite au livre de Moïse. La prière faite, ils s'en
allèrent en ayant perdu Jésus, ils croyaient en effet qu'il était retourné à
la maison avec des membres de leur famille. Marie et Joseph revinrent donc à
Jérusalem, en cherchant Jésus parmi les membres de leur famille et leurs
voisins.
Le troisième jour, ils retrouvèrent l'enfant dans le temple parmi les
docteurs, discutant avec eux de la loi. Chacun s'étonnait de ses demandes et
de ses réponses et disait: “Comment peut-il y avoir en lui une belle
doctrine, puisqu'il n'a pas appris à lire!”
Marie le réprimanda: “Fils, que nous as-tu fait? Voici que moi et ton père
nous t'avons cherché trois jours dans la douleur!” Jésus répondit: “ne
savez-vous pas que le service de Dieu doit passer avant père et mère?”. Jésus
descendit à Nazareth avec sa mère et Joseph. Il leur était soumis avec
humilité et révérence.
Chapitre 10
A trente ans, sur le mont des
Oliviers, Jésus reçoit de l'ange Gabriel l'évangile d'une façon merveilleuse.
A trente ans, comme il me l'a dit, Jésus était allé ramasser des olives
avec sa mère sur le mont des oliviers. A l'heure de midi, tandis qu'il
priait, parvenu aux mots: “Seigneur, avec miséricorde …”, il fut environné
d'une immense splendeur et d'une multitude infinie d'anges qui disaient:
“Dieu soit béni!”
L'ange Gabriel lui présenta un livre comme un brillant miroir. Ce livre
descendit dans le cœur de Jésus' il y apparût ce que Dieu a fait, ce que Dieu
a dit, ce que Dieu veut, si bien que toute chose fut pour lui nue et ouverte,
ainsi qu'il me l'a dit: “crois-le, Barnabé, je connus chaque Prophète, si
bien que tout ce que je dis sort de ce livre”.
Après cette vision, se sachant Prophète envoyé à la maison d'Israël, Jésus
révéla tout à Marie, sa mère, en lui disant qu'il devait souffrir grande
persécution pour l'honneur de Dieu et qu'il ne pouvait plus être continûment
avec elle pour la servir. A ces paroles, Marie répondit: “Avant ta naissance,
fils, tout me fut annoncé. Aussi que le saint nom de Dieu soit béni!” Ce
jour-là, Jésus quitta donc sa mère pour s'adonner à sa mission prophétique.
Chapitre 11
Jésus guérit merveilleusement un
lépreux, et se rend à Jérusalem.
En descendant de la montagne pour se rendre à Jérusalem, Jésus rencontra
un lépreux. Par inspiration divine, celui-ci sut que Jésus était Prophète.
Aussi le priait-il en pleurant: “Jésus, fils de David, aie pitié de moi!”
Jésus répondit: “que veux-tu que je fasse pour toi, frère?” Le lépreux
reprit: “Seigneur, rends-moi la santé!” Jésus le réprimanda: “Es-tu fou? Prie
Dieu qui t'a créé et il te rendra la santé, car moi je suis un homme comme
toi!” Le lépreux dit: “Seigneur, je sais que tu es un homme, mais saint du
Seigneur! C'est pourquoi prie Dieu toi-même et il me rendra la santé”.
Jésus dit alors en soupirant: “Seigneur Dieu tout-puissant, pour l'amour des
saints Prophètes, rends la santé à cet infirme!” Après ces paroles, touchant
l'infirme de ses mains: “Au nom de Dieu, frère, dit-il, recouvre la santé!” A
peine avait-il prononcé ces mots que la lèpre fut purifiée, si bien que la
chair du lépreux devient comme celle d'un enfant.
Dès qu'il se vit guéri, le lépreux se mit à crier à haute voix: “Israël,
viens accueillir le Prophète que Dieu t'envoie!” Jésus le pria: “Frère,
tais-toi, ne dis rien!” Mais plus il le priait, plus l'autre criait: “Voici
le Prophète! Voici le saint de Dieu!”
A ces paroles, beaucoup de ceux qui quittaient Jérusalem revinrent sur leurs
pas et y entrèrent avec Jésus en disant ce que Dieu avait fait au lépreux par
Jésus.
Chapitre 12
Premier sermon, d'une doctrine
admirable, que Jésus fit au peuple à propos du nom de Dieu.
Ces paroles émurent toute la ville de Jérusalem, et comme Jésus était
entré dans le temple pour y prier, ils accoururent tous au point qu'ils
pouvaient à peine s'y tenir. Les prêtres prièrent donc Jésus : «Ce peuple
désir te voir et t'entendre; monte donc dans la pinacle et parle au nom du
Seigneur si Dieu te donne de parler !».
Jésus monta à l'endroit d'où parlaient les scribes et d'un signe de la main,
ayant demandé le silence, il ouvrit la bouche et dit : «Que soit béni le
saint nom de Dieu qui, dans sa bonté et sa miséricorde, voulut créer ses
créatures pour qu'elles le glorifient! Que soit béni le saint nom de Dieu qui
créa la splendeur de tous les saints et Prophètes avant toute chose pour
l'envoyer pour le salut du monde comme il l'a dit par David, son serviteur
:«Avant Lucifer, en splendeur des saints, je t'ai créé!» Que soit béni le
saint nom de Dieu qui créa les anges pour qu'ils le servent! Que Dieu soit
béni qui puni et réprouva Satan et ceux qui le suivirent parce qu'ils n'ont
pas voulu vénérer celui que Dieu voulait qu'ils vénèrent! Que soit béni le
saint nom de Dieu qui créa l'homme de la boue de la terre et qui l'établit
sur ses œuvres! Que soit béni le saint nom de Dieu qui chassa l'homme du
paradis parce qu'il avait transgressé son saint précepte! Que soit béni le
saint nom de Dieu qui regarda avec miséricorde les larmes d'Adam et d'Eve,
premiers parents du genre humain! Que soit béni le saint nom de Dieu qui
punit justement Caïn, le fratricide, qui envoya le déluge sur la terre, qui
brûla trois villes scélérat, flagella l'Égypte, engloutit Pharaon dans la Mer
Rouge, dispersa les ennemis de son peuple, châtia les incrédules et punit les
impénitents! Que soit béni le saint nom de Dieu qui prit miséricordieusement
soin de ses créatures et leur envoya en conséquence ses saints Prophètes pour
qu'elles marchent devant lui avec vérité et justice! Qui délivra ses
serviteurs de tout mal et leur donna ce pays comme il l'avait promis à notre
père Abraham et à son fils, pour toujours! Puis, par son serviteur Moïse il
nous donna la sainte loi pour que Satan ne nous trompe pas, et nous éleva
au-dessus des autres peuples. Mais nous, frères, que faisons-nous aujourd'hui
pour éviter d'être punis à cause de nos péchés?»
Alors, avec une très grande force, Jésus fait reproche à la foule d'avoir
oublié la parole de Dieu et de ne s'occuper que de vanité. Il fit reproche
aux prêtres de leur négligence dans le service de Dieu doctrine vaine et
d'amoindrir la loi de Dieu. Il fit reproche aux docteurs de d'anéantir la loi
de Dieu avec leurs traditions.
Et Jésus admonesta tant le peuple que tous pleuraient, du plus et de
leur cupidité. Il fit reproche aux scribes de prêcher une était au plus
grand; ils demandaient pardon et priaient Jésus de prier pour eux, sauf les
prêtres et leur chef qui prirent Jésus en haine ce jour là parce qu'il avait
ainsi parlé contre prêtres, scribes et docteurs. Ils se mirent à envisager sa
mort, mais ils n'en soufflèrent mot par crainte du peuple qui l'avait reçu en
Prophète de Dieu.
Ayant levé les mains vers le Seigneur Dieu, Jésus priait. Et le peuple disait
en pleurant: «Qu'il en soit ainsi, Seigneur, qu'il en soit ainsi!» Après la
prière, Jésus descendit du temple. Il quitta Jérusalem ce jour-là ainsi que
beaucoup de gens qui le suivaient. Et les prêtres entre eux disaient du mal
de Jésus.
Chapitre 13
Notable crainte de Jésus; son
oraison; et le réconfort merveilleux de l'ange Gabriel.
Quelques jours plus tard, ayant su en esprit la résolution des prêtres,
Jésus gravit le mont des Oliviers pour prier.
Au matin, après avoir prié toute la nuit, Jésus dit dans sa prière :
«Seigneur, je sais que les scribes me haïssent et que les prêtres envisagent
de me faire mourir, moi, ton serviteur, Aussi, Seigneur tout-puissant et
miséricordieux, écoute dans ta miséricorde les prières de ton serviteur et
sauve-moi de leurs pièges, car tu es mon salut. Tu sais, Seigneur, que moi,
ton serviteur, je ne cherche que toi et que je parle ta parole, parce que ta
parole est vérité qui dure toujours!»
Jésus ayant prononcé ces mots, voici que l'ange Gabriel vint à lui en disant
:«Ne crains pas, Jésus, car des milliers et des milliers de ceux qui habitent
au-dessus du ciel conservent tes vêtements. Tu ne mourras pas avant que
s'accomplisse toute chose et que le monde soit proche de sa fin». Jésus tomba
la face contre terre en disant :« Seigneur, Grand Dieu, qu'elle est grande ta
miséricorde à mon égard! Que te donnerais-je, Seigneur, pour tout ce que tu
m'as donné?» L'ange Gabriel répondit :«Lève-toi, Jésus, et souviens-toi
d'Abraham ! Pour accomplir la parole de Dieu, il voulait sacrifier Ismaël,
son fils unique. Or, comme son couteau ne pouvait trancher son fils, il
offrit, sur ma parole, un mouton à sacrifier. Tu feras donc de même, toi
aussi, Jésus, serviteur de Dieu!» Jésus répondit :«Volontiers, mais où
trouverais-je l'agneau, car je n'ai pas d'argent, et il n'est pas permis de
le voler ». Alors l'ange Gabriel lui présenta un bélier et Jésus l'offrit en
sacrifice en louant et bénissant Dieu qui est glorieux à jamais.
Chapitre 14 l'évangile de barnabé
Après le jeûne de quarante jours,
Jésus choisit douze apôtres.
Jésus descendit de la montagne, et, seul, durant la nuit, il passa de l'autre
côté du Jourdain. Il jeûna quarante jours et quarante nuits, sans rien
manger, ni de jour ni de nuit, priant continuellement le Seigneur pour le
salut de son peuple auquel Dieu l'avait envoyé.
Les quarante jours passés, il eut faim. Satan se présenta à lui et le tenta
par beaucoup de paroles, mais Jésus le chassa, en vertu de paroles de Dieu.
Satan parti, les anges vinrent et servirent à Jésus ce qui lui était
nécessaire.
Revenu dans la région de Jérusalem, Jésus fut retrouvé par la foule avec une
joie extrême. Ils le prièrent de rester parmi eux, car ses paroles n'étaient
pas comme celles des scribes : prononcées avec autorité, elles touchaient le
cœur. Jésus, voyant que grande était la multitude de ceux qui revenaient à
leur cœur pour marcher dans la loi de Dieu, gravit la montagne. Toute la
nuit, il se tint en prière. Le jour venu, il descendit de la montagne et
choisit les douze apôtres, et parmi eux, Judas, celui qui fut mis à mort sur
la croix. Leurs noms sont : André et Pierre son frère, pêcheurs, Barnabé qui
écrivit ceci, ainsi que Mathieu le publicain qui s'asseyait au comptoir, Jean
et Jacques fils de Zébédée, Thaddée et Jude, Barthélémy et Philippe, Jacques
et Judas Iscariote, le traître. Il leur communiqua toujours les secrets
divins, mais il fit de Judas l'Iscariote l'intendant de ce qu'on lui donnait
en aumône. Mais lui, voulait la dîme de tout.
Chapitre 15
Miracle accompli par Jésus aux
noces, en changeant l'eau en vin.
A l'approche de la fête des tabernacles, un homme riche invita Jésus aux
noces avec ses apôtres et sa mère. Jésus y alla donc. Tandis qu'ils
mangeaient, le vin leur manqua. Sa mère s'approcha de Jésus et dit :«Ils
n'ont pas de vin ». Jésus répondit :«Et qu'importe, ma mère! » Sa mère
commanda aux serviteurs d'obéir à tout ce que Jésus demanderait. Il y avait
là six jarres destinées à la purification avant la prière, selon la coutume
d'Israël. Jésus dit :«Remplissez d'eau ces jarres!» Les serviteurs le firent
. Jésus leur dit :«Au nom de Dieu. Donnez à boire à ceux qui mangent ». Les
serviteurs portèrent donc à boire au majordome qui réprimanda les servants
:«Mauvais serviteurs, pourquoi avez-vous gardé le meilleur vin jusqu'à
maintenant? » En effet, il ne savait rien de ce que Jésus avait fait. Les
serviteurs répondirent :«Maître, il y a ici un homme saint de Dieu; car il a
fait du vin avec de l'eau ». Le majordome pensait que les serviteurs étaient
ivres, mais ceux qui étaient assis à côté de Jésus et qui avaient tout vu, se
levèrent de table et le révérèrent en disant :«Vraiment, tu es saint de Dieu,
vrai Prophète qui nous a été envoyé par Dieu. »
Alors ses disciples crurent en lui; beaucoup rentrèrent en eux-mêmes et
dirent :«Loué soit Dieu qui a pitié d'Israël et qui visite avec amour la
maison de Juda! Béni soit son saint nom! ».
Chapitre 16
Merveilleux enseignement que Jésus
adressa aux apôtres au sujet du changement de vie.
Un jour, Jésus convoqua ses disciples et gravit la montagne. Quand il fut
assis, ses disciples s'approchèrent de lui. Ayant ouvert la bouche, il les
enseignait en disant : «Grands sont les bienfaits de Dieu envers nous! Il
nous faut donc le servir dans la vérité du cœur, car le vin nouveau se met
dans des outres neuves. Ainsi, vous aussi, vous devez devenir des hommes
nouveaux si vous voulez comprendre la doctrine nouvelle qui sortira de ma
bouche.
Je vous le dis, en vérité même que l'homme ne peut voir de ses yeux, en même
temps, le ciel et la terre, de même il est impossible d'aimer en même temps
Dieu et le monde. On ne peut en aucune façon servir deux maîtres ennemis l'un
de l'autre, car si l'un vous aime, l'autre vous aura en haine. Je vous le dis
en vérité : vous ne pouvez pas servir Dieu et le monde, car le monde est établi
dans le mensonge, la cupidité et la méchanceté. Il est donc impossible que
vous y trouviez le repos, mais bien plutôt persécution et dommage. Servez
donc Dieu et méprisez le monde, car vous trouverez par moi le repos de vos
âmes. Ecoutez mes paroles, car je vous parle en vérité : ils sont vraiment
heureux ceux qui déplorent cette vie du monde, parce qu'ils seront consolés!
Bienheureux les pauvres qui haïssent vraiment les délices du monde, parce
qu'ils seront comblés des délices du royaume de Dieu! Oh, vraiment
bienheureux ceux qui mangent à la table de Dieu, parce que le anges les
serviront! Vous êtes en voyage comme des pèlerins : est-ce que le voyageur se
charge sur son chemin de maisons, de champs et d'autres choses terrestres?
Bien sûr que non! Mais il porte des choses légères, appréciées pour leur
utilité et leur peu d'embarras. Eh bien, voilà votre exemple!
Et si vous voulez un autre exemple, je vous le donnerai pour que vous fassiez
ce que je vous dis. N'alourdissez pas votre cœur de désirs terrestres en
disant :«Qui nous vêtira? qui nous donnera à manger?» Mais regardez les
fleurs, les arbres et les oiseaux. Dieu, notre Seigneur, les habille et les
nourrit plus magnifiquement que toutes les magnificences de Salomon!
Dieu qui vous a créé et appelé à son service est capable de vous nourrir, lui
qui pendant quarante ans au désert fit pleuvoir la manne du ciel pour son
peuple Israël et qui ne laissa pas leurs vêtements s'user ni tomber en
lambeaux! Et ils étaient six cent quarante mille hommes sans compter les
femmes et les enfants. je vous le dis en vérité : le ciel et la terre
viendront à manquer, mais sa miséricorde envers ceux qui le craignent ne
manquera pas.
Par contre les riches du monde, dans leur prospérité, sont affamés et
périssent. Il y avait un homme riche dont les revenus venaient d'augmenter.
Il disait :«Que vais-je faire, ô mon âme? je démolirai les greniers, car ils
sont petits, et j'en ferai d'autres plus grands. Alors, tu triompheras, ô mon
âme!» Malheureux! il mourut cette même nuit. Il aurait du penser aux pauvres
et s'en faire des amis en leur faisant l'aumône des richesses injustes de ce
monde, car ce sont eux qui emportent les trésors dans le royaume du ciel.
Dites-moi, s'il vous plaît, si vous donniez en banque à un publicain et qu'il
vous rendît dix ou vingt pour un, ne donneriez-vous à cet homme tout ce que
vous auriez? mais je vous le dis en vérité : de tout ce que vous donnerez ou
laisserez pour l'amour de Dieu, vous recevrez cent pour un et la vie
éternelle. Voyez donc comme vous devez être contents de servir Dieu!
Chapitre 17
Dans ce chapitre, on apprend
clairement l'infidélité des chrétiens et la vraie foi du croyant.
A ces paroles de Jésus, Philippe répondit :«nous sommes contents de
servir Dieu, mais nous désirons connaître Dieu, car le Prophète Isaïe a dit
:«Vraiment, tu es un Dieu caché!». Et Dieu dit à Moïse son serviteur :«Je
suis celui qui suis». Jésus reprit :« Philippe, Dieu est un bien sans lequel
il n'y a pas de bien. Dieu est un être sans qui rien n'existe. Dieu est une
vie, sans qui rien ne vit. Il est si grand qu'il remplit tout et qu'il est
partout. Il est le seul qui soit sans égal. Il n'a pas eu de commencement et
il n'aura jamais de fin, mais il a donné commencement à tout et à tout il
donnera fin. Il n'a ni père, ni mère, il n'a pas d'enfants, ni de frères, ni
de compagnons. Et comme il n'a pas de corps, il ne mange pas, il ne dort pas,
il ne meurt pas, il ne marche pas, il ne se meut pas, mais il demeure
éternellement, sans ressemblance humaine, car il est incorporel, sans
composition, immatériel, d'une substance parfaitement simple. Il est si bon
qu'il aime seulement la bonté. Il est si juste que lorsqu'il punit ou
pardonne, on ne peut pas le reprendre. Bref, je te le dis, Philippe, ici-bas
tu ne peux ni le voir, ni le connaître parfaitement, mais dans son royaume,
tu le verras pour toujours. En lui consiste toute notre félicité et notre
gloire!»
Philippe répondit :«Que dis-tu, Maître? Il est écrit aussi en Isaïe que Dieu
est notre Père; comment donc n'a-t-il pas d'enfants?» Jésus dit :«Beaucoup de
paraboles sont écrites dans tous les Prophètes; pourtant tu ne dois pas les
comprendre selon la lettre mais selon le sens. En effet les cent quarante
quatre mille Prophètes que Dieu envoya au monde, ont parlé obscurément, mais
après moi viendra la splendeur de tous les Prophètes et saints; il éclairera
les ténèbres de tout ce qu'ont dit les Prophètes, car il est le Messager de
Dieu »
Cela dit, Jésus soupira et ajouta :« Aie pitié d'Israël, Seigneur Dieu! avec bonté
veille sur Abraham et sur sa descendance pour qu'ils te servent en vérité de
cœur.» Ses disciples répondirent :«Qu'il en soit ainsi, Seigneur notre Dieu!»
Jésus dit :«Je vous le dis en vérité : les scribes et les docteurs ont rendu
vaine la loi de Dieu avec leurs fausses prophéties contraires aux prophéties
des vrais Prophètes de Dieu. Aussi Dieu est-il irrité contre la maison
d'Israël et contre cette génération incrédule!» A ces paroles, les disciples
pleuraient et disaient : «Dieu, aie pitié du temple de la cité sainte! Ne la
donne pas en opprobre aux nations pour qu'elles ne méprisent pas ton alliance
sainte !» Jésus répondit :«Qu'il en soit ainsi. Seigneur. Dieu de nos pères!»
Chapitre 18
On montre dans ce chapitre la
persécution des serviteurs de Dieu par le monde et la protection de Dieu qui
le sauve.
Jésus ajouta :«ce n'est pas vous qui m'avez choisi, c'est moi qui vous ai
choisi pour que vous soyez mes disciples. Si le monde vous hait, vous serez
vraiment mes disciples, car le monde a toujours été ennemi des serviteurs de
Dieu. Souvenez-vous des saints Prophètes tués par le monde! Au temps d'Elie,
dix mille Prophètes ont été tués par Jézabel; le pauvre Elie ne s'en tira
qu'avec peine, ainsi que sept mille fils de Prophètes que cacha le capitaine
de l'armée d'Achad. O monde inique, toi ne connaît pas Dieu!
Mais vous, ne craignez pas, car les cheveux de votre tête sont si bien
comptés qu'ils ne seront pas détruits. Regardez les moineaux et autres
oiseaux : il ne leur tombe pas une seule plume sans la volonté de Dieu. Dieu
prendrait-il donc plus de soin des oiseaux que de l'homme pour lequel il a
tout créé? Se trouverait-il par hasard un homme qui prendrait plus de soin de
ses souliers que de son propre fils? Bien sûr que non! Eh bien, encore moins
devez-vous penser que Dieu vous abandonnerait alors qu'il prend soin des
oiseaux! et que dis-je, des oiseaux? Une feuille d'arbre ne tombe pas sans la
volonté de Dieu!
croyez-moi, je vous le dis en vérité, le monde vous craindra beaucoup si vous
observez mes paroles. En effet, il ne vous hait que parce qu'il craint de
voir sa malice découverte. Il craint d'être découvert, il vous haïra donc et
il vous persécutera . Si vous voyez que vos paroles sont méprisées par le
monde, ne vous contrastez pas; considérez que dieu est plus grand que vous et
qu'il est tellement méprisé par le monde que sa sagesse passe pour de
la folie. Si Dieu supporte le monde avec patience, pourquoi voudriez-vous
vous attrister, poussière et boue de la terre? Dans votre patience, vous
possèderez votre âme. C'est pourquoi, si quelqu'un vous donne un soufflet sur
une joue, présentez-lui l'autre pour qu'il la frappe!
Ne rendez pas le mal pour le mal, car c'est ainsi que font les pires animaux!
Mais rendez le bien pour le mal et priez pour ceux qui vous haïssent! Ce
n'est pas par le feu qu'on éteint le feu, mais par l'eau. Aussi je vous le
dis, vous ne vaincrez pas le mal, mais au contraire par le bien. Voyez Dieu :
il fait venir le soleil sur les bons et sur les méchants, ainsi que la pluie!
C'est pourquoi vous aussi, vous devez faire du bien à tous, car il est écrit
dans la loi :«Soyez saints parce que moi, votre Dieu, je suis saint! Soyez
purs parce que je suis pur, et soyez parfait parce que je suis parfait». Je
vous le dis en vérité : le serviteur s'efforce de plaire à son maître et par
conséquent il ne s'habille pas de ce qui lui déplaît. Vos habits, ce sont
votre volonté et votre amour. Gardez-vous de vouloir et d'aimer rien qui
déplaise à Dieu notre Seigneur! soyez sûrs que Dieu a en haine le luxe et la
concupiscence du monde. Donc, pour vous, haïssez le monde!»
Chapitre 19
Jésus prédit qu'il sera trahi, et
en descendant de la montagne, il guérit dix lépreux.
A ces paroles de Jésus, Pierre répondit :«Maître voici que nous avons tout
quitté pour te suivre. Qu'adviendra-t-il de nous? » Jésus répondit :«en
vérité, au jour du jugement, vous serez assis à mes côtés et vous témoignerez
contre les douze tribus d'Israël.»
Cela dit, Jésus soupira et ajouta :«Seigneur, comment cela se fait-il : j'en
ai choisi douze et l'un d'eux est un démon? » A cette parole les disciples
s'attristèrent. Alors celui qui écrivit ceci, interrogea secrètement Jésus en
pleurant :«Maître, Satan ne me trompera-t-il? Serai-je donc réprouvé? » Jésus
répondit :«Ne t'attriste pas, Barnabé, car ceux que Dieu a choisis avant la
création du monde, ne périront pas! Réjouis-toi parce que ton nom est inscrit
au livre de la vie.» Jésus consola les disciples en disant :«Ne craignez pas,
celui qui me haïra ne s'attriste pas de mes paroles, car il n'y a pas en lui
de sentiment divin.» A ces paroles, les élus se consolèrent. Jésus fit les
prières et ses disciples disaient :«Amen ! Qu'il en soit ainsi, Seigneur
Dieu, tout-puissant et miséricordieux! »
Après la prière, Jésus descendit de la montagne avec ses disciples. Il
rencontra dix lépreux qui crièrent de loin :«Jésus, fils de David, aie pitié
de nous! » Jésus les appela près de lui et leur dit :«Que voulez-vous de moi
frères? » ils crièrent tous :«Donne-nous la santé» Jésus répondit :«Hélas,
pauvres que vous êtes! Avez-vous donc perdu la raison pour dire : donne-nous
la santé? Ne voyez-vous pas que je suis un homme comme vous? Appelez notre
Dieu qui vous a créés et lui, qui est tout-puissant et miséricordieux, vous
guérira! » Les lépreux répondirent en larmes :«Nous savons que tu es un homme
comme nous, mais saint de Dieu et Prophète du Seigneur. C'est pourquoi, prie
Dieu toi-même et lui nous guérira! »
Là-dessus, les disciples supplièrent Jésus en disant «Seigneur, aie pitié d'eux!
» Alors Jésus gémit et pria Dieu en disant :«Seigneur Dieu, tout-puissant et
miséricordieux, aie pitié et écoute les paroles de ton serviteur. Pour
l'amour d'Abraham notre père et par ton alliance sainte, aie pitié de leur
demande et rend leur la santé! » Puis Jésus se tourna vers les lépreux et
leur dit :«Allez vous présenter aux prêtres, selon la loi de Dieu! » Les
lépreux s'en allèrent et, en chemin, ils furent guéris.
Alors l'un d'eux, se voyant guéri, revint trouver Jésus; c'était un
Ismaélite. Ayant retrouvé Jésus, se prosternant, il le révéra en disant
:«Vraiment tu es saint de Dieu!» Avec remerciements, il le priait de
l'accepter pour serviteur. Jésus répondit :«Dix ont été guéris, où sont les
neuf autres? » Et à celui qui avait été guéri :«Je ne suis pas venu, dit-il,
pour être servi, mais pour servir. Va donc chez toi et raconte ce que dieu a
fait pour toi, afin qu'ils sachent que s'approchent les promesses faites à
Abraham et à son fils, ainsi que le royaume de Dieu. » Le lépreux guéri le quitta
et, arrivé dans son pays, il raconta tout ce que Dieu avait opéré en lui par
Jésus
Chapitre 20
Miracle opéré en mer par Jésus :
Jésus indique où est reçu le Prophète.
Jésus se rendit à la mer de Galilée; il monta dans une barque et navigua
vers Nazareth, sa ville. Alors s'éleva une grande tempête, de sorte que le
bateau était près de couler. Jésus dormait à la proue du bateau. Ses
disciples s'approchèrent donc de lui et le réveillèrent en disant
:«sauve-nous, Maître. car nous périssons! » Ils étaient en proie à une grande
épouvante en raison du grand vent contraire et du fracas de la mer. Jésus se
leva, et les yeux levés au ciel, il dit :«O Elohim Sabaot, aie pitié de tes
serviteurs »! A peine Jésus avait-il prononcé ces paroles que le vent tomba et
que la mer se calma.
Alors les maris furent saisis de frayeur et dirent :«Quel est celui auquel
obéissent la mer et le vent? »
Arrivés à Nazareth, les marins remplirent la ville du récit de ce que Jésus
avait fait. Alors la maison où ils se trouvaient fut envahie par les
habitants de la ville. Les scribes et les docteurs se présentèrent à lui
:«Nous avons entendu dire tout ce que tu as fait en mer et en Judée,
dirent-ils. Donne-nous donc un signe ici, dans ta patrie!» Jésus répondit
:«Cette génération incrédule cherche un signe, mais il ne lui sera pas
accordé, parce qu'aucun Prophète n'est reçu dans sa patrie. Du temps d'Elie,
il y avait beaucoup de veuves en Judée, mais il ne fut envoyé qu'à une veuve
de Sidon pour qu'elle lui donne à manger. Il y avait beaucoup de lépreux en
Judée au temps d'Elisée, et pourtant seul Aman le syrien fut guéri! » alors
les habitants de la ville se mirent en colère; ils se saisirent de lui et le
conduisirent au bord d'un précipice pour le jeter en bas, mais Jésus,
marchant au milieu d'eux, s'en alla.
Chapitre 21
Jésus guérit un possédé; les porcs
sont jetés à la mer; puis il guérit la fille de la Cananéenne.
Jésus
monta à Capharnaüm. Comme il approchait de la ville, un possédé sortit des
tombes. Aucune chaîne ne pouvait le retenir et il faisait beaucoup de mal aux
hommes. Les démons criaient par sa bouche: «Saint de Dieu, pourquoi es-tu
venu nous molester avant le temps?» Et ils le priaient de ne pas les chasser,
Jésus leur demanda combien ils étaient. Ils répondirent : «Six mille six cent
soixante six!» En entendant cela, les disciples furent saisis de frayeur et
ils priaient Jésus de s'en aller.
Jésus dit alors :«Où est votre foi? C'est le démon qui doit s'en aller et
non pas moi!» Les démons crièrent donc :«Nous sortirons! Mais permets-nous
d'entrer dans ces porcs!» Il y avait là, passant près de la mer, à peu près
dix mille porcs à des Cananéens. «Allez-vous-en, dit alors Jésus, et entrez
dans les porcs!» Avec fracas, les démons entrèrent dans les porcs et les
précipitèrent à la mer. Ceux qui gardaient les porcs s'enfuirent en ville et
racontèrent tout ce qui était arrivé par Jésus. Les hommes sortirent donc de
la ville et trouvèrent Jésus et l'homme guéri. Les hommes furent remplis de
crainte et prièrent Jésus de quitter leur territoire.
Jésus s'en alla donc de chez eux et monta du côté de Tyr et Sidon, Et voici
qu'une femme de Canaan, sortie de son patrie à la recherche de Jésus avec
deux de ces fils, lui cria en le voyant venir avec ses disciples :«Jésus,
fils de David, aie pitié de ma petite fille qui est tourmentée par le
diable.» Jésus ne lui répondit même pas un mot, parce qu'ils faisaient partie
du peuple incirconcis. Les disciples furent pris de pitié et dirent
:«Maître, aie pitié d'eux! voie comme ils crient et comme ils pleurent!»
Jésus répondit :«Je ne suis envoyé qu'au peuple d'Israël». Alors la femme
vint devant lui avec ses fils, pleurant et disant :«Fils de David, aie pitié
de moi!» Jésus répondit :«Il n'est pas bon d'enlever le pain des mains des
fils et de le donner aux chiens!» Jésus dit cela à cause de leur impureté,
car ils faisaient partie du peuple incirconcis. La femme répondit :«Seigneur,
les chiens mangent les miettes qui tombent de la table de leurs maîtres!»
Alors Jésus admira les paroles de la femme et dit :«Femme grande est ta foi!»
Et, les mains levées au ciel, il pria Dieu. Puis il dit : «Femme, ta fille
est libérée. Va en paix!» la femme s'en alla et en rentrant chez elle, elle
retrouva la petite fille qui bénissait Dieu. C'est pourquoi la femme dit
:«Vraiment il n'y a pas d'autre Dieu que le Dieu d'Israël!» Et toute sa
parenté s'agrégea à la loi de Dieu, selon la loi écrite au livre de Moïse.
Chapitre 22
Misérable condition des
incirconcis, puisqu'un chien est meilleur qu'eux.
Ce jour là, les disciples interrogèrent Jésus :«Maître, pourquoi as-tu
répondu à cette femme qu'ils étaient des chiens?» Jésus répondit :«Je vous le
dit en vérité, un chien est meilleur que l'homme incirconcis!» Les disciples
s'attristèrent alors et dirent :«Ces paroles sont dures. Qui pourra les
comprendre?»
Jésus répondit :«O insensés! Si vous considérez ce que fait le chien, pour
servir son maître, alors qu'il est sans intelligence, vous trouverez que j'ai
parlé juste. Dites-moi : le chien, ne garde-t-il pas la maison de son maître?
n'expose-t-il pas sa vie contre le voleur? Certes oui! Mais que reçoit-il?
Beaucoup de coup d'injures et un peu de pain; et toujours et présente à son
maître une mine joyeuse, n'est-ce pas?» -«Oui, c'est vrai, Maître!»
répondirent les disciples, Jésus dit alors :«Considérez maintenant tout ce
que Dieu a donné à l'homme et vous verrez combien il est injuste de ne pas
observer l'alliance que Dieu a conclue avec Abraham son serviteur.
Souvenez-vous de ce que David dit à Saül, roi d'Israël, contre Goliath, le
Philistin :«Seigneur, dit David, quand ton serviteur gardait les troupeaux de
ton serviteur, le loup, l'ours et le lion survenaient et prenaient les
brebis de ton serviteur. Alors ton serviteur partait les tuer et leur reprendre
les brebis. Eh bien, quel est donc cet incirconcis, sinon quelqu'un qui leur
ressemble? ton serviteur partira donc, au nom du seigneur Dieu d'Israël, et
tuera cet impur qui blasphème le peuple saint de Dieu!»
Alors les disciples dirent :«Maître, dis-nous pour qu'elle raison l'homme
doit se circoncire!» Jésus répondit :«Qu'il vous suffise que Dieu l'a
commandé à Abraham en ces termes : Abraham, circoncis ton prépuce et celui de
toute ta maison, car c'est une alliance entre toi et moi pour toujours!»
Chapitre 23
Origine de la circoncision;
alliance de Dieu avec Abraham; damnation des incirconcis.
Cela dit, Jésus s'assit près de la montagne qui fait face à Tyr et ses
disciples s'approchèrent de lui pour entendre ses paroles. Jésus dit alors
:«Au paradis, après qu'Adam, premier homme trompé par Satan, eut mangé la
nourriture défendue par Dieu, sa chair se rebella contre l'esprit. Alors il
fit serment en ces termes :«Par Dieu, je veux te couper!» Et après avoir
cassé une pierre, il prit sa chair pour la couper avec le tranchant. Aussi
fut-il réprimandé par l'ange Gabriel. Il répondit :«J'ai juré par Dieu de la
couper et je ne serai jamais monteur!» L'ange lui montra alors l'excroissance
de sa chair et il la coupa. C'est pourquoi, de même que tout homme prend chair
de la chair d'Adam, ainsi est-il est obligé d'observer tout ce qu'Adam promit
par serment. Adam appliqua cela à ses fils et l'obligation de la circoncision
se transmit de génération en génération.
Or, au temps d'Abraham, l'idolâtrie s'étant multipliée sur la terre, peu
nombreux étaient ceux qui se trouvaient circoncis. Dieu révéla donc à Abraham
ce en disant :«Celui qui n'aura pas circoncis sa chair, je le rejetterais de
mon peuple à jamais!». A ces paroles des Jésus, les disciples tremblèrent de
crainte, parce qu'il avait parlé dans la véhémence de l'esprit. Jésus dit
alors :«Laissez sa crainte à celui qui n'a pas circoncis son prépuce, parce
qu'il est privé du paradis!»
Puis Jésus ajouta :«Chez beaucoup, l'esprit est prompt dans le service de
Dieu, mais la chair est faible. C'est pourquoi l'homme qui craint Dieu doit
considérer ce qu'est la chair, d'où elle a pris origine et ce à quoi elle
sera réduite. Dieu créa la chair de la boue de la terre. En elle, il insuffla
le souffle vital en soufflant dedans. Quand donc la chair fait obstacle au
service de Dieu, elle doit donc être méprisée comme de la boue et foulée aux
pieds, car celui qui hait son âme en ce monde, la garde pour la vie
éternelle. Ce qu'est la chair actuellement, ses désirent le manifestent : elle
est un cruel ennemi de tout bien, car elle seule désire le péché. L'homme
doit-il donc, pour complaire à son ennemi, cessez de plaire à Dieu, son
créateur? Jugez-en vous-mêmes! Tous les saints et Prophètes ont été ennemis
de leur chair pour le service de Dieu. C'est pourquoi spontanément et avec
allégresse, ils allaient à la mort pour ne pas offenser la loi de Dieu, donné
à Moïse, son serviteur, en allant servir les dieux faux et menteurs.
Souvenez-vous d'Elie qui fuyait par des lieux déserts de montagne, ne
mangeant que de l'herbe et vêtu de peaux de chèvre. Combien de jours ne
jeûna-t-il pas! Quel froid ne supporta-t-il pas! combien de pluies le
trempèrent! Et tout cela pendant les sept ans que dura l'âpre persécution de
l'impure Jézabel! Rappelez-vous Elisée qui mangeait du pain d'orge et
s'habillait de vêtements des plus grossiers! Je vous le dit en vérité,
ceux-là, qui n'ont pas craint de mépriser leur chair, étaient terriblement
redoutés des rois et des princes. Cela suffirait pour mépriser la chair, ô
hommes! mais si vous regardez les tombeaux, vous saurez ce qu'est la chair!»
Chapitre 24
Exemple remarquable de la façon
dont on doit fuir les festins et les orgies.
Jésus ajouta en pleurant: «Malheur à ceux qui sont les serviteurs de leur
chair, parce qu'ils sont assurés de n'avoir aucun bien dans l'autre vie, mais
seulement des tourments pour leurs péchés! Je vous le dis, il était une fois
un riche bon vivant qui ne s'occupait que d'orgies. Tous les jours donc, il
faisait un festin splendide. A sa porte, se tenait un pauvre couvert de
plaies, nommé Lazare. ce dernier désirait avoir les miettes qui tombaient
sous la table du bon vivant, mais personne ne les lui donnait. Au contraire,
tous se moquaient de lui. Les chiens seuls le prenaient en pitié et léchaient
ses plaies. Il arriva que le pauvre mourut et que les anges le portèrent dans
les bras d'Abraham, notre père. Le riche mourut aussi et les diables le
portèrent dans les bras de Satan.
Alors tourmenté à l'extrême, il leva les yeux et il vit au loin Lazare dans
les bras d'Abraham. Le riche cria : «Père Abraham, aie pitié de moi! Envoie
Lazare pour qu'il m'apporte une goutte d'eau sur ses doigts, afin de me
rafraîchir la langue, car elle est tourmentée dans cette flamme!» Abraham
répondit : «Fils, souviens-toi que tu as reçu ton bien dans l'autre vie et
que Lazare a reçu son mal. C'est pourquoi tu seras maintenant dans le
tourment et Lazare dans la consolation.» le riche appela de nouveau : «Père
Abraham, chez moi j'ai trois frères; envoie donc Lazare leur raconter tout ce
que je souffre, pour qu'ils fassent pénitence et ne viennent pas ici!»
Abraham répondit : «Ils ont Moïse et les Prophètes, qu'ils les écoutent!» Le
riche rétorqua : «Non, Père Abraham! Mais si un mort ressuscite, ils croiront!»
Abraham reprit : «Celui qui ne croit pas à Moïse et aux Prophètes, ne croira
pas non plus aux morts, s'ils ressuscitent!»
«Voyez donc s'ils sont bienheureux les pauvres, dit Jésus; ils sont patients,
ils ne désirent que le nécessaire en haïssant la chair! Comme ils sont
misérables ceux qui mènent les autres au tombeau où ils donneront leur chair
en nourriture aux vers. Ils n'apprennent pas la vérité, mais se comportent au
contraire ici-bas, comme des immortels! Ils se bâtissent donc de grandes maisons,
achètent de grandes rentes et vivent superbement.»
Chapitre 25
Comment on doit mépriser la chair
et vivre dans le monde.
Celui qui écrit ceci dit alors : «Maître, tes paroles sont vraies et
c'est pourquoi nous avons tout abandonné pour te suivre. Dis-nous comment
nous devons haïr notre chair, puisqu'il n'est pas permis de tuer, et que, si
l'on vit, il faut la nourrir.»
Jésus répondit : «garde ta chaire comme un cheval et tu vivras en sécurité
parce qu'à un cheval on mesure sa nourriture, mais on ne mesure pas sa
fatigue; on lui met le mors pour qu'il marche à ta guise; on l'attache pour
qu'il ne fasse de mal à personne; on le loge dans un endroit grossier et on
le bat quand il n'est pas obéissant. Ainsi feras-tu donc, toi aussi, Barnabé,
et tu vivras toujours avec Dieu! Ne scandalisez pas de mes paroles car David,
le Prophète, agissait de même, comme il l'avoue en disant : «Je suis comme un
cheval près de toi; je suis toujours avec toi.»
Maintenant, dites-moi quel est le plus pauvre, celui qui se contente de peu,
ou bien celui qui désire beaucoup? je vous le dis en vérité, si le monde
était sain d'esprit, il n'amasserait rien individuellement, mais tout serait
en commun; on reconnaît sa folie en ceci : plus il amasse, plus il désire; et
tout ce qu'il amasse, il l'amasse pour le repos corporel des autres. C'est
pourquoi il vous suffira d'un seul vêtement. Jetez votre bourse. Ne portez ni
sac, ni chaussures aux pieds et ne pensez pas : «Qu'adviendra-t-il de nous? »
Pensez à faire la volonté de Dieu et Lui pourvoira si bien à vos besoins que
vous ne manquerez de rien. Moi je vous le dis en vérité, amasser beaucoup
dans cette vie est une bonne preuve qu'on a rien à recevoir dans l'autre. En
effet, celui qui a pour patrie Jérusalem ne bâtit pas de maison en Samarie,
puisqu'il y a inimitié entre ces deux villes. Comprenez-vous ?» - «Oui »,
répondirent les disciples.
Chapitre 26
Comment on doit aimer Dieu. Ce
chapitre contient aussi l'admirable querelle d'Abraham et de son père.
Jésus dit alors :«Un homme est en voyage. En chemin, il découvre un
trésor dans un champ qui est en vente pour cinq deniers. A cette nouvelle,
l'homme vend aussitôt son manteau pour acheter ce champ. Est-ce que c'est
croyable?». -«Celui qui le croirait pas serait pour un fou», répondirent les
disciples. «Vous serez donc fous, dit Jésus, si vous ne donnez pas vos sens à
Dieu pour acheter votre âme dans laquelle se trouve le trésor inégalable,
puisque pour celui qui aime Dieu, Dieu est à lui, et celui qui a Dieu a
tout!»
Pierre intervint : «Maître, comment doit-on aimer Dieu de véritable amour?
Dis-le nous!» - En vérité, je vous le dis, répondit Jésus, celui qui ne haïra
pas son père, sa mère, ainsi que sa propre vie, ses enfants et sa femme pour
l'amour de Dieu, celui-là ne mérite pas d'être aimé par Dieu».
Pierre reprit : «Maître, il est écrit dans la loi de Dieu, au livre de Moïse
: «Honore ton père pour vivre longuement sur terre». Et il est dit aussi :
«Qu'il soit maudit le fils qui n'obéira pas à son père et à sa mère!» C'est pourquoi
Dieu ordonna qu'un tel fils désobéissant fût lapidé par la colère du peuple,
devant la porte de la ville. Alors comment dis-tu qu'il faut haïr père et
mère ?».
Jésus répondit : «Chacune de mes paroles est vraie parce qu'elle n'est pas de
moi mais de Dieu qui m'a envoyé à la maison d'Israël. Aussi je vous le dis
que tout ce que vous avez, c'est Dieu qui vous l'a donné. Qu'y a-t-il donc de
plus précieux : le don ou bien le donateur ? Quand ton père, ta mère, toute
autre chose sont pour toi un scandale dans le service de Dieu, abandonne-les
comme des ennemis!»
«Dieu n'a-t-il pas dit à Abraham : «Sors de la maison de ton père et de ta
parenté et viens habiter le pays que je te donnerai ainsi qu'à ta
descendance». Pourquoi donc Dieu dit-il cela ? Mais parce que le père
d'Abraham était sculpteur et qu'il façonnait et adorait les dieux menteurs.
Aussi y avait-il inimitié entre eux à tel point que le père voulut faire
brûler son fils»
Pierre reprit : «Tes paroles sont vraies. Dis-nous donc comment Abraham
raillait son père!»
Jésus répondit : «Abraham avait sept ans quand il commença à chercher Dieu.
Un jour donc, il dit à son père :
- «Qu'est ce qui a fait l'homme ? »
- «C'est l'homme, répondit sottement le père. Parce que moi je t'ai fait et
mon père m'a fait ».
- «Père, reprit Abraham, ce n'est pas cela. Car j'ai entendu un vieillard
dire en pleurant : «Mon Dieu, pourquoi ne m'as tu pas donné d'enfants ?»
- «C'est vrai, fils, répondit le père, Dieu aide l'homme à faire l'homme,
mais il n'y met pas la main. Il faut seulement que l'homme aille prier son
Dieu et qu'il lui donne des agneaux et des brebis et son Dieu l'aidera».
- «Combien y a-t-il de dieux, père ?» reprit Abraham.
- «Il y en a une infinité, fils» répondit le vieillard.
- «Père, dit Abraham, que ferai-je si je sers un Dieu et qu'un autre veuille
me faire du mal parce que je ne le sers pas? Une discorde s'élèvera
certainement entre eux et il y aura la guerre parmi les dieux. Mais si par
hasard le dieu qui me veut du mal tue mon Dieu, que ferai-je? Il me tuera
certainement moi aussi!»
- Fils, répondit en riant le vieillard, n'aie pas peur, car aucun dieu ne
fera la guerre à un autre dieu. En effet, dans le grand temple, il y a mille
dieux avec le grand Baal. Eh bien, j'ai bientôt soixante-dix ans et je n'ai
jamais vu un dieu en souffleter un autre. Et pourtant, tous ne servent pas le
même dieu, mais celui-ci sert l'un et celui-là un autre».
- «Ils sont donc en paix entre eux.»
- «Oui, dit le père, ils sont en paix.»
Abraham dit alors : «Père, comment sont les dieux ? »
- «Insensé, répondit le vieillard, chaque jour je façonne un dieu que je vend
pour acheter du pain, et toi tu ne sais pas comment sont les dieux!» Juste à
ce moment, il fabriquait une idole. «Celui-là, dit-il, est en bois de
palmier. Celui-ci en olivier. ce petit-là est en ivoire, regarde comme il est
beau! Ne dirait-on pas qu'il est vivant? Pour sûr, il ne lui manque que le
souffle!»
- «Père, répondit Abraham, ils n'ont donc pas de souffle les dieux? Comment
alors donnent-ils le souffle? S'ils sont sans vie, comment donnent-ils la
vie? Père, ils ne sont certainement pas Dieu!»
A ces paroles, le vieillard se mit en colère :
- «Si tu étais en âge de raisonner, dit-il, je te romprais la tête avec cette
hache. Mais tais-toi car tu n'as pas encore de raison!»
- «Père, répondit Abraham, si les dieux aident à faire l'homme, comment se
fait-il que l'homme fassent les dieux? Et si les dieux se fabriquent avec du
bois, c'est un grand péché que de brûler le bois! Mais dis-moi, père,
pourquoi, alors que tu as façonné tant de dieux, ne t'ont-ils pas aidé a
faire tant d'enfants? Tu serais ainsi le plus puissant du monde!»
Le vieillard était hors de lui d'entendre son fils parler ainsi. Celui-ci
ajouta :
- «Père, pendant un certain temps le monde a été vide d'hommes, n'est ce
pas?»
- «Oui, répondit le vieillard, et pourquoi ?»
- «Parce que, dit Abraham, je voudrai savoir qui a fait le premier dieu ».
- «Sors d'ici tout de suite, dit le vieillard! Laisse-moi fabriquer
rapidement ce dieu et ne m'adresse pas la parole, car quand tu as faim tu
veux du pain et pas des paroles».
- «Un beau dieu, certainement, dit Abraham, que vous taillez comme vous
voulez et qui ne se défend pas!»
Le vieillard se mit alors en colère et dit :
- «Tout le monde dit que c'est un dieu, et toi, fou, tu dis qu'il ne l'est
pas? Par mes dieux, si tu étais un homme, je te tuerais!» Et cela dit, il
donna des coups de poing et de pied à Abraham, et il le chassa de la maison.
Chapitre 27
Dans ce chapitre, on voit clairement
combien le rire est impropre aux hommes. On voit aussi la prudence d'Abraham.
Les disciples riaient de la folie du vieillard et admiraient la prudence
d'Abraham. Jésus les réprimanda en disant : «Vous avez oublié les paroles du
Prophète : Le rire présent est une annonce des larmes à venir. Et encore : Tu
n'iras pas où l'ont rit, mais assieds-toi là où l'on pleure, car cette vie
traverse des misères».
Jésus dit alors : «Ne savez-vous pas qu'au temps de Moïse, Dieu changea en
animaux stupides beaucoup d'hommes qui se trouvaient en Egypte parce qu'ils
avaient ri et qu'ils s'étaient moqués des autres? Prenez garde! Ne riez de
rien parce que vous pleurerez». Les disciples dirent : «Nous rions de la
folie du vieillard». Jésus reprit alors : «En vérité, je vous le dis, chacun
aime ce qui lui ressemble et s'y complaît. Si donc vous n'étiez pas fous,
vous ne ririez pas de la folie». Ils répondirent «Que Dieu aie pitié de nous
». Jésus dit : «Qu'il en soit ainsi». Philippe intervint alors : «Maître,
comment arriva-t-il que le père d'Abraham voulût faire brûler son fils?»
Jésus répondit : «Abraham parvenu à l'âge de douze ans, son père lui dit un
jour : «Demain, c'est la fête de tous les dieux. Nous irons donc dans le
grand temple et nous porterons un présent à Baal, mon grand dieu. Et toi, tu
te choisiras un dieu, parce que tu es en âge d'avoir un dieu. » Abraham, en
rusant répondit : «Volontiers, mon père ». Ils allèrent donc au temple le
matin de bonne heure, avant personne d'autre. Mais Abraham portait une hache
cachée sous son vêtement. Une fois dans le temple, tandis que la foule
grossissait, Abraham se cacha derrière une idole dans un endroit sombre du
temple. Son père crut en s'en allant qu'Abraham était parti à la maison avant
lui; il ne se mit donc pas à sa recherche.
Chapitre 28
Lorsque tous eurent quitté le temple, les prêtres fermèrent et s'en allèrent.
Abraham prit alors la hache et coupa les pieds de toutes les idoles, sauf
ceux du grand dieu Baal auprès duquel il déposa la hache. Comme les statues
étaient vieilles et faites de plusieurs morceaux, en morceaux elles
s'écroulèrent. Ensuite, comme Abraham sortait du temple, il fut aperçu par
certains qui soupçonnèrent d'y être allé voler quelque chose. Ils le
retinrent donc, et arrivés au temple, en voyant leurs dieux brisés de cette
manière, ils crièrent en pleurant : «Venez vite, hommes, et tuons celui qui a
tué nos dieux ». Près de dix mille hommes ainsi que les prêtres accoururent
et demandèrent à Abraham pour quelle raison il avait détruit leurs dieux.
Abraham répondit : «Vous êtes insensés. Est-ce qu'un homme peut tuer Dieu?
C'est le grand Dieu qui les a tués. Ne voyez-vous pas la hache qu'il a aux
pieds ? Il ne veut certainement pas de compagnons ».
Le père d'Abraham arriva alors. Se rappelant tous les discours qu'Abraham
avait prononcés contre leurs dieux et reconnaissant la hache avec laquelle
Abraham avait brisé les idoles, il s'écria : «C'est mon traître de fils qui a
tué nos dieux, car cette hache est à moi ». Il leur raconta alors tous ce qui
s'était passé entre lui et son fils. Les hommes rassemblèrent donc une grande
quantité de branches et, après avoir lié les mains et les pieds d'Abraham,
ils le couchèrent sur les branches et ils y mirent le feu. Et voici que Dieu,
par son ange commanda au feu de ne pas brûler Abraham, son serviteur. Le feu
prit avec grande fureur et brûla près de deux mille hommes qui parmi ceux qui
avaient condamné Abraham à mort. Abraham, au contraire, se trouva libre et
porté par l'ange de Dieu près de la maison de son père, sans voir qui le
portait. C'est ainsi qu'Abraham échappa à la mort.
Chapitre 29
Philippe dit alors : «Grande est la miséricorde de Dieu envers ceux qu'il
aime. Dis-nous, Maître : Comment Abraham parvint-il à la connaissance de
Dieu? » Jésus répondit : «Arrivé près de la maison de son père, Abraham
craignit d'y entrer. Il s'en éloigna donc un peu et s'assit sous un palmier.
Comme il se tenait là, il se dit : «Dieu doit avoir plus de vie et de force
que l'homme, puisqu'il fait l'homme ». Alors, en regardant les étoiles, la
lune et le soleil, il pensa qu'ils étaient dieu; mais considérant leur
mutabilité et leurs mouvements, il dit : «Dieu ne doit pas bouger et les
nuages ne doivent pas l'obscurcir, sans quoi les hommes seraient anéantis ».
Puis, tandis qu'il hésitait ainsi, il s'entendit appeler par son nom :
«Abraham!» mais s'étant retourné et ne voyant personne d'aucun côté, il dit :
«J'ai pourtant entendu qu'on m'appelait par mon nom : «Abraham!» Puis deux
autres fois, de la même manière, il s'entendit appeler par son nom :
«Abraham!» Il répondit : «Qui m'appelle?» Alors il entendit qu'on disait :
«je suis Gabriel l'ange de Dieu». Abraham fut rempli de crainte. L'ange le
réconforta : «Ne crains rien, Abraham, car tu es ami de Dieu. En effet quand
tu as mis en pièces les dieux des hommes, tu as été élu par le Dieu des anges
et des Prophètes, et tu es inscrit au livre de la vie.»
Abraham demanda alors : «Que dois-je faire pour servir le Dieu des anges et
des saints Prophètes?» L'ange répondit : «Va à cette source et lave-toi,
parce que Dieu veut parler avec toi.» Abraham reprit : «Mais comment dois-je
me laver?» Alors l'ange se présenta à lui même en beau jeune homme et se lava
dans la source en disant : «Fais ainsi, toi aussi, Abraham!» Après qu'Abraham
se fut lavé, l'ange poursuivit : «va sur cette montagne, car c'est là que
Dieu veut te parler». Abraham gravit la montagne comme l'ange le lui avait
indiqué.
S'étant assis sur ses jambes, il se disait : «Quand donc le Dieu des anges me
parlera-t-il ? » Il entendit des voies suaves qui l'appelaient : «Abraham!»
Il répondit : «Abraham! Qui m'appelle ? » La voix reprit : «Je suis ton Dieu,
Abraham». Rempli de frayeur Abraham tomba la face contre terre en disant :
«Comment ton serviteur pourra-t-il t'écouter, lui qui est poussière et cendre
? » Alors Dieu dit : «Ne crains pas, mais lève toi, car je t'ai choisi pour
être mon serviteur, et je veux te bénir et te faire croître en un grand
peuple. C'est pourquoi, sors de la maison de ton père et de ta parenté et
viens habiter le pays que je te donnerai ainsi qu'à ta descendance ». Abraham
répondit : «Seigneur, je ferai tous cela, mais protège-moi pour qu'aucun
autre dieu ne me fasse du mal». Alors Dieu prononça ces paroles : «Je suis
seul et il n'y a pas d'autre Dieu que moi. Je frappe et je guéris, je tue et
je donne la vie, je conduis en enfer et j'en retire, et personne ne peut se
libérer de mes mains». Dieu lui donna alors l'alliance de la circoncision.
C'est ainsi que notre père Abraham connut Dieu. Cela dit, Jésus leva les
mains en disant : «A toi soient honneur et gloire, ô notre Dieu, Ainsi
soit-il »!
Chapitre 30
A l'approche de la Scénopégie , fête de notre peuple, Jésus se rendit à
Jérusalem . L'ayant appris, les scribes et les prêtres tinrent conseil
pour le surprendre dans ses paroles . Un docteur s'approcha donc de lui
et dit : « Maître, que dois-je faire pour avoir la vie éternelle ? »
Jésus répondit : « Qu'est-il écrit dans la loi ? » Le tentateur reprit
: « Aime le Seigneur ton Dieu et ton prochain. Tu aimeras ton Dieu par
dessus tout, de tout ton cœur et de toute ton âme, et ton prochain comme
toi-même ». Jésus répondit : « Tu as bien répondu, va donc et fais de
même, je te le dis, et tu auras la vie éternelle». Mais lui dit : « Et qui
est mon prochain » ?
Jésus répondit en levant les yeux : « Un homme descendait de Jérusalem à
Jéricho, ville reconstruite en malédiction . En chemin il fut
pris par des voleurs, blessé et dépouillé. Le laissant à moitié mort,
ils s'en allèrent. Il arriva qu'un prêtre passa par là. Ayant vu
le blessé, il passa outre sans le saluer. De même, un lévite passa sans
un mot. Il arriva qu'un Samaritain passa aussi. A la vue du
blessé, il fut pris de compassion : il descendit de cheval, souleva le blessé,
lava ses blessures avec du vin, les oignit avec un onguent et les
pansa. En le réconfortant, il le mit sur son cheval. Le soir, à
l'auberge, il le confia à la garde de l'hôte. Le lendemain matin, en se
levant, il dit : « Prends soin de lui, je te rembourserai tout». Il
donna au blessé quatre deniers d'or pour l'hôte, et il lui dit : « Bon
courage. Je reviendrai bientôt et je te conduirai chez moi» .
Dis-moi, dit Jésus, de ceux-ci, qui a été le prochain? Le
docteur répondit : « Celui qui fit miséricorde ». Alors Jésus dit : «
Tu as bien répondu. Va donc et fais de même ». Confus, le docteur
s'en alla.
Chapitre 31
Les prêtres s'approchèrent de Jésus1 : « Maître, dirent-ils, est-il
permis de payer l'impôt à César » ? Jésus se retourna vers Judas et lui
dit : « As-tu de l'argent ? » - Après avoir pris un denier
en main, Jésus se tourna vers les prêtres et leur dit : « Ce denier porte une
effigie, dites-moi donc de qui elle est ? » Ils répondirent : « De
César ». - « Donnez donc à César ce qui est de César, dit Jésus,
et ce qui est de Dieu, donnez-le à Dieu ». Alors, confus, ils s'en
allèrent.
Et voici qu'un centurion s'approcha et dit : «
Seigneur, mon fils est malade. Aie pitié de ma vieillesse ».
Jésus répondit : « Que le Seigneur Dieu d'Israël ait pitié de toi » !
L'homme s'en alla et Jésus dit : « Attends-moi, je vais aller chez
toi prier sur ton fils ». Le centurion répliqua : « Seigneur, je
ne suis pas digne qui toi, Prophète de Dieu, tu viennes chez moi : la
parole que tu as dite pour le salut de mon fils me suffit, car ton Dieu t'a
constitué seigneur sur toute maladie et, comme me l'a dit son ange tandis que
je dormais. Alors, Jésus fut saisi d'une grande admiration et, se
tournant vers la foule, il dit : «Regardez cet étranger, il a plus de foi que
je n'en ai trouvé en Israël ». Et se retournant vers le centurion, il
dit : « va en paix, car Dieu a voulu rendre la santé à ton fils à cause de la
grande foi qu'il t'a donnée ». Le centurion s'en alla et en route il
rencontra ses serviteurs qui lui annoncèrent comment son fils était
guéri. L'homme répondit : « A quelle heure la fièvre l'a-t-elle quitté
» ? Ils dirent : « Hier, à la sixième heure, la fièvre l'a
abandonné ». L'homme reconnut qu'au moment où Jésus avait dit : « Que
le Seigneur Dieu d'Israël ait pitié de toi », son fils avait recouvré la
santé. L'homme crut donc à notre Dieu et, rentré chez lui, il mit en
pièces tous ses dieux en disant : « Seul le Dieu d'Israël est le Dieu vrai et
vivant » . C'est pourquoi, dit-il, que personne ne mange mon pain s'il
n'adore pas le Dieu d'Israël ».
Chapitre 32
Un expert de la loi invita Jésus à dîner pour le tenter. Jésus y alla
avec ses disciples. Beaucoup de scribes l'attendaient aussi à la maison pour
le tenter . Or les disciples se mirent à table sans se laver les mains. Les
scribes interpellèrent Jésus en ces termes : «Pourquoi tes disciples
n'observent-ils pas les traditions de nos anciens et ne se lavent-ils pas les
mains avant de manger le pain1 » ?
Jésus répondit : « Et moi, je vous demande : Pour quelle raison avez-vous
supprimé le précepte de Dieu pour observer vos traditions ? Vous dites
aux enfants dont le père est pauvre : « Offre et fais vœu au temple
». Ils font vœu du peu dont ils devraient nourrir leur père.
Quand leurs pères veulent prendre l'argent, les enfants s'écrient : «
Il est consacré à Dieu, cet argent-là ». Et les pères
souffrent. Oh, faux scribes, hypocrites. Est-ce que Dieu
dépense cet argent ? Bien sûr que non, car Dieu ne mange pas, comme il
le dit par son serviteur le Prophète David : « Est-ce que je mangerai la
chair des taureaux et que je boirai le sang des béliers ? Rends-moi le
sacrifice des louanges, et offre-moi tes vœux, car, si j'avais faim, je ne te
demanderais rien, puisque tout est entre mes mains et que l'abondance du
paradis est avec moi ». Hypocrites, vous faites cela pour remplir votre
bourse et vous prélevez la dîme sur la rue et la menthe !
Misérables, pourquoi montrez-vous très clairement aux autres la voie par
laquelle vous ne voulez pas passer ? Vous, scribes et docteurs, vous
chargez les épaules des autres de poids intolérables, mais vous-mêmes ne
voulez pas les toucher d'un seul doigt .
Je vous le dis en vérité, tout mal est entré dans le monde sous
le couvert des anciens . Dites-moi, l'idolâtrie, qui la fit entrer dans
le monde sinon l'usage des anciens? En effet, il y eut un roi qui
aimait énormément son père ; ce dernier se nommait Baal. A la mort de
son père, le fils, pour se consoler fit faire une effigie à sa ressemblance
et la mit sur la place de la ville. Il décréta que serait tué celui qui
s'approcherait de cette stature dans un rayon de quinze coudées et que, sous
aucun prétexte nul ne devrait le molester . Aussi les malfaiteurs en
raison du profit qu'ils en tireraient, commencèrent-ils à offrir à la statue
des roses et des fleurs. En peu de temps, cette offrande se changea en
argent et en nourriture, si bien que pour l'honorer ils l'appelèrent
Dieu. Cette habitude se changea en loi, de sorte que l'idole de Baal se
répandit dans le monde entier.
Oh, comme Dieu s'en plaint par le Prophète Isaïe en disant : « Vraiment ce
peuple m'adore en vain, car ils ont détruit ma loi que je leur ai donnée par
Moïse, mon serviteur, et ils suivent les traditions de leurs anciens ».
« Je vous le dis en vérité, manger le pain avec les mains sales ne souille
pas l'homme ; ce qui le souille, ce n'est pas ce qui entre en lui, mais ce
qui en sort ».
Un scribe dit alors : « Donc, si je mange du porc et d'autres aliments
impurs, ils ne souilleront pas ma conscience » ? Jésus répondit : « La
désobéissance ne peut pas entrer dans l'homme, mais elle peut sortir de lui,
de son cœur ; il sera donc souillé s'il mange l'aliment défendu. » Un
docteur dit alors : « Maître, tu as beaucoup parlé contre l'idolâtrie, comme
si le peuple d'Israël avait des idoles ; tu nous fais injure » ! Jésus
répondit : « Je sais bien qu'aujourd'hui, en Israël, il n'y a pas de statues
de bois, mais il y a des statues de chair ». Tous les scribes, en
colère, répliquèrent : « Sommes-nous des idolâtres »? Jésus répondit :
« Je vous le dis en vérité : le précepte ne dit pas : « tu adoreras », mais
il dit : « tu aimeras le Seigneur ton Dieu de toute ton âme, de tout ton cœur
et de tout ton esprit. «Est-ce vrai »? dit Jésus ; « C'est vrai »,
répondirent-ils tous.
Chapitre 33
Jésus dit alors : « En vérité, tout ce que l'homme aime, ce pourquoi il
laisse tout le reste, c'est cela son dieu. Ainsi le fornicateur a-t-il
la prostituée pour idole; celui qui mange et qui boit a pour idole sa propre
chair ; l'avare a pour idole l'argent et l'or. Et ainsi de chaque
pécheur ».
Celui qui l'avait invité dit alors : « Maître, quel est le plus grand péché ?
» Jésus répondit : « Quelle est la plus grande ruine pour une maison ?
» Tous se taisaient. Alors de son doigt, Jésus montra les
fondations et dit : « Dès que les fondations s'écroulent, la maison tombe en
ruines et on doit la reconstruire. Mais lorsque s'écroule n'importe
quel autre élément de la maison, on peut réparer. De même, je vous le
dis, l'idolâtrie est pour l'homme le plus grand des péchés ; en effet, elle
le prive totalement de foi et, par conséquent, de Dieu ; et il ne peut plus
avoir aucun fruit spirituel ; tandis que tout autre péché lui laisse l'espoir
d'obtenir miséricorde. Je dis donc que l'idolâtrie est le plus grand
des pêchés ». Tous étaient émerveillés des paroles de Jésus, reconnaissant
qu'on ne pouvait rien y reprendre .
Jésus ajouta : « Rappelez-vous ce que Dieu a dit et ce que Moïse et Josué ont
écrit dans la loi, et vous verrez combien ce péché est grave.
S'adressant à Israël Dieu dit : « Tu ne te feras aucune représentation de ce
qui se trouve au ciel ou de ce qui se trouve sous le ciel ; tu ne t'en feras
pas de ce qui se trouve sur la terre ni de ce qui se trouve sous la terre ;
ni de ce qui se trouve sur l'eau ou de ce qui se trouve dans l'eau. parce que
je suis ton Dieu, fort et jaloux qui se vengera de ce péché sur les
pères et sur leurs enfants jusqu'à la quatrième génération ».
Rappelez-vous que, lorsque notre peuple eut façonné un veau et qu'il l'eût
adoré, Josué et la tribu de Lévi tirèrent l'épée sur l'ordre de Dieu et
tuèrent cent vingt mille de ceux qui ne demandèrent pas pardon à Dieu envers
les idolâtres! »
Chapitre 34
Devant la porte se tenait quelqu'un dont la main droite était repliée de
sorte qu'il ne pouvait s'en servir. Alors, élevant son cœur vers Dieu,
Jésus pria. Puis il dit : « Afin que vous sachiez que mes paroles sont
vraies, je dis : « Au nom de Dieu, homme, étends ta main malade.» Il
l'étendit, guérie, comme si jamais elle n'avait eu mal .
Ensuite, ils commencèrent à manger avec crainte de Dieu. Après avoir un
peu mangé, Jésus reprit : « Je vous le dis en vérité, il vaudrait mieux
brûler une ville que d'y laisser une mauvaise coutume. A ce propos,
Dieu est irrité contre les princes et les rois de la terre auxquels il a
donné l'épée pour détruire les iniquités. »
Puis Jésus dit : « quand tu es invité, je te rappelle de ne pas te mettre à
la première place, de peur que, s'il arrive un ami de l'hôte plus important
que toi, celui-ci ne te dise : « Lève-toi et assieds-toi plus bas, » ce qui
serait pour toi une honte. Mais va t'asseoir à la place la plus modeste
afin qu'en te voyant, celui qui t'a invité dise : « Lève-toi, ami, et viens
t'asseoir ici, plus haut » ; et alors ce sera pour toi un grand
honneur. Car celui qui s'élève sera humilié et celui qui s'humilie sera
élevé. Je vous le dis en vérité, Satan ne devint pas réprouvé pour un
autre péché que pour son orgueil, comme le dit le Prophète Isaïe en
l'invectivant en ces termes « Comment es-tu tombé du ciel, Lucifer, toi qui
étais la beauté des anges et qui brillais comme l'aurore? Vraiment ton
orgueil est tombé par terre. » Je vous le dis en vérité, si l'homme
connaissait ses misères, il pleurerait toujours ici-bas et il se
considérerait comme plus vil que toute autre chose. Ce n'est pas pour
une autre raison que le premier homme et sa femme pleurèrent cent ans sans
s'arrêter en demandant pardon à Dieu. Car ils reconnaissaient vraiment où ils
étaient tombés par leur orgueil. »
Cela dit, Jésus rendit grâces. Ce jour-là, furent rendus publics à
Jérusalem tout ce que Jésus avait dit et le miracle qu'il avait fait.
Aussi le peuple remerciait-il Dieu en bénissant son saint nom. Mais
comme les scribes et les prêtres avaient entendu dire qu'il avait parlé
contre les traditions des anciens, ils s'enflammèrent d'une haine plus grande
et endurcirent leur cœur comme Pharaon. Ils cherchaient donc une
occasion de le faire mourir, mais ils ne la trouvaient pas.
Chapitre 35
Jésus quitta Jérusalem et s'en alla au désert de l'autre côté de Jourdain.
Quand ils furent assis, ses disciples lui dirent : «Maître, dis-nous comment
Satan tomba par orgueil, car nous avons entendu dire qu'il tomba par
désobéissance, et dis-nous pourquoi il pousse toujours l'homme à faire le
mal.»
Jésus répondit : «Dieu ayant créé une masse de terre et l'ayant laissée
pendant 25 000 ans sans rien faire d'autre, Satan, qui était en quelque sorte
prêtre et chef des anges, sut, grâce à la grande intelligence qu'il avait,
que Dieu devait tirer de cette masse de terre cent quarante quatre mille
marqués du caractère de la prophétie ainsi que le Messager de Dieu dont il
avait créé l'âme soixante mille ans avant quoi que ce fût . Aussi dans
son indignation, il excitait les anges : «Prenez garde, disait-il, un jour
Dieu voudra que nous révérions cette terre. Mais considérez que nous
sommes esprit et que par conséquent il ne convient pas de le faire. »
Aussi beaucoup se séparèrent de Dieu.
Alors, un jour que tous les anges étaient rassemblés, Dieu dit : « Vite, que
chacun de ceux qui me considèrent comme leur Seigneur révèrent cette terre.
Ceux qui aiment Dieu se prosternèrent, mais Satan et ceux qui pensaient comme
lui dirent : «Seigneur, nous sommes esprit, et par conséquent il n'est
pas juste que nous révérions cette boue. » A peine avait-il dit cela
que Satan devint horrible, épouvantable à voir, et que ses partisans
devinrent hideux, car, à cause de leur rébellion, Dieu leur reprit cette
beauté qu'il leur avait donnée en les créant. Relevant la tête, les saints
anges virent le monstre épouvantable qu'était devenu Satan ainsi que ses
partisans, et de frayeur, ils tombèrent la face contre terre.
Satan dit alors : « Seigneur, tu m'as rendu hideux injustement, mais j'en
suis content, car je veux détruire tout ce que tu feras.» Les autres
diables dirent : « Ne l'appelle pas Seigneur, Lucifer, parce que c'est toi le
Seigneur. » Dieu dit alors aux partisans de Satan : « Repentez-vous et
reconnaissez-moi pour Dieu, votre créateur. » Ils répondirent : « C'est de
t'avoir révéré que nous nous repentons parce que tu n'es pas juste, tandis
que Satan est juste et innocent. C'est lui notre Seigneur. » Dieu
dit alors, « Allez-vous en loin de moi, maudits, car je n'ai pas pitié de
vous . »
En s'en allant, Satan cracha sur cette masse de terre ; ce crachat, l'ange
Gabriel l'enleva avec un peu de terre. De là vient le nombril que
l'homme a maintenant dans le ventre.
Chapitre 36
Les disciples restaient très frappés de la rébellion des anges. Jésus
dit alors : « En vérité, je vous le dis : celui qui ne prie pas est plus
scélérat que Satan et subira de plus grandes peines. Car Satan n'eut
avant sa chute aucun exemple à craindre, Dieu ne lui envoya non plus aucun
Prophète pour l'inviter à faire pénitence, tandis que l'homme, maintenant que
tous les Prophètes sont venus, sauf le Messager de Dieu qui viendra après moi,
puisque Dieu veut que je prépare sa route, mais l'homme, dis-je, malgré les
exemples infinis qu'il a de la justice de Dieu, vit tranquille, sans aucune
crainte, comme si Dieu n'existait pas. Comme a dit de tels hommes, le
Prophète David : « Le sot a dit dans son cœur : il n'y a pas de Dieu»
Aussi se sont-ils corrompus et sont-ils devenus abominables sans faire aucun
bien»
Priez sans cesse, ô mes disciples, pour recevoir ; car qui cherche, trouve ;
à qui frappe, on ouvre et qui demande, reçoit. Dans la prière, ne vous
souciez pas de parler beaucoup, car Dieu fait attention au coeur, comme il le
dit par Salomon : « Mon serviteur, donne-moi ton cœur ». Je vous le dis
en vérité, vive Dieu, les hypocrites font grande oraison en tout lieu de la
ville pour être vus et considérés comme saints par les gens, mais leur cœur
est plein de scélératesse.
Aussi ne comprennent-ils pas ce qu'ils demandent. Il faut que tu
comprennes ta prière, si tu veux que Dieu la reçoive. Or, dites-moi,
qui irait parler au gouverneur romain, ou à Hérode, sans d'abord comprendre
son propre cœur, où il va et ce qu'il va faire ? Personne,
assurément. Et si l'homme fait ainsi pour parler avec l'homme, que doit
faire l'homme pour parler avec Dieu, lui demander pardon de ses péchés et le
remercier de tout ce qu'il lui a donné ? Je vous le dis en vérité, très
peu font une véritable prière.
C'est pourquoi Satan a pouvoir sur eux, car Dieu ne veut pas de ceux qui
l'honorent des lèvres ; dans le temple, leurs lèvres demandent miséricorde et
leur cœur crie justice. Comme il dit à Isaïe le Prophète : « Ote-moi ce
peuple, il m'incommode, car ils m'honorent des lèvres, mais leur cœur est
loin de moi . Je vous le dis en vérité, celui qui va prier
inconsidérément se moque de Dieu. Qui donc irait parler à Hérode en lui
tournant le dos, et dirait en sa présence du bien du gouverneur Pilate qu'il
hait à mort ? Personne assurément. Néanmoins, l'homme qui va
prier et qui ne s'y prépare pas, tourne le dos à Dieu et présente son visage
à Satan. Il dit du bien de ce dernier, car il a dans le cœur l'amour
des iniquités dont il ne s'est pas repenti. Si quelqu'un qui t'a injurié te
disait avec les lèvres : « Pardonne-moi!» et qu'avec la main, il te donnait
un soufflet, comment lui pardonnerais-tu? Dieu aura-t-il pitié de ceux
qui disent avec leurs lèvres : « Seigneur, aie pitié de nous! », tandis que
leur cœur aime les iniquités et qu'ils pensent à de nouveaux péchés ? »
Chapitre 37
Les disciples pleuraient aux paroles de Jésus. Ils lui demandèrent : «
Seigneur, apprends-nous à prier ». Jésus répondit : « Considérez ce que
vous feriez si le gouverneur romain vous arrêtait pour vous mettre à
mort. Eh bien, cela même, faites-le quand vous allez prier. Que
vos paroles soient celles-ci : Seigneur notre Dieu, que ton nom soit
sanctifié. Que ton règne vienne en nous. Que ta volonté soit toujours
faite au ciel. Donne-nous le pain de ce jour. Pardonne-nous nos péchés de
même que nous pardonnons à ceux qui pèchent contre nous. Ne nous laisse pas
tomber dans les tentations. Mais délivre-nous du mal. Car toi seul est notre
Dieu à qui appartiennent gloire et honneur à jamais ».
Chapitre 38
Jean répondit : « Maître, cesserons-nous de nous laver alors que Dieu l'a
commandé par Moïse? Jésus répliqua : « Pensez-vous que je sois venu
détruire la loi et les Prophètes? Je vous le dis en vérité, vive
Dieu, je ne suis pas venu la détruire, mais au contraire l'observer.
Tout Prophète en effet a observé la loi de Dieu ainsi que tout ce que Dieu a
dit par les autres Prophètes. Vive Dieu, en présence de qui se tient mon âme,
personne ne peut plaire à Dieu s'il abolit un précepte pour infime qu'il
soit. Il sera lui aussi infime dans le royaume de Dieu, et même il n'y
aura plus aucune part. Bien plus, je vous le dis, une seule syllabe de
la loi ne peut être abolie sans péché très grave. Au contraire, je vous
avertis qu'il faut observer ce que Dieu dit par le Prophète Isaïe : «
Lavez-vous et soyez purs. Otez vos pensées de mes yeux» Je vous
le dis en vérité, toute l'eau de la mer ne lavera pas celui qui aime de cœur
les iniquités. Et je vous dis encore que personne ne fera une prière
agréable à Dieu s'il n'est pas lavé; au contraire, il chargera son âme d'un
péché semblable à l'idolâtrie.
Croyez-moi, si l'homme priait Dieu comme il convient, il obtiendrait
certainement autant qu'il demande. Rappelez-vous Moïse , serviteur de Dieu,
qui, par la prière flagella l'Egypte, ouvrit la Mer Rouge et y engloutit
Pharaon avec son armée. Rappelez-vous Josué qui fit arrêter le soleil; Samuel
qui épouvanta l'innombrable armée des Philistins ; Elie qui fit pleuvoir le
feu du ciel ; Elisée qui ressuscita un mort; et tant d'autres Prophètes
saints qui obtenaient tout ce qu'ils demandaient par la prière. C'est que
ceux-là, à la vérité, ne se recherchaient pas eux-mêmes dans leurs propres
affaires; ils ne recherchaient que Dieu et son honneur.
Chapitre 39
Jean dit alors : «Tu as bien parlé, Maître, mais il nous reste encore à
savoir comment l'homme pécha par orgueil. Jésus répondit : Quand Dieu
eut chassé Satan, et que l'ange Gabriel eut purifié cette masse de
terre où Satan avait craché, Dieu créa tout ce qui vit, aussi bien les
animaux qui volent que ceux qui marchent et ceux qui nagent, et il orna le
monde de tout ce qu'il a.
Un jour, Satan s'approcha des portes du paradis et, voyant les chevaux manger
de l'herbe, il leur annonça que, si cette masse de terre recevait une âme,
ils en souffriraient beaucoup et qu'ils feraient bien de piétiner cette terre
de façon qu'elle ne soit plus bonne à rien. Les chevaux s'ébrouèrent et se
disposèrent avec fougue à ravager cette terre qui gisait parmi les lis et les
roses.
Alors Dieu donna le souffle au morceau de terre impure sur laquelle se
trouvait le crachat de Satan que Gabriel avait enlevé de la masse, et il
suscita le chien. Celui-ci en aboyant, remplit de peur les chevaux qui
s'enfuirent. Puis Dieu donna l'âme à l'homme, tandis que tous les
saints anges chantaient. : «Béni soit ton saint nom, ô Dieu notre
Seigneur ».
Se dressant sur ses pieds, Adam vit, en l'air, une inscription brillante
comme le soleil. Elle disait : « Il n'y a qu'un seul Dieu, et Muhammad
est le Messager de Dieu » Alors Adam ouvrit la bouche et dit : « Je te
rends grâces, Seigneur mon Dieu, d'avoir daigné me créer, mais dis-moi, je
t'en prie, que signifient ces paroles : Muhammad Messager de Dieu ? » Y
a-t-il eu d'autres hommes avant moi ? » Dieu répondit alors
: « Sois le bienvenu, ô mon serviteur Adam! Je te le dis, tu es le
premiers homme que j'ai créé. Celui que tu as vu est ton fils qui se
tiendra prêt pendant bien des années à venir au monde. Il sera mon
Messager. C'est pour lui que j'ai tout créé, Il donnera lumière au
monde quand il viendra. Son âme se trouve dans une splendeur céleste ;
elle y fut mise soixante mille ans avant que je fasse quoi que ce soit.
Adam pria Dieu en disant : « Seigneur, inscris cela sur mes ongles » Dieu
inscrivit alors cela sur les pouces du premier homme. Sur l'ongle de la
main droite, il y avait : « Il n'y a qu'un seul Dieu»; et sur l'ongle de la
main gauche, il y avait : Muhammad est le Messager de Dieu ». Aussi, avec une
affection paternelle, le premier homme baisa ces mots. Il se frotta les
yeux et dit : « Béni soit le jour où tu viendras au monde!»
Voyant que l'homme était seul, Dieu dit : «Il n'est pas bon que l'homme soit
seul ». Il le fit donc dormir. Lui ayant pris une côte du côté du cœur
et ayant rempli cet endroit de chair, il fit de cette côte Eve et il la donna
à Adam pour épouse. Il les fit tous deux maîtres du paradis et leur dit :
«Voici, je vous donne tous les fruits à manger, sauf les pommes et le blé
». A leur sujet il dit : «Gardez-vous absolument de manger de ces
fruits, car vous en deviendriez si impurs que je ne souffrirais pas que vous
restiez ici. Je vous chasserais dehors et vous souffririez de grandes
misères.
Chapitre 40
L'ayant appris, Satan fut pris de rage. Il s'approcha de la porte du
paradis que gardait un horrible serpent dont les jambes étaient comme celles
d'un chameau et dont les ongles des pieds coupaient de tous côtés comme
rasoir. L'ennemi lui dit : « Laisse-moi entrer dans le paradis. »
Le serpent répondit : « Comment te laisserai-je entrer puisque Dieu m'a
commandé de te chasser ? » Satan reprit : « Voici donc comme Dieu
t'aime : il t'a placé hors du paradis à la garde de ce tas de boue qu'est
l'homme. Mais si tu me fais entrer dans le paradis, je te rendrai si
épouvantable que chacun te fuira et qu'ainsi tu pourras aller et venir à ton
gré. Le serpent dit alors : « comment te ferai-je entrer ? »
Satan reprit : « Tu es grand ; ouvre donc la bouche; j'entrerai dans ton
ventre; ainsi, quand tu entreras dans le paradis, tu me mettras à côté de ces
deux tas de boue qui marchent depuis peu sur la terre. »
Le serpent le fit donc et il mit Satan auprès d'Eve, car Adam, son mari,
dormait. Satan se présenta à la femme comme un bel ange et lui dit : «
Pourquoi ne mangez-vous pas de ces belles pommes et aussi du blé ? »
Eve répondit : « Notre Dieu nous a dit que si nous en mangeons, nous
deviendrons impurs et il nous chassera du paradis. » Satan reprit : «
Ce n'est pas vrai. Tu dois savoir que Dieu est méchant et
envieux. C'est pour cela qu'il ne veut pas d'égaux et qu'il considère
chacun comme un esclave. C'est afin que vous ne deveniez pas ses égaux
qu'il vous a parlé ainsi, mais si toi et ton compagnon vous suivez mon
conseil, vous mangerez de ces fruits comme les autres et vous ne serez pas
soumis aux autres. Au contraire, vous connaîtriez le bien et le mal
comme Dieu et vous ferez ce qui vous plaira, car vous serez égaux à Dieu.
» Alors Eve en prit et en mangea. Son mari une fois réveillé,
elle lui rapporta tout ce que Satan lui avait dit. Il prit ce que son
épouse lui présentait et en mangea. Ensuite, tandis que la nourriture
descendait, il se souvint des paroles de Dieu, et voulant arrêter la
nourriture, il se mit la main dans la gorge, là où tout homme en a la marque.
Chapitre 41
Alors ils prirent conscience qu'ils étaient tous deux nus. De honte, ils
prirent des feuilles de figuier et se firent un vêtement pour leurs parties
secrètes. Dans l'après-midi, voici que Dieu se révéla. Il appela Adam : «
Adam où es-tu ? »
Il répondit : « Seigneur, je me suis soustrait à ta présence, car nous sommes
nus, moi et mon épouse, et nous avons honte de nous présenter devant toi. »
Dieu dit alors : «Et qui vous a dépouillés de l'innocence, sinon le fruit que
vous avez mangé ? C'est à cause de lui que vous êtes impurs et que vous ne
pourrez plus rester ici dans le paradis. »
Adam répondit : « Seigneur, si j'en ai mangé, c'est que l'épouse que tu m'as
donnée m'a prié de manger. » Dieu dit alors à la femme : « Pourquoi as-tu
donné à ton mari cette nourriture-là? » Eve répondit : « Si j'en ai donné,
c'est que Satan m'a trompée.» -« Et comment ce réprouvé est-il entré ici ?»
dit Dieu. Eve répondit : « Un serpent qui se tient à la porte de Tramontane
l'a porté près de moi. » Dieu dit alors à Adam : « Parce que tu as écouté la
voix de ton épouse et que tu as mangé le fruit, que maudite soit la terre
dans tes œuvres. Elle produira pour toi ronces et épines et c'est à la sueur
de ton front que tu retourneras en terre. »
Puis il s'adressa à Eve en disant : « Et toi qui as écouté Satan et qui as
donné la nourriture à ton mari, tu te tiendras sous l'empire de l'homme, il
te prendra pour servante et tu enfanteras dans la douleur.»
Ayant appelé le serpent, Dieu appela aussi l'ange Michel, celui qui tient
l'épée de Dieu. Il dit : « Chasse d'abord du paradis ce serpent scélérat, et
une fois dehors, coupe-lui les jambes. S'il veut marcher, il traînera son
ventre par terre » . Puis Dieu appela Satan qui vint en riant. Il lui dit : «
Pourquoi, réprouvé que tu es, les as-tu trompés et les as-tu fait devenir
impurs ? Je veux que chacune de leurs souillures, ainsi que celles de leurs
enfants qui feront vraiment pénitence et me serviront, entre, en sortant de
leur corps dans ta bouche, ainsi tu seras gavé de souillures ».
Satan poussa alors un horrible rugissement de dit : « Puisque tu veux me
faire toujours plus de mal, moi je ferai encore tout ce que je pourrai. »
Dieu dit alors : « Maudit, va-t-en hors de ma présence. » Et Satan s'en alla.
Puis Dieu dit à Adam et Eve qui pleuraient tous deux : « Sortez du paradis et
faites pénitence. Et que votre espérance ne se perde pas, car j'enverrai
votre fils, si bien que votre semence enlèvera à Satan l'empire du genre
humain. Car je donnerai tout à celui qui viendra comme mon Messager ». Dieu
se cacha et l'ange Michel les chassa du paradis. Adam s'étant retourné, vit écrit
sur la porte : « Il n'y a qu'un seul Dieu et Muhammad est le Messager de
Dieu. » Alors, en pleurant, il dit : « Plaise à Dieu, mon fils, que tu
viennes vite nous tirer de misère. » Et c'est ainsi, dit Jésus, que Satan et
Adam péchèrent par orgueil, l'un en méprisant l'homme et l'autre en voulant
s'égaler à Dieu.
Chapitre 42
A ce discours, les disciples pleurèrent. Jésus aussi pleurait. Alors ils
virent beaucoup de gens qui venaient le trouver parce que les princes des
prêtres s'étaient concertés pour le surprendre en paroles.
Ils envoyèrent donc les lévite et quelques scribes lui demander : « toi, qui
es-tu? » Jésus confessa et dit la vérité : « Je ne suis pas le messie. » Ils
dirent : « Es-tu Elie, ou Jérémie, ou quelqu'un des anciens Prophètes? » Jésus
répondit : « Non.» Ils reprirent alors : « Qui es-tu, dis-le nous, afin que
nous en témoignions à ceux qui nous ont envoyés. » Jésus dit alors : « Je
suis une voix qui crie par toute la Judée. Elle crie : préparez la voie au
Messager de Dieu, comme il est écrit dans Isaïe ». Ils reprirent : « Si tu
n'es ni le Messie, ni Elie, ni l'un des Prophètes, pourquoi prêches-tu une
nouvelle doctrine et te fais-tu passer pour plus grand que le Messie?» Jésus
répondit : « Les miracles que Dieu fait par mes mains montrent que je dis ce
que Dieu veut et donc que je ne me fais pas passer pour ce que vous dites.
Car je ne suis pas digne de dénouer les courroies de chausses ni les lacets
des sandales du Messager de Dieu que vous appelez Messie. Celui-là est fait
avant moi et viendra après moi. Il apportera les paroles de vérité et sa foi
n'aura pas de fin.
Les lévites et les scribes s'en allèrent confus, et ils rapportèrent tout
cela aux princes des prêtres qui dirent : « Il a le diable sur le dos qui lui
raconte tout ».
Jésus dit alors à ses disciples : « Je vous le dis en vérité, les princes et
les anciens de notre peuple cherchent une occasion contre moi » . Pierre dit
alors : « Ne va donc pas à Jérusalem ». Mais Jésus lui dit : « Tu es insensé.
Tu ne sais pas ce que tu dis. Il faut que je souffre beaucoup de
persécutions, car ainsi ont souffert tous les Prophètes et saints de Dieu .
Mais je ne crains pas, parce qu'ils sont avec nous plutôt que contre nous .»
Après ces paroles, Jésus s'éloigna. Il s'en alla au mont Tabor que gravirent
avec lui Pierre, Jacques et Jean son frère, ainsi que celui qui écrit ceci. A
ce moment, il se fit sur lui une grande lumière. Ses vêtements devinrent
blancs comme neige et son visage resplendissait comme le soleil. Et voici que
Moïse et Elie vinrent et parlèrent avec Jésus à propos de ce qui devait
arriver à notre peuple et à la ville sainte. Pierre parla en ces termes : «
Seigneur, il est bon de rester ici : si tu veux, nous ferons ici trois
demeures, une pour toi, une pour Moïse et l'autre pour Elie. » Tandis qu'il
parlait, ils furent couverts d'une nuée blanche et ils entendirent une voix
qui disait : « Voici mon serviteur en qui je me suis complu, écoutez-le. »
Les disciples furent remplis de peur et tombèrent le visage contre terre, comme
morts. Jésus descendit et releva ses disciples en disant : « Ne craignez pas,
car Dieu vous aime il a fait cela pour que vous croyiez à mes paroles.
Chapitre 43
Jésus redescendit vers les huit disciples qui l'attendaient en bas. Et les
quatre racontèrent aux huit tout ce qu'ils avaient vu. Aussi dès ce jour-là,
tout doute concernant Jésus quitta leur cœur, sauf pour Judas Iscariote qui
ne croyait à rien. Jésus s'assit au pied de la montagne et ils mangèrent des
fruits sauvages, car ils n'avaient pas de pain. André dit alors : « Tu nous
as dit beaucoup de choses au sujet du Messie, mais, de grâce, dis-nous tout
clairement. » Et les autres disciples le prièrent de la même manière.
Jésus dit alors : « Quiconque agit, agit pour une fin dans laquelle il se
complaît. Mais je vous le dis en vérité, Dieu, parce qu'il est parfait, n'a
pas besoin de se complaire en quoi que ce soit, étant donné que c'est en lui
qu'il se complaît. C'est pourquoi, voulant agir, il créa avant tout l'âme de
son Messager, pour lequel décida de tout créer, afin que les créatures
prennent en Dieu joie et béatitude et que son Messager se réjouisse dans
toutes les créatures qu'il a mises à son service1 . Et pourquoi cela, sinon
parce qu'il l'a voulu ainsi?
Je vous le dis en vérité, les Prophètes, quand ils sont venus, n'ont apporté
l'empreinte de la miséricorde de Dieu qu'à une seule nation : leurs discours
ne s'adressaient qu'au peuple auquel ils étaient envoyés. Mais quand le
Messager de Dieu viendra, Dieu lui donner une sorte de sceau de sa main, si
bien qu'il portera le salut et la miséricorde à toutes les nations du monde
qui recevront sa doctrine. Il viendra avec puissance sur les impies et il
détruira si bien l'idolâtrie que Satan sera confondu. C'est ce que Dieu
promit à Abraham en disant : « Voici que je bénirai dans ta semence toutes
les tribus de la terre. Et de même que tu as mis en pièces les idoles,
Abraham, ainsi fera ta semence. »
Jacques reprit : « Maître, dis-nous donc au sujet de qui est faite cette
promesse? Car les Juifs disent que c'est au sujet d'Isaac et les Ismaélites
au sujet d'Ismaël.» Jésus répondit : «David, de qui est-il le fils et de
quelle race ? » Jacques dit : « D'Isaac, parce qu'Isaac fut le père de Jacob
et que Jacob fut le père de Judas , de la race de qui est David. » Jésus
reprit alors : « Et le Messager de Dieu, quand il viendra, de quelle race
descendra-t-il? » Les disciples répondirent : « De David.» Alors Jésus dit :
« Vous vous trompez, car David en esprit l'appelle « Seigneur» en disant : «
Dieu a dit mon Seigneur : assieds-toi à ma droite jusqu'à ce que je fasse de
tes ennemis l'escabeau de tes pieds. Dieu établira ton sceptre qui dominera
au milieu de tes ennemis.» Si le Messager de Dieu, que vous appelez Messie
était fils de David, comment David l'appellerait-il Seigneur8 ? » Croyez-moi,
c'est en vérité que je vous dis : la promesse fut faite au sujet d'Ismaël, et
non pas d'Isaac. »
Chapitre 44
Les disciples dirent donc : « Maîtres, il est écrit au livre de Moïse, que la
promesse fut faite au sujet d'Isaac1 .» Jésus répondit avec un gémissement :
« C'est bien ce qui est écrit, mais ce n'est pas Moïse qui l'a écrit, ni
Josué, mais nos rabbins qui ne craignent pas Dieu. Moi je vous dis en vérité
qui si vous considérez les paroles de l'ange Gabriel, vous découvrirez la
malice de nos scribes et docteurs, car l'ange a dit : « Abraham, tout le
monde saura/comment Dieu t'aime. Mais comment le monde saura-t-il l'amour que
tu portes à Dieu ? Il est tout à fait nécessaire que tu fasses quelque chose
pour l'amour de Dieu. » Abraham répondit : « voici le serviteur de Dieu, prêt
à faire tout e que Dieu voudra.» Alors Dieu parla : « Abraham, prends ton
fils premier né, Ismaël, et viens le sacrifier sur la montagne. » Comment
Isaac est-il le premier né, puisque quand Isaac est né, Ismaël avait sept
ans?
Les disciples dirent alors : « Le mensonge de nos docteurs est patent.
Dis-nous la vérité, car nous savons que tu as été envoyé par Dieu. » Jésus
répondit alors : « Je vous le dis en vérité, Satan cherche toujours à
détruire la loi de Dieu. C'est pourquoi avec ses partisans hypocrites et
malfaisants, - les uns avec une doctrine fausse et les autres avec une vie
très mauvaise, - ils ont aujourd'hui presque tout contaminé si bien qu'on
trouve difficilement la vérité. Malheur aux hypocrites! Car les louanges de
ce monde se changeront pour eux en injures et en tourments en enfer.
Je vous le dis donc, le Messager de Dieu est une splendeur qui donnera de la
joie à presque tout ce que Dieu a fait, parce qu'il est orné d'esprit
d'intelligence et de conseil, d'esprit de sagesse et de force, d'esprit de
crainte et d'amour, d'esprit de prudence et de tempérance. Il est orné
d'esprit de charité et de miséricorde, d'esprit de justice et de piété,
d'esprit de mansuétude et de patience. Dieu lui a donné trois fois plus qu'à
toutes ses créatures. Oh, temps bienheureux quand il viendra au monde!
Croyez-moi, je l'ai vu et je l'ai révéré, de même que tous les Prophètes
l'ont vu puisque c'est de son esprit que Dieu leur a donné la prophétie.
Quand je l'ai vu, mon âme fut remplie de consolation et a dit : «Muhammad,
que Dieu soit avec toi! Qu'il me rende digne de dénouer les lacets de tes
chaussures, parce que, quand je l'aurai obtenu, je serai un grand Prophète et
saint de Dieu! » Après ces paroles, Jésus rendit grâces à Dieu.
Chapitre 45
Alors l'ange Gabriel vint à Jésus et lui parla de telle manière que nous
aussi nous entendions sa voix. Il dit : « Lève-toi et va à Jérusalem.» Jésus
s'en alla donc et monta à Jérusalem. Le jour du sabbat, il entra dans le
temple et commença à enseigner les gens. Alors le peuple accourut au temple
ainsi que le Pontife et les prêtres. Ceux-ci s'approchèrent de Jésus et
dirent : «Maître, on nous a dit que tu dis du mal de nous. Prends garde qu'il
ne t'arrive quelque malheur!» Jésus répondit :«Je vous le dis en vérité, je
dis du mal des hypocrites. Si donc vous êtes hypocrites, je parle contre
vous.» Ils dirent : «Qui est hypocrite? Dis-le nous clairement.» Jésus
répondit : «En vérité, je vous le dis, celui qui fait une bonne chose pour
que les hommes le voient, c'est un hypocrite. En effet comme son action ne
pénètre pas son cœur que les hommes ne peuvent voir, il y laisse toute pensée
impure et toute sale concupiscence. Savez-vous qui est hypocrite? C'est celui
qui sert Dieu avec sa langue, mais sert les hommes avec son cœur. Oh
malheureux! En mourant, il perd toute sa récompense. Le Prophète David dit en
effet à ce propos : «Ne mettez pas votre confiance dans les princes, dans les
fils des hommes, chez eux il n'y a pas de salut; car à leur mort périssent
leurs pensées.» Même avant la mort, ils se trouvent privés de récompense, car
l'homme, comme le dit Job, Prophète de Dieu, est si instable qu'il ne demeure
jamais dans un même état; s'il te loue aujourd'hui, demain il t'invective;
s'il veut te faire un cadeau aujourd'hui, demain il voudra te dépouiller.
Malheur donc aux hypocrites! Car leur récompense est vaine. Vive Dieu, en
présence de qui je me tiens, l'hypocrite est voleur et sacrilège, car il se
sert de la loi pour paraître bon, et il vol l'honneur de Dieu à qui seul
appartiennent louange et honneur à jamais!
En outre, je vous le dis, l'hypocrite n'a pas de foi, car s'il croyait que
Dieu voit tout et qu'il punit les méchancetés dans un jugement redoutable, il
purifierait son cœur, mais n'ayant pas la foi, il le maintient plein
d'iniquités. Je vous le dis en vérité, l'hypocrite est comme un tombeau,
blanc au dehors, mais plein de puanteur et de vers au-dedans. Si donc vous
les prêtres vous accomplissez le service de Dieu parce que Dieu vous a créés
et qu'il vous l'ordonne, je ne parle pas contre vous, parce que vous êtes
serviteurs de Dieu. Mais si vous faites tout cela pas intérêt et vous achetez
et vendez dans le temple comme sur une place, sans considérer que le temple
de Dieu est une maison de prière et non pas d'affaires, et que vous la
transformez en caverne de voleurs, si vous faites tout cela pour plaire aux
hommes et si vous avez oublié Dieu, je crie contre vous : vous êtes fils du
diable et non fils d'Abraham qui quitta la maison de son père pour l'amour de
Dieu et qui voulut tuer son propre fils. Malheur à vous, prêtres et docteurs,
si vous êtes tels, car Dieu vous enlèvera le sacerdoce!»
Chapitre 46
Jésus reprit : «Je vous propose un exemple. Il était un père de famille qui
planta une vigne et l'entoura d'une haie pour qu'elle ne soit pas piétinée
par les animaux. Au milieu, il bâtit un pressoir à vin. Puis il la loua à des
agricultures. Le temps de la vendange venu, il y envoya ses serviteurs. Quand
les agriculteurs les virent, ils lapidèrent ceux-ci, brûlèrent ceux-là et
poignardèrent les autres, et ils le furent de nombreuses fois. Dites-moi, que
fera le propriétaire de la vigne à ces agriculteurs? » Tous répondirent : «Il
les fera périr de mâle mort et il donnera sa vigne à d'autres agriculteurs.»
«Eh bien, dit Jésus, ne savez-vous pas que la vigne est la maison d'Israël et
que les agriculteurs sont le peuple de Judée et Jérusalem? Malheur à vous,
car Dieu est irrité contre vous. Vous avez en effet tué tant de Prophètes de
Dieu, qu'il n'y avait pas assez d'hommes au temps d'Achad pour ensevelir les
saints de Dieu.» A ces paroles, les pontifes voulurent se saisir de lui, mais
ils craignirent la foule qui le glorifiait.
Voyant alors une femme qui depuis sa naissance avait la tête courbée vers le
sol, Jésus dit : «Femme, au nom de Dieu, redresse la tête, afin que ceux-ci
sachent que je dis la vérité et que Dieu veut que je l'annonce.» La femme se
redressa alors, guérie, glorifiant Dieu.
Le prince des prêtres cria : «Il n'est pas envoyé de Dieu puisqu'il ne
respecte pas le sabbat; il a guérit une infirme aujourd'hui.» Jésus répondit
: «Dis-moi, n'est-il pas permis de parler le jour du sabbat et de prier pour
le salut des autres? Et qui de vous si son âne ou son bœuf tombe dans la
fosse un jour de sabbat, ne l'en retire pas le jour du sabbat? Personne, bien
sûr. Et moi j'aurais violé le jour du sabbat pour avoir rendu la santé à une
fille d'Israël? On reconnaît bien là ton hypocrisie. Comme ils sont nombreux
aujourd'hui ceux qui craignent que la paille que quelqu'un a dans l'œil ne le
blesse et qui ont eux-mêmes un poutre qui leur tranche la tête! Comme ils
sont nombreux ceux qui craignent une fourmi et qui ne se soucient pas d'un
éléphant !»
Cela dit, il sortit du temple, mais les prêtres se rongeaient de ne pas
pouvoir le prendre et le traiter à leur guise, comme firent leurs pères
envers les saints de Dieu.
Chapitre 47
Durant la deuxième année de son ministère prophétique, Jésus descendit de Jérusalem
pour aller à Naïn. Comme il approchait de la porte de la ville, voici que les
habitants portaient au tombeau le fils unique d'une mère veuve; et chacun
pleurait sur elle. A l'arrivée de Jésus, les hommes se rendirent compte que
Jésus, le Prophète galiléen arrivait, ils se mirent donc à le prier pour
qu'il ressuscite le mort puisqu'il était Prophète, et ses disciples en firent
autant.
Alors Jésus, éprouva une grande crainte et, tourné vers Dieu, il dit :
«Ote-moi du monde, Seigneur, car le monde est fou. Bientôt, ils m'appelleront
Dieu!» Ayant dit cela, il pleurait, L'ange Gabriel vint alors et lui dit :
«Jésus, ne crains pas, car Dieu t'a donné pouvoir sur toute infirmité : tout
ce que tu accorderas au nom de Dieu s'accomplira.» A ces mots, Jésus soupira
et répondit : «Que ta volonté soit faite, Seigneur Dieu, tout puissant et
miséricordieux.»
Cela dit, il s'approcha de la mère du mort et lui dit avec pitié : «Femme, ne
pleure pas!» Il prit la main du mort et dit : «Jeune homme, je te le dis au
nom de Dieu, lève-toi guéri.» Alors le jeune garçon ressuscita. Chacun fut
rempli de crainte et dit : «Dieu a suscité un grand Prophète parmi mous : il
a visité son peuple».
Chapitre 48
En ce temps-là, l'armée des Romains se trouvait en Judée. Notre région leur
était soumise à cause des péchés de nos pères. Or les Romains avaient coutume
d'appeler Dieu et d'adorer celui qui faisait quelque chose de nouveau au
profit de tout le peuple. Comme certains de ces soldats se trouvaient à Naïn,
ils faisaient reproches aux uns et aux autres en disant : «L'un de vos dieux
vous a visité et vous n'en tenez aucun compte! Assurément, si nos dieux nous
visitaient, nous leurs donnerions tout ce que nous avons de meilleur; vous
pouvez voir par là combien nous les craignons». Satan stimula tellement ce
langage qu'il suscita dans le peuple de Naïn, un conflit qui ne fut pas de
peu d'importance. Mais Jésus ne s'arrêta nullement à Naïn. Il fit au
contraire demi-tour pour aller à Capharnaüm.
La discorde des Naïnites consistait en ceci que certains disaient : «C'est
notre Dieu qui nous a visité». D'autres disaient : «Dieu est invisible.
Personne ne l'a vu, même pas Moïse, son ami et son serviteur. Ce n'est pas
Dieu mais son fils». D'autres disaient : «Il n'est pas Dieu, ni fils de Dieu,
car Dieu n'a pas de corps pour engendrer. Mais c'est un grand Prophète de
Dieu». Satan s'employa tant que la troisième année du ministère prophétique
de Jésus, un grand désastre allait en sortir pour notre peuple.
Comme Jésus se rendait à Capharnaüm, les habitants de la ville l'apprirent et
rassemblèrent tous les malades qu'ils avaient. Ils les placèrent devant
l'atrium de la maison où Jésus logeait avec ses disciples. Ils l'appelèrent
au dehors et le supplièrent de les guérir. Jésus imposa alors les mains à
chacun en disant : «Dieu d'Israël, par ton saint nom, rend la santé à ce
malade!» Et chacun fut guéri.
Le jour du sabbat, Jésus entra dans la synagogue et tout le peuple s'y
rassembla pour l'entendre parler.
Chapitre 49
Ce jour-là, le scribe lisait le psaume où David dit : «Quand je prendrai le
temps, je jugerai la justice.» Après la lecture des Prophètes, Jésus se leva
et fit signe de la main de se taire. Ayant ouvert la bouche, il dit :
«Frères, vous avez entendu les paroles que dit le Prophète David, notre père
: quand il aura pris le temps, il jugera la justice. je vous le dis en
vérité, beaucoup jugent; et ils tombent dans ce jugement même, uniquement
parce qu'ils jugent ce qui ne les concerne pas. Quant à ce qui les concerne,
ils le jugent avant le temps. Aussi le Dieu de nos pères nous crie par son
Prophète David : «Jugez justement, ô fils des hommes.»
Misérables sont donc ceux qui se mettent aux coins des rues et ne font que
juger ceux qui passent en disant : «Celui-là est beau, celui-ci est laid,
celui-là est bon, celui-ci est mauvais.» Malheur à ceux-là, car ils enlèvent
des mains de Dieu le sceptre de son jugement. C'est Dieu qui dit : «Je suis
témoin et juge, et mon honneur je ne le donnerai à personne.» Je vous le dis
en vérité, ceux-là témoignent de ce qu'ils n'ont ni vu ni entendu et ils
jugent sans avoir été constitués juges. Aussi, aux yeux de Dieu, sont-ils
abominables sur la terre. Au dernier jour, il rendra un jugement terrible.
Malheur à vous! Malheur à vous qui appelez bien ce qui est mal et mal ce qui
est bien, car vous condamnez Dieu comme coupable, et vous innocentez Satan
l'origine de tout mal.
Chapitre 50
Dis-moi, ô homme, toi qui juges autrui, ne sais-tu pas que tous les hommes
ont tiré origine de la même boue ? Ne sais-tu pas que Dieu seul est bon et
donc que tout homme est menteur est pécheur ? Crois-moi, ô homme, si tu juges
que d'autres ont péché, ton cœur aussi a de quoi être jugé. Comme il est
dangereux de juger ! Combien ont péri à cause de leur jugement faux ! Satan
jugea que l'homme était plus vil que lui, aussi se rebella-t-il contre Dieu
son créateur et depuis, il est impénitent comme je m'en suis aperçu en lui
parlant. Nos premiers parents jugèrent que le langage de Satan était bon,
aussi furent-ils chassés du paradis et condamnèrent-ils ainsi toute leur
descendance. Je vous le dis, aussi vrai que Dieu existe, en présence de qui
je me tiens, le jugement faux est père de tous les péchés, car personne ne
pèche sans le vouloir et personne ne veut ce qu'il ne connaît pas. Malheur
donc au pécheur qui dans son jugement juge que le péché est digne et le bien
est indigne, et qui par conséquent rejette le bien et choisit le péché ! Il
souffrira certainement une peine intolérable quand Dieu viendra juger le
monde. Oh, combien ont été près de périr ! Pharaon jugea que Moïse et le
peuple d'Israël étaient impies. Saül jugea que David était digne de mort.
Achab jugea Elie. Nabuchodonosor jugea les trois enfants qui ne voulaient pas
adorer leurs dieux menteurs. Les deux vieillards jugèrent Suzanne, et tous
les princes idolâtres jugèrent les Prophètes. Oh, terrible jugement de Dieu,
celui qui jugeait a péri et celui qui était jugé fut sauvé ! Et pourquoi
donc, ô homme ? Mais parce qu'en le sachant ils jugèrent mal les innocents.
En outre, comme furent proches de leur perte les bons pour avoir mal jugé !
Les frères de Joseph en témoignent qui le vendirent aux Egyptiens ; Aaron et
Marie, sœur de Moïse, qui jugèrent leur frère. Trois amis de Job jugèrent
Job, l'ami innocent de Dieu. David jugea Mephiboseth et Urie. Cyrus condamna
Daniel à être mangé par les lions. Et tant d'autres qui furent proches de
leur perte pour cette raison. Aussi je vous le dis : ne jugez pas et vous ne
serez pas jugés.”
Et Jésus arrêta là son discours.
Alors beaucoup se convertirent et firent pénitence. Pleurant leurs péchés,
ils voulaient tout abandonner pour partir avec lui. Mais Jésus dit : “ Restez
chez vous, abandonnez le péché et servez Dieu dans la crainte. C'est ainsi
que vous serez sauvés, car je ne suis pas venu pour être servi, mais pour
servir.”
Après ces paroles, il sortit de la synagogue et de la ville et se retira au
désert pour prier, car il aimait beaucoup la solitude.
Chapitre 51
Quand il eut prié le Seigneur, ses disciples s'approchèrent de lui et dirent
: “ Maître, nous voudrions savoir deux choses. D'abord comment as-tu parlé
avec Satan, puisque tu dis qu'il est impénitent ? Ensuite, comment Dieu
viendra-t-il juger au jour du jugement ?
Jésus répondit : “ Je vous le dis en vérité, j'ai eu compassion de Satan en
sachant sa chute et j'ai eu compassion du genre humain qu'il pousse à pécher.
Aussi j'ai prié notre Dieu et j'ai jeûné. Il m'a dit par son ange Gabriel : “
Que cherches-tu, Jésus, et quelle est ta requête? ” Je répondis : “ Seigneur,
tu sais de quel mal Satan est la cause, et que beaucoup périssent par ses
tentations. Il est la créature, Seigneur, tu l'as créé. Aussi, Seigneur,
fais-lui miséricorde! ” Dieu répondit : “ Jésus, je suis disposé à lui
pardonner, fais donc en sorte qu'il dise : “ Seigneur, mon Dieu, j'ai péché,
fais-moi miséricorde ” et je lui pardonnerai et je le rendrai à son premier
état.”
En entendant cela, je me suis grandement réjoui, dit Jésus, croyant avoir
réalisé cette paix. J'appelai donc Satan; il vint en disant : “ Que dois-je
faire pour toi, Jésus? ” Je répondis : “ Tu le feras pour toi-même, Satan,
car je n'aime pas ta servitude, mais je t'ai appelé pour ton bien.” Satan
répondit : “ Si tu ne veux pas de mon service, moi non plus je ne veux pas du
tien, car je suis plus noble que toi. Aussi bien n'es-tu pas digne de me
servir, toi qui est boue, tandis que moi je suis esprit. ”
Laissons cela, dis-je, et dis-moi, ne serait-il pas bien que tu retournes à
ta beauté première et à ton premier état? Tu dois savoir que l'ange Michel
doit te frapper cent mille fois au jour du jugement avec l'épée de Dieu; et
chaque coup te fera peine comme dix enfers.” Satan répondit : “ Nous verrons,
ce jour là, qui l'emportera. J'aurai tant d'anges et de puissants idolâtres
en ma faveur que Dieu fera mauvaise figure et qu'il saura quelle erreur il a
faite en me chassant comme une vile boue. ” Je dis alors : “ Satan, ton
intelligence est malade et tu ne sais pas de quoi tu parles.” Mais Satan pour
se moquer, branlait la tête en disant : “ Allons, faisons cette paix entre
moi et Dieu; et toi, Jésus, dis-nous ce qu'il faut faire, toi qui est sain
d'esprit!” Je répondis : “ Il ne faut dire que deux mots.” Satan demanda :
“Lesquels?” Je répondis : “ Ceux-ci : j'ai péché, fais-moi miséricorde!”
Satan dit alors : “ Bien volontiers je ferai cette paix pourvu que Dieu me
les dise à moi, ces mots-là. ” “ Alors va-t-en, maudit, repris-je, car tu es
l'auteur scélérat de toute injustice et de tout péché! Mais Dieu est juste,
sans aucun péché ”. Satan s'en alla en poussant des cris stridents, et il dit
: “ Ce n'est pas vrai, Jésus, mais tu mens pour faire plaisir à Dieu.” Eh
bien voyez vous-mêmes, dit Jésus à ses disciples, comment retrouvera-t-il
miséricorde?” Ils répondirent : “ Jamais, Seigneur, car il est impénitent.
Maintenant parle-nous du jugement de Dieu.”
Chapitre 52
“ Le jour du jugement de Dieu sera si terrible, je vous le dis en vérité, que
les réprouvés choisiraient dix enfers plutôt que d'aller y entendre Dieu en
colère parler contre eux. Contre eux aussi témoignera tout ce qui est crée.
En vérité je vous le dis, non seulement les réprouvés craindront, mais aussi
les saints et élus de Dieu. De sorte que Abraham ne se fiera pas à sa justice
et que Job ne se fiera pas à son innocence. Que dis-je, le Messager de Dieu
lui-même craindra parce que Dieu, pour faire connaître sa majesté, lui ôtera
la mémoire de sorte qu'il ne se rappellera plus que Dieu lui a tout donné.
Je vous le dis en vérité, et en en parlant le cœur me tremble, le monde
m'appellera Dieu et il faudra que j'en rende compte. Vive Dieu, en présence
de qui se tient mon âme, je suis un homme mortel comme sont les autres hommes
et bien que Dieu m'ait constitué Prophète sur la maison d'Israël, pour le
salut des malades et le redressement des pécheurs, je suis serviteur de Dieu.
Vous serez témoins de tout ce que je dis contre les scélérats qui après mon
départ du monde détruiront la vérité de mon Evangile par l'opération de
Satan. Mais je reviendrai vers la fin, et avec moi viendront Hénoch et Elie.
Nous témoignerons alors contre les impies dont la fin sera en malédiction.
Cela dit, Jésus pleura. Alors ses disciples pleurèrent à grand bruit et
élevèrent la voix pour dire : “ Pardonne, Seigneur Dieu, et fais miséricorde
à l'innocence de ton serviteur !” Jésus répondit : “ Amen! Amen!”
Chapitre 53
“ Avant que vienne ce jour, dit Jésus, il y aura de grandes ruines dans le
monde; des guerres si cruelles et si impitoyables adviendront que le père
tuera son fils et le fils tuera son père à cause des divisions des peuples.
Les villes seront dépeuplées et les régions seront désertées. De telles
pestes adviendront qu'on ne trouvera personne pour ensevelir les morts et
qu'ils deviendront la nourriture des animaux. A ceux qui demeureront sur
terre, Dieu enverra une telle famine que le pain sera plus apprécié que l'or.
Alors on mangera toutes les ordures. O misérable siècle, dans lequel on
n'entendra presque personne dire : “ J'ai péché, Dieu, fais-nous
miséricorde!” mais avec d'horribles voix ils blasphèmeront celui qui est
glorieux et béni pour l'éternité.
Après cela, aux approches de ce jour, chaque jour pendant quinze jours, un
signe horrible viendra sur les habitants de la terre. En effet le premier
jour, le soleil accomplira sa course dans le ciel sans aucune splendeur mais
au contraire noir comme teinture à étoffe, et il poussera des gémissements
comme un père qui pleure sur son fils près de mourir.
Le deuxième jour, la lune se changera en sang, et le sang viendra sur terre
comme rosée.
Le troisième jour, on verra les étoiles combattre entre elles comme une armée
d'ennemis.
Le quatrième jour, les pierres et les rochers se frapperont les uns les
autres comme de cruels ennemis.
Le cinquième jour, toutes les plantes et les herbes pleureront du sang.
Le sixième jour, la mer, sans quitter sa place, se dressera d'une hauteur de
cent cinquante coudées et demeurera ainsi toute la journée comme un mur.
Le septième jour, elle s'abaissera d'autant, à tel point qu'on pourra à peine
la voir.
Le huitième jour, les oiseaux et les animaux terrestres et aquatiques se
rassembleront côte à côte, et ils pousseront des rugissements et des
plaintes.
Le neuvième jour, viendra une grêle si horrible et qui tuera tellement que
n'y échappera qu'à peine la dixième partie de tout ce qui vit.
Le dixième jour, viendront des éclairs et du tonnerre si horribles qu'ils
briseront et brûleront le tiers des montagnes.
Le onzième jour, tous les fleuves couleront en sens inverse et ce qui coulera
sera du sang et non pas de l'eau.
Le douzième jour, tout ce qui est créé gémira et pleurera.
Le treizième jour, le ciel se roulera comme un livre et il pleuvra tant de
feu que tout ce qui est vivant mourra.
Le quatorzième jour, il y aura un tremblement de terre si horrible que les
cimes des montagnes voleront dans l'air comme des oiseaux et que toute la
terre sera aplanie.
Le quinzième jour, les saints anges mourront et Dieu seul restera vivant. A
lui soit honneur et gloire! ”
Ayant dit cela, Jésus se frappa le visage des deux mains, puis il frappa la
terre de sa tête. Ayant relevé la tête, il dit : “ Que soit maudit quiconque
mettra dans mes paroles que je suis fils de Dieu.” A ces paroles, les
disciples tombèrent comme morts. Alors Jésus les releva en disant : “ Craignons
Dieu maintenant, si nous ne voulons pas être dans l'épouvante en ce jour-là.”
Chapitre 54
Après ces signes, il y aura quarante années de ténèbres sur le monde, Dieu
seul étant vivant, à qui soient honneur et gloire éternellement.
Passés ces quarante ans, Dieu donnera la vie à son Messager, qui surgira
comme le soleil, mais aussi resplendissant que mille soleils. Il siégera et
ne parlera pas parce qu'il sera comme ravi hors de lui-même. Dieu
ressuscitera ses quarante anges préférés qui rechercheront le Messager de
Dieu, et l'ayant vu ils lui feront escorte des quatre côtés.
Puis Dieu donnera la vie à tous les anges qui viendront tourner autour du
Messager de Dieu comme des abeilles. Ensuite Dieu donnera la vie à tous les
Prophètes qui, un par un à la suite d'Adam, iront baiser la main du Messager
de Dieu, en se recommandant à lui.
Dieu donnera ensuite la vie à tous les élus qui crieront : “ Muhammad,
souviens-toi de nous.” A leur voix, la pitié du Messager de Dieu s'éveillera
et il pensera à ce qu'il doit faire craignant pour leur salut.
Puis Dieu, donnera la vie à toutes les choses créées et elles retourneront à
leur existence, avec cette différence que chacune sera douée de la parole.
Ensuite Dieu donnera la vie à tous les réprouvés. En les voyant réapparaître,
toutes les créatures de Dieu prendront peur à cause de leur hideur et
crieront : “ Que ta miséricorde ne nous abandonne pas, Seigneur notre Dieu!”
Ensuite, Dieu fera ressusciter Satan. A sa vue toutes les créatures seront
comme morte de crainte à cause de la forme horrible qu'il présentera. Plaise
à Dieu, dit Jésus, qu'en ce jour-là, je ne voie un tel monstre! Seul, le
Messager de Dieu ne craindra pas ces figures, car il ne craindra que Dieu.”
Alors l'ange qui nous aura ressuscités au son de sa trompette, fera encore
retentir la trompette pour dire : “ Venez au jugement, ô créatures, car votre
créateur veut vous juger!” Un trône resplendissant apparaîtra au milieu du
ciel, au-dessus de la vallée de Josaphat, et une nuée blanche viendra sur
lui. Alors les anges crieront : “ Sois béni, notre Dieu, toi qui nous a créés
et qui nous a sauvés de la chute de Satan!”
Le Messager de Dieu craindra alors car il saura que personne n'a aimé Dieu
autant qu'il faut. En effet, celui qui veut obtenir un denier d'or doit
donner soixante minutes en échange, et s'il n'a qu'une seule minute, il ne
peut pas la changer. Mais si le Messager de Dieu craint alors, que feront les
impies qui sont remplis de perversité?
Chapitre 55
Le Messager de Dieu s'en ira rassembler tous les Prophètes. Il leur parlera
et les priera d'aller prier Dieu avec lui pour les fidèles. Alors, par
crainte, chacun s'excusera. Vive Dieu, je n'irais pas moi-même en sachant ce
que je sais. Ce que voyant, Dieu remettra en mémoire à son Messager qu'il a
tout créé pour son amour. Aussi la crainte le quittera-t-elle et, avec amour
et révérence, il se rendra auprès du trône pendant que les anges chanteront :
“ Que ton saint nom soit béni, ô notre Dieu! ” Quand il se sera approché du
trône, Dieu se révélera à son Messager, comme l'ami se révèle à l'ami quand
ils ne se sont pas vus depuis fort longtemps. Le Messager de Dieu parlera
d'abord en disant : “ Je t'adore, je t'aime, mon Dieu, et je te remercie de
toute mon âme et de tout mon cœur, parce que tu as daigné me créer pour être
ton serviteur. C'est pour mon amour que tu as tout fait, afin que je t'aime
pour tout, en tout et par-dessus tout. C'est pour cela que toute créature te
rend grâces, ô mon Dieu. ” Toutes les choses créées par Dieu diront alors : “
Nous te rendons grâces, Seigneur, et nous bénissons ton saint nom.” je vous
le dis en vérité, en ce temps là, les démons et les réprouvés ainsi que Satan
pleureront tellement qu'il sortira plus d'eau des yeux d'un seul d'entre eux
que n'en a le Jourdain. Et ils ne verront plus Dieu. Dieu dira à son Messager
: “ Tu es le bienvenu, ô mon fidèle serviteur. Aussi demande-moi tout ce que
tu veux et tu l'obtiendras.” Le Messager de Dieu répondra : “ Seigneur, je me
souviens qu'en me créant, tu dis que tu voulais faire le paradis et le monde,
les anges et les hommes par amour pour moi, afin qu'ils te glorifient par moi
ton serviteur. Seigneur Dieu, miséricordieux et juste, je te prie donc de te
souvenir de la promesse que tu fis à moi, ton serviteur.” Dieu répondra comme
un ami qui plaisante avec son ami. Il dira : “As-tu des témoins de cela, mon
ami Muhammad? ” Avec révérence, il dira alors : “ Oui, Seigneur.” Dieu
répondra : “ Gabriel, va les appeler!” L'ange Gabriel viendra vers le
Messager de Dieu et dira : “ Quels sont tes témoins, Seigneur? ” Le Messager
de Dieu répondra : “ Ce sont Adam, Abraham, Ismaël, Moïse, David et Jésus
fils de Marie.” L'ange s'en ira alors et appellera les susdits qui
s'approcheront avec crainte.
Quand ils se seront présentés, Dieu leur dira : “ Vous souvenez-vous de ce
que dit mon Messager ? Ils répondront : “ De quoi, Seigneur ? ” Dieu dira : “
Que j'ai tout fait par amour pour lui, afin que tous me louent par lui.”
Chacun répondra : “ Il y a avec nous trois témoins meilleurs que nous,
Seigneur.” Dieu demandera alors : “ Qui sont ces trois témoins ? ” Moïse dira
alors : “ Le premier, c'est le livre que tu m'as donné.” David répondra : “
Le second, c'est le livre que tu m'as donné.” Celui qui parle dira alors : “
Tout le monde, trompé par Satan, disait que j'étais ton fils et ton
compagnon, mais le livre que tu m'as donné dit, ce qui est vrai, que je suis
ton serviteur, et reconnaît tout ce que dit ton Messager.” Le Messager de
Dieu déclarera alors : “C'est ce que dit le livre que tu me donnas,
Seigneur.”
Après ces paroles du Messager de Dieu, Dieu déclarera : “ Tout ce que je
viens de faire, je l'ai fait pour que chacun sache combien je t'aime. ” Cela
dit, Dieu donna à son Messager un livre où sont inscrits tous les élus de Dieu
et toutes les créatures révèreront Dieu en disant : “A toi seul, notre Dieu,
soient louange et honneur, parce que tu nous as données à ton Messager !”
Chapitre 56
Dieu ouvrira le livre dans la main de son Messager. En le lisant, son
Messager appellera tous les anges, tous les Prophètes et tous les élus.
Chacun portera inscrit sur son front la foi du Messager de Dieu et dans le
livre, sera inscrite la gloire du paradis. Alors chacun s'en ira à la droite
de Dieu. Près de lui, siègera son Messager, et les Prophètes s'assiéront près
de lui. Les saints s'assiéront près des Prophètes, et les bienheureux, près
des saints. Alors l'ange sonnera de la trompette et appellera Satan en
jugement.
Chapitre 57
Le misérable viendra et sera accusé avec suprême opprobre par toutes les
créatures. Puis Dieu appellera l'ange Michel. Celui-ci le frappera cent mille
fois. Avec l'épée de Dieu il le frappera. Et chaque coup est lourd comme dix
enfers. Puis il sera le premier à être chassé dans l'abîme. L'ange appellera
ses partisans qui seront semblablement outragés et accusés. Et l'ange Michel,
par commission de Dieu, frappera qui cent, qui cinquante, qui vingt, qui dix,
qui cinq fois. Ensuite, ils descendront dans l'abîme, car Dieu leur dira : “
L'enfer est votre demeure, maudits ! ”
Puis seront appelés en jugement tous les incrédules et les réprouvés. Contre
eux se dresseront d'abord toutes les créatures inférieures à l'homme.
témoignant devant Dieu qu'elles l'ont servi et que ceux-ci ont outragé Dieu
et ses créatures. Chaque Prophète se lèvera et témoignera contre eux. Alors
ils seront condamnés par Dieu aux flammes de l'enfer.
Je vous le dis en vérité, un jour terrible, il n'y aura pas une seule parole
ou une seule pensée inutile qui restera sans punition. Je vous le dis en
vérité, le cilice resplendira comme le soleil et chaque pou que l'homme aura
supporté pour l'amour de Dieu sera changé en pierre précieuse. O bienheureux
trois et quatre fois, les pauvres qui auront servi Dieu de tout cœur, dans
une vraie pauvreté, car eux qui sont privés en ce monde de tout souci
terrestre, seront alors libres de beaucoup de péchés ! En ce jour-là, ils
n'auront pas à rendre compte de la façon dont ils auront dépensé les richesse
du monde, mais ils seront récompensés de leur patience et de leur pauvreté.
Je vous le dis en vérité, si le monde le savait, il choisirait plutôt le
cilice que la pourpre, les poux plutôt que l'or, et les jeûnes plutôt que les
orgies.
Quand tout aura été examiné, Dieu dira à son Messager : “ Tu vois mon ami,
comme a été grande leur perversité ! Moi, leur créateur, j'avais mis à leur
service tout ce qui est créé, et eux, ils m'ont déshonoré en toute chose. Il
est donc on ne peut plus juste que je ne leur fasse pas miséricorde. Le
Messager de Dieu répondra : “ C'est vrai, Seigneur, notre Dieu glorieux !
Aucun de tes amis et serviteurs ne peut te demander de leur faire
miséricorde. Bien plus, moi, ton serviteur, je demande, avant tous, justice
contre eux. A peine le Messager aura-t-il prononcé ces paroles que tous les anges
et Prophètes et tous les élus de Dieu, - et que dis-je : les élus? Je vous le
dis en vérité, les araignées, les mouches et les pierres et le sable, -
crieront contre les impies et réclameront justice. Dieu fera alors redevenir
terre toute âme vivante inférieure à l'homme. Puis il enverra les impies en
enfer. Ceux-ci, en s'en allant, verront cette terre dans laquelle seront
retournés les chiens, les chevaux et autres animaux vils, et ils diront : “
Seigneur, fais-nous retourner nous aussi dans cette terre.” Mais ce qu'ils
demanderont ne leur sera pas accordé.
Chapitre 58
Tandis que Jésus parlait, les disciples pleuraient amèrement. Jésus aussi
versait des larmes abondantes.
Après ces pleurs, Jean reprit : “ Maître, nous voudrions savoir deux choses. Premièrement,
comment est-il possible, qu'en ce jour-là, le Messager de Dieu qui est rempli
de pitié et de miséricorde n'aura pas pitié des réprouvés, alors qu'il sont
tirés d'une même boue? Deuxièmement, comment faut-il comprendre que l'épée de
l'ange Michel est lourde comme dix enfers? Y a-t-il donc plus d'un enfer?
Jésus répondit : “ N'avez-vous pas entendu ce que dit le Prophète David : le
juste se rira de la perte du pécheur et le méprisera en disant : Voici
l'homme qui a mis son espérance dans ses propres forces et dans ses richesses
et qui a oublié Dieu? ” “ Je vous le dis donc en vérité, Abraham méprisera
son père, et Adam tous les réprouvés. Il en sera ainsi parce que les élus
ressusciteront si parfaits et si unis à Dieu que leur esprit ne concevra pas
la plus petite pensée contre sa justice. Aussi chacun réclamera-t-il justice,
et plus que tout autre le Messager de Dieu. Vive Dieu, en présence de qui je
me tiens, si je pleure maintenant par pitié pour l'humaine nature, en ce
jour-là je réclamerai justice sans pitié contre ceux qui méprisent mes
paroles et surtout contre ceux qui contamineront mon Evangile! ”
Chapitre 59
“ Il n'y a qu'un seul enfer, ô mes disciples, et les damnés y souffriront éternellement
leur peine, bien qu'il s'y trouve sept demeures ou régions, l'une plus
profonde que l'autre, de sorte que celui qui s'en ira dans la plus profonde
souffrira plus grande peine. Pourtant ce que j'ai dit de l'épée de l'ange
Michel est tout à fait vrai, car celui qui fait un seul péché mérite l'enfer
et celui qui en fait deux est digne de deux enfers. Aussi les réprouvés
ressentiront-ils en un seul enfer autant de peine que s'ils étaient eux-mêmes
répartis en dix, cent ou mille enfers, car Dieu tout puissant, avec sa
puissance et par sa justice, fera en sorte que Satan souffrira autant que
s'il se trouvait en dix fois cent mille enfers; et chacun des autres selon sa
propre scélératesse. Pierre dit : “ Maître, elle est vraiment grande la
justice de Dieu, et tu es fort éprouvé d'en parler aujourd'hui. Tu nous feras
donc la grâce de te reposer et demain tu nous diras comment est l'enfer.”
Jésus répondit : “ Pierre, tu me dis de me reposer. Pierre, tu ne sais pas ce
que tu dis et c'est pourquoi tu as parlé ainsi. Je vous le dis en vérité, le
repos dans la vie présente est un poison pour toute piété et un feu qui brûle
toute œuvre bonne. Vous est-il donc sorti de mémoire combien Salomon,
Prophète de Dieu, et tous les Prophètes réprouvent l'oisiveté? Le fait est
qu'il dit : “ Par crainte du froid, le paresseux ne veut pas travailler la
terre; il ira donc mendier en été ”. Puis il dit : “ Tout ce que ta main peut
faire, fais-le sans repos!” Et que dit Job de notre vie, Job, le très
innocent ami de Dieu? : “ Comme l'oiseau naît pour voler, ainsi l'homme naît
pour travailler. ” Je vous le dis en vérité, je hais le repos par dessus
tout. ”
Chapitre 60
L'enfer est le contraire du paradis, comme l'hiver est le contraire de l'été,
et le froid du chaud. Aussi celui qui voudrait raconter les misères de
l'enfer devrait voir le paradis des délices de Dieu. Oh, demeure maudite de
la justice de Dieu pour la malédiction des infidèles et des réprouvés. Job,
l'ami de Dieu, dit d'elle : “ Là, il n'y a pas d'ordre, mais une épouvante
éternelle. ” Le Prophète Isaïe dit contre les réprouvés : “ Leurs flammes ne
s'éteindront jamais, et leur ver ne mourra pas. ” Et notre père David dit en
pleurant : “ Il pleuvra sur eux des éclairs, flèche, soufre et grande
tempête. ” Oh malheureux pécheurs, car là-bas, les mets recherchés, les
vêtements précieux, les lits recherchés et les chants suaves de leurs
harmonies leur donnent la nausée.
Oh, quelle répulsion provoqueront en eux la faim dévorante, les flammes
ardentes, les braises qui font se desquamer la peau, et les tourments cruels
et les plaintes amères! ” Ici, Jésus poussa un gémissement pitoyable et dit :
“ Vraiment, il vaudrait mieux n'être jamais né que souffrir un aussi cruel
tourment! ”
Maintenant, imaginez un homme tourmenté dans toutes le parties de son corps
sans que personne ait compassion de lui et méprisé de tous. Dites-moi, cette
peine ne serait-elle pas grande? ” Les disciples répondirent : “ Très grande.
” Jésus dit alors : “ Eh bien, elle serait un délice en enfer, car je vous le
dis en vérité, si Dieu mettait en balance toutes les peines que tous les
hommes ont souffertes en ce monde et qu'ils souffriront jusqu'au jour du
jugement et, d'autre part, une seule heure de peine de l'enfer, les réprouvés
choisiraient sans aucun doute les tribulations de ce monde, parce que
celles-ci viennent de la main des hommes, tandis que celles-là viennent de la
main des diables qui n'ont aucune compassion.
Oh, de quel feu cruel il les tourmenteront! Oh, quel froid rigoureux, sans
que pour autant leurs flammes en soient modérées! Oh, quels grincements de
dents! Oh, combien de sanglots et de plaintes! Hélas, misérables pécheurs!
Car le Jourdain a moins d'eau que les larmes qui sortiront de leurs yeux en
un seul instant. Là, les langues maudiront tout ce qui est créé ainsi que
leurs père et mère, et leur créateur, qui est béni éternellement ”
Chapitre 61
Après ces paroles, Jésus et ses disciples se lavèrent selon la loi de Dieu
inscrites au livre de Moïse et ils prièrent. ce jour-là, ses disciples, le
voyant ainsi affligé, ne lui dirent rien, mais chacun était dans l'épouvante
à cause de ses paroles.
Après vêpres, Jésus ouvrit la bouche et dit : «Quel est le père de la famille
qui dormirait, en sachant que le voleur veut forcer la maison? Certainement
personne. Il veillerait et se tiendrait prêt à tuer le voleur. Eh bien, ne
savez-vous pas, dit Jésus que Satan est comme un lion qui rôde, rugissant et
cherchant à dévorer? Ainsi il cherche à faire pécher l'homme.
Je vous le dis en vérité, si l'homme faisait comme le marchand, il ne
craindrait rien ce jour là, car on le trouverait bien prêt. Il était une fois
un homme qui donna de l'argent à ses voisins pour qu'ils puissent faire du
commerce, et que le bénéfice soit partagé en parts égales. Certains firent
donc le commerce si habillement qu'ils doublèrent l'argent; mais d'autres le
dépensèrent en faveur de l'ennemi de celui qui le leur avait donné et dirent
du mal de lui. Eh bien, dites-moi, quand le voisin appellera ses débiteurs
pour faire les comptes, comment cela se passera-t-il? Il donnera sûrement une
récompense respectable à ceux qui ont bien commercé. Quant aux autres, il
s'emportera contre eux et leur fera injure. Puis il les punira comme le veut
la loi. Vive Dieu, en présence de qui se tient mon âme, le voisin, c'est
Dieu, qui a donné à l'homme tout ce qu'il a, ainsi que sa vie, afin que s'il
vit bien en ce monde, Dieu en retire les louanges et l'homme la gloire du
paradis. Aussi, ceux qui vivent bien doublent l'argent par leur exemple, car
les pécheur se convertissent et font pénitence en voyant un tel exemple.
C'est pourquoi les hommes qui vivent bien seront récompensés d'une grande
récompense. mais les pécheurs scélérats qui, par leur péché, mettent au
service de Satan, ennemi de Dieu, tout ce que Dieu leur a donné ainsi que
leur propre vie, en blasphémant Dieu et en donnant scandale aux autres,
dites-moi, quelle sera leur peine?» - «Elle sera sans mesure.» répondirent
les disciples.
Chapitre 62
«Il faut donc que celui qui veut vivre bien, dit Jésus, prend exemple du
marchand qui verrouille sa boutique et la garde jour et nuit avec grande
vigilance. En revendant, il veut gagner sur tout ce qu'il a acheté, et quand
il voit qu'il y perd, il ne veut plus vendre, même pas à son frère. Eh bien,
faites de même, car en vérité votre âme est un marchand, et votre corps est
la boutique. En effet, tout ce que l'âme reçoit et donne à l'extérieur par
les sens, elle l'achète et le vend. La monnaie, en vérité c'est l'amour.
Gardez-vous donc de vendre ou d'acheter avec votre amour, même la petite
pensée avec laquelle vous ne gagnerez rien! Mais, soit que vous pensiez, soit
que vous parliez, soit que vous agissiez, que tout soit pour l'amour de Dieu.
En agissant ainsi, vous serez en sécurité en ce jour-là.
Je vous le dis en vérité, beaucoup font des ablutions et vont prier, beaucoup
jeûnent et font des aumônes, beaucoup étudient et prêchent aux autres, mais
leur fin est abominable devant Dieu, parce qu'ils lavent le corps et non pas
le cœur, ils demandent des lèvres et non pas du cœur, ils jeûnent et se
remplissent de péchés; ils donnent aux autres ce qui n'est pas bon pour
eux-mêmes afin de passer pour bons; ils étudient pour savoir parler et non
pas pour agir; ils prêchent aux autres le contraire de ce qu'ils font
eux-mêmes. Aussi se condamnent-ils avec leur propre lange. Vive Dieu, ceux-là
ne connaissent pas Dieu avec leur cœur, car s'ils le connaissaient, ils
l'aimeraient. Et comme l'homme a reçu de Dieu tout ce qu'il a, il
distribuerait tout pour l'amour de Dieu ».
Chapitre 63
Quelques jours après, Jésus passa près d'une ville des Samaritains. Ceux-ci
ne voulurent pas le laisser entrer, ni vendre du pain à ses disciples. Alors
Jacques et Jean dirent : «Maître, te plaît-il que nous priions Dieu d'envoyer
sur eux du feu du ciel? » Jésus répondit : «Vous ne savez pas quel esprit
vous guide, c'est pourquoi vous parler ainsi, Souvenez-vous que Dieu voulait
détruire Ninive parce que dans cette ville il ne trouvait personne qui
craignit Dieu. Elle était si perverse que Dieu ayant appelé le Prophète Jonas
pour l'envoyer à elle, il voulu s'enfuir à Tarse par crainte de ces gens.
Alors Dieu le fit jeter à la mer, recueillir par un poisson et rejeter près
de Ninive. Or, à sa prédication, ces gens-là se convertissent et firent
pénitence si bien que Dieu en eût miséricorde. Malheur à ceux qui réclament
la vengeance, parce qu'elle viendra sur eux, car tout homme a en lui matière
à la vengeance de Dieu! Maintenant, dites-moi, avez-vous créé cette ville et
ces gens, fous que vous êtes ? Bien sûr que non! Car toutes les créatures
mises ensembles ne peuvent créer ne serait-ce qu'une nouvelle mouche à partir
de rien; et c'est cela créer. Si le Dieu béni a crée cette ville et ces gens
maintient encore cette ville, pourquoi voudriez-vous la détruire?
Pourquoi donc n'as-tu pas dis : «Maître, te plaît-il que nous priions le
seigneur notre Dieu de convertir ces gens à pénitence?» C'est cela la marque
de mon disciple : prier Dieu pour ceux qui lui font du mal! Cela Abel le fit,
lorsque son frère Caïn, maudit de Dieu, le tuait. Cela Abraham le fit pour
Pharaon qui lui avait pris sa femme, et c'est pourquoi l'ange du Seigneur ne
le tua pas, mais qu'il le frappa seulement d'infirmité. Cela Zacharie le fit,
lorsque, par décret de roi impie, il fut tué dans le temple. Cela, Jérémie,
Isaïe, Ezéchiel, Daniel et David, et tous les amis de Dieu et ses Prophètes
saints le firent. Dites-moi, si votre frère tombe malade d'une folie
furieuse, voudriez-vous le tuer, parce qu'il parle mal et qu'il frappe
quiconque s'approche? Vous ne le feriez certainement pas, mais bien plutôt
vous vous efforceriez de lui rendre la santé avec des médicaments appropriés
à la maladie.
Chapitre 64
Vive Dieu, en présence de qui se tient mon âme, chez le pécheur qui persécute
un homme, c'est l'esprit qui est malade. Dites-moi donc, quelqu'un se
casserait-il la tête pour déchirer le manteau de son ennemi? Est-il sain
d'esprit celui-là? Il se sépare de Dieu, tête de son âme, pour offenser le
corps de son ennemi!
Dis-moi, ô homme, quel est ton ennemi? C'est bien sûr ton corps ainsi que
ceux qui te louent. C'est pourquoi, si tu étais sain d'esprit, tu baiserais
la main de ceux qui te maltraitent et tu ferais des cadeaux à ceux qui te
persécutent et te frappent fort. Et pourquoi, ô homme? Parce que tu seras
persécuté et maltraité dans cette vie pour tes péchés, et moins tu le seras
au jour du jugement. Mais dis-moi, ô homme, si les saints et Prophètes de
dieu ont été persécuté et diffamés par le monde alors qu'ils étaient
innocents, qu'en sera-t-il de toi pécheur? Et s'ils supportaient tout avec
patience et priant pour leur persécuteurs, qui dois-tu faire, ô homme, toi
qui es digne de l'enfer? Dites-moi, ô mes disciples, ne savez-vous pas que
Shimei maudissait le Prophète David, serviteur de Dieu, et lui jetait des
pierres? Eh bien, que dit David à ceux qui voulaient tuer Shimei? «Qu'est-ce
qu'il te prend, Joab, de vouloir tuer Shimei? Laisse-le me maudire, car c'est
ce que Dieu veut. Il changera cette malédiction et bénédiction.» Et il en fut
ainsi, car Dieu vit la patience de David et le libéra de la persécution de
son fils Absalom. Même une feuille d'arbre ne s'agite pas sans la volonté de
Dieu. Aussi, quand tu es dans la tribulation, ne pense pas à ce que tu
endures, ni à celui qui te maltraite, mais considère combien tu mérite d'être
maltraité des mains des diables de l'enfer à cause de tes péchés.
Vous êtes en colère contre cette ville parce qu'elle n'a voulu ni vous
recevoir, ni vous vendre du pain. Dites-moi, ces gens sont-ils vos esclaves?
Leur avez-vous donné cette ville? Leur avez-vous donné le blé? Ou bien les
avez-vous aidés à moissonner? Sûrement pas, car vous n'êtes jamais venus par
ici, et vous êtes pauvres. Alors, pourquoi avez-vous parlé ainsi ?» Les deux disciples
répondirent : «Seigneur, nous avons péché. Que Dieu nous pardonne!» Et Jésus
dit : «Qu'il en soit ainsi!».
Chapitre 65
Comme la pâque approchait, Jésus monta à Jérusalem avec ses disciples et se
rendit à la piscine probatique. Ce bain était appelé ainsi parce que chaque
jour l'ange de Dieu en remuait l'eau, et que le premier infirme qui entrait
dans l'eau après cette agitation était guéri. Un grand nombre d'infirmes se
tenait donc près de la piscine qui avait cinq portiques.
Jésus vit un malade qui était là depuis trente huit ans, souffrant de grave
infirmité. L'ayant su par inspiration divine, Jésus eut pitié de cet infirme
et lui dit : «Veux-tu être guéri?» L'infirme répondit : «Seigneur, je n'ai
personne qui m'y plonge lorsque l'ange remue l'eau, et quand je veux entrer,
il en vient un plus rapide que moi qui y entre.» Jésus leva alors les yeux au
ciel et dit : «Seigneur notre Dieu, Dieu de nos pères, aie pitié de cet
infirme!» Puis Jésus ajouta :«Au nom de Dieu, frère, recouvre la santé, lève-toi
et emporte ton lit!» L'infirme se leva alors en louant Dieu et emporta son
lit sur ses épaules.
Il s'en allait chez lui en louant Dieu. Ceux qui le voyaient criaient :
«C'est aujourd'hui le sabbat, il ne t'est pas permis de porter ton lit!» Il
répondit : «Celui qui m'a guéri a dit : prends ton lit et va-t-en chez toi.»
Ils dirent : «Quel est celui-là?» Il répondit : «Je ne sais pas son nom.»
Alors ils disaient : «Ce doit être Jésus de Nazareth.» D'autres disaient :
«Non, il est saint de Dieu, tandis que celui qui a fait cela est mauvais
puisqu'il fait violer le sabbat.» Jésus s'étant rendu dans le temple et une
grande foule s'étant approchée de lui pour entendre ses paroles, les prêtres
se rongeaient d'envie.
Chapitre 66
L'un d'eux vint à lui en disant : «Bon Maître, tu enseigne bien et en vérité;
aussi dis-moi, quelle récompense nous donnera-t-il au paradis?» Jésus
répondit : «Tu m'appelles bon et tu ne sais pas que Dieu seul est bon, si bon
que, comme dit Job, ami de Dieu, un enfant d'un jour n'est pas pur. Il dit
même que les anges sont répréhensibles devant lui. Il dit que la chaire
attire le péché et recueille les iniquités comme l'éponge recueille l'eau.»
Confus, le prêtre se taisait. Jésus reprit donc : «Je vous le dis en vérité,
il n'y a rien de plus périlleux que de parler. C'est pourquoi Salomon a dit :
«La vie et la mort sont au pouvoir de la langue.» Se tournant vers ses
disciples, Jésus dit : «Prenez garde à ceux qui vous flattent car ils vous
trompent! Avec sa langue, Satan flatta nos premiers parents, mais ses paroles
eurent un effet misérable. De la même manière, les sages d'Egypte flattaient
Pharaon. De la même manière, Goliath flattait les Philistins. De la même
manière, quatre cents faux Prophètes flattaient Achab, mais leurs louanges furent
si fausses que celui qui était loué périt avec ses laudateurs. Ce n'est donc
pas sans raison que Dieu dit par le Prophète Isaïe : «Mon peuple, ceux qui te
flattent te trompent!» Malheur à vous, scribes et pharisiens! Malheur à vous
prêtres et lévites! Parce que vous avez tellement corrompu le sacrifice du
Seigneur que ceux qui viennent sacrifier croient que Dieu mange comme un
homme de la viande cuite!»
Chapitre 67
Pourquoi leur dites-vous : apportez au temple, à votre Dieu, des moutons, des
taureaux et des agneaux; n'en mangez pas, mais faites présent à Dieu de tout
ce qu'il vous a donné. Et pourquoi ne leur dites-vous pas l'origine du
sacrifice? Ce fut pour rappeler que la vie a été rendue au fils de notre père
Abraham; pour que ne tombent dans l'oubli ni la foi, ni l'obéissance de notre
père Abraham, ni les promesses qui lui furent faites par Dieu, ni la
bénédiction qui lui fut donnée.
Aussi Dieu dit-il par le Prophète Ezéchiel : «Otez-moi vos sacrifices, car
vos victimes me sont en abomination.»
C'est qu'il approche le temps de faire tout ce qu'a dit notre Dieu par le
Prophète Osée : «J'appellerai élu le peuple qui n'était pas élu.» Et comme il
dit dans le Prophète Ezéchiel : «Dieu fera une alliance nouvelle avec son
peuple, mais non pas selon l'alliance que j'ai donnée à vos pères et qu'ils
n'ont pas observée» et «il ôtera leur cœur de pierre et leur donnera un cœur
nouveau.» Et tout cela sera parce que maintenant vous ne marchez pas dans sa
loi. «Vous avez donc la clé et vous n'ouvrez pas, et même vous barrer la
route à ceux qui veulent marcher.»
Comme le prêtre s'en allait pour se rendre du côté du temple où se trouvait
le pontife et tout lui raconter, Jésus dit : «Attends, je vais répondre à ta
question.»
Chapitre 68
«Tu me demandes de te dire ce que Dieu nous donnera au paradis. Je te le dis
en vérité, ceux qui pensent à la récompense, n'aiment pas le maître. En effet
si le pasteur qui possède un troupeau de brebis voit le loup, il s'emploie à
défendre ses brebis, mais le serviteur ne fait pas ainsi. Quand il voit le
loup, il abandonne ses brebis et s'enfuit. Vive Dieu, en présence de qui je
me tiens, si le Dieu de nos pères était votre Dieu, vous ne penseriez pas à
dire : qu'est ce que Dieu me donnera! Mais vous diriez comme David, son Prophète
: «Que donnerai-je à Dieu pour tout ce qu'il m'a donné?»
Je vous parlerai par comparaison afin que vous me compreniez. Il était une
fois un roi qui trouva sur une route un homme dépouillé par les voleurs et
grièvement blessé. Il en eut compassion. Aussi ordonna-t-il ses serviteurs de
porter cet homme à la ville et de le soigner, ce qu'ils firent en toute
diligence. Le roi se prit d'un si grand amour pour le blessé qu'il lui donna
pour femme sa propre fille et qu'il le fit son héritier.
Assurément le roi fut souverainement miséricordieux. Mais l'homme frappa les
serviteurs, dédaigna les remèdes, insulta son épouse, dit du mal du roi et
incita ses sujets à se rebeller. Quand le roi lui demandait un service, il
disait : «Que me donnera le roi en récompense?» Ce qu'entendant, que fit le
roi à un tel ingrat?» Ils répondirent tous : «Malheur à lui, car le roi le
priva de tout et le punit atrocement.»
Jésus dit alors : «Prêtres, scribes et pharisiens, et toi pontife qui entends
ma voix, je vous annonce ce que Dieu vous dit par son Prophète Isaïe : «J'ai
nourri des serviteurs et je les ai exaltés, mais eux m'ont méprisé!» C'est
notre Dieu, ce roi qui trouvera Israël en ce monde plein de misères et qui le
confia à ses serviteurs, Joseph, Moïse, et Aaron, pour en prendre soin. Notre
Dieu éprouva tant d'amour pour le peuple d'Israël qu'il flagella l'Egypte,
engloutit Pharaon, dispersa cent vingt rois de Canaan et Madian, et qu'il lui
donna sa loi en le faisant hériter de tout le territoire qu'habite notre
peuple.
Mais comment se comporte Israël? Combien de Prophètes n'a-t-il pas tués?
Combien de prophéties n'a-t-il pas contaminées? N'a-t-il pas violé la loi de
Dieu? Combien même ont quitté Dieu pour aller servir les idoles à cause de
votre scandale, ô prêtres! Ne déshonorez-vous pas Dieu par votre manière de
vivre? Et vous me demandez maintenant ce que Dieu vous donnera au paradis!
Vous auriez dû me demander ce quelle sera la peine que Dieu vous donnera en
enfer et quelle vraie pénitence vous devez faire pour que Dieu aie pitié de
vous. Cela, je peux vous le dire, et c'est pour cela que je vous ai été
envoyé.
Chapitre 69
Vive Dieu en présence de qui je me tiens, de moi vous ne recevrez pas
flatterie mais vérité. Or, je vous le dis, repentez-vous et revenez à Dieu comme
firent nos pères après avoir péché et n'endurcissez pas votre cœur!» A ces
paroles, les prêtres se consumaient de rage, mais par crainte du peuple, ils
ne soufflèrent mot.
Jésus ajouta : «Docteurs, scribes, pharisiens et prêtres, dites-moi, vous
voulez des chevaux comme les chevaliers, mais vous ne voulez pas aller à la
guerre. Vous voulez de beaux vêtements comme les dames, mais vous ne voulez
pas filer, ni nourrir de enfants. Vous voulez les fruits des champs mais vous
ne voulez pas cultiver la terre. Vous voulez du poisson de mer, mais vous ne
voulez pas aller à la pêche. Vous voulez l'honneur comme citoyens, mais vous
ne voulez pas les charges publiques. Vous voulez dîmes et les prémices comme
prêtres, mais vous ne voulez pas servir Dieu en vérité. Puisqu'ici bas vous
voulez tous les biens sans aucun mal, qu'est ce que Dieu fera de vous? En
vérité je vous le dis, il vous donnera un lieu où vous aurez tous les maux
sans aucun bien!»
Après ses paroles, on présenta à Jésus un possédé qui ne parlait pas, ne
voyait pas et n'entendait pas. Ayant vu leur foi, Jésus leva les yeux au ciel
et dit : «Seigneur, Dieu de nos pères, aie pitié de cet infirme et donne-lui
la santé, pour que ce peuple sache que tu m'as envoyé!» Cela dit, Jésus
commanda à l'esprit de s'en aller, en disant : «En vertu du nom de Dieu notre
Seigneur, sors, mauvais, de l'homme.» L'esprit s'en alla et le muet parla et
vit avec ses yeux.
Chacun fut rempli de crainte, mais les scribes dirent : «C'est en vertu de
Belzebul, prince des démons, qu'il chasse les démons!» Jésus dis alors :
«Tout royaume divisé en lui-même se détruit et les maisons tombent l'une sur
l'autre. Si c'était en vertu de Satan que je chassais Satan, comment son
royaume tiendrait-il? Et si vos fils chassent satan par les écritures que
leur donna le Prophète Salomon, ils témoignent que je chasse satan en vertu
de Dieu. Vive Dieu, le blasphème contre l'Esprit Saint est irrémissible en ce
siècle et dans l'autre, parce que le méchant se condamne volontairement
lui-même, en connaissant sa condamnation.» Après ces paroles, Jésus sortit du
temple et le peuple le glorifiait. Aussi lui amenèrent-ils tous les malades
qu'ils purent rassembler. Ayant prié, Jésus rendit à tous la santé.
Or, ce jour-là, à Jérusalem, à l'instigation de Satan, l'armée romaine
commença à inciter le peuple à dire que Jésus était Dieu d'Israël et qu'il
était venu visiter son peuple.
Chapitre 70
Parti de Jérusalem après la pâque, Jésus entra dans le territoire de Césarée
de Philippe. L'ange lui ayant raconté la sédition qui commençait dans le
peuple, il interrogea ses disciples : «Qu'est ce que les hommes disent de moi
?» Ils répondirent : «Certains disent que tu es Elie, d'autres que tu es
Jérémie, d'autres encore l'un des anciens Prophètes.» Jésus reprit : «Et
vous, que dites-vous que je suis ?» Pierre répondit : «Tu es le Christ, fils
de Dieu!» Jésus se fâcha alors et le reprit avec colère : «Va-t-en loin de
moi, car tu es le diable et tu cherches à m'entraîner au mal.» Et il menaça
les onze : «Malheur à vous qui le croyez, car j'ai demandé à Dieu une grande
malédiction à ceux qui le croiront.» Et il voulait chasser Pierre. Alors les
onze prièrent Jésus pour lui, et Jésus ne le chassa pas, mais il le
réprimanda de nouveau en disant : «Prends gardes de ne plus prononcer ces
paroles, parce que Dieu te réprouverait ». Pierre pleura et dit : «Seigneur,
j'ai parlé comme un sot. Prie Dieu qu'il me pardonne!»
Jésus dit alors : «Si Dieu n'a pas voulu se montrer à Moïse son serviteur, ni
à Elie qu'il aimait tant, ni à aucun Prophète, pensez-vous que Dieu se
montrerait à cette génération incrédule ? Ne savez-vous pas que Dieu a tout
créé d'une seule parole à partir de rien et que tous les hommes tirent leur
origine d'un peu de boue ? Comment donc Dieu pourrait-il avoir quelque
ressemblance avec l'homme ? Malheur à ceux qui se laissent tromper par
Satan!»
Cela dit, Jésus pria Dieu pour Pierre, tandis que les onze et Pierre
pleuraient et disaient : «Qu'il en soit ainsi! qu'il en soit ainsi, Seigneur
notre Dieu béni!» Ensuite Jésus s'en alla en Galilée, pour que se dissipe
l'opinion insensée que le peuple commençait à se faire de lui.
Chapitre 71
Dès que Jésus fut dans sa patrie, la nouvelle se répandit à travers toute la
Galilée que le Prophète Jésus était venu à Nazareth. On alla donc chercher en
toute hâte les malades et on les lui présenta en le priant de les toucher de
ses main. La multitude était telle qu'un riche frappé de paralysie, ne
pouvant se faire passer par la porte, se fit porter sur le toit de la maison
où se trouvait Jésus. Ayant fait découvrir le toit, il se fit descendre avec
des draps devant Jésus qui demeura quelques instants sans rien faire. Puis il
dit : «Ne crains pas, frère, car tes péchés sont pardonnés!»
Tous furent scandalisés de l'entendre. Ils disaient : «Quel est celui-là qui
pardonne les péchés?» Jésus dit alors : «Vive Dieu, je ne peux pas pardonner
les péchés, ni aucun homme, mais seul Dieu pardonne! Pourtant, comme
serviteur de Dieu, je peux prier pour les péchés des autres. J'ai donc prié pour
cet infirme et je suis sûr que Dieu a exaucé ma prière. Aussi, afin que vous
sachiez la vérité, je dis à cet infirme : «Au nom du Dieu de nos pères, Dieu
d'Abraham et de ses fils, lève-toi, guéri.» Dès que Jésus eut prononcé ces
paroles, l'infirme se leva guéri, et il glorifiait Dieu.
La foule demanda alors à Jésus de prier pour les malades qui se trouvaient
dehors, et Jésus sortit vers eux. Les mains levées, il dit : «Seigneur Dieu
des armées, Dieu vivant, Dieu vrai, Dieu saint, Dieu qui ne mourra jamais,
aie pitié d'eux!» Et chacun répondit : «Amen!» Cela dit, Jésus imposa les
mains aux infirmes, qui recouvrèrent la santé. Et ils glorifiaient Dieu en
disant :«Dieu nous a visités par son Prophète! Dieu nous a envoyé un grand
Prophète.»
Chapitre 72
Durant la nuit, Jésus dit en secret à ses disciples : «En vérité, je vous le
dis, Satan veut vous passer au crible comme on fait pour le forment. Mais
j'ai prié Dieu pour vous, et seul celui qui me tend des embûches périra.»
Jésus dit cela pour Judas, parce que l'ange Gabriel lui avait dit comment
Judas frayait avec les prêtres et leur rapportait tout ce que disait Jésus.
Celui qui écrit ceci s'approcha de Jésus en pleurant et dit : «Maître,
dis-moi qui te trahit !» Jésus répondit : «Barnabé, ce n'est pas encore
l'heure que tu le saches, mais bientôt on découvrira le scélérat, car je
quitterai ce monde.» Les apôtres pleurèrent alors en disant : «Maître,
pourquoi veux-tu nous abandonner? Il vaut bien mieux que nous mourrions
plutôt que d'être abandonnés de toi!» Jésus répondit : «Que votre cœur ne se
trouble pas et ne s'effraie pas, car ce n'est pas moi qui vous ai créé. C'est
Dieu, notre créateur qui vous a créés. Lui vous gardera. Quant à moi, je suis
venu dans ce monde pour préparer la voie au Messager de Dieu qui portera le
salut au monde.
Mais prenez garde d'être trompés, car beaucoup de faux Prophètes viendront
qui pilleront mes paroles et contamineront mon Evangile.» André dit alors :
«Maître, dis-nous à quel signe nous le reconnaîtrons!» Jésus répondit : «Il
ne viendra pas de votre temps, mais bien des années après vous, quand mon
Evangile sera si effacé qu'il ne restera plus qu'à peine trente fidèles. En
ce temps-là, Dieu aura pitié du monde.
Alors il enverra son Messager, sur la tête duquel se posera une nuée blanche.
Aussi sera-t-il reconnu par un élu de Dieu et il sera manifesté par lui au
monde. Il viendra avec une grande puissance contre les impies et il détruira
l'idolâtrie sur la terre. Je me réjouis de ce que notre Dieu sera connu et
glorifié par lui, et qu'on reconnaîtra que je suis véridique. Alors il tirera
vengeance de ceux qui diront que je suis plus qu'un homme. En vérité, je vous
le dis, dans son enfance la lune bercera son sommeil et, devenu grand, il la
saisira dans ses mains.
Que le monde se garde de le chasser sous prétexte qu'il tue les idolâtres,
parce que Moïse, serviteur de Dieu, et Josué en tuèrent beaucoup. Ils ne
pardonnèrent pas aux villes, ils les brûlèrent et tuèrent les enfants, car à
vieille plaie, on met le feu.
Il viendra avec la vérité, plus claire que celle de tous les Prophètes et il
réprouvera ce dont le monde fait mauvais usage. Les tours de la cité de notre
père se salueront d'allégresse. Et quand on verra l'idolâtrie tomber à terre
et me reconnaître homme comme les autres hommes, je vous le dis en vérité, le
Messager de Dieu sera venu.
Chapitre 73
Je vous le dis en vérité, si à l'avenir Satan vous tente, c'est que vous êtes
les amis de Dieu. Personne en effet ne donne l'assaut à ses propres cités. Si
Satan faisait chez vous à sa guise, il vous laisserait courir à votre gré,
mais il sait que vous êtes ses ennemis, il fera tout son possible pour vous
faire périr. Pourtant ne craignez pas, il sera contre vous comme un chien
attaché, car Dieu a exaucé ma prière.»
Jean dit : «Maître, non seulement pour nous, mais pour ceux qui croiront à
l'évangile, montre-nous comment le vieux tentateur dresse ses embûches à
l'homme?» Jésus répondit : «L'impie tente quatre manières. La première, quand
il tente par lui-même en pensées, la deuxième, quand il tente en paroles et
en actes par ses serviteurs. la troisième, quand il tente par une fausse
doctrine. Et la quatrième, quand il tente par de fausses visions. Oh, comme
l'homme doit être prudent! D'autant plus que la chaire de l'homme est
favorable à Satan! Elle aime le péché comme celui qui a la fièvre aime l'eau.
Je vous le dis en vérité, si l'homme craint Dieu, il aura la victoire
complète. Comme le dit David, son Prophète : «Dieu t'enverra ses anges; ils
garderont si bien tes voies que le diable ne te nuira pas. Car mille
tomberont à ta gauche et dix mille à ta droite, mais ils n'approcheront pas
de toi.» Bien plus, par le même David, notre Dieu nous promet dans son grand
amour de nous garder en disant : «Je te donnerai la raison qui t'enseignera,
et sur les routes où tu chemineras, je fixerai les yeux sur toi.» Mais que
dis-je? Il a dit lui-même par Isaïe : «Est-il possible que la mère oublie
l'enfant de ses entrailles? Eh bien, je te le dis, même si elle l'oubliait,
moi je ne t'oublierai pas!» «Dites-moi qui donc craindra Satan en ayant les
anges pour gardiens et Dieu vivant pour protecteur? Il faut néanmoins comme
le dit le Prophète Salomon que toi, mon fils, qui est allé servir Dieu, tu
prépare ton âme aux tentations. Je vous le dis en vérité, pour ne pas pécher
contre Dieu son créateur, l'homme devrait examiner ses propres pensées. comme
le banquier examine une pièce de monnaie.
Chapitre 74
Il y a eu et Il y a encore dans le monde, des hommes qui soutiennent qu'il
n'y a pas de péché de pensée. Leur erreur est très grande. Dites-moi :
Comment Satan pécha-t-il? Il pécha certainement en pensant qu'il était plus
digne que l'homme. Salomon pécha en pensant inviter à manger toutes les
créatures de Dieu, mais un poisson le corrigea en mangeant tout ce qu'il a
préparé. Ce n'est donc pas sans raison que notre père David dit : «S'exalter
dans son propre cœur établit dans la vallée des larmes.» Et pourquoi donc
Dieu crie-t-il par Isaïe son Prophète : «Otez vos mauvaises pensées de devant
mes yeux »? Mais dans quel but Salomon dit-il donc : «Avec toute ta garde,
garde ton cœur »? Vive Dieu, en présence de qui se tient mon âme : tout cela
est dit contre les mauvaises pensées par lesquelles on commet le péché sans
penser.
Dites-moi donc, quand l'agriculteur plante sa vigne, n'enfouit-il pas
profondément les plantes? Bien sûr! Eh bien, Satan fait de même. Quand il
plante le péché, il ne s'arrête pas à l'œil, ou à l'oreille, mais il va
jusqu'au cœur qui est la demeure de Dieu. Comme Dieu dit par Moïse, son
serviteur : «J'habiterai en eux afin qu'ils marchent dans ma loi ». Dites-moi
donc, si le roi Hérode vous donnait à garder une maison dans laquelle il
voudrait habiter, laisseriez-vous son ennemi Pilate y entrer ou y déposer ses
affaires? Certainement pas! Eh bien, encore moins devez-vous laissez Satan
entrer dans votre cœur et y déposer ses pensées, puisque notre Dieu vous a
donné en garde votre cœur qui est sa demeure!
Regardez donc comme le banquier examine la pièce de monnaie : l'effigie de
César est-elle exacte, l'argent est-il bon ou faux, fait-elle le poids? Et il
la retourne beaucoup dans sa main. Hélas, monde fou! tu es si prudent dans
tes affaires qu'au dernier jour tu reprendras les serviteurs de Dieu et tu
les taxeras de négligence et d'inattention car tes serviteurs sont sans aucun
doute plus prudents que ne le sont les serviteurs de Dieu! Or, dites-moi quel
est celui qui examine une pensée comme fait le banquier pour un denier
d'argent? Personne, certainement!»
Chapitre 75
Jacques dit alors : «Maître, comment peut-on examiner une pensée comme on
examine un denier?» Jésus répondit : «Dans ta pensée, le bon argent, c'est la
piété, parce que toute pensée impie vient du diable. L'effigie exacte, c'est
l'exemple des saints est des prophètes que nous devons imiter. Le poids de la
pensée, c'est l'amour de Dieu pour lequel on doit tout faire. C'est pourquoi
l'ennemi vous enverra des pensées impies contre le prochain, conformes au
monde pour corrompre la chair, et des pensées d'amour terrestre pour
corrompre l'amour de Dieu.»
Barthélémy demanda : «Maître, que devons-nous faire pour penser peu afin de
ne pas tomber dans le péché? » Jésus répondit: «Deux choses vous sont
nécessaires. La première est de vous exercer beaucoup et l'autre est de parler
peu. L'oisiveté en effet est une est une sentine ou toutes les pensées
impures se rassemblent est le bavardage est une éponge qui recueille des
injustices. Aussi est-il nécessaire non seulement que vos actions tiennent le
corps occupé, mais encore que l'âme soit occupée par la prière car il ne faut
jamais se soustraire à la prière.
Je vous le dis par comparaison : il était une fois un homme qui payait mal et
pour cette raison personne de ceux qui le connaissaient ne voilait aller
travailler ses champs. Ce méchant-là dit alors : «J'irai moi-même sur la
place trouver les oisifs qui ne font rien et ils viendront travailler dans ma
vigne.» Cet homme sortit de chez lui et trouva beaucoup d'étranger qui
étaient sans travail et sans argent. il leur parla et les conduisit à sa
vigne, mais en vérité, personne de ceux qui le connaissaient et avaient de
quoi s'occuper n'y alla. Ce mauvais payeur, c'est Satan; il donne de la
besogne et pour son service l'homme reçoit les flammes éternelles. Or il est
sorti du paradis et il est à la recherche d'ouvriers. Il est sûr qu'il
ébauche pour ses travaux les oisifs, quels qu'ils soient, mais surtout ceux
qui ne le connaissent pas. Il ne suffit pas du tout de connaître le mal pour
l'éviter, mais il faut faire le bien pour l'emporter sur lui.»
Chapitre 76
Je vous le dis par comparaison : il était une fois un homme qui avait trois
vignes : il les confia à trois agriculteurs. Le premier ne savait pas
cultiver la vigne; elle ne produisit que des feuilles. le deuxième enseignait
au troisième comment on doit cultiver les vignes; ce dernier écoutait très
bien ses propos et cultiva sa vigne comme il le lui avait dit. Si bien que la
vigne du troisième produisit beaucoup. Mais le deuxième laissa sa vigne sans
la cultiver et n'employa son temps qu’à parler.
Le temps venu de payer le loyer au patron de la vigne, le premier dit :
«Maître, je ne sais comment on doit cultiver la vigne, je n'ai donc rien
récolté cette année!» Le maître répondit : «Insensé! tu n'étais pourtant pas
seul au monde! pourquoi n'as tu pas demandé conseil à mon deuxième vigneron
qui sait bien cultiver la terre? Pour sûr, tu me le paieras!» Sur ces mots,
il le condamna à travailler en prison jusqu'à ce qu'il ait payé son patron.
Celui-ci prit de pitié à cause de sa simplicité, le libéra en disant : «
Va-t-en je ne veux plus que tu travailles à ma vigne ! Je te remets ta dette,
et que cela te suffise !»
Le deuxième arriva, le patron lui dit : «Que mon vigneron soit le bienvenu!
Où sont les fruits que tu me dois ? Tu sais si bien émonder les vignes que la
vigne que je t'ai confiée aura certainement bien produit!» Le deuxième
répondit : «Maître, ta vigne est debout! car je n'ai pas taillé les branches
ni détruit le terrain! Mais la vigne n'a pas produit de fruit, je puis donc
pas te payer!»
Alors le patron appela le troisième et dit avec étonnement : «Tu me disais
que cet homme à qui j'ai confié la seconde vigne t'a parfaitement enseigné à
cultiver la vigne que je t'ai confiée; comment se fait-il donc que la vigne
que je lui ai confiée n'a pas donné de fruit, l'ensemble ne fait pourtant
qu'un seul terrain?» Le troisième répondit : «Maître, les vignes ne se
cultivent pas seulement avec des paroles; celui qui veut leur faire produire
du fruit doit chaque jour suer sang et eau. Comment la vigne de ta vigneron
produirait-elle du fruit, Maître, s'il ne fait rien d'autre que perdre son
temps à parler? Il est certain, que s'il avait traduit ses paroles en action,
il t'aurait donné le revenu de la vigne pour cinq ans, puisque moi qui ne
sait pas tellement parler, je t'ai donné le loyer pour deux ans! » Le patron
se mit en colère et avec mépris il dit au vigneron : « Ah! tu as fait
beaucoup en n'enlevant pas les ceps et ne ratissant pas la vigne! »
Il faut donc te donner une récompense ! »
Ayant appelé ses serviteurs, il le fit battre sans nulle pitié. Puis il le
mit en prison sous la garde d'un cruel serviteur qui le bat chaque jour.
Jamais il ne voulut le libérer, même à la prière de ses amis.
Chapitre 77
Je vous le dis en vérité, au jour du jugement, beaucoup diront à Dieu : «
Seigneur, nous avons prêché et enseigné pour ta loi ». Les pierres
elles-mêmes crieront contre eux : « Lorsque vous prêchiez aux autres, vous
vous êtes condamnés avec votre propre langue, ouvriers d'iniquité!» « Vive
Dieu, dit Jésus, celui qui connaît la vérité et qui agit en sens contraire,
sera puni d'une peine si grave que Satan en aura presque pitié! Or dites-moi,
notre Dieu nous a-t-il donné la loi pour connaître ou pour agir? Je vous le
dis en vérité, toute science a pour but la sagesse et celle-ci agit autant
qu'elle connaît.
Dites-moi, si quelqu'un s'asseyant à table, voyait de ses yeux des mets
recherchés, mais choisissait de ses mains des choses impures et les mangeait,
ne serait-il pas fou? » - «Oui, bien sûr! » répondirent les disciples, Jésus
dit alors : «O fou plus que tout autre, fou es-tu, toi, homme, qui connais le
ciel par ta raison et qui choisis la terre avec tes mains! Par la raison, tu
connais Dieu, et par le désir tu veux le monde! » Par la raison tu connais
les délices du paradis, et par tes oeuvres tu choisis les misères de l'enfer!
Brave soldat vraiment celui qui marche de nuit désire une lumière elle-même,
mais pour voir la bonne route afin de se rendre à l'auberge en sécurité?
Oh monde misérable qu'il faut mépris et abhorrer mille fois; notre Dieu, par
ses saints prophètes, a toujours voulu lui faire connaître le chemin pour se
rendre à la patrie et à son repos ! Mais toi, mauvais, non seulement tu ne
veux pas marcher, mais, ce qui est pire, tu méprises la lumière! Il est vrai
le proverbe du chameau qui n'aime pas boire de l'eau claire/parce qu'il ne
veut pas voir sa laide figure.
Ainsi fait l'impie qui agit mal parce qu'il hait la lumière, afin que ne
soient pas connues ses mauvaises actions. Mais celui qui reçoit la sagesse et
qui, non seulement n'agit pas bien, mais, ce qui est pire, la fait servir au
mal, est comme celui qui emploierait les biens (qu'il a reçus) à tuer celui
qui les lui a donnés.
Chapitre 78
Je vous le dis en vérité, Dieu n'éprouva pas de pitié à la chute de Satan,
mais il en éprouva à la chute d'Adam. Et que cela vous suffise pour connaître
l'état malheureux de celui qui connaît le bien et qui fait le mal.»
André dit alors : «Maître, il est bon de cesser d'étudier pour ne pas tomber
dans un tel état.» Jésus répondit : «S'il est bon que le monde soit sans
soleil, l'homme sans yeux et l'âme sans raison, alors il est moins bon pour
la vie temporelle que l'étude pour la vie éternelle! ne savez-vous pas que
c'est un précepte de Dieu que d'étudier? Dieu dit en effet : «Interroge tes
anciens et ils t'enseigneront! » Et de la loi, Dieu dit : «Fais en sorte que
mon précepte soit devant tes yeux et penses-y, que tu sois assis, en marche
ou e tout temps»! Jugez donc vous-mêmes S'Il est bon de ne pas étudier! Oh.
qu'il est malheureux celui qui méprise la sagesse, il est sûr de manquer la
vie éternelle! »
Jacques dit : «Maître, nous savons que job n'a pas appris d'un maître,
Abraham non plus, et néanmoins ils devinrent saints et prophètes! » Jésus
répondit : «Je vous le dis en vérité, celui qui appartient à la maison de
l'époux n'a pas besoin d'être invité aux noces, car il habite la maison où
ont lie les noces, mais ceux qui sont loin de la maison en ont besoin. Or, ne
savez-vous pas que les prophètes de Dieu sont dans la maison de la grâce et
de la miséricorde de Dieu? Aussi la loi de Dieu est-elle manifeste en eux.
Comme dit à ce propos David, notre père : «La loi de son Dieu est dans son
coeur, aussi sa route ne sera pas défoncée.»
Je vous le dis en vérité, en créant l'homme, notre Dieu non seulement le créa
juste, mais il lui mit au coeur une lumière qui lui montrerait qu'il convient
de servir Dieu. Bien que cette lumière se soit obscurcie après le péché, elle
ne s'est pas éteinte. Ainsi tous les païens ont ce désir de servir Dieu et
qu'ils servent les dieux faux et menteurs. Il faut donc que l'homme soit
enseigné par les prophètes de Dieu. Ils ont en effet la claire lumière pour
enseigner la route qui mène au paradis, notre patrie, en servant bien Dieu,
de même qu'il est nécessaire que soit guidé et aidé celui qui a les yeux
malades.
Chapitre 79
Jacques dit : «Comment les prophètes nous enseigneront-ils, s'ils sont morts?
Et comment celui qui ne connaît pas les prophètes sera-t-il enseigné?» Jésus
répondit : «leur doctrine est écrite et il faut l'étudier : elle te tient
lieu de prophète. En vérité, je vous le dis, celui qui méprise la prophétie,
méprise non seulement le prophète, mais il méprise aussi Dieu qui l'a envoyé
comme prophète. Quant à ceux qui, comme les païens, ne connaissent pas le
prophète, je vous le dis, s'il y a, en ces régions, un homme qui vit comme
son cœur le lui dit sans faire aux autre ce qu'il ne veut pas recevoir d'eux
mais qui donne au contraire à son prochain ce qu'il veut en recevoir, un tel
homme ne sera pas abandonné par la miséricorde de Dieu. A sa mort, sinon
plutôt Dieu lui montrera miséricordieusement et lui donnera sa loi.
Pensez-vous peut-être que Dieu a donné sa loi pour l'amour de la loi?
Certainement pas! mais Dieu a donné la loi pour que l'homme fasse le bien
pour l'amour de Dieu. Si donc Dieu trouve un homme qui, pour son amour, fait
le bien, le méprisera-t-il? Certes non! Au contraire, il l'aimera plus que
ceux aux quels il a donné la loi.
Je vous le dis par comparaison : il était une fois un homme qui avait de
grands biens. Dans son domaine il y avait un sol aride qui ne produisait que
des plantes stériles. Un jour qu'il marchait en ce désert, parmi ses plantes
stériles, il trouva une qui portait de beaux fruits. Cet homme dit alors :
«Comment cette plante produit-elle des fruits aussi beaux? Je ne veux certes
pas qu'on la coupe ni qu'on la mette au feu avec les autres.» Ayant appelé
ses serviteurs, il la fit transplanter dans son jardin. C'est ainsi, vous
dis-je, que notre Dieu préservera des flammes de l'enfer ceux qui agissent
selon la justice, où qu'ils soient.
Chapitre 80
Dites-moi, Job n'habitait-il pas à Hus parmis les idolâtres? Et au temps du
déluge, qu'écrit Moïse, dites-moi? Il dit : Noé trouva vraiment grâce devant
Dieu. Notre père Abraham avait un père qui n'avait pas la foi puisqu'il
faisait lui-même les idoles fausses et qu'il les adorait. Lot habitait parmi
les plus grands scélérats de la terre. Daniel enfant, Aananie, Azaria et
Misaël furent capturés par Nabuchodonosor. Ils n'avaient que deux ans quand
ils furent élevés parmi la foule des idolâtres. Vive Dieu, de même que le feu
brûle ce qui est sec et le transforme en feu sans prendre garde si c'est de
l'olivier, du cyprès ou du palmier, ainsi notre Dieu fait miséricorde à
quiconque agit selon la justice, sans prendre garde si c'est juif, un Scythe,
un Grec ou un Ismaélite!
Mais que ton cœur ne s'y arrête pas, Jacques, car là où Dieu a envoyé le
prophète, il faut renoncer en tout à ton propre jugement et suivre le
prophète et ne pas dire : Pourquoi dit-il ceci? Pourquoi défend-il ou
ordonne-t-il cela? Mais dire au contraire : Dieu le veut! Dieu l'ordonne! Que
dit Dieu à Moïse quand Israël méprisait Moïse? «Ce n'est pas toi mais moi
qu'ils ont méprisé! »
Je vous le dis en vérité, l'homme devrait passer tout le temps de sa vie non
pas à parler ou à lire, mais à savoir bien agir. Or, dites-moi, quel est le
serviteur d'Hérode qui ne cherche pas à lui plaire en le servant bien et en
toute sollicitude? Malheur au monde, car il ne cherche qu'a plaire au corps
qui est boue et ordure tandis qu'il ne cherche pas, mais qu'il oublie au
contraire le service de Dieu qui a fait toutes choses et qui est béni à
jamais!
Chapitre 81
Dites-moi : «Eût-ce été un grand péché si les prêtres qui portaient l'arche
de l'alliance de Dieu, l'avaient laissé tomber par terre? » En entendant
cela, les disciples tremblèrent parce qu'ils savaient que Dieu tua Uzza pour
avoir malencontreusement touché l'arche de Dieu. Ils répondirent : «C'eût été
un péché très grave!» Jésus dit alors : «Vive Dieu, c'est un péché plus grand
encore d'oublier la parole de Dieu par laquelle il a tout fait, par laquelle
il t'offre la vie éternelle!» Et après ces paroles, Jésus pria. Après la
prière, il dit : «Demain, nous devons passer en Samarie, car c'est ce que m'a
dit l'ange saint de Dieu!»
Un matin de bonne heure, Jésus arriva près du puits que fit Jacob et qu'il
donna à Joseph son fils. fatigué par le voyage, Jésus envoya ses disciples à
la ville pour acheter de la nourriture et il s'assit près du puits, sur la
margelle. Or voici qu'une samaritaine vint au puits tirer de l'eau. Jésus dit
à la femme : «Donne-moi à boire!» La femme répondit : «N'as-tu pas honte, toi
qui es Hébreu, de demander à boire à moi qui suis Samaritaine?» Jésus
répondit : «Femme, si tu savais qui est celui qui te demande à boire,
peut-être lui demanderais-tu toi-même à boire!» La femme reprit : «Et comment
me donnerais-tu à boire puisque tu n'as pas de seau pour puiser l'eau, ni de
corde et que le puits est profond!» Jésus répondit : «Femme, celui qui boit
de l'eau de ce puits aura encore soif, par contre, celui qui boit de l'eau
que je donne n'a plus soif, mais à ceux qui ont soif, je leur donnerai à
boire si bien qu'ils vont à la vie éternelle.»
La femme dit alors : «Seigneur, donne-moi de ton eau!» Jésus répondit : «Va
et appelle ton mari, car c'est à vous deux que je donnerais à boire.» La
femme dit : «Je n'ai pas de mari!» Jésus répondit : «C'est bien, tu as dit la
vérité! car tu as eu cinq maris et celui que tu as maintenant n'est pas ton
mari!» En entendant cela, la femme fut confuse et dit : «Seigneur, à ce que
je vois tu es prophète! Dis-moi donc, s'il te plaît, les Hébreux prient sur
le mont Sion dans le temple construit par Salomon à Jérusalem et ils disent
que c'est là et pas ailleurs, qu'ils trouvent grâce et miséricorde de Dieu,
tandis que les nôtres adorent sur ces montagnes et disent que c'est seulement
sur les montagnes de Samarie qu'il faut adorer. Quels sont les vrais
adorateurs?»
Chapitre 82
Alors Jésus poussa un soupir et pleura en disant : «Malheur à toi, Judée, qui
te glorifies en disant : Temple de Dieu ! Temple de Dieu ! et qui vis comme
si Dieu n'existait pas, toute adonnée aux plaisirs et aux intérêts de ce
monde! Car, au jour du jugement, cette femme te condamnera à l'enfer
puisqu'elle cherche à savoir comment trouver grâce et miséricorde auprès de
Dieu!» Puis se tournant vers la femme, il dit : «Femme, vous Samaritains, vous
adorez ce que vous ne savez pas, mais nous, Hébreux, nous adorons ce que nous
savons. En vérité je te le dis, Dieu est esprit et vérité, et il faut
l'adorer en esprit et en vérité. Car la promesse de Dieu s'accomplit à
Jérusalem dans le temple de Salomon et pas ailleurs.
Mais, crois-moi, il viendra un temps où Dieu donnera sa miséricorde dans une
autre ville. En tout lieu, on pourra adorer en vérité; et tout lieu tiendra
miséricordieusement pour agréable la vraie prière.» La femme répondit : «Nous
attendons le Messie; quand il viendra il nous enseignera!» Jésus dit :
«Femme, tu sais que le Messie doit venir?» Elle répondit : «Oui, Seigneur!»
Alors Jésus se réjouit et dit : «À ce que je vois, femme tu es fidèle! Sache
donc que c'est dans la foi du Messie que chaque élu de Dieu sera sauvé. Il
est donc nécessaire que tu connaisses la venue du Messie.» La femme dit :
«Seigneur, peut-être est-ce toi le Messie?» Jésus répondit : «Je suis
vraiment envoyé par Dieu à la maison d'Israël, comme prophète de salut, mais
après moi viendra le Messie envoyé par Dieu au monde entier; c'est pour lui
que Dieu a fait le monde. Aussi, partout dans le monde, on adorera Dieu et on
recevra miséricorde, et l'année du jubilé qui maintenant revient tous les
cent ans, reviendra chaque année et en tout lieu, à cause du Messie!» Alors
la femme abandonna sa cruche et courut à la ville raconter tout ce qu'elle
avait entendu de la bouche de Jésus.
Chapitre 83
Tandis que la femme parlait avec Jésus les disciples revinrent. Ils s'étonnèrent
que Jésus parlât ainsi avec une Samaritaine, mais personne ne lui dit :
«Pourquoi parlais-tu avec une Samaritaine?» La femme partie, ils disent :
«Maître, viens manger.» Jésus répondit : «Je dois manger une autre
nourriture.» Alors les disciples se dirent entre eux : «Peut-être quelque
passant a-t-il parlé avec Jésus et est-il allé lui chercher à manger.» Et ils
interrogèrent celui qui écrit ceci : «Barnabé, quelqu'un est-il venu porter à
manger au Maître?» Celui qui écrit répondit : «Il n'y a eu ici que la femme
que vous avez vue qui n'a apporté que son seau pour le remplir d'eau.» Alors
les disciples furent dans l'étonnement et attendirent la suite des paroles de
Jésus.
Jésus dit alors : «Vous ne savez pas que la vraie nourriture est de faire la
volonté de Dieu? Ce n'est pas le pain qui soutient l'homme et lui donne la
vie, mais la parole de Dieu par sa volonté. Aussi les saints anges ne
mangent-ils pas, mais vivent, nourris seulement de la volonté de Dieu. Ainsi
Moïse, Elie, et encore un autre, nous sommes resté quarante jours et quarante
nuits sans aucune nourriture.»
Ayant levé les yeux, Jésus dit : «Combien de temps faut-il encore pour la
moisson?» Les disciples répondirent : «Trois mois!» Jésus dit : «Eh bien,
regardez comme la colline est blanche de blé! je vous le dis en vérité, il y
a une grande récolte à faire aujourd'hui!» Et il montra alors la foule qui
venait le voir parce que la femme une fois entrée dans la ville l'avait remué
tout entière en disant : «Hommes, venez voir un nouveau prophète envoyé par
Dieu à la maison d'Israël !» Et elle leur raconta ce quelle avait entendu de
la bouche de Jésus. Arrivée là, la multitude pria Jésus de rester avec eux.
Jésus entra dans la ville et y resta deux jours, guérissant tous les malades
et leur enseignant le royaume de Dieu. Les habitants de la ville dirent alors
à la femme : «Nous croyons plus à ses paroles et à ses miracles que nous
n'avons cru à tes discours, car en vérité, il est saint de Dieu, prophète
envoyé pour le salut de ceux qui le croiront.»
Après la prière de minuit, les disciples s'approchèrent de Jésus et il leur
dit : «Au temps du Messie, Messager de Dieu, cette nuit sera le jubilé,
chaque année, chaque année alors qu'elle revient maintenant tous les cent
ans. C'est pourquoi je ne veux pas que nous dormions, mais que nous priions,
en inclinant cent fois la tête pour révérer notre Dieu, puissant et
miséricordieux qui est béni éternellement. Et chaque fois nous dirons : «Je
te loue, Ô notre Dieu unique! Toi qui n'as pas eu de commencement et qui
n'auras pas de fin. Toi qui, par ta miséricorde, donnas origine à tout et qui
par ta justice, donneras à tout une fin! Toi qui n'as aucune ressemblance
avec l'homme, car, dans ton immense bonté, tu ne connais ni mouvement, ni
accident. Aie pitié de nous, parce que tu nous as crées et que nous sommes
l'œuvre de tes mains!»
Chapitre 84
Après avoir prié Jésus dit : «Remercions Dieu car il nous a fait grande
miséricorde à cause de cette nuit. En effet, il a concentré en cette nuit le
temps qui doit, de sorte que nous avons prié avec le messager de Dieu. J'ai
entendu sa voix!»
A ces mots les disciples se réjouirent beaucoup et dirent : «Maître,
enseigne-nous quelque précepte cette nuit! » Jésus dit alors : «Avez-vous
jamais vu mêler le baume et l'ordure?» Ils répondirent : «Non Maître, car
personne n'est assez fou pour le faire!» - «Eh bien, dit Jésus, je vous le
dis, dans le monde il y a des fous plus grands encore, car ils mêlent le
service du monde au service de Dieu, à tel point que beaucoup qui menaient
une vie irréprochable ont été trompé par Satan. En priant, ils ont mêlé les
affaires de ce monde à leur prière et ils sont devenus abominables devant
Dieu. Dites-moi, quand vous vous laver pour prier, ne prenez-vous pas garde
d'être touché par quelque chose d'impur? Si, bien sûr! Que faites-vous au
contraire quand vous priez? Vous lavez votre âme de ses péchés par la
miséricorde de Dieu. Voudriez-vous donc parler de choses de ce monde pendant
que vous priez? Gardez-vous de le faire, car chaque parole mondaine se change
en ordure du diable sur l'âme de celui qui parle!»
Les disciples tremblèrent alors parce qu'il avait parlé dans la véhémence de
l'esprit et ils dirent : «Maître, que ferons-nous si pendant que nous prions
un ami viens nous parler?» Jésus répondit : «Laissez-le attendre et finissez
la prière!» Barthélémy dit : «Mais quand il verra que nous ne lui parlons, il
se scandalisera et s'en ira!» Jésus répondit : « S'il se scandalise,
croyez-moi, il n'est ni votre ami, ni un fidèle, mais au contraire un
infidèle et un compagnon de Satan. Dites-moi, si vous alliez parler avec un
écuyer d'Hérode et que vous le trouviez en train de parler à l'oreille
d'Hérode, vous scandaliseriez-vous s'il vous faisait attendre? Certainement
pas! Mais vous seriez réconforté de voir votre ami bien en cour auprès du
roi, n'est-ce-pas?» dit Jésus. «C'est tout à fait vrai» répondirent les
disciples. Jésus dit alors : «Je vous le dit en vérité, quand quelqu'un prie,
il parle avec Dieu. Est-il donc juste que vous cessiez de parler avec Dieu
pour parler avec un homme? Est-il juste que votre ami se scandalise parce que
vous avez plus de considération pour Dieu que pour lui? Croyez-moi, s'il se
scandalise de ce que vous le faites attendre, c'est un bon serviteur du diable,
car ce que le diable désir, c'est que Dieu soit délaissé pour l'homme. Vive
Dieu, en toute bonne action, celui qui craint Dieu doit se retirer des
affaires du monde, pour ne pas corrompre la bonne action!
Chapitre 85
«Lorsque quelqu'un agit ou parle mal, dit Jésus, et qu'un autre entreprend de
le corriger et d'empêcher sa mauvaise action, que fait celui-là? » Les
disciples répondirent : «Il fait le bien, car il sert Dieu qui cherche
toujours à empêcher le mal. comme le soleil cherche toujours à chasser les
ténèbres.»
Jésus reprit : «Et au contraire, moi je vous dis que lorsque quelqu'un agit
ou parle bien, celui qui cherche àa l'en empêcher sous prétexte de suggérer
quelque chose de mieux, sert le diable et devient même son compagnon, car le
diable ne cherche rien d'autre que d'empêcher tout bien.
Mais que vous dirai-je maintenant? Je vous dirai ce que dit Salomon, prophète
saint et ami de Dieu : «Entre mille que vous connaissez, qu'un seul soit
votre ami!» Matthieu dit alors : «Nous ne pourrons donc pas aimer tout le
monde?» Jésus répondit : «Je vous le dis en vérité : «il ne vous est permis
de haïr que le péché, au point que vous ne pouvez pas haïr Satan comme
créature de Dieu, mais comme ennemi de Dieu. Savez-vous pourquoi? Je vais
vous le dire : parce qu'il est créature de Dieu et que tout ce que Dieu a
créé est bon et parfait. Par conséquent celui qui hait la créature hait le
créateur. Mais l'ami est un être à part qui ne se trouve pas facilement, mais
qui se perd facilement, car l'ami ne souffre pas que l'on contredise celui
qu'il aime par-dessus tout.
Attention, soyez prudents! Ne choisissez pas pour ami celui qui n'aime pas ce
que vous aimez! Savez-vous ce que veut dire "ami"? "Ami"
ne veut pas dire autre chose que "médecin de l'âme". Alors de même
qu'il est rare de trouver un bon médecin qui connaisse les maladies et sache
y appliquer les remèdes, de même sont rares les amis qui connaissent les
erreurs et savent s'orienter vers le bien. Par contre, ce qui est mal c'est
que beaucoup ont des amis qui feignent de ne pas voir les fautes de leur ami;
d'autres les excusent, et, ce qui est pire, il y a des amis qui poussent et
aident à pécher. Leur fin sera semblable à leur scélératesse. Gardez-vous de
les prendre pour amis car, à la vérité, ce sont des ennemis et des bourreaux
de l'âme.»
Chapitre 86
«Que ton ami soit aussi capable d'être corrigé que de te corriger, et s'il
veut que tu laisses tout pour l'amour de Dieu, qu'il accepte aussi volontiers
que tu l'abandonnes lui-même pour le service de Dieu. Mais dites-moi, si
l'homme ne sait pas aimer Dieu, comment saura-t-il s'aimer lui-même, comment
saura-t-il aimer les autres? Il est tout à fait incapable!
Aussi quand tu veux choisir un ami, car en vérité, celui qui n'a aucun ami
est dans une pauvreté extrême, ne regarde avant tout ni à la noblesse de sa
parenté, ni à la noblesse de sa famille, ni à la beauté de sa maison, ni à la
beauté de ses vêtements, ni à la beauté de son corps, et non plus à ses
belles paroles, car tu serais facilement trompé. Examine par contre s'il
craint Dieu, s'il méprise les choses de ce monde, s'il aime faire le bien, et
surtout s'il hait sa propre chair. Tu trouveras facilement un véritable ami
de cette manière : s'il craint Dieu par-dessus tout, s'il méprise les vanités
du monde, s'il est toujours occupé et toujours à faire le bien, et s'il hait
son propre corps comme un cruel ennemi.
Pourtant, un ami comme celui-là, tu ne l'aimeras pas à tel point que ton
amour s'arrête à lui, car tu serais idolâtre, mais aime-le comme un cadeau
que Dieu t'a fait et Dieu te favorisera de dons plus grands encore. Je vous
le dis en vérité, celui qui a trouvé un véritable ami, a trouvé l'un des
délices du paradis, et même la clef du paradis ».
Thaddée dit : «Mais si par hasard quelqu'un avait un ami qui n'était pas tel
que tu as dit, Maître, que doit-il faire? Doit-il l'abandonner? » Jésus
répondit : «Il faut faire comme le marin avec le bateau. Il reste à son bord
aussi longtemps qu'il y voit son intérêt, mais quand il s'aperçoit qu'il y perd,
il l'abandonne. Ainsi feras-tu avec un ami plus mauvais que toi : quand il
est pour toi objet de scandale, abandonne-le si tu veux pas que t'abandonne
la miséricorde de Dieu!
Chapitre 87
Malheur au monde à cause des scandales! Il est nécessaire que le scandale
arrive, car tout le monde se trouve dans la méchanceté, mais malheur à ceux
par qui le scandale arrive! Il vaudrait mieux que l'homme ait au cou une
pierre de moulin et qu'il soit jeté au fond de la mer, plutôt que de
scandaliser son prochain! Si ton œil te scandalise, arrache-le, car il vaut
mieux que tu ailles en paradis avec un seul œil plutôt qu'en enfer avec deux!
Si ta main, ou ton pied te scandalise, agis de même, car il vaut mieux que tu
ailles dans le royaume des cieux avec un seul pied ou une seule main plutôt
que d'aller en enfer avec deux mains ou deux pieds!»
Simon, appelé Pierre, dit : «Maître, comment dois-je le faire? En peu de
temps je n'aurais certainement plus aucun membre!» Jésus répondit : «Pierre,
abandonne la prudence charnelle et tu trouveras aussitôt la vérité. C'est ton
œil qui t'enseigne, c'est ton pied qui t'aide à agir, c'est ta main qui
t'apporte tout, et quand il sont pour toi occasion de péché, laisse-les, car
il vaut mieux pour toi aller au paradis, ignorant ,ayant peu réalisé et
pauvre, que d'aller en enfer en savant, avec de grandes réalisations et
riche. Tout ce qui t'empêche de servir Dieu, chasse-le loin de toi, comme
l'homme chasse tout ce qui l'empêche de voir.»
Cela dit, Jésus appela Pierre près de lui et lui dit : «Si ton frère pèche
contre toi, va le corriger! S'il change de conduite, réjouis-toi car tu as
gagné ton frère! Mais s'il s'amende pas, appelle encore deux témoins et de
nouveau corrige-le! S'il ne change pas de conduite, va le dire à l'Eglise! Et
s'il ne change pas, considère-le comme un infidèle. Tu n'habiteras plus sous
le même toit que lui, tu ne mangeras plus à la même table que lui, tu ne lui
parleras plus et si tu sais où il met le pied en marchant, tu n'y mettras
plus les tiens!»
Chapitre 88
Mais garde-toi de te prendre pour meilleur que lui. Au contraire, tu te diras
: «Pierre, Pierre, si Dieu ne t'aidait pas de sa grâce, tu serais pire que
lui!»
Pierre reprit : «Comment dois-je le corriger? » Jésus répondit : «De la même
façon dont tu veux être corrigé toi-même, et de même que tu veux être
supporté, supporte aussi les autres! Crois-moi, Pierre, en vérité je te le
dis, chaque fois que tu corrigeras ton frère avec miséricorde, tu recevras de
Dieu miséricorde et tes paroles porteront du fruit. Mais si tu le fait en
rigueur de justice, tu seras rigoureusement puni par Dieu et tu ne porteras
aucun fruit! Dis-moi, Pierre, ces Pots de terre dans lesquels les pauvres
cuisent leurs aliments, les lavent-ils avec des pierres et un marteau de fer?
Non, bien sûr, mais avec de l'eau chaude. Les pierres, on les brise avec le
fer; le bois on le brûle avec le feu, mais l'homme s'amende par la
miséricorde! C'est pourquoi, lorsque tu corrigeras ton frère, tu diras en
toi-même : si Dieu ne m'aide pas, demain je ferai pire que n'a fait celui-là
aujourd'hui! »
Pierre reprit : «Maître, combien de fois dois-je pardonner à mon frère? »
Jésus répondit : «Autant de fois que tu voudrais qu'il te pardonne! » Pierre
dit : «Sept fois par jour? » Jésus répondit : «Chaque jour, tu lui
pardonneras non seulement sept fois mais soixante-dix fois sept fois. Car on
pardonnera à celui qui pardonne et celui qui condamne sera condamné! »
Celui qui écrit ceci dit alors : «Malheur aux princes, car ils iront en
enfer!» Jésus le reprit en disant : «Es-tu devenu fou, Barnabé, pour avoir
parlé ainsi? Je te le dis en vérité, le bain est moins nécessaire pour le
corps, le frein pour le cheval et le timon pour le navire, que le prince pour
la république! Pour quelle raison dieu donna-t-il Moïse, Josué, Samuel,
David, Salomon et tant d'autres qui rendirent la justice et leur donna-t-il
l'épée pour extirper les iniquités?»
Celui qui écrit dit alors : «Comment doit-on juger, en condamnant et en
pardonnant en même temps?» Jésus répondit : «Tout le monde n'est pas juge; au
juge seul appartient de condamner les autres, Barnabé! Le juge doit condamner
le coupable comme un père ordonne que l'on coupe à son fils un membre pourri
afin que tout le corps ne pourrisse pas!»
Chapitre 89
Pierre dit : «Combien de temps dois-je attendre que mon frère se repente?»
Jésus répondit : «Aussi longtemps que tu voudras qu'on attendît pour toi!»
Pierre dit : «Personne ne comprendra cela, parle-nous donc plus clairement! »
Jésus répondit : «Attends ton frère aussi longtemps que Dieu t'attend! » «Ils
ne comprendront pas cela non plus» dit Pierre. Jésus répondit : «Attends-le
jusqu'à ce qu'il ait le temps de se repentir! » Alors Pierre s'attrista avec
les autres, car ils ne comprenaient pas ce que cela voulait dire.
Jésus dit donc : «Si vous étiez sains d'esprit et si vous saviez que vous
êtes pécheurs, vous ne penseriez jamais à fermer votre cœur à la miséricorde
envers le pécheur. Eh bien, je vous le dis clairement, on doit attendre la
pénitence du pécheur jusqu'à ce qu'il ait l'âme sur ses dents pour expirer,
car c'est ainsi qu'attend notre Dieu puissant et miséricordieux. Dieu n'a pas
dit : «A l'heure où le pécheur jeûnera, fera l'aumône, priera et ira en
pèlerinage, je lui pardonnerai », car cela, beaucoup l'ont fait qui sont
damnés à jamais. Mais il dit : «A l'heure ou le pécheur se repentira de ses
péchés pour moi, je ne me souviendrai plus de ses iniquités.»
Comprenez-vous cela? » dit Jésus. Les disciples répondirent : «En partie,
oui, en partie, non!» Jésus dit : «Quelle est la partie que vous ne comprenez
pas? » Ils répondirent : «Que beaucoup de ceux qui ont prié et ont jeûné sont
condamnés! » Jésus dit alors : «Je vous le dis en vérité, les hypocrites et
les païens font plus de prières, d'aumônes et de jeûnes que n'en font les
amis de Dieu! Mais comme ils sont sans foi, ils ne peuvent pas se repentir
pour l'amour de Dieu et ils sont damnés.»
Jean dit alors : «Pour l'amour de Dieu, enseigne-nous la foi! » Jésus
répondit : «Il est l'heure de la prière de l'aurore! » Ils se levèrent donc
et, après s'être lavés, ils prièrent Dieu qui est béni éternellement! .
Chapitre 90
Après la prière les disciples s'approchèrent à nouveau de Jésus, et lui,
ayant ouvert la bouche, dit : «Approche, Jean, car aujourd'hui je répondrai à
ce que tu as demandé!
La foi est un sceau avec lequel Dieu marque ses élus. Il a donné ce sceau à
son messager et c'est des mains de celui-ci que chaque élu a reçu la foi. Aussi
de même que Dieu est un, ainsi la foi est une. Ayant créé son messager avant
tout chose, Dieu lui donna avant tout autre la foi qui est comme une
représentation de Dieu lui-même et une représentation de ce que Dieu a fait
et a dit. En conséquence, le fidèle voit tout par la foi, mieux qu'avec les
yeux, car les yeux peuvent se tromper -et même ils se trompent presque
toujours- mais la foi ne se trompe jamais puisqu'elle a pour fondement Dieu
et sa parole.
Croyez-moi, c'est par la foi que sont sauvé tous les élus de Dieu. Sans la
foi, il est absolument impossible de plaire à quelque dieu que ce soit. C'est
pourquoi Satan ne cherche pas à détruire jeûnes, prières, aumônes,
pèlerinage; il y pousse même les infidèles, car il prend plaisir à voir
l'homme travailler sans recevoir de salaire. Par contre, il prend toutes
sortes de peines et de soins pour détruire la foi. C'est donc avec soin
extrême qu'il faut la conserver.
Le plus grand effort consistera à abandonner le "pourquoi" car le
"pourquoi" chassa l'homme du paradis et changea Satan de très bel
ange en horrible diable.» Jean dit alors : «Comment donc abandonnerons-nous
le "pourquoi", puisqu'il est la porte de la science? » Jésus
répondit : «Au contraire, il est la porte de l'enfer! » Jean se tut donc. Alors
Jésus ajouta : «Quand tu sais que Dieu a dit une chose, qui es-tu, ô homme,
pour dire : «Pourquoi as-tu parlé ainsi, ô Dieu? pourquoi as-tu agis ainsi? »
La poterie dira-t-elle à celui qui l'a faite : «Pourquoi m'as-tu faite pour
contenir de l'eau et non pas pour conserver du baume? » Je vous le dis en
vérité, il faut s'assurer contre toute tentation par ces mots : «Dieu l'a
dit, Dieu l'a fait, Dieu le veut! En faisant cela, tu vivras, en toute
sécurité.»
Chapitre
91
En ce temps là, il y a eu un grand soulèvement en Judée pour l'amour de
Jésus, car l'armée romaine, à l'instigation de Satan, poussait les Hébreux à
dire que Jésus était Dieu venu les visiter. Elle suscita donc un conflit tel
qu'aux approches du carême, toute la Judée était en armes, au point qu'on
trouvait le fils contre le père et le frère contre le frère. Quelque uns
disaient en effet que Jésus était Dieu venu en ce monde; d'autres disaient
que non, mais qu'il était le fils de Dieu; d'autres encore disaient que non,
parce que Dieu ne ressemble en rien à un homme et qu'il n'engendre donc pas
d'enfants, mais que Jésus de Nazareth est prophète de Dieu. Tout cela pris
naissance à cause des grands miracles que fit Jésus.
Il fallut pour apaiser le peuple, que le pontife montât à cheval, revêtu des
habits pontificaux, le saint nom de Dieu, "tetragmmaton", au front.
Montèrent aussi à cheval le gouverneur Pilate et Hérode, trois armées se
rassemblèrent à Miçpa, chacune composée de deux cent mille hommes capable de
porter l'épée. Hérode leur parla, mais ils ne se calmèrent pas. Puis le
gouverneur et le pontife parlèrent en ces termes : «Frères, cette guerre est
suscitée par Satan, car Jésus est vivant; c'est à lui que nous devons
recourir et demander qu'il nous donne témoignage sur lui-même afin que nous
croyions en lui selon sa parole.» A cela, tous se calmèrent et, les armes
déposées, ils s'embrassèrent en se disant les uns aux autres : «Pardonne-moi,
frère!»
Ce jour-là, chacun décida donc dans son cœur de croire à Jésus selon ce qu'il
dirait. En conséquence, le gouverneur et le pontife promirent de grandes
récompenses à celui qui viendrait dire où se trouvait Jésus.
Chapitre 92
En ce temps-là, nous allâmes avec Jésus au mont Sinaï, selon la parole de
l'ange saint, et Jésus y fit le carême avec ses disciples.
Le carême passé, Jésus s'approcha du Jourdain pour aller à aller à Jérusalem.
L'un de ceux qui croyaient joie, il courut en criant tout le temps : «Notre
Dieu arrive!» Arrivé dans la ville, il la troubla tout entière en disant :
«Notre Dieu arrive! O Jérusalem, prépare-toi à le recevoir!» Et il témoigna
qu'il avait vu Jésus près de Jourdain.
Tous sortirent de la ville pour vois Jésus, du plus petit au plus grand, si
bien que la ville resta déserte. Les femmes portèrent même leurs petits enfants
dans leurs bras. Et elles en oublièrent d'emporter quoi manger.
L'ayant entendu, le gouverneur et le pontife montèrent à cheval et envoyèrent
un messager à Hérode, Lui aussi monta à cheval pour aller trouver Jésus afin
que s'apaise le conflit du peuple. Ils le cherchèrent donc pendant deux jours
dans le désert près de Jourdain, et le troisième jour, vers midi, ils le
trouvèrent.
Il était en train de se purifier avec ses disciples pour prier selon le livre
de Moïse. En voyant la multitude de gens qui couvraient la terre, Jésus
s'étonna
Après
ces paroles, la foule s'approcha et, quand elle le reconnut, elle se mit à
crier : «Sois le bien retrouvé, ô notre Dieu!» Et ils commencèrent à le
révérer comme on fait pour Dieu. Mais Jésus poussa un grand gémissement et
dit : «Eloignez-vous de moi, fous, car j'ai peur que la terre ne s'ouvre et
ne me dévore avec vous à cause de vos abominables paroles!» Alors le peuple
fut rempli de terreur et commença à pleurer.
Chapitre 93
Ayant levé la main pour faire silence, Jésus dit : «Vraiment vous avez commis
un grand péché, ô Israélites, en m'appelant votre Dieu, moi qui suis un
homme. Je crains que Dieu n'inflige un grand fléau à la cité sainte à cause
de cela, et qu'il ne la livre à la servitude étrangère. Que soit mille fois
maudit Satan qui vous y a poussés!» Cela dit, Jésus se frappa le visage des
deux mains et une telle clameur de pleurs s'éleva que personne ne pouvait
entendre ce que Jésus disait.
Alors il leva de nouveau la main pour faire le silence eut apaisé ses pleurs,
il ajouta : «Je proclame à la face de ciel et je prends è témoin tout ce qui
habite sur la terre que je suis homme, né d'une femme, mortel, soumis au
jugement de Dieu, supportant les misères du manger et du dormir, du froid et
du chaud comme les autres hommes. C'est pourquoi quand Dieu viendra juger mes
paroles, il frappera comme une épée tous ceux qui croiront que je suis plus
qu'un homme.»
Après ces paroles, Jésus vit une grande multitude à cheval, et il comprit que
le gouverneur, Hérode et le souverain pontife venaient à lui. Jésus dit alors
: «Ceux-là aussi sont-ils devenus fous?» Le gouverneur, Hérode et le Pontife
étant arrivés, tous descendirent de cheval et firent cercle autour de Jésus,
de sorte que l'armée ne pouvait faire reculer le peuple qui désirait entendre
Jésus parler avec le Pontife. Jésus s'approcha avec révérence du pontife.
Celui-ci voulut se prosterner et adorer Jésus, mais Jésus cria : «Prends
garde à ce que tu fais, ô prêtre du Dieu vivant! ne pèche pas contre notre Dieu!
» Le pontife répondit : « La Judée est à présent si bouleversée par tes
prodiges et par ta doctrine qu'ils crient que tu es Dieu; alors, contraint
par la foule, je suis venu ici avec le gouverneur romain et le roi Hérode.
Nous te prions donc de tout cœur qu'il te plaise d'apaiser le conflit dont tu
es cause, car une partie des gens dit que tu es Dieu, une partie dit que tu
es fils de Dieu, et une partie dit que tu es prophète.» Jésus répondit : «Et
toi, grand prêtre de Dieu, pourquoi n'as-tu pas calmé ce conflit? As-tu perdu
l'esprit toi aussi? Les prophéties et la loi de notre Dieu sont-elles
rejetées dans l'oubli? Oh malheureuse Judée trompée pas Satan!
Chapitre 94
Puis Jésus ajouta : «Je proclame devant le ciel et je prends à témoin tout ce
qui habite sur la terre que je suis étranger à tout ce que ces hommes ont dit
de moi, à savoir que je serais plus qu'un homme. je suis homme, né d'une
femme, soumis au jugement de Dieu, vivant ici avec les autres hommes, soumis
aux misères communes. Vive Dieu, en présence de qui se tient mon âme, tu as
commis un grave péché, ô pontife, en disant ce que tu as dit. Qu'il plaise à
Dieu qu'une grande vengeance ne vienne pas sur la ville sainte à cause de ce
péché!»
Le pontife dit alors : «Que Dieu nous pardonne! Et toi, prie pour nous!» Le
gouverneur et Hérode dirent aussi : «Il est impossible à un homme de faire ce
que tu fais, Seigneur! Nous ne comprenons donc pas ce que tu dis!» Jésus
répondit : «Ce que vous dites est vrai, car c'est Dieu qui opère le bien dans
l'homme, comme c'est Satan qui y opère le mal; l'homme est en effet est comme
une boutique dans laquelle celui qui entre, agit et vend à sa guise. Mais,
dis-moi, Gouverneur, et toi, Roi, vous dites cela parce que vous êtes
étrangers à notre loi? Si vous lisiez le testament et l'alliance de notre
Dieu, vous verriez que Moïse, d'un coup de baguette, changea l'eau en sang,
la poussière en puces, la rosée en tempête et la lumière en ténèbres. Il fit
venir en Egypte les grenouilles et les rats, et ils couvrirent la terre; il
tua les premiers-nés et ouvrit la mer où il engloutit Pharaon. Je n'ai fait
aucune de ses choses-là, et pourtant chacun admet que Moïse est un homme,
mort à présent! Josué arrêta le soleil et ouvrit le Jourdain; cela, je ne
l'ai pas fait non plus; et pourtant chacun admet qu'il est un homme, mort à
présent! Elie fit venir visiblement le feu du ciel et la pluie; cela, je ne
l'ai pas fait, et pourtant chacun admet qu'Elie est un homme! Et tant
d'autres prophètes saints, amis de Dieu qui, en vertu de Dieu ont fait des
choses que ne peut comprendre la raison de celui qui ne connaît pas notre
Dieu tout-puissant et miséricordieux, qui est béni éternellement!
Chapitre 95
Le gouverneur, le pontife et le roi prièrent don Jésus de monter sur un lieu
élevé et de parler au peuple pour calmer la foule. Jésus monta alors sur l'un
des douze rochers fit extraire du milieu du Jourdain par les douze tribus
quand Israël y passa à pied sec. Puis il dit à haute voix : «Que notre
pontife monte sur un lieu élevé, pour que je lui confirme mes paroles!» Le
pontife y monta donc et Jésus lui dit : «Dis-le clairement pour que chacun
comprenne : est-il écrit dans le testament et alliance du Dieu vivant que
notre Dieu n'a pas d'origine et n'aura jamais de fin?» Le pontife répondit :
«C'est ce qui s'y trouve écrit!» Jésus dit : «Y est-il écrit que notre Dieu a
créé toute chose par sa seule parole? » «Il en est ainsi », dit le pontife.
Jésus dit : «Y est-il écrit que Dieu est invisible et caché à l'intelligence
humaine, étant incorporel, sans composition et sans mouvement ?» - «Cela est
vrai! » dit le pontife. Jésus dit : «Y est-il écrit que tous les cieux ne
peuvent pas contenir Dieu puisqu'il est immense? » - «C'est ce que dit le
prophète Salomon, ô Jésus», répondit le pontife. Jésus dit : «Y est-il écrit
que Dieu n'a besoin de rien puisqu'il ne mange pas, ne dort pas et ne souffre
d'aucune déficience ?» -«Il en est ainsi!» dit le pontife. Jésus dit : «Y
est-il écrit que Dieu est partout et qu'il n'y a pas d'autre Dieu que lui,
lui qui frappe et qui guérit et qui fait tout ce qui lui plaît? » - «Ainsi
est-il écrit!» répondit le pontife. Alors, les mains levées, Jésus dit :
«Seigneur notre Dieu, c'est cela ma foi avec laquelle je viendrai à ton
jugement, en témoignage contre quiconque croira le contraire!»
Et tourné vers le peuple, il ajouta : «Faites pénitence, car vous pouvez
reconnaître votre péché à tout ce qu'a dit le pontife et qui est écrit au
livre de Moïse, alliance de Dieu pour toujours! En effet, je suis un homme visible,
un peu de boue qui marche sur la terre, mortel comme le sont les autres
hommes, moi qui ai eu un commencement et qui aurai une fin, et tel que je ne
peux même pas créer une mouche à partir de rien.»
Le peuple éleva alors à la voix en pleurant et dit : «Nous avons péché contre
toi, seigneur notre Dieu, aie pitié de nous!» Tous suppliaient Jésus de prier
pour le salut de la ville sainte, afin que notre Dieu irrité ne permette pas
que les païens la foulent au pieds. Alors, les mains levées, Jésus pria pour
la ville sainte et pour le peuple de Dieu, chacun s'écriant : «Qu'il en soit
ainsi! Amen!»
Chapitre 96
Après la prière, le pontife dit à haute voix : «Arrête, Jésus, car, pour la
tranquillité de notre peuple, il nous manque de savoir qui tu es.» Jésus
répondit : «Je suis Jésus, fils de Marie, de la race de David, homme mortel
et craignant Dieu. Je m'emploie à ce que l'honneur et la gloire soient rendus
à Dieu.»
Le pontife reprit : «Au livre de Moïse, il est écrit que notre Dieu doit nous
envoyer le Messie. Celui-ci viendra annoncer ce que Dieu veut, et il
apportera au monde la miséricorde de Dieu. Je te supplie de nous dire la
vérité : «Es-tu le Messie de Dieu que nous attendons?» Jésus répondit : «Il
est vrai que c'est ce que notre Dieu a promis, mais ce n'est pas moi, car il
est fait avant moi et il viendra après moi.» Le pontife reprit : «De toute
façon à cause de tes paroles et de tes prodiges, nous croyons que tu es
prophète et saint de Dieu; aussi je te supplie au nom de toute la Judée et d'Israël,
de nous dire, pour l'amour de Dieu; comment viendra le Messie.» Jésus
répondit : «Vive Dieu en présence de qui se tient mon âme, je ne suis pas le
Messie qu'attendent toutes les tribus de la terre, comme Dieu l'a promis à
notre père Abraham en disant : «Dans ta semence, je bénirai toutes les tribus
de la terre!» Mais quand Dieu m'enlèvera du monde, Satan suscitera de nouveau
cette maudite sédition : il fera croire aux impies que je suis Dieu et fils
de Dieu, et mes paroles et ma doctrine seront si contaminées qu'il restera à
peine trente fidèles. Alors Dieu aura pitié du monde et il enverra son
messager pour lequel il a tout fait. Il viendra du Midi avec puissance et il
détruira les idoles avec les idolâtres, car il enlèvera à Satan l'empire
qu'il a sur les hommes. Il apportera avec lui la miséricorde de Dieu pour le
salut de ceux qui le croiront. Bienheureux qui croira à ses paroles!»
Chapitre 97
Moi, qui suis indigne de délacer ses chaussures, j'ai eu la grâce et la
miséricorde de Dieu de le voir ! «Le pontife, le gouverneur et le roi
répondirent alors : «Ne t'inquiète pas Jésus, saint de Dieu : ce conflit ne
se produira plus de notre temps. Nous écrirons en effet au sacré sénat
romain, et par décret impérial, personne ne t'appellera plus Dieu ou fils de
Dieu».
Jésus dit alors : «Vos paroles ne me consolent pas, car les ténèbres
viendront d'où vous espérez la lumière. Ma consolation se trouve dans la
venue du messager de Dieu qui détruira toute idée fausse en ce qui me
concerne ".
"Sa foi se diffusera et s'emparera du monde entier, car c'est ce que
Dieu a promis à Abraham, notre père. Ce qui me console, c'est que sa foi
n'aura pas de fin, mais que Dieu la conservera intacte". Le pontife
reprit : «D'autres prophètes viendront-ils après le messager de Dieu ?» Jésus
répondit : "Après lui, il ne viendra pas de vrais prophètes envoyés par
Dieu, mais il viendra une quantité de faux prophètes, et cela me cause de la
peine, car c'est Satan qui les suscitera par un juste jugement de Dieu et ils
se couvriront du prétexte de mon Evangile ». Hérode dit : «Comment est-ce par
un juste jugement de Dieu que viendront de tels impies ? ». Jésus répondit :
"Il est juste que celui qui ne veut pas croire à la vérité pour son
salut, croie au mensonge pour sa damnation : aussi je vous le dis, le monde a
toujours méprisé les vrais prophètes et aimé les faux, comme on peut le voir
au temps de Michée et de Jérémie. Car chacun aime son semblable».
Le pontife dit alors : «Comment s'appellera le Messie ? Et quel signe prouvera
sa venue ?». Jésus répondit : «Le nom du Messie est Admirable, car Dieu
lui-même le lui donna quand il eut créé son âme et qu'il l'eut placé dans une
splendeur céleste. Il dit : «Attends, Muhammad par amour pour toi je veux
créer le paradis, le monde et une grande multitude de créatures dont je te
fais présent. Aussi celui qui te bénira sera béni et celui qui te maudira
sera maudit ! Quand je t'enverrai dans le monde, je t'enverrai comme mon
messager de salut. Ta parole sera si vraie que le ciel et la terre passeront
mais que ta foi ne manquera jamais !» Muhammad est son nom béni ». Alors les
gens élevèrent la voix et dirent :
"O Dieu, envoie-nous ton messager ! O Muhammad, viens vite pour le salut
du monde !"
Chapitre 98
Après ces paroles, la foule s'en alla ainsi que le pontife, le gouverneur et
Hérode, en faisant de grands discours sur Jésus et sa doctrine. Le pontife
pria le gouverneur d'écrire tout cela à Rome, au sénat. Ce que fit le
gouverneur. Aussi le sénat, pour complaire à Israël, décréta que sous peine
de perdre la vie, personne n'appellerait plus Jésus de Nazareth prophète des
juifs, ni Dieu, ni fils de Dieu. Ce décret fut placé dans le temple en
lettres de cuivre.
La plus grande partie de la foule s'en étant allée, il ne resta que cinq mille
hommes environ sans compter les femmes et les enfants. Lassés par le voyage,
ils étaient resté deux jours sans pain, car dans leur désir de voir Jésus,
ils avaient oublié d'en emporter et avaient mangé des herbes crues, ils ne
pouvaient s'en aller comme les autres. L'apprenant, Jésus en eut pitié et dit
à Philippe : «Où trouverons-nous du pain pour les empêcher de périr de faim?»
Philippe répondit : «Seigneur, deux cent deniers d'or ne suffiraient pas à
acheter assez pain pour que chacun en reçoive un peu!» André dit alors : «Il
y a ici un enfant qui a cinq pains et deux poissons, mais qu'est-ce que cela
pour tant de monde?» Jésus répondit : «Faites asseoir la foule!» Ils
s'assirent sur le foin par groupes de cinquante et de quarante.
Alors Jésus dit : «Au nom de Dieu!» Il prit le pain et supplia Dieu. Puis il
rompit le pain et le donna aux disciples, et les disciples le donnèrent à la
foule. Il fit de même pour les poissons. Tous mangèrent et tous furent
rassasiés. Puis Jésus dit : «Recueillez ce qui est resté!» Les disciples
recueillirent donc ces morceaux et ils remplirent douze corbeilles. Et chacun
se frottait les yeux en disant : «Suis-je éveillé ou est-ce que je rêve?»
Tous restèrent une heure entière comme hors d'eux-mêmes à cause de ce grand miracle.
Ensuite Jésus rendit grâce à Dieu et prit congé d'eux, mais soixante-douze
hommes ne voulurent pas l'abandonner, et Jésus, ayant reconnu leur foi, les
choisit pour disciples.
Chapitre 99
S'étant retiré dans une dépression du désert au bord du Jourdain, Jésus
convoqua les soixante-douze et les douze. S'étant assis sur une pierre, il
les fit asseoir près de lui et ouvrant la bouche, il dit en soupirant :
«Aujourd'hui, nous avons vu une scélératesse si grande en Judée et en Israël,
que le cœur m'en tremble encore dans la poitrine par crainte de Dieu. je vous
le dis en vérité, Dieu est Jaloux de son honneur et, comme un amoureux, il
aime Israël.
Vous savez que lorsqu'un jeune homme aime une femme qui ne l'aime pas mais en
aime un autre, mû par l'indignation, il tue son rivale. Je vous le dis, Dieu
fait de même, car, lorsqu'Israël a aimé quelque chose au point d'en oublier
Dieu, Dieu a détruit cette chose-là. Or qu'y a-t-il de plus agréable à Dieu,
ici-bas, que le sacerdoce et le temple saint? Pourtant, au temps du prophète
Jérémie, comme le peuple avait oublié Dieu et se glorifiait seulement du
temple parce qu'il n'y en avait pas un semblable au monde, Dieu souleva sa
propre colère par Nabuchodnosor, roi de Babylone. Il fit prendre la ville
sainte par l'armée et la fit brûler avec le temple sacré, si bien que les
choses sacrées que les prophètes de Dieu tremblaient de toucher furent
foulées aux pieds par les infidèles remplis de scélératesse.
Abraham aimait un peu plus qu'il faut son fils Ismaël. Aussi Dieu lui
ordonna-t-il de tuer son fils pour tuer le mauvais amour de son cœur. Il
l'aurait fait si le couteau avait coupé.
David aimait fort Absalon, aussi Dieu fit-il en sorte que le fils rebellât
contre le père, qu'il fut suspendu par les cheveux et tué par Joab. Oh
terrible jugement de Dieu, car Absalon aimait ses cheveux par-dessus tout et
ils se changèrent en corde pour le pendre!
L'innocent Job était près d'aimer ses sept fils et ses trois filles, alors
Dieu le mit entre les mains de Satan, Celui-ci en un seul jour, non seulement
le priva de fils et de richesse, mais le frappa d'une si grande infirmité.
que pendant sept ans les vers lui sortaient de la chair!
Notre père Jacob aimait Joseph plus que ses autres fils. Alors Dieu le fit
vendre et fit tromper Jacob par ses fils eux-mêmes, de sorte qu'il croyait
que les bêtes sauvages avaient dévoré son fils et qu'il pleura pendant dix
ans!
Chapitre 100
Vive Dieu, frères, je crains que Dieu ne soit irrité contre moi! Il faut donc
que vous alliez par la Judée et Israël prêcher aux douze tribus d'Israël la
vérité pour qu'ils soient détrompés!» Avec crainte et en pleurant, les
disciples répondirent : «Nous ferons tout ce que tu nous ordonneras.» Jésus
dit alors : «Faisons trois jours de prière et de jeûne et chaque soir, au
moment ou on voit la première étoile et où on prie Dieu, nous en ferons
dorénavant trois, en lui demandant trois fois miséricorde parce que le péché
d'Israël est trois fois plus grave que les péchés des autres.» Les disciples
répondirent : «Qu'il en soit ainsi!»
Après le troisième jour, au matin du quatrième, Jésus convoqua tous les
disciples et apôtres et leur dit : «Il suffit que restent avec moi Barnabé et
Jean. Vous autres, vous irez par toute la région de Samarie, de Judée et
d'Israël prêchant la pénitence, car la hache est mise près de l'arbre pour le
couper! Priez sur les malades, car Dieu m'a donné pouvoir sur toute
infirmité!»
Celui qui écrit dit alors : «Maître, si on interroge tes disciples sur la
façon dont on doit faire pénitence, que répondront-ils?» Jésus répondit :
«Quand on perd une bourse, l'œil retourne-t-il seul en arrière pour la voir?
ou la main pour la reprendre? ou la langue pour interroger? Non bien sûr,
mais c'est le corps tout entier qui retourne en arrière et qui emploie toutes
les puissances de son âme pour la retrouver, n'est-il pas vrai? » Celui qui
écrit répondit : «C'est tout à fait vrai!»
Chapitre 101
Jésus dit alors : «La pénitence est l'inverse de la mauvaise vie, car chaque sens
doit se convertir au contraire de ce qu'il fit en péchant : au plaisir, on
doit opposer la douleur; au rire les larmes; aux orgies, les jeûnes; aux
sommeil, les veilles; à l'oisiveté, l'activité; à la luxure, la chasteté. Que
les contes se changent en prière et l'avarice en aumônes!»
Celui qui écrit demanda : «Mais si on leur demande comment nous devons
souffrir, comment nous devons pleurer, comment nous devons jeûner, comment
nous devons agir, comment nous devons rester chastes, comment nous devons prier
et faire l'aumône, que répondront-ils? ET comment feront-ils une bonne
pénitence s'ils ne savent pas se repentir?»
Jésus répondit : «Voilà une bonne question, Barnabé. Je veux y répondre
pleinement, s'il plaît à Dieu. Aussi aujourd'hui, te parlerai-je de la
pénitence en général. Et ce que je dis à l'un, je le dis à tous. Sachez donc
que la pénitence, plus que toute autre chose, doit être accompli par pur
amour de Dieu. Autrement, il serait vain de se repentir. Je vous parlerai
donc par comparaison. Toute construction, si on lui enlève ses bases, tombe
en ruine, n'est-ce pas vrai ?» -«C'est vrai! », répondirent les disciples,
Jésus dit alors : «La base de notre salut, c'est Dieu; sans lui il n'y a pas
de salut. Quand un homme a péché, il a perdu la base de son salut. Aussi
faut-il qu'il commence par la base.
Dites-moi, si vos serviteurs avaient offensés et que vous appreniez qu'ils ne
souffrent pas de vous avoir offensés, mais seulement d'avoir perdu leur
récompense, leur pardonneriez-vous? Bien sûr que non! Ainsi, vous dis-je,
Dieu fera-t-il envers ceux qui se repentent d'avoir perdu le paradis. Satan
ennemi de tout bien, regrette bien d'avoir perdu le paradis et d'avoir gagné
l'enfer. Mais il ne trouvera jamais miséricorde. Savez-vous pourquoi? Parce qu'il
n'aime pas du tout Dieu et qu'il hait même son créateur.
Chapitre 102
Je vous le dis en vérité, tout animal, selon sa propre nature, s'il perd ce
qu'il désire, regrette le bien qu'il a perdu. C'est pourquoi le pécheur qui
veut vraiment faire pénitence doit avoir grand désir de lui-même ce qui a agi
contre son créateur. Ainsi en priant il n'aura pas la hardiesse de demander
le paradis, ou que Dieu le libère de l'enfer; mais prosterné avec confusion
devant Dieu, il dira en priant : «Seigneur, voici le coupable qui t'a offensé
sans aucune raison, dans le moment même où il devait te servir! C'est donc de
ta main qu'il vient chercher ici la punition de ce qu'il a fait et non pas de
la main de Satan, ton ennemi, pour que l'impie ne se réjouisse pas de tes
créatures. Châtie, punis comme il te plaît, Seigneur! Tu ne me donneras
jamais autant de tourment que n'en mérite le scélérat que je suis !» S'il se
tient dans cette attitude, le pécheur trouvera en Dieu d'autant plus
miséricorde qu'il demandera justice.
C'est vraiment un sacrilège abominable pour le pécheur que de rire, car notre
père David appelle justement ce monde "vallée de larmes." Il était
une fois un roi qui adopta pour fils un de ses esclaves et qui le fit maître
de tout ce qu'il possédait. Il advint que par la tromperie d'un scélérat, le
malheureux tomba en disgrâce auprès du roi. Si bien qu'il endura de grandes
misères, tant dans son mode d'existence que de la façon dont il était méprisé
et dépouillé de ce qu'il gagnait chaque jour par son travail. Croyez-vous
qu'un tel homme riait un seul instant?». «Non certainement, répondirent les
disciples, car si le roi l'avait su, il l'aurait fait tuer de le voir rire de
sa disgrâce! Mais il est vraisemblable qu'il pleurait jour et nuit!»
Jésus pleura alors et dit : «Malheur au monde, car il est assuré d'un éternel
tourment! Oh, homme misérable, notre Dieu t'avait élu quasiment comme fils et
t'avait donné le paradis; et toi, misérable, poussé par Satan, tu tombas en
disgrâce auprès de Dieu, tu fus chassé du paradis et condamné au monde
immonde où tu n'obtiens rien qu'avec peine et où toute bonne action se dérobe
à toi puisque tu pèches continuellement. Et pourtant le monde rit, et, ce qui
est pire, c'est que le plus grand pécheur rit plus que les autres! Il
arrivera donc comme vous l'avez dit : Dieu damnera de mort éternelle le
pécheur qui rit et qui ne pleure pas ses péchés.
Chapitre 103
Les pleurs du pécheur doivent être comme ceux du père qui pleure sur son fils
près de mourir. O homme fou, tu pleures sur le corps que l'âme a quitté et tu
ne pleures pas l'âme que la miséricorde de Dieu a quittée à cause du péché!
Dites-moi, si le marin, quand son bateau a fait naufrage, pouvait par ses
pleurs récupérer tout ce qu'il a perdu, que ferait-il? Il pleurerait
certainement sans arrêt! Pourtant, je vous le dis en vérité, l'homme pèche
chaque fois qu'il pleure quelque chose, sauf s'il pleure à cause du péché. En
effet, toute misère qui lui arrive vient de Dieu pour son salut, aussi
devrait-il se réjouir! Le péché au contraire vient du diable pour la
damnation de l'homme et l'homme ne s'en attriste pas! Apprenez par là que
l'homme cherche ce qui lui nuit et nom pas ce qui lui est utile!»
Barthélémy dit : «Seigneur, que fera celui qui ne peut pas pleurer car son
cœur est étranger aux pleurs?» Jésus répondit : «Barthélémy, tous ceux qui
versent des larmes ne pleurent pas pour autant! Vive Dieu, il y a des hommes
dont les yeux n'ont jamais versé une larme et qui ont pleuré plus que mille
de ceux qui versèrent des larmes! Les pleurs du pécheur, c'est la consomption
des sentiments terrestres par la force de la douleur, de sorte que cette
consomption préserve l'âme du péché, comme le sel préserve de la putréfaction
ce sur quoi on le met. Si Dieu donnait au véritable pénitent autant de larmes
que la mer contient d'eau, il en voudrait beaucoup plus. Aussi ce désir
consume-t-il le peu d'humeur qui voudrait sortir, comme une ardente fournaise
consume une goutte d'eau. Par contre, ceux qui éclatent facilement en
sanglots sont comme le cheval qui marche d'autant plus vite qu'il est moins
chargé.
Chapitre 104
À la vérité, il y a des hommes qui ont à la fois les sentiments intérieurs et
les larmes extérieures. Mais qui est ainsi ? Il n'y a qu'un seul Jérémie! En
fait de pleurs. Dieu considère plus la douleur que les larmes.»
Jean dit alors : «Maître, comment l'homme se perd-il en pleurant pour autre
chose que pour le péché?» Jésus répondit : «Si Hérode te donnait en garde un
manteau et qu'ensuite il te l'enlevait, aurais-tu raison de pleurer?» -«Non!»
dit Jean. Jésus dit alors : «Eh bien, l'homme a encore moins raison de
pleurer quand il perd quelque chose, ou qu'il n'a pas ce qu'il voudrait,
parce que tout vient de la main de Dieu. Est-ce que Dieu ne peut pas disposer
à son gré de ses affaires? O homme fou, tu n'as à toi que le péché, c'est
pour lui que tu dois pleurer et pas pour autre chose!»
Matthieu dit : «Maître, tu as proclamé devant toute la Judée que Dieu n'a
aucune ressemblance avec l'homme et maintenant tu dis que l'homme reçoit de
la main de Dieu. Si Dieu a des mains, il a une ressemblance avec l'homme!»
Jésus répondit : «Tu es dans l'erreur, Matthieu! Et beaucoup se sont trompés
de cette manière en ignorant le sens de mots, car l'homme doit considérer non
pas l'extérieure des mots, mais leur sens. La voix humaine est en effet comme
un interprète entre nous et Dieu. Or, ne savez-vous pas que, lorsque Dieu
voulut parler a nos pères sur le mont Sinaï, nos pères s'écrièrent :
«Parle-nous, toi, Moïse, mais que Dieu ne nous parle pas, de peur que nous ne
mourrions!» Et Dieu ne dit-il par le prophète Isaïe : Les voies de Dieu sont
aussi éloignées de celles des hommes et les pensées de Dieu des pensées des
hommes que le ciel est éloignée de la terre.
Chapitre 105
Dieu est 'a ce point immense que je tremble à le décrire. Pourtant il faut
que je vous en parle. Je vous dirai donc que les cieux sont au nombre de
sept, éloignés l'un de l'autre autant que le premier ciel l'est de la terre;
or, il en est éloignés de cinq cent années de route. la terre est donc
distante du ciel le plus haut de trois mille cinq cents* années de route. Je
vous dis donc que le rapport entre une pointe d'aiguille et le premier ciel
est égale au rapport entre le premier ciel et le second, et de même pour tous
les cieux. Pourtant toute la grandeur de la terre ajoutée a celle de tous les
cieux est, par rapport au paradis, comme une pointe d'aiguille et même comme
un grain de sable. N'est-elle pas incommensurable cette grandeur?» Les
disciples répondirent : «Oui, certes!»
Jésus dit alors : «Vive Dieu, en présence de qui se tient mon âme, toute est
petit devant Dieu comme un grain de sable! Dieu est autant de fois plus grand
qu'il faudrait de grains de sable pour remplir tous les cieux et le paradis,
et davantage encore! Eh bien, voyez donc s'il y a une proportion quelconque
entre Dieu et l'homme qui n'est qu'un peu de boue qui se tient sur la terre!
«Soyez donc très attentifs à comprendre le sens et non la lettre si vous
voulez avoir la vie éternelle !»
Les disciples répondirent alors : «Seul Dieu peut se connaître lui-même!
C'est vraiment comme a dit le prophète Isaïe : «Il est caché au sens de
l'homme.» Jésus dit : «C'est vrai. Et quand nous serons au paradis, nous
connaîtrons Dieu comme ici-bas on connaît la mer avec une goutte d'eau salée!
Pour en revenir à mon propos, je vous dirai qu'il faut pleurer seulement
parce qu'en péchant l'homme abandonne Dieu son créateur. Mais comment
pleurera-t-il celui qui participe aux orgies et aux festins? Il pleurera
comme la glace donne du feu! Si vous voulez dominer vos sens, il faut changer
les orgies en jeûnes car c'est ainsi que notre Dieu les domina.»
Thaddée dit : «Dieu a-t-il donc quelque sens à dominer?» Jésus répondit :
«Vous commencez à dire : Dieu a ceci ... Dieu est comme cela ... ! Dites-moi,
l'homme a-t-il une sensibilité?» -«Oui!» répondirent les disciples, Jésus dit
: «Existe-t-il un seul homme vivant en qui la sensibilité ne soit pas à
l'œuvre?» -«Non!» répondirent les disciples. «Vous vous trompez, dit Jésus,
car où est la sensibilité de celui qui est aveugle, sourd-muet et estropié?
Et quand l'homme est tombé en syncope? » Alors les disciples furent
embarrassées. Jésus dit : «Il y a trois choses qui font l'homme : l'âme, la
sensibilité et la chair, chacune ayant sa vie propre. Comme vous l'avez
appris, notre Dieu créa l'âme et le corps, mais vous n'avez pas encore appris
comment il créa la sensibilité. C'est pourquoi demain, s'il plaît à Dieu, je
vous dirai tout.» Après ces paroles, Jésus rendit grâces à Dieu et pria pour
le salut de notre peuple, chacun de nous disant : «Amen».
Chapitre 106
Après la prière de l'aurore, Jésus s'assit sous un palmier et ses disciples
s'approchèrent de lui. Il dit : «Vive Dieu, en présence de qui se tient mon
âme, beaucoup se trompent sur notre vie! En effet, l'âme, la sensibilité et
la chaire sont si unies que la plupart des hommes affirment que l'âme et la
sensibilité sont une seule et même chose. En la divisant selon son activité
et son selon son essence, ils l'appellent âme sensitive, végétative et
intellective. Mais en vérité je vous le dis, c'est la même âme qui comprend
et qui vit. Oh, les sots, où trouveront-ils une âme intellective qui soit
sans vie? Certainement jamais! Par contre, la vie peut se rencontrer sans la
sensibilité, comme chez celui qui est à moitié mort et que la sensibilité
abandonne.
Thaddée dit : «Maître, quand la sensibilité abandonne la vie, l'homme est
mort!» Jésus répondit : «Ce n'est pas vrai! C'est quand l'âme s'en va que
l'homme est mort, car elle ne reviendra dans le corps que par miracle. Mais
la sensibilité s'en va en raison de la peur qu'elle éprouve ou de la grande
douleur qu'éprouverait l'âme. La sensibilité, Dieu l'a créée en effet, pour
le plaisir et elle ne vit que pour cela, comme le corps vit de nourriture, et
l'âme de connaissance et d'amour! Elle se rebelle maintenant contre l'âme à
cause de l'indignation qu'elle éprouve d'être privée du plaisir du paradis
par le péché. Il est donc de la plus grande importance que celui qui ne veut
pas qu'elle vive de plaisir charnel, la nourrisse de plaisir spirituel.
Comprenez-vous? Je vous le dis en vérité, Dieu après l'avoir créée la
condamna à l'enfer, au neiges et aux glaces intolérables parce qu'elle disait
qu'elle était Dieu. Mais quand il la privé de nourriture et lui enleva les
aliments, elle reconnut qu'elle était servante de Dieu et œuvre de ses mains.
Or, dites-moi, chez les impies, comment la sensibilité agit-elle? Assurément,
elle est en eux comme Dieu, puisqu'ils la suivent et qu'ils abandonnent la
raison et la loi de Dieu. Aussi deviennent-ils abominables, sans rien faire
de bien.
Chapitre 107
C'est pourquoi la première chose qui suit le regret du péché, c'est le jeûne.
En effet, celui qui voit qu'un aliment l'a rendu malade, regrette d'abord de
l'avoir mangé et puis l'abandonne pour ne pas tomber malade, car il craint la
mort. Ainsi doit faire le pécheur. Sachant que le plaisir, en suivant la
sensibilité dans les biens de ce monde, l'a fait pécher contre Dieu son créateur,
il regrette d'avoir agi ainsi, parce que cela le prive de Dieu qui est sa
vie, et lui donne la mort éternelle de l'enfer.
Mais étant donné que l'homme doit user des biens de ce monde pour vivre, il
lui faut jeûner ici-bas pour parvenir à mortifier sa sensibilité et connaître
dieu son Seigneur. Quand tu vois que la sensibilité déteste les jeûnes,
montre-lui l'état de l'enfer où on ne prend nul plaisir, mais où on éprouve
une douleur infinie, et montre-lui les délices du paradis qui sont tels qu'un
seul grain de raisin du paradis est meilleur que tous les délices du monde.
De cette façon elle se tiendra facilement tranquille. Il vaut mieux en effet
se contenter de peu pour recevoir beaucoup, que d'être sans retenue dans les
petites choses mais privé de tout dans les tourments.
Pour bien jeûner, vous devez vous rappeler le riche bien vivant; pour avoir
voulu tous les jours sur cette terre faire très bonne chère, il fut privé
d'une goutte d'eau dans l'éternité. Tandis que Lazare, en se contentant des
miettes sur cette terre, se tiendra éternellement dans les délices sans
bornes du paradis.
Mais que le pénitent soit prudent, car Satan cherche à détruire toute œuvre
bonne; et plus encore chez un pénitent que chez d'autres, car le pénitent
s'en rebellé contre lui et s'est changé de fidèle serviteur en ennemi
rebelle. Satan cherchera donc à tout prix à l'empêcher de jeûner sous
prétexte de maladie. Et quand cela ne vaudra pas il l'invitera à un jeune
extrême pour qu'il tombe malade et qu'il vive ensuite dans les délices. Et
s'il n'y réussit pas, il cherchera à ne le faire jeûner que d'aliment
corporel, pour qu'il soit pareil à lui qui ne mange jamais et qui pèche
toujours.
Vive Dieu! il est abominable de priver son corps de nourriture et de remplir
son âme d'orgueil tout en méprisant ceux qui ne jeûnent pas et en se
prétendant meilleur qu'eux! Dites-moi, le malade se glorifiera-t-il de la
diète que lui fait suivre le médecin et traitera-t-il de fous ceux qui ne la
font pas? Certes non! Il déplorera plutôt la maladie pour laquelle il est à
la diète. De même, je vous le dis, le pénitent ne doit pas se glorifier du
jeûne, ni mépriser ceux qui ne jeûnent pas, mais il doit déplorer le péché
pour lequel il jeûne.
Que le pénitent qui jeûne ne se procure pas d'aliments recherchés, mais qu'il
se contente d'aliments grossiers! Est-ce que l'homme donnera des aliments
recherchés au chien qui mord et au cheval qui regimbe? Certainement pas! Mais
tout le contraire! Que cela vous suffise à propos du jeûne!
Chapitre 108
Mais écoutez ce que je vais vous dire des veilles, car de même qu'il y a deux
sortes de sommeil, celui du corps et celui de l'âme, de même il faut être
prudent dans les veilles pour que l'âme ne dorme pas alors que le corps
veille, ce qui serait une très grave erreur!
Dites-moi, par comparaison : voici un homme qui heurte une pierre en marchant
et qui, pour ne plus la heurter du pied, la heurte de la tête. Que dit-on
d'un tel homme ?» Les disciples répondirent : «C'est un malheureux, un
détraqué!» Jésus dit alors : «Vous avez bien répondu. En vérité je vous le
dis, celui qui veille avec son corps et dort avec son âme est détraqué. Il
est d'autant difficile à guérir que l'infirmité spirituelle est plus grave
que l'infirmité corporelle. Ainsi ce malheureux se glorifiera de ce que son
corps qui est le pied de sa vie, ne dort pas, tandis que qu'il ne s'aperçoit
pas, dans sa misère, que son âme dort, elle qui est la tête de sa vie!
Le sommeil de l'âme, c'est l'oubli de Dieu et son terrible jugement. Ainsi
l'âme qui veille, c'est celle qui reconnaît Dieu en tout et partout, c'est
celle qui remercie sa majesté en tout, pour tout, par-dessus tout, qui
reconnaît que toujours et à tout moment elle reçoit grâce et miséricorde de
Dieu. Dès lors, dans la crainte de sa majesté, la voix angélique résonne
toujours à son oreille : «Créatures, venez au jugement, car votre créateur
veut vous juger!» Aussi demeure-t-elle habituellement dans le service de
Dieu.
Dites-moi, que préférez-vous, voir à la lumière d'une étoile ou à la lumière
du soleil?» André répondit : «A la lumière du soleil, Maître! Parce qu'à la
lumière de l'étoile nous ne pouvons pas voir les montagnes qui sont proches,
tandis qu'à la lumière du soleil, nous voyons le plus petit grain de sable.
C'est avec crainte que nous marchons à la lumière de l'étoile, tandis qu'à la
lumière de soleil nous marchons avec assurance.»
Chapitre 109
Jésus dit : «Eh bien, je vous le dis, c'est ainsi que vous de veiller avec
l'âme sous ce soleil de justice qu'est notre Dieu. Mais ne vous glorifiez pas
des veilles du corps! Il est très vrai pourtant qu'il faut fuir le sommeil
corporel autant qu'on peut, mais il est impossible de l'éviter tout à fait,
puisque la sensibilité et la chair sont alourdies d'aliments et la raison
d'affaires. Que celui qui veut dormir peu, évite donc le trop grand nombre
d'affaires et qu'il évite de manger beaucoup! Vive Dieu, en présence de qui
se tient mon âme, il est permis de dormir un peu chaque nuit, mais il n'est
jamais permis d'oublier Dieu et son terrible jugement; un tel oubli c'est le
sommeil de l'âme!»
Celui qui écrit demanda : «Maître, comment pourrions-nous toujours nous
souvenir de Dieu? Cela nous paraît tout à fait impossible!» Jésus dit avec un
soupir : «Voilà la plus grande misère que puisse souffrir l'homme, Barnabé!
Sur cette terre. il ne peu pas toujours se souvenir de Dieu son créateur,
sauf ceux qui sont saints, car ils le gardent toujours en mémoire : ils ont
tellement en eux la lumière de la grâce de Dieu qu'il ne peuvent pas oublier Dieu.
Pourtant dites-moi, avez-vous vu ceux qui travaillent pour équarrir des
pierres brutes? Ils ont tellement appris à frapper par un continuel exercice
qu'ils parlent avec d'autres tout en frappant sans regarder le ciseau qui
travail la pierre. Et pourtant ils ne se frappent pas sur les mains! Faites
donc ainsi vous-mêmes! Ayez le désir d'être des saints si vous voulez
surmonter complètement cette misère de l'oubli! Il est certain que l'eau
désagrège les pierres les plus dures quand une goutte y tombe pendant
longtemps. Savez-vous pourquoi vous n'avez pas surmontée cette misère? Parce
que vous ne savez pas que c'est un péché! Je vous dirai donc ceci : quand un
prince te fait un cadeau, ô homme, c'est une faute de fermer les yeux et de
lui tourner le dos. De même, ceux qui oublient Dieu commettent une faute, car
l'homme reçoit à tout instant de Dieu dons et miséricorde.
Chapitre 110
Maintenant, dites-moi, chaque instant ne vous est-il pas donné par notre
Dieu? Oui, certes, car il vous accorde sans cesse le souffle dont vous vivez.
En vérité, en vérité, je vous le dis, chaque fois que votre corps reçoit le
souffle, votre cœur devrait dire : «Que Dieu soit remercié!»
Jean dit alors : «Tes paroles sont très vraies, Maître! Enseigne-nous donc le
moyen de parvenir à cet état bienheureux!» Jésus répondit : «En vérité, je
vous le dis, on n'y parvient pas avec les forces humaines, mais par la
miséricorde de Dieu notre Seigneur. Il est bien vrai que l'homme doit désirer
le bien pour que Dieu le lui donne. Dites-moi, quand vous êtes à table,
pensez-vous de ces aliments que vous ne voulez même pas voir? Bien sûr que
non! De même, je vous le dis, vous ne recevrez pas ce que vous ne voulez pas
désirer. Si vous désirez la sainteté, Dieu est assez puissant pour vous rendre
saints en moins de temps qu'il n'en faut pour cligner de l'œil. Mais notre
Dieu veut que nous attendions et que nous demandions, pour que l'homme
reconnaisse le don et le donateur.
Avez-vous vu ceux qui s'exercent à tirer à l'arc sur une cible? Certes, ils
tirent souvent en vain. Pourtant jamais ils ne veulent tirer en vain, ils ont
toujours l'espoir d'atteindre la cible! Eh bien, vous qui voudriez toujours
avoir en mémoire notre Dieu, faites-le vous aussi. Quand vous l'oubliez,
déplorez-le, et Dieu vous donnera la grâce de parvenir à tout ce que je vous
ai dit.
Le jeûne et la veille spirituelle sont si unis entre eux que dès qu'on rompt
la veille, on rompt aussi le jeûne. En effet, en péchant l'homme rompt le
jeûne de l'âme et oublie Dieu. Il faut donc que notre âme et celle de tous
veillent et jeûnent sans cesse; car il n'est permis à personne de pécher.
Quand au jeûne corporel et aux veilles, croyez-moi, on ne peut toujours en
faire, et tous ne peuvent pas les faire, par exemple les malades, les vieillards,
les femmes enceintes, les voyageurs, les enfants, et ceux qui ont une
complexion délicate. Que chacun choisisse donc son jeûne tout comme il
s'habille sur mesure! Car, de même que les vêtements d'un enfant ne vont pas
à un homme de trente ans. ainsi les veilles et les jeûnes de l'un ne sont-ils
pas faits pour l'autre.
Chapitre 111
Pourtant prenez garde : Satan mettra tous ses efforts à vous amener à veiller
la nuit, pour qu'en suite vous dormiez, quand sur l'ordre de Dieu vous devrez
prier et écouter sa parole! Dites-moi, vous plairait-il qu'un de vos amis
mange de la viande et vous laisse les os?» Pierre répondit : «Non, Maître! Un
tel homme, il ne faut pas l'appeler ami, mais insulteur!» Jésus dit en
soupirant : «Tu dis vrai, Pierre. En vérité, celui dont le corps veille plus
qu'il s'est nécessaire, dormira ou aura la tête lourde de sommeil en priant
ou en écoutant la parole de Dieu. Ce malheureux insulte Dieu son créateur et
il est coupable de ce péché. C'est même un voleur : il vole le temps qu'il
doit donner à Dieu et il le dépense quand il lui plaît et dans le mesure où
cela lui plaît.
Du tonneau d'un excellent vin, un homme donna à boire à ses ennemis tant que
le vin fut bon; mais arrivé à la lie, il en donna à boire son seigneur. Que
pensez-vous que fera le maître à ce serviteur quand il l'apprendra et que le
serviteur sera devant lui? Evidemment, il le fouettera et le tuera dans une
juste indignation selon les lois du monde! Et Dieu, que fera-t-il à l'homme
qui emploie ses meilleurs moments aux affaires et ses plus mauvais à la
prière et à l'étude de la loi? Malheur au monde, car son cœur est lourd de ce
péché-là et de plus grave encore!
Donc, quand je vous ai dit : que le rire se change en pleurs, les orgies en
jeûnes et le sommeil en veilles, je vous ai résumé en trois mots ce que vous
avez entendu, c'est-à-dire que sur cette terre il faut toujours pleurer, mais
que les pleurs doivent venir du cœur parce qu'on a offensé Dieu notre
créateur; que vous devez jeûner pour dominer la sensibilité et veiller pour
ne pas pécher; et qu'il faut mesurer les larmes, le jeûne et les veilles
corporels à la complexion de chacun.
Chapitre 112
Jésus ajouta : «Il faut que vous cherchiez des fruits et des herbes pour nous
sustenter, car voilà huit jours que nous n'avons pas mangé de pain. Je
prierai donc notre Dieu et je vous attendrai avec Barnabé.» Tous les apôtres
et les disciples s'en allèrent donc par quatre et par six selon la parole de
Jésus. Celui qui écrit resta avec Jésus.
Jésus dit alors en pleurant : «Barnabé, il faut que je te fasse connaître de
grands secrets que tu révéleras au monde quand je serai parti.» Celui qui
écrit répondit en pleurant : «Maître, les pleurs laisses-les nous, à moi et
aux autres hommes, car nous sommes pécheurs, mais toi, saint et prophète de
Dieu, il ne convient pas que tu pleures tant!» Jésus répondit : «Crois-moi,
Barnabé, je ne peux pas pleurer autant que je ne devrais! Si les hommes ne
m'avaient pas appelé Dieu, j'aurais vu Dieu ici-bas comme on le verra au paradis
et j'aurais été assuré de ne pas craindre au jour du jugement! Pourtant, Dieu
le sait, je suis innocent, jamais je n'ai eu la pensée d'être tenu pour autre
chose que pour un vil serviteur. Je te dis même que si je n'avais pas été
appelé Dieu, j'aurais été emporté au paradis en quittant le monde, tandis que
je ne m'y rendrai pas avant le jugement. Tu vois bien que j'ai raison de
pleurer!
Sache, Barnabé, que je dois être grandement persécuté pour cela et que je
serai vendu par un de mes disciples pour trente deniers. Ainsi, même si je
suis assuré que celui qui me vendra sera tué sous mon nom car Dieu m'enlèvera
du monde et transformera tellement le traître que chacun croira que c'est
moi, comme il mourra mal, je resterai néanmoins longtemps avec ce déshonneur
dans le monde.
Mais quand viendra Muhammad, messager sacré de Dieu, cette infamie sera
enlevée. Dieu le fera parce que j'ai proclamé la vérité du Messie. C'est
celui-ci qui me donnera la récompense : on saura que je suis vivant et
étranger à cette mort infâme!»
Celui qui écrit répondit : «Maître, dis-moi quel est ce coquin que je
l'étrangle!» -«Tais-toi, répondit Jésus, car Dieu le veut ainsi et on ne peut
pas faire autrement! Pourtant fais ceci : quand ma mère en sera affligée,
dis-lui la vérité afin qu'elle soit consolée!» Celui qui écrit répondit : «Je
ferai tout cela, Maître, s'il plaît à Dieu!»
Chapitre 113
Les disciples rapportèrent des pignons et trouvèrent une bonne quantité de dattes
par la volonté de Dieu. Après la prière de midi, ils mangèrent donc avec
Jésus. Mais les apôtres et les disciples voyant que celui qui écrit était
triste, craignirent que Jésus ne dût quitter bientôt le monde, Jésus les
rassura en disant : «Ne craignez pas : l'heure n'est pas encore venue où je
vous quitterai. Je resterai encore un peu de temps avec vous. Il faut donc
que je vous enseigne maintenant, pour que vous alliez prêcher la pénitence
partout en Israël comme je vous l'ai dit, afin que Dieu pardonne le péché
d'Israël.
Que chacun se garde donc de l'oisiveté, surtout celui qui fait pénitence, car
toute arbre qui ne produit pas de bon fruit sera coupé et jeté au feu. Il
était une fois un habitant de la ville qui possédait une vigne. Au milieu, il
avait un jardin planté d'un beau figuier. Pendant les trois ans que vint le
maître, ce figuier ne produisit pas de fruit. Voyant que les autres arbres de
lieu produisaient du fruit, il dit à son vigneron : «Coupe ce mauvais arbre :
il occupe inutilement le terrain!» Le vigneron répondit : «N'en fais rien,
maître, car c'est un bel arbre!» -«Tais-toi, dit le maître, je ne prends pas
soin de beauté inutiles!
Tu dois savoir que le palmier et le baume sont plus nobles que le figuier.
Or, j'avais planté dans la cour de ma maison, un plant de palme et un plant
de baume que j'avais entourés de murs coûteux; pourtant comme ils ne
produisaient pas de fruit mais des feuilles qui pourrissaient et gâtaient le
terrain devant la maison, je les ai fait enlever tous les deux. Et
maintenant, je ferais grâce à un figuier éloigné de la maison et qui occupe
inutilement mon jardin et ma vigne, là où tout autre arbre produit du fruit?
Non, je ne le supporterai plus!» Le vigneron dit alors : «Seigneur, le
terrain est trop gras, attends encore un an, j'émonderai la frondaison, je
dégraisserai la terre en y mettant de la terre maigre et des cailloux, et il
produira du fruit!» Le patron répondit : «Eh bien, fais-le! J'attendrai que
le figuier porte du fruit!»
Comprenez-vous cette parabole?» Les disciples répondirent : «Non, Seigneur!
Explique-la-nous!»
Chapitre 114
Jésus répondit : «En vérité je vous le dis, le maître, c'est Dieu; le
vigneron, c'est sa loi. C'est donc Dieu qui avait en paradis le palmier et le
baume. Le palmier, c'est Satan, et le baume, c'est le premier homme. Comme
ils ne produisaient pas de bonnes œuvres et qu'ils disaient des paroles
impies qui condamnèrent beaucoup d'anges et beaucoup d'hommes, il les chassa.
A présent, Dieu a placé l'homme dans le monde, au milieu de ses créatures qui
toutes le servent selon son précepte, alors que l'homme ne produit rien,
comme je l'ai dit. Volontiers il le retrancherait et l'enverrait en enfer
puisqu'il n'a pardonné ni à l'ange ni au premier homme et qu'il a puni l'ange
pour l'éternité et l'homme pour un temps; mais la loi de Dieu intervient et
dit : «l'homme a trop de bien dans cette vie; il faut qu'il soit affligé et
qu'on lui enlève les biens de ce monde pour qu'il fasse le bien.
Notre Dieu attend donc que l'homme fasse pénitence. Je vous le dis en vérité,
notre Dieu condamna l'homme à travailler, de sorte que comme le dit Job, ami
et prophète de Dieu : «L'homme naît pour travailler comme l'oiseau pour voler
et le poisson pour nager.» Et le prophète de Dieu, David notre père, dit :
«Nous serons heureux et nous nous trouverons bien de manger des œuvres de nos
mains.» Que chacun travaille donc selon sa condition! Dites-moi : si David,
notre père, et Salomon, son fils, travaillaient de leurs mains, que doit
faire le pécheur?»
Jean répondit : «Maître, il est bien de travailler, mais c'est aux pauvres de
le faire!» Jésus répondit : «Oui, puisqu'ils ne peuvent pas faire autrement,
mais ne sais-tu pas que le bien, pour être bien, doit être libre
d'obligation? Le soleil et les autres planètes y sont forcés par ordre de
Dieu et ne peuvent pas faire autrement; ils n’auront donc pas de mérite!
Dites-moi, lorsque Dieu donna l'ordre de travailler, il ne dit pas : «L'homme
pauvre vivra à la sueur de son visage!» Et Job ne dit pas : «L'homme pauvre
naît pour travailler comme l'oiseau pour voler!» Mais Dieu dit à l'homme : «A
la sueur de ton visage, tu mangeras ton pain!» Et Job dit que l'homme naît
pour travailler. C'est pourquoi celui qui n'est pas homme est exempt de cet
ordre.
Si tout est cher, c'est bien parce qu'il y a des foules d'oisifs, et pas
autre chose. S'ils travaillaient, soit à cultiver la terre, soit à pêcher, le
monde serait dans une abondance extrême. Mais il faudra rendre compte de sa
pénurie au jour du redoutable jugement.
Chapitre 115
Que l'homme me dit un peu ce qu'il a apporté dans ce monde pour vouloir vivre
sans rien faire! Il est clair qu'il est né nu, incapable de rien faire! Il
n'est donc pas le patron de tout ce qu'il a trouvé, mais l'intendant qui
devra rendre compte au jour redoutable.
Tu dois craindre beaucoup l'abominable luxure qui rend l'homme semblable aux
animaux sans raison, car ton ennemi est si familier que tu ne peux aller
nulle part sans qu'il y vienne aussi. Oh combien ont péri par la luxure! A
cause de la luxure, vint le déluge, et le monde péri avant la miséricorde de
Dieu; seuls Noé et quatre-vingt-trois personnes se sauvèrent! A cause de la
luxure, Dieu ensevelit trois cités malfaisantes et seul Lot s'enfuit avec ses
deux filles! A cause de la luxure, la tribu de Benjamin fut quasiment
éteinte! Je vous le dis en vérité, si je vous énumérais tous sont qui sont
morts à cause de la luxure, cinq jours n'y suffiraient pas!»
Jacques dit : «Maître, que veut dire luxure?» Jésus répondit : «La luxure est
un désir effréné d'amour qui, n'étant pas dirigé par la raison, envahit
tellement l'intelligence et les sentiments de l'homme que celui-ci, ne se
connaissant plus lui-même, aime ce qu'il devait haïr. Croyez-moi, quand
l'homme aime quelque chose, non parce que Dieu la lui a donnée, mais comme
son propriétaire, c'est un fornicateur, car il uni à la créature l'âme qui
doit être unie à Dieu son Créateur. Aussi Dieu se lamente par Isaïe le
prophète en disant : «Tu as forniqué avec de nombreux amants. Pourtant, reviens
à moi et je te recevrais!» Vive Dieu, en présence de qui se tient mon âme, si
l'homme n'avait pas de luxure à l'intérieure, dans son cœur, il n'y tomberait
pas à l'extérieur, car l'arbre meurt vite une fois arrachée la racine.
Que l'homme se contente donc de l'épouse que son créateur lui a donnée et
qu'il oublie toute autre!» André demanda : «Comment l'homme oublierait-il les
femmes alors qu'il vit en ville où elles se trouvent en grand nombre?» Jésus
répondit : «Certes, André, celui qui vit en ville aura du mal, car la ville
est un éponge qui absorbe toute iniquité!»
Chapitre 116
En ville, il faut que l'homme vive exactement comme le soldat dont la
forteresse est assiégée d'ennemis : à chaque assaut, il se défend et il
craint toujours la trahison des habitants. Qu'il repousse de même, comme je
l'ai dit, toute invitation externe au péché et qu'il craigne la sensibilité,
car elle désire par-dessus tout les saletés.
Mais comment se défendra-t-il s'il ne réfrène pas son œil qui est à l'origine
de tout péché de la chair? Vive Dieu, en présence de qui se tient mon âme,
celui qui est privé des yeux du corps est sûr de ne recevoir de peine qu'au
troisième degré, tandis que celui qui a des yeux la recevra u septième degré.
Au temps du prophète Elie, il advint ceci. Voyant pleurer un aveugle qui
était homme de bien, Elie l'interrogea : «Pourquoi pleures-tu, frère?» lui
dit-il. L'aveugle répondit : «Je pleure parce que je ne peux pas voir Elie,
prophète saint de Dieu!» Elie le reprit alors : «Cesse de pleurer homme,
dit-il, car tu pèches en pleurant!» L'aveugle répondit : «Dis-moi donc,
est-ce un péché de voir un saint prophète de Dieu qui ressuscite les morts et
qui fait descendre le feu du ciel?» Elie répondit : «Ce n'est pas vrai : Elie
ne peut rien faire de ce que tu dis; c'est un homme comme toi; et tous les
hommes ensemble ne peuvent faire naître une seule mouche!»
L'aveugle reprit : «Tu dis cela, homme, parce qu'Elie t'aura reproché un
péché que tu as commis. C'est pour cela que tu le hais!» Elie répondit :
«Plaise à Dieu que tu dises vrai, frère, car si je haïssais Elie, j'aimerais
Dieu! Et plus je haïrais Elie, plus j'aimerais Dieu!» A ces mots, l'aveugle
se mit fort en colère et dit : «Vive Dieu, tu es un impie! On aime donc Dieu
en haïssant le prophètes de Dieu? Va-t-en à l'instant, je ne veux plus
t'entendre!» Elie répondit : «Eh bien, frère, tu peux voir avec ton
intelligence comme il est mauvais de regarder avec les yeux du corps : tu
désires la vue pour regarder Elie, mais tu le hais avec ton âme.» L'aveugle :
«Va-t-en donc! Tu es le diable et veux me pécher contre le saint de Dieu!»
Elie soupira alors et dit en pleurant : «Tu dis vrai, frère, car ma chair que
tu voudrais voir te sépare de Dieu.» L'aveugle dit : «Je ne veux pas te voir
et même si j'avais des yeux, je les fermerais pour ne pas te voir!» Elie dit
alors : «Sache, frère, que je suis Elie!» L'aveugle répondit : «Tu ne dis pas
la vérité!» Alors les disciples d'Elie dirent : «Frère, en vérité, c'est le
prophète de Dieu dit l'aveugle, qu'il me dise de quelle tribu je suis, et
comment je suis devenu aveugle!»
Chapitre 117
Elie répondit : «Tu es de la tribu de Lévi! Notre Dieu te priva de la vue
parce qu'au moment d'entrer dans son peuple, alors que tu étais près de
sanctuaire, tu regardas de façon mauvaise une femme!» Alors l'aveugle dit en
pleurant : «Pardonne-moi, saint prophète de Dieu, car j'ai péché en te
parlant.
Si je t'avais vu je n'aurais pas péché!» Elie répondit : «Que notre Dieu te
pardonne, frère! Quant à moi, je sais que tu m'as dit la vérité. En effet,
plus je me hais moi-même, plus j'aime Dieu, Si tu me voyais, ton désir
s'apaiserait, ce qu'à Dieu ne plaise! Car ce n'est pas Elie ton créateur,
mais Dieu.
Selon toi, je suis le diable, dit Elie en pleurant, puisque je te détourne de
ton créateur! Pleure donc, frère, car tu n'as pas cette lumière qui te ferait
voir le vrai du faux. Si tu l'avais, tu n'aurais pas méprisé ma doctrine.
Aussi je te le dis, beaucoup qui méprisent mes paroles veulent me voir et
viennent de loin pour cela. Il vaudrait mieux pour leur salut qu'ils n'aient
pas d'yeux, car celui qui se complaît dans la créature quelle qu'elle soit et
qui ne s'efforce pas à se complaire à Dieu, s'est fait une idole dans le cœur
et a abandonné Dieu.»
Jésus dit alors en soupirant : «Avez-vous compris tout ce qu'a dit Elie?» Les
disciples répondirent : «Certes, nous l'avons compris et nous sommes
stupéfaits d'apprendre que sur cette terre bien peu ne sont pas idolâtres.»
Chapitre 118
Jésus dit alors : «Vous dites la vérité, car récemment Israël voulait, en me
prennent pour Dieu, réaliser l'idolâtrie qu'ils ont dans le cœur! Beaucoup
d'entre eux ont méprisé ma doctrine sous prétexte que je pouvais me rendre
maître de toute la Judée en me reconnaissant Dieu. Ils prétendent que je suis
fou de vouloir vivre pauvrement au milieu des déserts au lieu de demeurer
continuellement parmi les princes, dans le luxe. Oh, malheureux homme, tu
apprécies la lumière que nous avons en commun avec les mouches et fourmis et
tu méprises la lumière qui n'est partagée que par les anges, les prophètes et
les saints amis de Dieu!
Si on ne surveille pas son œil, André, je te le dis, il est impossible de ne
pas tomber dans la luxure! A ce propos , le prophète Jérémie dit justement et
en pleurant : «Mon œil est un voleur qui dérobe mon âme!» Et avec une extrême
ferveur, votre père David priait Dieu notre Seigneur de détourner ses yeux
pour qu'ils ne voient pas les vanités, car en vérité, tout ce qui a un terme
est vain. Dites-moi donc : si quelqu'un avait deux sous pour acheter du pain,
les dépenserait-il pour acheter de la fumée? Certes non, car la fumée fait
mal aux yeux et n'apporte rien au corps. Que l'homme fasse donc de même :
qu'il cherche à l'extérieur par le regard de ses yeux et à l'intérieur par le
regard de son intelligence, à connaître Dieu son créateur et le bon plaisir
de sa volonté! Que la créature ne soit pas son but et ne l'égare pas loin du
créateur!
Chapitre 119
Car en vérité, chaque fois que l'homme voit quelque chose et qu'il oublie
Dieu qui l'a faite à son intention, il y a péché! En effet, si ton ami te
donne quelque chose à garder en souvenir de lui, mais qu'en le voyant tu
l'oublie lui-même tu l'as offensé. Ainsi fait l'homme. Quand il voit une
créature et qu'il ne se souvient pas du créateur qui l'a créée par amour pour
lui, il pèche par ingratitude envers Dieu son créateur.
C'est pourquoi, celui qui voit une femme et qui oublie Dieu qui l'a créa pour
le bien de l'homme, il l'aime, la désire et sa luxure déborde tellement qu'il
aime tout ce qui ressemble à celle qu'il aime. C'est ainsi que naquit ce
péché dont il est honteux de garder en mémoire.
Mais si l'homme met un frein à ses yeux, il dominera la sensibilité, qui ne
peut désirer que ce qui lui est présenté, et la chair sera assujettie à
l'esprit. Car de même que sans vent le bateau ne peut avancer, de même la
chair pécher sans la sensibilité.
Qu'ensuite, il soit nécessaire pour le pénitent d'abandonner les contes pour
la prière, c'est ce que montre la raison si ce n'était déjà un ordre de Dieu.
L'homme en effet pèche en toute parole inutile, tandis que notre Dieu efface
le péché par la prière. Or la prière est avocate de l'âme; elle est remède de
l'âme, elle est défense du cœur, arme de la foi, frein de la sensibilité, sel
de la chair qu'elle empêche de pourrir dans le péché. Je vous le dis, la
prière, c'est les mains de notre vie!
Aussi l'homme qui prie se défendra-t-il au jour du jugement, car sur cette
terre il aura guéri son âme du péché, il aura préservé son cœur de l'atteinte
des mauvais désirs et offensé Satan en maintenant sa sensibilité dans la loi
de Dieu. Sa chair marchera dans la justice et recevra de Dieu tout ce qu'il
demandera.
Vive Dieu, en présence de qui nous sommes, sans prière il est aussi
impossible à l'homme de faire le bien qu'à un muet de dire son fait à un
aveugle; qu'à une plaie de guérir sans onguent; aussi impossible que de se
défendre sans bouger, d'attaquer sans armes, de naviger sans gouvernail ou de
conserver de la viande sans sel. Car en vérité, celui qui n'a pas de main ne
peut pas prendre.
Si l'homme pouvait changer l'ordure en or et la boue en sucre, que
ferait-il?» Comme Jésus se taisait, les disciples répondirent : «Chacun ne
s'occuperait qu'à faire de l'or et du sucre!» Jésus dit alors : «Pourquoi
donc l'homme ne transforme-t-il pas en prière la sotte habitude de raconter
des histoires? Le temps lui est-il donné par Dieu pour qu'il l'offense?
Certes non, quel prince donnerait en effet une ville à son sujet pour qu'il
lui fasse la guerre? Vive Dieu, si l'homme savait comme l'âme se déforme par
les paroles vaines, il se trancherait la langue avec les dents plutôt que de
parler! Oh, malheureux monde : aujourd'hui les hommes ne se rassemblent pas
pour prier, mais sous les portiques du temple et dans le temple même Satan y
reçoit le sacrifice des paroles vaines, et qui pis est, des choses dont on ne
peut parler sans honte!
Chapitre 120
Voici le fruit des paroles vaines : elles affaiblissent tellement
l'intelligence qu'elle n'est plus apte à recevoir la vérité. De même qu'un
cheval accoutumé de porter une once d'ouate ne peut pas porter cent livres de
pierre.
Mais il y a pire, c'est quand l'homme passe son temps en plaisanteries. Satan
lui remet ses plaisanteries-là en mémoire pendant la prière, et au moment ou
il devrait pleurer ses péchés pour provoquer la miséricorde de Dieu et en
recevoir le pardon, il provoque sa colère en riant. Dieu le châtiera et le
réprouvera. Malheur donc à ceux qui racontent des plaisanteries et qui
parlent inutilement.
Pourtant si notre Dieu e en abomination ceux qui plaisantent et ceux qui
parlent inutilement, quel cas fera-t-il de ceux qui murmurent et qui
diffament le prochain? Et en quel état sont ceux qui traitent du péché comme
d'une affaire absolument nécessaire? Oh, monde immonde, je ne peux pas
imaginer la punition que tu recevras de Dieu!
Je vous le dis, celui qui veut faire pénitence doit donner ses paroles à prix
d'or!» Ses disciples répondirent : «Qui donc achètera des paroles d'homme à
prix d'or? Sûrement personne! Et puis, comment ferait-il pénitence? Il en
deviendrait certainement avare!» Jésus répondit : «Votre cœur est si lourd
que je ne peux pas le soulever. Faut-il donc que je vous donne le sens de
chacune de mes paroles? Pourtant remerciez Dieu qui vous a donné la grâce de
connaître ses mystères. Je ne dis pas que le pénitent doit vendre ses
paroles, mais qu'il doit s'imaginer quand il parle qu'il jette de l'or. Comme
on ne dépense de l'or que pour les choses nécessaire, il ne parlera que lorsqu'il
sera nécessaire de parler. Comme personne ne dépense de l'or pour ce qui nuit
au corps, ainsi ne parlera-t-il pas de ce qui nuit à l'âme!.
Chapitre 121
Tandis que le gouverneur juge le criminel qu'il a fait arrêter et que le
chancelier écrit, comment cet homme parle-t-il, dites-moi ? » Les disciples
répondirent : « II parle avec crainte et à propos, pour ne pas se trahir; il
prend garde de ne pas dire ce qui déplairait au gouverneur, et il cherche au
contraire à dire ce qui pourrait le faire libérer. » Jésus répondit alors :
«C'est cela que le pénitent devrait faire pour ne pas perdre son âme, car
Dieu a donné à chaque homme deux anges comme chanceliers, pour inscrire l'un
le bien, l'autre le mal que fait l'homme. Si donc l'homme veut recevoir miséricorde,
qu'il surveille son langage encore mieux qu'on ne surveille l'or.
Chapitre 122
Quant à l'avarice, qu'elle se transforme en aumône! En vérité je vous le dis,
l'avare a pour terme l'enfer comme le plomb a pour terme le centre de là
terre, car il est impossible que l'avare possède quoi que ce soit au paradis!
Savez-vous pourquoi? Je vais vous le dire. Vive Dieu, en présence de qui se
tient mon âme, bien que l'avare se taise avec sa langue, il proclame par ses
ouvres « II n'y a pas d'autre Dieu que moi !.» Tout ce qu'il a, en effet, il
entend le dépenser à son gré sans considérer ni d'où il vient, ni où il va,
alors qu'il vient au monde nu et qu'il laissera tout en mourant. Dites moi
donc, si Hérode t vous donnait un jardin à garder, mais que vous vouliez en
disposer en maître, sans envoyer aucun fruit à Hérode, si vous chassiez les
envoyés qu'il enverrait pour réclamer des fruits, dites-moi, ne vous
constitueriez-vous pas vous-mêmes rois de ce jardin ? Oui, certes! Eh bien,
je vous le dis, l'homme avare se constitue lui-même Dieu des biens qu'il a et
que Dieu lui a donnés! L'avarice est une soif qu'éprouve la sensibilité.
Comme elle vit de plaisir et qu'elle ne peut prendre son plaisir en Dieu qui
lui est caché puisqu'elle l'a perdu parle péché, elle s'efforce d'amasser'
des choses temporelles qu'elle considère comme son bien. Elle est d'autant
plus forte qu'elle se voit privée de Dieu, car la conversion du pécheur vient
de Dieu qui donne la grâce de se repentir. Comme le dit notre père David : «
Ce changement vient de la droite de Dieu » !
Il faut que je vous dise ce qu'est l'homme si vous voulez savoir comment il
doit faire pénitence. Mais remercions aujourd'hui Dieu qui nous a fait la
grâce de communiquer sa volonté par mes paroles. Alors, les mains levées, il
pria : « Seigneur, Dieu tout-puissant et miséricordieux, toi qui, en nous
créant dans ta miséricorde, nous accordas le rang d'hommes, tes serviteurs,
et la foi de ton messager véridique, nous te remercions pour chacun de tes
bienfaits et nous voulons t'adorer, toi seul, tout le temps de notre vie, en
pleurant nos péchés, en priant, en faisant l'aumône, en jeûnant, en étudiant
ta parole, en instruisant ceux qui ignorent ta volonté, en souffrant de la
part du monde pour ton amour, et en nous mortifiant pour te servir, Toi,
Seigneur, sauve-nous de Satan, de la chair et du monde, comme tu sauves tes
élus pour ton amour, pour l'amour de ton messager pour qui tu trous créas, et
pour l'amour de tous tes saints et prophètes ! » Les disciples répondaient toujours
: «Ainsi soit-il Ainsi soit-il, Seigneur! Ainsi soit-il, notre Dieu
miséricordieux ! »
Chapitre 123
Au lever du jour, le vendredi matin, de bonne heure Jésus convoqua ses
disciples après la prière et leur dit : « Asseyons-nous et, s'il plaît à
Dieu, je vous dirai ce qu'est l'homme puisque c'est aujourd'hui que Dieu le
créa de la boue de la terre. » Chacun s'étant assis, Jésus reprit : « Pour
démontrer à ses créatures sa bonté, sa miséricorde, sa toute-puissance, sa
libéralité et sa justice, notre Dieu composa en un seul et même être quatre
choses opposées l'une à l'autre. Cet être, c'est l'homme. Ces choses sont :
la terre, l'eau, l'air et le feu, pour que chacune tempère son excès par
l'autre. Il fit de ces quatre choses un réceptacle qui est le corps de
l'homme : chair, os, sang, moelle, 'peau, nerfs et veines, et tout ce qu'il y
a dedans.
A l'intérieur il mit l'âme et la sensibilité,' comme les deux mains de cette
vie. ü donna pour emplacement à ta sensibilité toutes les parties du corps et
celui-ci ta diffusa en lui comme de l'huile. A l'Ame, il donna pour
emplacement le cœur. Unie à la sensibilité, elle y dirige toute la vie.
Ayant ainsi créé l'homme, Dieu mit en lui une lumière qu'on appelle la
raison. Celle-ci devrait unir la chair, la sensibilité et l'âme dans le but
unique de travailler au service de Dieu. Puis il plaça cette œuvre dans le
paradis. Mais la sensibilité ayant séduit la raison à l'instigation de Satan,
la chair perdit le repos, la sensibilité perdit le plaisir dont elle vit et l'âme
perdit sa beauté. Et l'homme est resté en cet état. La sensibilité qui n'est
plus dirigée par la raison, ne s'apaise pas dans le travail; au contraire,
elle cherche le plaisir et suit la lumière
que lui montrent les yeux. Mais comme les yeux ne peuvent voir que la vanité,
elle se trompe et en choisissant les choses terrestres, elle pèche.
Pour que la raison distingue le bien du mal et le vrai plaisir, il faut donc
qu'elle soit de nouveau illuminée par la miséricorde de Dieu. Quand elle le
distingue, le pécheur se convertit à la pénitence. C'est pourquoi, je vous le
dis en vérité, si Dieu notre Seigneur n'illumine pas le cœur de l'homme, les
raisonnements des hommes ne serviront à rien! »
Jean dit : « A quoi servent donc les paroles des hommes » Jésus répondit : «
L'homme, en tant qu'homme, ne sert à rien pour convertir quelqu'un à la
pénitence, mais en tant que moyen dont Dieu se sert, il convertit. Aussi,
comme Dieu agit secrètement dans l'homme pour son salut, il faut écouter
chacun et le recevoir comme celui en qui Dieu nous parle. »
Jacques demanda : « Maître, si par hasard un faux prophète ou un docteur en
mensonges se présente et prétend nous enseigner, que devons-nous faire ? »
Chapitre 124
Jésus répondit par une comparaison : « Un homme s'en va avec son filet pour
'pécher. Ii prend beaucoup de poissons, mais il jette ceux qui sont mauvais.
Un homme sort pour semer, mais seul, le grain qui tombe en bonne terre
fructifiez. Ainsi devez-vous faire : écoutez chacun, mais ne recevez que la
vérité, car la vérité seule fructifie pour la vie éternelle.
André répondit : «Mais comment reconnaîtra-t-on la vérité ? » Jésus répondit
: «Recevez comme vrai tout ce qui est conforme au livre de Moïse. Car Dieu
est un, la vérité est une. En conséquence, la doctrine est une, le sens de la
doctrine est un et c'est pourquoi est une aussi la foi. Je vous le dis en
vérité, si la vérité n'avait pas été effacée du livre de Moïse, Dieu n'aurait
pas donné le second livre à David, notre père. Et si le livre de David n'avait
pas été contaminé, Dieu ne m'aurait pas envoyé l'évangile, car le Seigneur
notre Dieu est immuable et il a tenu un seul langage à tous les hommes. C'est
pourquoi, quand le messager de Dieu viendra, il purifiera tout ce que les
impies auront contaminé dans mon livre.
Celui qui écrit répondit : « Maitre, que fera l'homme si la toi est
contaminée et que parle un faux prophète? » Jésus répondit : Grande est ta
demande Barnabé! Eh bien, je te le dis, en ce cas-là, peu se sauvent! Car
alors les hommes ne font plus attention à Dieu qui est leur but. Vive Dieu Il
en présence de qui se tient mon âme, toute doctrine qui détourne l'homme de
son but, c'est-à-dire de Dieu, est une doctrine exécrable. Toi qui as offensé
Dieu et qui l'offenses chaque jour, tu considéreras trois choses dans la
doctrine : l'amour envers Dieu, l'affection envers le prochain et la haine
envers soi-même. Toute doctrine contraire à ces trois points, fuis?la, elle
est exécrable! »
Chapitre 125
l'en reviens à l'avarice, et je vous dis ceci : quand la sensibilité veut
s'emparer d'une chose ou la conserver avec ténacité, que la raison dise : «
Cette chose aura un terme.» II est évident que si elle a un terme, c'est
folie de l'aimer et qu'il faut aimer et conserver ce qui n'aura pas de terme.
Que l'avarice se transforme donc en aumône! Que l'avare' donne bien ce qu'il
a amassé pour le mal et qu'il prenne garde que sa main gauche ignore ce que
donne sa main droite! Ce sont les hypocrites qui veulent être vus et loués
par le monde quand ils font l'aumône. En vérité, ils sont stupides, car c'est
de celui pour lequel il travaille que l'homme reçoit son salaire. Si c'est de
Dieu que l'homme veut recevoir quelque chose, c'est Dieu qu'il doit servir!
Soyez attentifs en faisant l'aumône : considérez que tout ce que vous donnez
pour l'amour de Dieu, vous le donnez à Dieu. Ne rechignez pas à donner!
Donnez pour l'amour de Dieu ce que vous avez de meilleur! Dites-moi,
voudriez-vous recevoir de Dieu quelque chose de mauvais? Certes non,
poussière et cendre! Alors, comment avez-vous la foi en vous si vous donnez
quelque chose de mauvais pour l'amour de Dieu? II vaudrait mieux ne rien
donner que de donner quelque chose de mauvais.
En effet, si vous ne donniez rien, vous auriez quelque excuse selon le monde,
mais si vous donnez quelque chose de mauvais en conservant pour vous le
meilleur, quelle« sera votre excuse! Voilà tout ce que j'ai à vous dire au
sujet de la pénitence. » Barthélémy répondit : « Combien de temps doit durer
la pénitence? » Jésus répondit : « L'homme doit se repentir et faire
pénitence aussi longtemps qu'il est en état de péché. Or, l'être humain pèche
toujours. Aussi doit-il toujours faire pénitence! à moins que vous ne vouliez
faire plus grand cas de vos chaussures que de votre âme, puisque vous les
réparez chaque fois qu'elles s'abîment! »
Chapitre 126
Ayant convoqué ses disciples, Jésus les envoya deux à deux dans tout Israël
en disant : «Allez et prêchez comme vous avez entendu ! » ils assirent et il
leur posa la main sur la tête en disant « Au nom de Dieu, rendez la santé aux
malades, chassez les démons et détrompez Israël à mon sujet en lui disant ce
que j'ai dit devant le pontife! »
Et tous partirent sauf celui qui écrit, ainsi que Jacques et Jean. Ils
allèrent par toute la Judée, prêchant la pénitence comme le leur avait dit
Jésus et guérissant toute sorte :d'infirmité à tel point que furent
confirmées en Israël les paroles de Jésus : Dieu est un et Jésus
est prophète de Dieu, puisqu'une grande foule les voyait faire ce que Jésus lui-même
faisait, c'est-à-dire guérir les malades. Mais les fils du diable,
c'est-à-dire les. prêtres et les scribes, trouvèrent un autre moyen de
persécuter Jésus. Ils commencèrent à dire que Jésus aspirait à régner sur
Israël. Cependant ils craignaient le peuple; aussi c'est en secret qu'ils
complotaient contre Jésus.
Après avoir parcouru la Judée , les disciples retournèrent à Jésus. Il les
reçue comme un père reçoit ses enfants, en disant : « Dites-moi ce qu'a fait
le Seigneur notre Dieu. Oui j'ai vu Satan tomber sous vos pieds; vous le
piétiniez comme le vigneron le raisin. » Ils répondirent : « Maure, nous
avons guéri une infinité de malades et chassé beaucoup de démons qui
tourmentaient les hommes. »
Jésus dit : « Dieu vous pardonne, frères, mais vous avez péché en disant : «
Nous avons guéri », c'est Dieu qui a tout fait ! » Ils répondirent : « Nous
avons parlé comme des sots. Enseigne-nous donc comment nous devons parler! »
Jésus répondit: « En toute bonne action, dites : « Dieu a fait », Et en toute
mauvaise action, dites : « J'ai péché ». ? « Ainsi ferons-nous! » dirent les
disciples.
Jésus dit alors : « Et qu'a dit Israël après avoir vu Dieu faire par les
mains de tant d'hommes ce qu'il a fait par les miennes'' » Les disciples
répondirent
« Ils disent qu'il y a un seul Dieu et que tu es prophète de Dieu. » Jésus
répondit, le visage joyeux : Béni soit le saint nom de Dieu qui n'a pas
dédaigné le désir de son serviteur.» Cela dit, ils allèrent se reposer.
Chapitre 127
Jésus quitta le désert et entra à Jérusalem. Tout le peuple courut au temple
pour le voir. Aussi, après la lecture des psaumes, Jésus monta sur le pinacle
à l'endroit où montait le scribe. Ayant de !a main réclamé le silence, il dit
: « Frères, béni soit le saint nom de Dieu qui nous a .créés de la boue de la
terre et non d'esprit ardent, car quand nous péchons nous trouvons
miséricorde auprès de Dieu, tandis que Satan ne la trouvera jamais puisqu'il
est incorrigible dans son orgueil. Il. répète toujours qu'il est noble
puisqu'il est esprit ardent.
Avez-vous entendu, frères, ce que notre père David dit de notre Dieu : qu'il
s'est souvenu que nous sommes poussière, que notre esprit va et ne revient
pas et que c'est pour cela qu'il nous a fait miséricorde ? Heureux ceux qui
connaissent ces paroles car .ils ne pécheront pas à jamais contre leur
Seigneur; comme ils se repentent après leur péché, celui-ci ne dure pas.
Malheur à ceux qui s'exaltent car ils seront humiliés' dans les ardentes
braises de l'enfer! Dites-moi, frères, pourquoi s'exalter? En tire-t-on
quelque bien ici-bas ? Certes non! comme le dit le prophète de Dieu, Salomon
: « Tout ce qui est sous le soleil est vanité! »
Mais si les choses du monde ne nous fournissent pas'. de raison de nous
exalter dans notre coeur, encore beaucoup moins nous en donne notre vie,
tourmentée qu'elle est de nombreuses misères. Toutes les créatures
inférieures à l'homme luttent en effet contre nous! Oh, combien en a tués
l'été brûlant! Combien en a tués l'hiver gelé et froid! Combien ont été tués
par la foudre et la grêle ! Combien se sont noyés en mer par l'impétuosité du
vent! Combien sont morts de la peste, de la famine, dévorés par des fauves,
mordus par des serpents, étouffés par des aliments! Oh, malheureux homme qui
s'exalte malgré tant de contrepoids qui l'exposent à être assailli en tout
lieu par toutes les créatures!
Chapitre 128
Mais que dirais-je de la chair et de la sensibilité qui ne désirent que
l'iniquité? Que dirai-je du monde qui ne présente que le péché? des réprouvés
qui, pour servir Satan, persécutent celui qui veut vivre selon la loi de
Dieu? Oui, frères, si l'homme ouvrait les yeux, comme le dit David notre
père, il ne pécherait jamais' !
S'exalter dans son coeur, ce n'est pas autre chose que fermer la porte à la
pitié et à la miséricorde de Dieu pour qu'il ne pardonne pas! Notre père
David dit que notre Dieu s'est souvenu que nous sommes poussière ' et que
notre esprit va et ne revient pas". Or, celui qui s'exalte nie qu'il est
poussière. Comme il ne reconnaît pas le besoin où il se trouve, il n'appelle
pas à l'aide, et il irrite Dieu qui pourrait l'aider. Vive Dieu, en présence
de qui se tient mon âme, Dieu pardonnerait à Satan si Satan reconnaissait sa
misère et demandait miséricorde à son créateur, qui est béni à jamais !
Or donc, frères, moi, un homme, poussière et boue cheminant sur la terre, je
vous dis : faites pénitence et reconnaissez vos péchés! Je sais, frères, que
Satan vous a trompés au moyen de l'armée romaine quand vous disiez que
j'étais Dieu.
Gardez-vous donc de les croire : ils sont tombés dans la malédiction de Dieu
en servant des dieux faux et menteurs ainsi que notre père David les
invectiva : « Les dieux des nations sont d'argent et d'or, couvre de leurs
mains : ils ont des yeux et ne voient pas, des oreilles et n'entendent pas,
un nez et ne sentent pas, une bouche et ne mangent pas, une langue et ne
parlent pas, des mains et ne touchent pas, des pieds et ne marchent pas ! »
C'est pourquoi notre père David dit en priant notre Dieu vivant : « Qu'ils leur
soient semblables ceux qui les font et qui se confient en eux ! » ils font
toutes sortes de scélératesses. Moi je jeûne deux fois la semaine, et je
donne la dîme de tout ce que je possède ! »
Le publicain se tenait au loin. prosterné à terre. II disait en se frappant
la poitrine et la tête inclinée « Seigneur, je ne suis pas digne de
regarder le ciel ni ton sanctuaire car j'ai beaucoup péché. Aie pitié de moi
! »
En vérité, je vous le dis, le publicain redescendit du temple meilleur que le
pharisien, car notre Dieu le rendit juste en lui pardonnant tous ses péchés.
Mais le pharisien descendit pire que le publicain car notre Dieu ayant ses
actions en abomination, le réprouva.
Chapitre129
La hache se glorifiera-t-elle d'avoir coupé la forêt où l'homme a fait un
jardin? Certainement pas, car c'est l'homme qui a tout fait de ses propres
mains. Et il a fait la hache elle-même. Et toi, homme, tu te glorifierais
d'avoir fait quelque bien, alors que notre
Oh, orgueil inouï que celui des hommes créés par Dieu à partir de la terre,
ils oublient leur condition et veulent se faire un Dieu à leur gré. Sans rien
dire, ils se moquent de Dieu; c'est comme s'ils disaient : « II ne sert à
rien de servir Dieu! » car c'est ce que montrent leurs oeuvres.
C'est à cela que voulait vous réduire Satan, frères, vous faire croire que je
suis Dieu, alors que je ne peux vous être d'aucune utilité, moi qui ne peux
même pas créer une seule mouche" et qui suis passible et mortel. Si j'ai
moi-même besoin de tout, comment vous aiderais-je en tout, comme c'est le
propre de Dieu? Mais nous qui avons notre grand Dieu qui a tout créé par sa
parole, nous nous moquerons des gentils et de leurs dieux.
Deux hommes montèrent ici, au temple, pour prier; l'un était pharisien et
l'autre publicain. Le pharisien se rendit près du sanctuaire. Priant la tête
haute, il dit : «Je te remercie, Seigneur mon Dieu. car je ne suis pas comme
les autres hommes pécheurs, et particulièrement comme ce publicain : Dieu t'a
créé à partir de la boue et qu'il opère en toi tout le bien qui s'y fait
pourquoi méprises-tu ton prochain? Ne sais-tu pas que si Dieu ne te gardait
pas de Satan, tu serais pire que Satan? Ne sais-tu pas qu'un seul péché
transforma le plus beau des anges en le plus hideux des démons ? Qu'un seul
péché transforma Adam t, l'homme le plus parfait qui soit venu au monde en
malheureux, le soumettant lui et toute sa descendance à tout ce que nous
soutirons?
Quel décret as-tu qui te permette, de vivre à ton gré sans craindre personne
? Malheur à toi, boue, car pour avoir voulu t'exalter au-dessus de Dieu ton
créateur, tu seras prostrée sous les pieds de Satan ton tentateur. » Cela
dit, Jésus pria, les mains levées vers le Seigneur. Et tout le peuple disait
: «Qu'il en soit ainsi ! Qu'il en soit ainsi ! »
toucher!» Jésus dit alors : « Simon, je dois te dire quelque chose ». Simon
répondit : « Parle, Maître, car je désire ta parole !»
Chapitre 130
Jésus dit : « II était une fois un homme qui avait deux débiteurs. L'un lui devait
cinquante sous et l'autre cinq cents. Comme ils n'avaient pas de quoi payer.
pris de pitié, il remit à chacun sa dette. Lequel aima le plus son
créditeur?» Simon répondit : « Celui auquel fut remise la plus grande dette!
» Jésus dit : « Tu as bien dit ! »
Aussi je te le dis, considère cette femme ainsi que toi-même. Tous deux vous
étiez débiteurs de Dieu. l'un pour la lèpre du corps et l'autre pour la lèpre
de l'âme, c'est-à-dire le péché. Pris de pitié par mes prières, Dieu
notre Seigneur. a voulu guérir chez toi le corps, et chez elle l'âme. Mais
toi, tu m'aimes
Quand il eut terminé la prière, il descendit du pinacle. On lui présenta
alors de nombreux infirmes auxquels il rendit la santé et il quitta le
temple.
Alors Simon le lépreux, qu'il avait guéri, l'invita à manger le pain. Les
prêtres et les scribes qui haïssaient Jésus racontèrent à l'armée romaine ce
que Jésus avait dit contre leurs dieux. Aussi cherchaient-ils un moyen de le
tuer, mais ils ne le trouvaient pas car ils craignaient le peuple.
Jésus étant entré dans la maison de Simon, ils se mirent à table. Tandis
qu'ils mangeaient, voici qu'une femme du nom de Marie, pécheresse publique,
entra dans la maison. Prosternée à terre, derrière les pieds de Jésus; elle
les lavait de ses larmes, les oignait d'un onguent précieux et les essuyait
de ses cheveux. Simon et tous ceux qui mangeaient se scandalisèrent. Ils
disaient en eux-mêmes : «S'il était prophète, il saurait qui et comment est
cette femme et il ne se laisserait pas peu car tu as peu reçu : Quand je suis
entré dans ta maison, tu ne m'as pas donné un baiser, tu n'as pas oint ma
tête. Par contre cette femme, tu as vu qu'aussitôt entrée chez toi elle s'est
placée à mes pieds ; elle les a lavés de ses larmes et les a oints d'un
onguent précieux. C'est pourquoi je te dis en vérité, beaucoup de péchés lui
sont remis parce qu'elle a beaucoup aimé! »
Et se tournant vers la femme, il dit : « Va en paix car le Seigneur notre
Dieu t'a pardonné tes péchés ! Mais prends garde de ne plus pécher! Ta foi
t'a sauvée!»
Chapitre 131
Après la prière de la nuit, les disciples s'approchèrent de Jésus et dirent :
« Maître, comment devons-nous faire pour fuir l'orgueil ? » Jésus répondit :
« Avez-vous vu un pauvre, invité par un prince à manger le pain? » Jean
répondit: « Moi j'ai mangé le pain chez Hérode, car avant de te connaître,
j'allais pêcher et je vendais le poisson à ta maison d'Hérode. Un jour que
celui?ci donnait un repas, j'avais apporté un beau poisson et il me fit
rester pour manger.
Jésus dit alors : «Comment? Tu as mangé le pain avec des infidèles! Que Dieu
te pardonne, Jean! Mais dis-moi, comment t'es-tu componé à table ? As-tu
cherché à avoir la place !a plus honorable ? As-tu demandé les aliments les
plus recherchés ? As-tu parlé sans être interrogé? As-tu pensé que tu étais
plus digne que les autres de t'asseoir à table ? »
Jean répondit : « Vive Dieu! En me voyant moi, vil pécheur mal vêtu, assis
parmi les barons du roi, je n'osais pas lever les yeux! Puis, le roi m'ayant
donné un morceau de viande, il me sembla que le monde me tombait sur la tête
à cause de la grandeur de cette faveur. Je le dis en vérité, si le roi avait
été de notre loi, j'aurais voulu le servir tout le temps de ma vie! »
Jésus cria : « Tais-toi, Jean. je crains que Dieu ne nous engloutisse comme
Abiron à cause de notre orgueil ! » Les disciples tremblèrent d'épouvante aux
paroles de Jésus. Puis il ajouta : « Craignons que Dieu ne nous engloutisse à
cause de notre orgueil ! »
« Frères, vous avez entendu Jean et comment on fait chez un prince. Malheur
aux hommes qui viennent au monde, car s'ils vivent dans l'orgueil, ils
mourront dans l'ignominie et s'en iront dans là confusion.
Ce monde en effet est une maison où Dieu invite les hommes à manger; tous les
saints et prophètes de Dieu y ont mangé. Je vous le dis en vérité, tout ce
que reçoit l'homme, il le reçoit de Dieu. Aussi l'homme devrait-il demeurer
dans une extrême humilité, en reconnaissant sa bassesse et la grandeur de
Dieu, et le grand bienfait qu'il nous accorde en nous nourrissant. II n'est
donc pas permis à l'homme de dire : « Pourquoi fait-on ceci et pourquoi
dit-on cela dans le monde?» Qu'il se regarde lui-même au contraire et qu'il
se reconnaisse indigne ? ce qu'il est en vérité, de se tenir dans le
monde à la table de Dieu.
Vive Dieu, en présence de qui se tient mon âme, en ce monde on ne reçoit de
Dieu rien de si petit que l'homme ne doive donner sa vie en retour pour
l'amour de Dieu! Vive Dieu, tu n'as pas péché, Jean, en mangeant avec Hérode,
car Dieu t'y disposa pour que tu sois notre maître et celui de quiconque
craint Dieu. Faites en sorte, dit Jésus à ses disciples, de vivre dans le
monde comme vécut Jean chez Hérode quand il margea le pain avec lui. et, en
vérité, en toute chose vous serez exempts d'orgueil ! »
Chapitre132
Tandis qu'il cheminait au bord de la mer de Galilée, Jésus fut entouré d'une
grande multitude de gens. monta alors dans une barque qui d'elle-même
s'éloigna un peu de la rive, et s'arrêta assez près de la terre pour qu'on
puisse entendre sa voix. Tous s'approchèrent de la mer, s'assirent et
attendirent qu'il parle.
Ayant donc ouvert la bouche, il dit : « Voici que sortit le semeur. En
semant, une partie de la semence tomba sur la toute; elle fut piétinée par
les hommes et mangée par les oiseaux. Une partie tomba sur les pierres, mais
en poussant, comme elle n'avait pas d'humidité, elle sécha au soleil . Une
partie tomba dans les haies, et en poussant, les épines étouffèrent la
semence. Enfin une partie tomba dans la bonne terre et elle produisit jusqu'à
trente, soixante, et même cent. »
Jésus dit encore : « Voici qu'un père de famille sema du bon blé dans son
champs. Puis, tandis que dormaient les serviteurs du brave homme, l'ennemi de
leur patron vint et sema l'ivraie par-dessus la bonne semence. Quand le blé
leva, on vit qu'une grande quantité d'ivraie avait poussé avec le blé. Les
serviteurs s'approchèrent du patron et dirent
« Seigneur, n'as-tu pas semé de la bonne semence dans ton champ? Pourquoi
donc une grande quantité d'ivraie a-t-elle levé ? » Le patron répondit : « Du
bon blé, j'en ai semé, mais pendant que les hommes
Jésus dit encore : « Voici un citadin dont la source fournit de l'eau à tous
ses voisins pour laver leurs saletés alors que lui-même laisse détériorer ses
propres habits. »
Jésus dit encore : « Deux hommes sortirent pour vendre des pommes. L'un
voulait vendre la peau de la pomme au poids de l'or, sans s'occuper dé la
pulpe ; l'autre cherchait seulement à donner les pommes contre un morceau de
pain pour le voyage. Mais les hommes achetèrent la peau des pommes au poids
de l'or, sans s'occuper de celui qui voulait les leur donner; bien plus, ils
le méprisèrent ! »
Et ainsi, ce jour-là, Jésus parla à la foule en paraboles. Ayant congédié
celle-ci, il se rendit avec ses disciples à Naïn où il avait ressuscité"
le fils de la veuve. Celui-ci et sa mère le reçurent chez eux et le
servirent.
Chapitre 133
Les disciples s'approchèrent de Jésus et l'interrogèrent : « Maître,
donne-nous le sens des paraboles que tu as dites au peuple ! » Jésus répondit
: dormaient, l'ennemi de l'homme vint et sema l'ivraie par-dessus le blé! »
Les serviteurs dirent: « Veux-tu que nous allions retirer l'ivraie du blé ? »
Le patron répondit : « Ne te faites pas, parce que vous arracheriez en même
temps le blé; attendez au contraire que vienne le temps de la récolte, alors
vous irez retirer l'ivraie du blé et vous la jetterez au feu. Quant au
froment, vous le mettrez dans mon grenier! »
Jésus dit encore : « beaucoup d'hommes sortirent pour vendre des figues. Une
fois sur la place, voici que les hommes ne cherchaient pas de bonnes figues,
mais de belles feuilles. Pour cette raison, les hommes ne purent pas vendre
les figues. Ce qu'ayant vu, un mauvais citadin se dit : « Je peux certainement
devenir riche ! » Il appela donc deux de ses fils et ils allèrent cueillir
une grande quantité de feuilles avec de mauvaises figues. Ils les vendirent à
prix d'or, car les hommes appréciaient beaucoup les feuilles. Par la suite,
en mangeant les figues, les hommes tombèrent très gravement malades. »
« L'heure de prier approche. Mais quand nous aurons fait !a prière des
vêpres, je vous dirai le sens des paraboles. » La prière faite, les disciples
s'approchèrent de Jésus. I! leur dit : « L'homme qui sème sur la route, sur
tes pierres, sur les épines et dans la bonne terre, c'est celui qui enseigne
la parole de Dieu. Elle tombe sur un grand nombre d'hommes. Elle tombe sur
?la route quand elle parvient aux oreilles des marins et des marchands, car
Satan ôte de leur mémoire la parole de Dieu à cause des longs voyages qu'ils
font et de la diversité des. nations qu'ils fréquentent.
Elle tombe sur les pierres quand elle parvient aux oreilles des courtisans,
car elle ne pénètre pas en eux à cause du grand souci qu'ils prennent de
servir le corps d'un prince; même s'ils gardent quelque mémoire de la parole
de Dieu, ils l'oublient dès qu'ils ont quelque tracas. Ne servant pas Dieu en
effet, ils ne peuvent pas espérer son aide.
Elle tombe dans les épines, quand elle parvient aux oreilles de ceux qui
aiment leur propre vie. Même si la parole de Dieu croît en eux, quand les
désirs charnels croissent, ils étouffent la bonne semence de la parole de
Dieu, cal' les satisfactions charnelles font abandonner. la parole de Dieu.
La parole de Dieu tombe dans la bonne terre quand elle parvient aux oreilles
de celui qui craint Dieu ; elle porte alors du finit de vie éternelle. Je
vous le dis donc en vérité, en tout état de vie, si l'homme craint Dieu, la
parole de Dieu portera fruit en lui.
Quant à ce père de famille, en vérité je vous le dis, c'est Dieu, notre
Seigneur, père de toute chose puisqu'il a faut créé. Mais il n'est pas père
par nature, car il ne comporte pas de mouvement, et sans mouvement on ne peut
engendrer. C'est notre Dieu, donc, auquel appartient ce monde. Son champ,
c'est les hommes. La semence, c'est la parole de Dieu. Quand les docteurs
négligent la prédication de la parole de Dieu pour s'occuper des affaires du
monde, Satan sème l'erreur dans le tacot des hommes. C'est ainsi que sont
nées une infinité de sectes à la doctrine détestable.
Les saints et les prophètes crient : « Seigneur, n'as-tu pas donné une bonne
doctrine aux hommes? Pourquoi donc y a-t-il tant d'erreurs ?» Dieu répond «
J'ai donné une bonne doctrine aux hommes, mais pendant que les hommes se sont
adonnés aux vanités, Satan y a semé des erreurs pour détruire ma loi ! » Les
saints disent : «Seigneur, nous disperserons ces erreurs en détruisant les
hommes! Dieu répond : « Ne le faites pas, car les fidèles sont tellement unis
aux infidèles par lien de parenté qu'on perdrait le fidèle avec l'infidèle!
Mais attendez jusqu'au jugement! En ce temps-là, les infidèles seront
rassemblés par mes anges et seront chassés eu enfer avec Satan. Alors les bons
fidèles viendront
Chapitre 134
Ceux qui portent les bonnes figues. ce sont les vrais docteurs qui prêchent
la bonne doctrine, mais le monde qui se complaît dans les mensonges cherche
auprès des docteurs les feuilles des belles paroles et de la flatterie. Ce
que voyant. Satan se joint à la chair
dans mon royaume. » Il est certain que beaucoup de pères infidèles
engendreront des fils fidèles et à cause d'eux, Dieu attend que le monde
fasse pénitence.
et à la sensibilité et apporte un grand nombre de feuilles, c'est la quantité
de choses terrestres dans lesquelles il cache le péché. En recevant celui-ci,
l'homme tombe malade et se tourne vers la mort éternelle.
Le citadin quia de l'eau et qui la donne à d'autres pour que son eau lave
leurs impuretés tandis qu'il laisse détériorer ses propres vêtements, c'est
le docteur qui prêche la pénitence à d'autres alors que lui-même demeure
toujours dans le péché. Oh le malheureux! Ce ne sont pas les anges, mais sa
propre langue qui écrit dans l'air la peine qui lui convient! Si quelqu'un
avait la langue d'un éléphant et le restant du corps petit comme une fourmi,
ne serait-il pas monstrueux ? Oui, bien sûr, eh bien, je vous le dis, en
vérité, il est plus monstrueux encore celui qui prêche aux autres la
pénitence mais qui ne se repent pas de ses propres péchés.
Et ces deux hommes qui vendent des pommes? L'un prêche pour l'amour de Dieu
et ne flatte personne. Au contraire, il prêche en vérité et ne recherche que
la nourriture d'un pauvre. Vive Dieu, en présence de qui se tient mon âme, un
tel homme n'est pas bien reçu par le monde, mais bien plutôt méprisé ! Par
contre, celui qui vend la peau au poids de l'or et qui donne la pomme, c'est
celui qui prêche pour plaire aux hommes. En flattant le monde, il perd l'âme
qui accepte sa flatterie. Combien ont péri ainsi! »
Celui qui écrit répondit alors :«Comment faut-il écouter la parole de Dieu et
à quoi reconnaît-on celui qui prêche pour l'amour de Dieu?» Jésus répondit :
« On doit écouter celui qui prêche, quand il prêche la bonne doctrine, comme
si c'était Dieu qui parlait, car Dieu parle par sa bouche. Mais celui qui ne
réprouve pas les péchés et qui au contraire, fait acception des personnes en
les flattant, il faut le fuir comme un horrible serpent, car en vérité il
empoisonne le coeur humain. Comprenez-vous? Je vous le dis en vérité, de même
que le blessé n'a pas besoin de beaux bandages pour panser ses plaies, mais
bien de bon onguent, de même le pécheur n'a pas besoin de beaux discours,
mais plutôt de bons reproches pour qu'il cesse de pécher. »
Chapitre 135
Pierre dit alors : « Maître, pour que l'homme fuie le péché, dis-nous
'comment seront tourmentés les damnés et combien de temps ils resteront en
enfer ! »
Jésus répondit : « Pierre, grande est ta demande ; pourtant, s'il plaît à
Dieu, je te répondrai : Sachez donc que l'enfer est un, même s'il comporte
sept cercles superposés : il s'y trouve sept peines tout comme il y a sept
sortes de péchés que Satan a engendrés comme les sept portes de l'enfer.
En effet, l'orgueilleux, c'est-à-dire le plus hautain de coeur, sera
précipité dans le cercle le plus bas en passant par tous les cercles
intermédiaires et en y souffrant toutes les peines qui s'y trouvent. Comme il
s'efforce ici bas d'être supérieur à Dieu en voulant agir à sa guise à
l'inverse de ce que Dieu commande et qu'il ne veut connaître aucun supérieur,
il sera placé là?bas sous les pieds de Satan et de ses diables qui le
piétineront comme du raisin quand on fait le vin. Et il sera pour toujours
tourné en dérision et en raillerie par les diables.
L'envieux qui se ronge ici-bas du bien qui arrive au prochain et qui se
réjouit de son malheur, descendra dans le sixième cercle; il y sera rongé par
une grande quantité de serpents infernaux ; il lui semblera que tout ce qui
se trouve en enfer se réjouit de son tourment et s'afflige de ce qu'il ne
soit pas descendu au septième cercle. En effet, bien que les damnés ne soient
susceptibles de se réjouir d'aucune manière, la justice de Dieu fera en sorte
que le misérable les voie ainsi. Comme celui qui croit voir en songe
quelqu'un qui le méprise et qui s'en tourmente, ainsi en sera-t-il pour le
misérable envieux; là où il n'y a aucune joie, il lui semblera que chacun se
réjouit de son malheur et s'afflige qu'il ne lui soit pas arrivé pire !
L'avare descendra au cinquième cercle; il y souffrira une pauvreté extrême,
comme la souffrit le riche bon vivant ; pour accroître son tourment, les
démons lui présenteront ce qu'il voudra, mais quand il l'aura entre les
mains, d'autres diables le lui enlèveront violemment, en disant :«
Rappelle-toi que tu n'as pas voulu donner pour l'amour de Dieu Aussi
maintenant, Dieu ne veut pas que tu reçoives » Oh, le malheureux homme!
qu'éprouvera-t-il et en voyant la pénurie présente et en se rappelant
l'abondance passée, et qu'il pouvait, avec les biens qu'il ne peut plus
avoir, acquérir les délices éternelles !
Au quatrième cercle, s'en ira le luxurieux. Ceux qui auront transformé la
voie que Dieu leur avait donnée, seront plongés dans l'excrément brûlant du
diable comme du blé que l'on cuit; ils y seront enlacés par d'horribles
serpents infernaux. Quant à ceux qui auront péché avec des prostituées,
toutes leurs actions impures se changeront en union avec les furies
infernales qui sont des démons en forme de femmes; leurs cheveux sont des
serpents, leurs yeux du soufre enflammé, leur bouche est vénéneuse, leur
langue est du fiel, leur corps est tout frisé d'hameçons recourbés comme ceux
avec lesquels on prend l'imprudent poisson, leurs griffes sont comme celles
d'un griffon, leurs ongles sont des rasoirs et leur sens génital a pour
nature le feu. Chaque luxurieux jouira avec elles des braises infernales qui
seront son lit !
Au troisième cercle. descendra le paresseux qui ne veut pas travailler maintenant.
On y bâtit des villes et des constructions immenses qu'il faut détruire dès
qu'elles sont faites sous prétexte qu'une seule pierre n'est pas bien placée.
Leurs pierres, très grandes. sont placées sur les épaules du paresseux.
Celui-ci n'a pas les mains libres pour se rafraîchir le corps tandis qu'il
marche, ni pour soulever la charge car la paresse lui a enlevé la force des
bras et que ses pieds sont enchaînés par des serpents infernaux. Ce qui est
pire. derrière lui se trouvent des démons qui le poussent et le font souvent
tomber à terre sous la charge que personne ne l'aide à soulever; et comme il
tarde trop à la soulever, une double charge lui est imposée !
Au deuxième cercle, descendra le gourmand. Or, ici, la famine est si grande
qu'on n'y mange que
des scorpions et des serpents vivants : ils procurent un tel tourment qu'il
vaudrait mieux n'être jamais né que de manger une telle nourriture.
Des aliments recherchés lui sont bien présentés, en apparence, par les
démons, mais comme il a les mains et les pieds liés par des chaînes de feu,
il ne peut prendre en main ce vent qui lui parait être un aliment. Et ce qui
est pire, ces scorpions mêmes qu'il mange pour qu'ils lui dévorent le ventre,
ne pouvant sortir vite, déchiquettent ses parties secrètes. Quand ils sont
sortis, souillés et immondes, le gourmand les remange sales comme ils sont !
Le coléreux descend au premier cercle. II y est outragé par tous les diables.
Tous ceux qui descendent, damnés inférieurs à lui, se moquent de lui et le
frappent. Ils le font coucher sur la route où ils passent et lui mettent les
pieds sur la gorge. II ne peut se défendre puisqu'il a les mains et les pieds
liés. Ce qui est pire, c'est qu'il ne peut donner cours à sa colère en
outrageant les autres, car sa langue est accrochée par un clos semblable à
celui dont se sert le bouchers.
En cet endroit maudit, il y aura une peine générale, commune à tous les
cercles, comme on mélange tous les grains pour en faire un pain, car le feu,
la glace, la tempête, les éclairs, le soufre, la chaleur, le froid, le vent,
la rage, l'épouvante seront tous si bien unis par la justice de Dieu, que le
froid ne tempérera pas le chaud, ni le feu la glace, mais que chaque chose
apportera un tourment au misérable pécheur!
Chapitre 136
En ce lieu maudit, les infidèles demeureront toujours en sorte que si le
monde était plein de grains de mil et si, pour le vider, un seul oiseau en
enlevait un grain tous les cent ans et si les infidèles ne devaient aller au
paradis qu'une fois le monde vidé, ils demeureraient là avec joie. Mais cette
espérance n'existe pas. Leur tourment ne peut avoir de fin car ils ne
voulurent pas mettre fin à leur péché pour l'amour de Dieu.
Quant aux fidèles, ils seront soulagés et leur tourment prendra fin. » En
entendant cela, les disciples furent effrayés et dirent : « Les fidèles
doivent-ils donc aller en
enfer? » Jésus répondit : « Chacun, quel qu'il soit, doit aller en enfer. Il
est vrai toutefois que les saints et prophètes de Dieu s'y rendront pour
voir, sans souffrir aucune peine et qu'ils n'en retireront que de la crainte.
Mais que dis?je ? le messager de Dieu lui-même s'y rendra pour voir la
justice de Dieu, et l'enfer en tremblera devant lui. Et, comme il sera de
chair humaine, tous ceux qui sont de chair humaine et qui se trouveront dans
la peine, seront exempts de peine aussi longtemps que le messager de Dieu
restera à regarder l'enfer. Mais il y restera le temps qu'il faut pour fermer
et ouvrir les yeux. Dieu fera cela pour que toute créature sache qu'elle a tiré
profit du messager de Dieu. Quand il s'y rendra, tous les diables chercheront
à se cacher sous les braises ardentes, poussant des cris et se disant l'un à
l'autre : « Fuis, fuis, car voici qu'arrive Muhammad, notre ennemi ! »
En l'entendant, Satan se frappera la face des deux mains et il dira en
poussant des cris : « A ma honte, tu es plus noble que moi et cela n'est pas
juste !»
Quant aux fidèles, répartis en soixante-douze degrés, ceux des deux derniers
degrés qui auront eu la foi mais sans faire le bien, ? les uns s'attristant
de devoir bien agir et les autres se réjouissant du mal ?, ils resteront en
enfer soixante-dix mille ans. Après ces années là, l'ange Gabriel se rendra
en enfer et il entendra dire : « O Muhammad, où sont les promesses qui nous
ont été faites selon lesquelles ceux qui auront eu la foi ne resteraient pas
en enfer pour toujours? »
Alors l'ange de Dieu retournera au paradis, et après s'être approché avec
révérence du messager de Dieu il lui racontera tout ce qu'il aura entendu. Le
messager s'adressera alors à Dieu et dira « Seigneur, mon Dieu, souviens-toi
que tu as promis à moi, ton serviteur, que ceux qui ont reçu ma foi ne
resteraient pas en enfer pour toujours!» Dieu répondra : « Demande tout ce
que tu veux, mon ami, et je te donnerai tout ce que tu demanderas ! »
Chapitre 137
Le messager de Dieu dira alors : « Seigneur, il y a des fidèles qui sont
restés en enfer soixante-dix mille ans! Où est, Seigneur, ta miséricorde ? Je
te prie, Seigneur, de les libérer de ces peines amères! » Dieu ordonnera
alors à ses quatre anges favoris, d'aller en enfer, d'en retirer tous ceux
qui ont la foi de son messager, et de les conduire au paradis. Ce qu'ils
feront. Tel sera l'avantage de la foi du
messager de Dieu : ceux qui auront cru en lui, même s'ils n'ont pas bien agi,
du moment qu'ils sont morts avec cette fois-là, iront au paradis après
la peine que j'ai dite.
Le matin venu, de bonne heure, tous les hommes de la ville, ainsi que les
femmes et les enfants, vinrent à la maison où Jésus se tenait avec ses
disciples et le supplièrent : « Seigneur, aie pitié de nous! Cette année, les
vers ont rongé le blé, et il n'y aura pas de pain cette année dans notre
région! » Jésus répondit : « Comme vous avez peur! Ne savez-vous pas que
pendant les trois années de la persécution d'Achab, Elie, le serviteur de
Dieu n'a pas vu de pain, et ne s'est nourri que d'herbes et de fruits
sauvages ? David, notre père, prophète de Dieu, persécuté par Saül, demeura
deux ans en ne mangeant que des fruits sauvages et des herbes z ; il ne
mangea que deux fois du pain. » Les hommes répondirent : « Seigneur, ils
étaient prophètes de Dieu, nourris de joie spirituelle; c'est pour cela
qu'ils ont survécu ! Mais comment feront ces enfants? » Et ils lui montrèrent
la multitude de leurs enfants.
Chapitre 138
Alors Jésus eut pitié de leur misère et dit « Combien de temps faut-il encore
pour la moisson? » Ils répondirent : « Vingt jours! » Jésus dit alors : «
Faites en sorte que nous employions ces vingt jours à jeûner et à prier, et
Dieu vous fera miséricorde . En vérité, je vous le dis, c'est Dieu qui a
causé cette pénurie, car c'est en ce lieu que commença la folie des hommes et
le péché d'Israël, quand ils ont dit que j'étais Dieu ou fils de Dieu.
Après avoir jeûné dix-neuf jours, au matin du vingtième, ils virent les
champs et les collines couvertes de blé mûr. Alors ils coururent à Jésus et
le lui dirent. L'ayant entendu, Jésus rendit grâces à Dieu. Puis il dit : «
Allez, frères, récoltez le pain que Dieu vous a donné! » Les hommes
récoltèrent tant de blé qu'ils ne savaient plus où le conserver; cela fut
cause d'abondance en Israël. Les habitants de la ville tinrent conseil pour
faire de Jésus leur roi. Le sachant, celui-ci s'enfuit de chez eux, et les
disciples peinèrent quinze jours à le trouver.
Chapitre 139
Celui qui écrit, ainsi que Jacques et Jean, retrouvèrent Jésus'. Ils dirent
en pleurant : « Pourquoi as-tu fui, Maître ? Pleins de douleur, nous t'avons
cherché. Tous tes disciples te cherchent en pleurant ! » Jésus répondit : «
J'ai fui parce que j'ai appris qu'une armée de diables me préparait ce que
vous verrez bientôt. Les princes des prêtres et tes anciens du peuple se
dresseront contre moi et prendront pouvoir du gouverneur romain pour me tuer,
de crainte que je ne veuille usurper la royauté en Israël. En outre, je serai
vendu et trahi par un de mes disciples comme Joseph fut vendu en Egypte ;
pourtant Dieu juste le fera tomber comme dit le prophète David : « II fera
tomber dans la fosse celui qui tend le piège à son prochain. » Dieu en effet,
me sauvera de leurs mains et me retirera du monde. » Les trois disciples
prirent peur et Jésus les réconforta en disant : « Ne craignez pas, aucun de
vous ne me trahira!» Et ils en reçurent quelque consolation.
Le jour suivant, trente six disciples de Jésus arrivèrent deux par deux. En
attendant les autres, ils se rendirent à Damas. Tous étaient affligés, car
ils savaient que Jésus devait s'en aller du monde.
Alors, ayant ouvert la bouche, il dit : « Celui qui marche sans savoir où il
doit aller est évidemment malheureux, mais beaucoup plus malheureux encore
est celui qui, pouvant et sachant comment arriver à bon port, souhaite
s'arrêter, et le veut sur la route boueuse, dans la pluie et au péril des
voleurs. Dites-moi, frères, ce monde est-il notre patrie ? Sûrement pas, car
le premier homme fut chassé dans le monde comme en exil, afin d'y souffrir la
peine de sa faute. Existe-t-il un seul exilé qui, se trouvant dans la
pauvreté, n'aspire à retourner dans sa riche patrie? La raison certes le nie,
mais l'expérience le prouve, car les amis du monde ne veulent pas penser à la
mort, et même quand on en parle, ils ne veulent pas l'entendre.
Chapitre 140
Croyez-vous, ô hommes, que je sois venu dans le monde avec un privilège
qu'aucun homme n'a eu et que n'aura même pas le messager de Dieu? Notre Dieu
ne créa pas l'homme pour le mettre dans le monde, mais pour le placer dans le
paradis. Certes, celui qui n'attend rien des Romains puisqu'ils sont d'une
loi étrangère à la sienne, ne veut pas quitter sa patrie et tous ses biens
sans y jamais revenir pour aller habiter Rome. Et beaucoup moins le ferait-il
encore s'il se trouvait avoir offensé César! Aussi je vous le dis en vérité,
et Salomon, prophète de Dieu le crie avec moi : « Ô mort, comme ta pensée est
amère pour ceux qui se sont reposés dans leurs richesses ! »
Je ne le dis pas comme si je devais mourir maintenant, puisque je suis sûr de
vivre jusque vers !a fin du monde, mais je vous en parlerai afin que vous
appreniez à mourir. Vive Dieu, tout ce qu'on ne fait qu'une seule fois, on le
fait mal. Pour bien faire quelque chose, il faut s'y exercer. Avez-vous vu
les soldats qui, en temps de paix, s'exercent entre eux comme s'ils étaient
en guerre? Au contraire comment mourra-t-il de bonne mort l'homme qui
n'apprend pas à bien mourir? « Elle est chère devant Dieu la mort des saints
» dit le prophète David. Savez-vous pourquoi? Je vais vous le dire c'est que
toutes les choses rares sont chères et que la mort de ceux qui meurent bien
est rare. Leur mort est donc chère devant Dieu notre créateur. Certes, ce que
l'homme entreprend, non seulement il veut le finir, mais encore il s'efforce
que son intention arrive à bonne fin. O malheureux homme, qui apprécie plus
ses chausses que lui-même! En effet, lorsqu'il taille l'étoffe, il mesure
soigneusement
avant de la couper. Une fois coupée, il la coud avec soin. Mais la vie, qui
est née pour mourir ? car seul ne meurt pas celui qui ne nait pas, pour
quelle raison les hommes ne veulent-ils pas la mesurer à la mort? Avez-vous
vu les maçons? A chaque pierre qu'ils posent, ils visent les fondations' en
mesurant si elle est en place, pour que le mur ne tombe pas. O homme
misérable, la construction de sa vie tombera dans un énorme écroulement parce
qu'il ne vise pas aux fondations, c'est-à-dire à la mort. »
Chapitre 141
Dites-moi, quand l'homme naît, comment naît-il ? II naît évidemment nu. Et
quand on le met, mort, en terre, que récolte-t-il ? Un linceul grossier dans
lequel on l'enveloppe; voilà la récompense que lui donne le monde! Eh bien,
si en toute oeuvre les moyens doivent être proportionnés au commencement et à
la fin pour qu'elle arrive à bonne fin, quelle fin aura donc l'homme qui veut
des richesses terrestres? II mourra, comme dit David prophète de Dieu : « Le
pécheur mourra de mate mort» ! Si un tailleurs mettait des poutres au lieu de
fil dans le trou de l'aiguille pour coudre les vêtements, comment
réussirait-il son ouvrage ? II travaillerait évidemment en vain et il serait
raillé par ses voisins. Or, l'homme ne voit-il pas que c'est continuellement
ce qu'il fait quand il amasse des biens terrestres, car la mort est le trou
de l'aiguille que les poutres des biens terrestres ne peuvent pas traverser!
Néanmoins, le fou s'efforce continuellement de faire aboutir son ouvrage,
mais en vain !
Celui qui ne croit pas à mes paroles, qu'il regarde les tombes et il y
trouvera la vérité. Celui qui veut devenir plus sage que les autres, qu'il
étudie avec crainte de Dieu le livre des tombes et il y trouvera la vraie
doctrine pour son salut, car en voyant que la chair humaine est conservée
pour être l'aliment des vers, il saura se garder du monde, de la chair et de
la sensibilité. Dites-moi, s'il y avait une route faite de telle sorte qu'en
marchant au milieu, l'homme irait en sécurité, tandis qu'en marchant sur les
côtés il se casserait la tête, que diriez-vous de voir les hommes s'opposer
entre eux et rivaliser à qui irait le plus sur les côtés pour se tuer? Quelle
serait votre stupeur! Vous diriez certainement qu'ils sont fous et détraqués,
et, s'ils ne sont pas détraqués, qu'ils sont désespérés! » ? « C'est bien
cela! » répondirent les disciples. Alors Jésus dit en pleurant : « En vérité,
ils sont pourtant comme cela les amis du monde, car s'ils vivaient selon la
raison qui se tient au milieu de l'homme, ils suivraient la loi de Dieu et se
sauveraient de la mort éternelle. Mais en suivant la chair et le monde, en
rivalisant à qui vivra le plus orgueilleusement et le plus lascivement, ils
sont détraqués et ennemis cruels d'eux-mêmes.
Chapitre 142
Voyant que Jésus avait fui, Judas, le traître, perdit l'espoir de devenir
puissant dans le monde. II tenait en effet la bourse de Jésus qui contenait ce
qui lui avait été donné pour l'amour de Dieu. Il espérait que Jésus
deviendrait roi d'Israël et qu'ainsi lui-même deviendrait un homme puissant.
Ayant perdu cet espoir, il se dit à lui-même : s'il était prophète, il
saurait que je lui vole les deniers. Sachant que je ne crois pas en lui, il
perdrait patience et me chasserait de son service. S'il' était sage, il ne
fuirait pas l'honneur que Dieu veut lui donner. II vaut donc mieux que je me
mette d'accord avec les princes des prêtres, avec les scribes et les
pharisiens et que je m'arrange pour le livrer entre leurs mains. Ainsi
pourrais-je obtenir quelque bien.
Ayant pris sa décision, il fit savoir aux scribes et aux pharisiens ce qui
s'était passé à Nain. Ceux-ci tinrent conseil avec le grand prêtre et dirent
: « Que ferons-nous s'il devient roi? Cela ira vraiment mal pour nous, car il
ne peut souffrir nos traditions; il voudra réformer le culte de Dieu selon la
coutume antique. Et que ferons-nous sous la domination d'un tel homme? Nous
périrons certainement tous avec nos enfants, car, chassés de nos fonctions,
nous devrons mendier notre pain. Nous avons maintenant, Dieu en soit loué, un
roi et un gouverneur étrangers à notre loi. Ils ne s'occupent pas de notre
loi, de même que nous ne nous occupons pas de la leur. Ainsi nous pouvons
faire ce que nous voulons. Et même si nous péchons, notre Dieu est si
miséricordieux qu'il s'apaise par le sacrifice et par le jeûne. Mais si
celui-ci devient roi, il ne s'apaisera pas tant qu'il n'aura pas vu le culte
de Dieu établi comme l'écrit Moïse. Et ce qui est pire, il dit que le Messie
ne viendra pas de la souche de David comme nous l'a dit un de ses principaux
disciples, mais il dit qu'il viendra de la souche d'Ismaël et que la promesse
fut faite pour Ismaël et non pour Isaac. Qu'arrivera-t-il si nous le laissons
vivre ? Les Ismaélites gagneront certainement l'estime des Romains qui leur
donneront notre région et Israël sera de nouveau réduit en esclavage comme il
l'a été dans le passé. »
Ayant entendu ce qu'on proposait, le pontife répondit qu'il fallait en
traiter avec Hérode et avec le gouverneur, « car la foule est tellement bien
disposée à son égard que sans armée nous ne pourrons rien faire. Plaise à
Dieu qu'avec l'armée nous puissions conclure cette affaire! » Ayant tenu
conseil entre eux, ils décidèrent alors de le prendre de nuit quand le
gouverneur et Hérode auraient décidé d'intervenir.
Chapitre 143
Comme les disciples étaient tous arrivés à Damas par la volonté de Dieu, et
que ce jour-là Judas le traître montrait plus que tout autre qu'il avait
souffert de l'absence de Jésus. Jésus dit : «Gardez-vous tous de celui qui,
sans en avoir occasion, s'évertue à vous démontrer qu'il vous aime! » Dieu
nous ôta l'intelligence pour que nous ne puissions pas comprendre dans quel
but il le dit.
Tous les disciples étant arrivés, Jésus dit : « Retournons en Galilée car
l'ange de Dieu m'a dit qu'il faut que j'y aille!». Un samedi matin, Jésus
parvint à Nazareth Les habitants de la ville l'ayant reconnu chacun désirait
le voir. Alors un publicain de petite stature nommé Zachée qui ne pouvait pas
voir Jésus à cause de la grande multitude, grimpa dans un sycomore. II
attendait que Jésus passe par là pour se rendre à la synagogue. Parvenu en
cet endroit, Jésus leva les yeux et dit : « achée, descends, car aujourd'hui
je veux demeurer chez toi! ». L'homme descendit, le reçut avec joie et fit un
festin splendide.
Les pharisiens murmuraient et disaient aux disciples de Jésus : « Pourquoi
votre mature est-il entré manger avec des publicains et des pécheurs ? »
lésas répondit : « Pour quelle raison le médecin entre-t-il dans une maison?
Dites-le moi et je vous dirai pourquoi je suis entré ici!» Ils répondirent :
« pour soigner les malades!» ? « Vous dites vrai, dit Jésus, ce ne sont pas
ceux qui sont en bonne santé qui ont besoin du médecin, mais les malades. »
Chapitre 144
Vive Dieu en présence de qui se tient mon âme, Dieu envoie ses prophètes et
serviteurs dans le monde pour que les pécheurs fassent pénitence. II ne les
envoie pas pour tes justes, car ceux-ci n'ont pas besoin de pénitence; de
même que n'a pas besoin de bain celui qui est propre.
Mais je vous le dis en vérité, si vous étiez vraiment pharisiens, vous vous
réjouiriez que je sois entré chez les pécheurs pour leur salut. Dites-moi,
savez-vous votre origine et pourquoi le monde commença à recevoir des
pharisiens ? Je vais vous le, dire puisque vous ne le savez pas. Ecoutez donc
mes paroles.
Hénoche, ami de Dieu, qui marcha avec Dieu en vérité, sans tenir compte du
monde, fut transporté au paradis et y demeure jusqu‘au jugement, car vers la
fin du monde, il reviendra dans le monde avec Elie et un autre. L'ayant
appris, les hommes commencèrent, par désir du paradis, à chercher Dieu, leur
créateur. « Pharisien » en effet, veut justement dire « cherche Dieu » dans
la langue de Canaan puisque c'est là qu'on commença à employer ce mot pour
railler les bons. Les Cananéens étaient en effet adonnés à l'idolâtrie,
c'est-à-dire au culte (d'œuvres) de mains humaines. En voyant ceux de notre
peuple qui se tenaient à l'écart du monde pour servir Dieu, les Cananéens,
quand ils en voyaient un, disaient par mode de raillerie « pharisien »,
c'est-à-dire : « cherche Dieu». comme pour dire : « fou, tu n'as pas de
statues d'idoles et tu adores le vent ! Réfléchis et viens servir nos dieux !
»
En vérité, dit Jésus, je vous le dis, tous les saints et prophètes de Dieu
ont été pharisiens, non pas de nom, comme vous, mais de fait, car en chacune
de leurs actions ils cherchèrent Dieu leur créateur. Pour l'amour de Dieu,
ils quittèrent les villes et leurs propres biens. Pour l'amour de Dieu, ils
les vendirent et les donnèrent aux pauvres.
Chapitre 145
Vive Dieu, au temps d'Elie, ami et prophète de Dieu, il y avait douze
montagnes habitées par dix-sept mille pharisiens, et il n'y avait pas un seul
réprouvé sur un si grand nombre de personnes mais tous étaient élus de Dieu.
Mais maintenant qu'Israël a plus de cent mille pharisiens, plût à Dieu qu'il
y eût un élu sur mille! Indignés, les pharisiens répondirent : « Sommes-nous
donc tous réprouvés ? Réprouves-tu notre religion ? Jésus répondit : «
Je ne réprouve pas, j'approuve au contraire la religion des vrais pharisiens
et pour elle je veux mourir. Mais voyons si vous êtes pharisiens.
A la prière d'Elisée son disciple, Elie, ami de Dieu, écrivit un petit livre
dans lequel il renferma toute la sagesse humaine ainsi que la loi de Dieu
notre Seigneur. » Confus d'entendre nommer le petit livre d'Elie, les
pharisiens qui savaient par leurs traditions que personne n'observait cette
doctrine, voulaient s'en aller sous prétexte d'avoir à faire.
Jésus dit alors : « Si vous êtes pharisiens, vous abandonnerez toute autre
affaire pour vous occuper de celle?ci, car le pharisien ne cherche que Dieu !
» Confus, ils s'arrêtèrent donc pour écouter Jésus qui reprit : « Elie,
serviteur de Dieu – ainsi commence le petit livre ? écrit ceci à tous ceux
qui désirent marcher avec Dieu leur créateur.
Ceux qui désirent apprendre beaucoup, craignent peu Dieu, car pour qui craint
Dieu, il suffit de savoir ce que Dieu veut. Ceux qui cherchent de belles
paroles, ne cherchent pas Dieu qui ne fait rien d'autre que nous reprendre de
nos péchés.
Ceux qui veulent chercher Dieu, qu'ils ferment les portes et les fenêtres de
leur maison, car le maître ne se laisse pas trouver hors de la maison, là où
il n'est pas aimé. Fermez donc vos sens et gardez votre coeur, car Dieu ne se
trouve pas hors de nous, dans ce monde où il est haï.
Ceux qui veulent bien agir, qu'ils fassent attention à eux-mêmes, car il ne
sert à rien de gagner le monde entier et de perdre son âme.
Ceux qui veulent enseigner autrui, qu'ils vivent mieux que les autres, car on
n'apprend rien de celui qui sait moins que nous. Est-ce que le pécheur amende
sa vie quand il entend un plus mauvais que lui l'enseigner?
Ceux qui cherchent Dieu, qu'ils fuient la fréquentation; des hommes, car
Moïse, seul sur le mont Sinaï, trouva Dieu et parla avec lui comme fait
un ami qui parle avec son ami.
Ceux qui cherchent Dieu sortiront une seule fois par mois dans le monde où
sont les hommes, car celui qui cherche Dieu peut en un seul jour agir pour
deux ans en ce qui concerne ses affaires. Quand il marche, qu'il ne regarde
que ses pieds; quand il parle, qu'il ne dise que le nécessaire; quand il
mange, qu'il se lève de table en ayant faim; que chaque jour il pense qu'il
ne parviendra pas au suivant : qu'il utilise son temps comme on use son
souffle, qu'un habit de peaux de bêtes lui suffise
qu'il dorme sur la terre nue puisqu'il est tas de terre lui-même ; chaque
nuit, deux heures lui suffiront pour dormir; qu'il ne haïsse personne, sinon
lui-même : qu'il ne condamne personne, sinon lui-même ; dans la prière, qu'il
se tienne dans la crainte comme s'il se trouvait déjà au jugement à venir !
« Eh bien, observez cela dans le service de Dieu, ainsi que la loi que Dieu
vous a donnée par Moïse, et vous trouverez Dieu. En tous temps et lieux vous
trouverez que vous êtes en Dieu et que Dieu est en vous. »
C'est cela le petit livre d'Elie, pharisiens! C'est pourquoi je vous le dis
encore, si vous étiez pharisiens vous seriez heureux que je sois entré ici,
car Dieu a pitié des pécheurs.
Chapitre 146
Zachée dit alors : « Seigneur, voici que je veux donner pour l'amour de Dieu
quatre fois plus que ce que j'ai reçu par usure! » Jésus dit alors : «
Aujourd'hui le salut est venu à cette maison ! En vérité, en vérité, beaucoup
de publicains, de prostituées et de pécheurs entreront dans le royaume de
Dieu et ceux qui se croient justes s'en iront aux flammes éternelles!» Ce
qu'ayant entendu, les pharisiens partirent, indignés.
Jésus dit alors à ceux qui s'étaient convertis à l'état de pénitence' et à
ses disciples : « Un père de famille avait deux fils. Le plus jeune dit :
Père, donne-moi ma part de biens!» Son père la lui donna. Sa part reçue, il
s'en alla en pays lointain où il dépensa tout son bien avec des prostituées
en vivant dans la luxure. II advint une si grande famine dans ce pays que le
malheureux alla servir un habitant de la ville qui le mit à paître les porcs
de sa ferme. En les gardant, il trompait sa faim en mangeant avec eux des
glands de chêne. Rentré en lui-même, il dit : « Combien abondent en festins
dans la maison de mon père, et moi ici je meurs de faim! Je me lèverai donc,
j'irai chez mon père et je lui dirai : «Père, j'ai péché contre le ciel (et)
contre toi! Fais pour moi comme pour l'un de tes serviteurs!»
Le pauvre partit et il arriva ceci que le père le vit venir de loin et qu'il
fut pris de compassion pour lui. II sortit à sa rencontre. Arrivé à son fils,
il le prit dans ses bras et l'embrassa. Le fils se prosterna et dit : « Père,
j'ai péché contre le ciel (et) contre toi, fais pour moi comme pour l'un de
tes serviteurs, car je ne suis pas digne d'être appelé ton fils ! » Le père répondit
: « Ne dis pas cela, fils, tu es mon fils et je ne souffrirai pas que tu sois
comme l'un de mes
serviteurs. » Ayant appelé ses serviteurs, il dit « Apportez ici des
vêtements neufs, habillez mon fils que voici, donnez-lui de nouvelles
chaussures, mettez-lui l'anneau au doigt, tuez vite le veau gras et faisons
fête, car mon fils que voilà était mort et il est ressuscité, il était perdu
et il est retrouvé! »
Chapitre 147
Tandis qu'on faisait fête dans cette maison, le fils aîné revint. En
entendant qu'on faisait fête, il s'étonna, appela un serviteur et lui demanda
pour quelle raison on faisait une telle fête. « Ton frère est revenu, lui
répondit le serviteur, ton père a tué le veau gras et ils font un festin. »
En l'entendant, le fils ainé se mit fort en colère et ne voulut pas entrer
dans la maison. Alors le père sortit vers lui et lui dit « Fils, ton frère
est revenu, viens donc te réjouir avec lui!» Indigné, le fils répondit : « Je
t'ai toujours servi d'un bon service et tu ne m'as jamais donné un
agneau pour manger avec mes amis. Et ce méchant qui t'a quitté en gaspillant
toute sa part avec des prostituées, maintenant qu'il est revenu, tu as tué le
veau gras! » Le père répondit : « Fils, tu es toujours avec moi et tout
t'appartient, mais il était mort et il est ressuscité, il était perdu et il
est retrouvé ! II faut donc se réjouir!» Le fils aîné s'irrita encore plus et
dit : « Vas-y toi-même, réjouis-toi, car moi je ne veux pas manger à la table
des fornicateurs ! » Et il quitta son père sans recevoir un seul denier. Vive
Dieu, dit Jésus, ainsi fait-on fête chez les anges de Dieu pour un seul
pécheur qui fait pénitence.»
Quand ils eurent mangé, il s'en alla parce qu'il voulait se rendre en Judée.
« Maître, dirent alors les disciples, ne va pas en Judée; nous savons que les
pharisiens et le souverain pontife ont tenu conseil contre toi!» Jésus
répondit : « Avant qu'ils l'aient fait je le savais', mais je ne crains pas
car ils ne peuvent rien faire contre la volonté de Dieu. Qu'ils fassent donc
ce qu'ils veulent : ce n'est pas eux, mais Dieu que je crains. »
Chapitre 148
Or dites-moi, les pharisiens aujourd'hui sont-ils pharisiens? Sont-ils
serviteurs de Dieu? Sûrement pas ! Aussi je vous le dis en vérité, il n'y a
rien de pire sur cette terre qu'un homme qui se couvre de la profession et de
l'habit religieux pour couvrir sa propre scélératesse.
Je veux vous dire un seul exemple des anciens pharisiens pour que vous
connaissiez ceux d'aujourd'hui. Après le départ d'Elie, cette sainte
congrégation des pharisiens' se dispersa persécutée par les idolâtres;. Du
temps même d'Elie, en effet, en une seule année furent tués dix mille
prophètes qui étaient de vrais pharisiens.
Deux pharisiens allèrent habiter sur les montagnes. Ils y restèrent quinze
ans sans rien savoir l'un de l'autre bien qu'ils fussent voisins à une heure
de route. Voyez comme ils étaient curieux ! Une grande sécheresse advint sur
ces montagnes et tous deux se mirent à chercher de l'eau. C'est ainsi qu'ils
se rencontrèrent. Le plus âgé dit alors, « car selon l'usage, les plus
anciens parlaient avant quiconque et ils tenaient pour grand péché qu'un
jeune parlât avant un ancien ?, le plus ancien, dis-je ", dit : « Où
habites-tu, frère » L'autre répondit en lui montrant l'endroit du doigt : «
J'habite là, » car ils étaient proches de l'endroit où habitait le plus
jeune. L'ancien demanda : « Depuis combien de temps habites-tu là frère ? »
-« Depuis quinze ans » répondit le jeune. L'ancien reprit : « Peut-être es-tu
venu quand Achab tuait les serviteurs de Dieu? » - « C'est cela! » répondit
le jeune. Et l'ancien : « Sais-tu, frère, qui est maintenant roi d'Israël »
Le jeune répondit : « Frère, c'est Dieu le roi d'Israël, car les idolâtres ne
règnent pas sur Israël, ils le persécutent ! » - C'est vrai, dit l'ancien,
c'est pourquoi j'ai voulu dire : qui est-ce qui persécute Israël maintenant?
» - « Ce sont les péchés d'Israël qui persécutent Israël, répondit le plus
jeune, car s'ils n'avaient pas péché, il n'enverrait pas les princes
idolâtres contre Israël. » - « Quel est donc, dit l'ancien, ce prince
infidèle que Dieu a envoyé pour le châtiment d'Israël?» - «Comment le
saurais-je, répondit le jeune, en quinze ans je n'ai vu que toi; et comme je
ne sais pas lire, on ne m'enverra pas de lettres.» L'ancien reprit : «Comme
tes peaux de brebis sont neuves ! qui te les a données si tu n'as pas vu
d'hommes ? »
chapitre 149
Le plus jeune répondit : «Celui qui pendant quarante ans conserva en bon état
dans le désert les vêtements du peuple d'Israël a conservé ces peaux telles
que tu les vois. »
L'ancien reconnut alors que le jeune était plus parfait que lui qui avait
traité chaque année avec les hommes, et pour obtenir de le fréquenter, il
dit « Frère, tu ne sais pas lire. Moi, je sais lire et j'ai chez moi
les psaumes de David. Viens donc, chaque jour je te ferai une lecture et je
t'expliquerai ce que dit David ! » Le jeune répondit : « Allons-y maintenant
! » L'ancien reprit : « Frère, il y a deux jours que je n'ai pas bu d'eau.
Cherchons donc un peu d'eau! » Le plus jeune répondit : « Frère, il y a
maintenant deux mois que je n'ai pas bu d'eau, mais allons voir ce que dit
Dieu par son prophète David! Le Seigneur est assez puissant pour nous donner
de l'eau ». Et ils revinrent à l'habitation de l'ancien. A sa porte, ils
trouvèrent une source d'eau vive. L'ancien dit : « Frère, tu es saint de
Dieu, c'est donc pour toi que Dieu a donné cette source! Le jeune répondit :
«Tu dis cela par humilité, frère, mais il est certain que si Dieu faisait
cela pour moi, il aurait fait une source près de mon habitation pour que je
ne m'en aille pas. Je t'avoue en effet, que j'ai péché contre toi quand tu
m'as dit que tu cherchais de l'eau étant donné que tu n'avais pas bu depuis
deux jours tandis que moi j'étais resté deux mois sans boire. Alors, j'ai
senti de l'exaltation dans ma sensibilité, comme (si j'étais) meilleur que
toi. » L'ancien dit alors : «Tu as dit la vérité, frère, tu n'as donc pas
péché! » - « Frère, dit le jeune, tu as oublié ce que dit notre père Elie : celui
qui cherche Dieu ne doit condamner que lui-même. Il est évident qu'il ne l'a
pas écrit pour que nous le sachions mais pour que nous l'observions! »
Reconnaissant la vérité et la justice de son compagnon, le plus âgé dit «
C'est vrai, mais notre Dieu t'a pardonné . »
Cela dit, il prit les psaumes et lut ce que dit notre père David : « Je
mettrai une garde à ma bouche, pour que ma langue ne se laisse pas aller à
des paroles de malice en excusant les péchés.» Ici, le plus âgé fit un
discours sur la langue; puis le plus jeune s'en alla.
Ils restèrent ensuite quinze autres années avant de se retrouver parce que le
jeune changea d'habitation. L'ayant donc retrouvé, l'ancien dit : « Pourquoi
n'es-tu pas revenu chez moi, frère ? Le jeune répondit : « parce que je n'ai
pas encore bien appris ce que tu m'as dit» - «Comment est-ce possible, dit
l'ancien, puisque quinze ans se sont écoulés ? » - « Les paroles, répondit le
jeune, je les ai apprises en une heure et je ne les ai jamais oubliées, mais
je ne les ai pas encore observées. A quoi bon apprendre trop et ne pas
observer? Notre Dieu ne désire pas que notre intelligence soit bonne, mais
que notre coeur soit bon. C'est pourquoi il ne nous demandera pas, au jour du
jugement, ce que nous aurons appris mais ce que nous aurons fait. »
Chapitre 150
L'ancien reprit : «Ne parle pas ainsi, frère, tu méprises la science et notre
Dieu veut qu'on l'apprecie.» Le jeune répondit : «Comment parlerais-je donc
maintenant pour ne pas tomber dans le péché? Car ta parole est vrai et5 la
mienne aussi! Je dirai donc que ceux qui connaissent les commandements de
Dieu écrits dans la loi doivent les observer s'ils veulent ensuite savoir
apparendre davantage. Tout ce qu'ils apprendront, que ce soit pour l'observer
non pas pour le savoir !»
L'ancien reprit : «Frère, dis-moi avec qui tu parles puisque tu reconnais que
tu n'as pas appris ce que j'ai dit !» - «Frère, dit le plus jeune, je parle
avec moi-même. Chaque jour en effet, je mets devant moi le jugement de Dieu
pour rendre compte de moi-même et toujours je sens en moi quelqu'un qui
excuse mes défauts. » L'ancien demanda : «Frère, quels défauts as-tu puisque
tu es parfait ?» - «Ne parle pas ainsi, frère, répondit le plus jeune; je me
trouve entre deux grands défauts. L'un, c'est que je ne sais pas que je
suis le plus grand pécheur. L'autre c'est que je ne désire pas plus que
quiconque en faire pénitence.»
L'ancien reprit : «Comment saurais-tu que tu es le plus grand pécheur,
puisque tu es le plus parfait ?» Le jeune répondit : «Quand j'ai pris l'habit
de pharisien, la première parole que me dit mon maître fut que je devais
considérer la bonté des autres et ma propre malice. Si je le faisais, je
saurais que je suis le plus grand pécheur » - «En qui vois-tu bonté et
défaut, dit l'ancien, puisqu'il n'y a pas d'homme dans sur ces montagnes? Le
plus jeune répondit : «Je devrais voir l'obéissance du soleil et des
planètes; ils servent leur créateur mieux que moi; et moi je les
condamne, soit parce qu'ils ne font pas autant de lumière que je voudrais,
soit parce qu'ils chauffent trop, soit parce qu'ils arrosent trop ou trop peu
le sol.»
Entendant cela, l'ancien dit : «Frère, où as-tu appris cette doctrine, car
j'ai quatre-vingt-dix ans, dont soixante-quinze passé comme pharisien ...?» -
«Frère, répondit le plus jeune, tu dis cela par humilité, car tu es saint de
Dieu; mais je te réponds que Dieu, notre créateur ne considère pas le temps,
mais le coeur. C'est pourquoi David, de quinze ans plus jeune que ses six
frères, fut élu roi d'Israël et devint prophète de Dieu notre Seigneur.»
Chapitre 151
Celui-là était un vrai pharisien, dit Jésus à ses apôtres. Plaise à Dieu que
nous puissions, au jour du jugement, l'avoir pour ami.»
Jésus monta donc sur un bateau. Les disciples regrettaient d'avoir oublié
d'emporter du pain, Jésus les réprimanda en disant : «Gardez-vous du levain
des pharisiens d'aujourd'hui, car un peu de levain gâte toute une masse de
farine! » Les disciples se dirent alors l'un à l'autre : «Mais quel
levain avons-nous? Nous n'avons même pas le pain! » Jésus dit alors : «Hommes
de peu de foi, vous avez donc oublié ce que Dieu a fait à Naïn où il n'y
avait pas signe de blé, et combien mangèrent et furent rassasiés par cinq
pains et deux poissons ? Le levain du pharisien, c'est de se défier de Dieu
et de ne penser qu'à soi; il a corrompu non seulement les pharisiens du temps
présent, mais il a corrompu Israël, car les simples, ne sachant pas lire et
tenant les pharisiens pour saints, font ce qu'ils leur voient faire.
Savez-vous ce qu'est le vrai pharisien ? C'est l'huile de la nature humaine,
car de même que l'huile se tient au-dessus de tout liquide, ainsi la bonté du
vrai pharisien se tient au-dessus de toute bonté humaine. C'est un livre
vivant que dieu donne au monde, car tout ce qu'il dit et fait est selon la
loi de Dieu. Le vrai pharisien, c'est du sel qui ne laisse pas corrompre la
chaire de l'homme par le péché, car tous ceux qui le voient se soumettent à
pénitence. C'est une lumière qui illumine la route des pèlerins, car tous
ceux qui considèrent sa pauvreté et sa pénitence savent que notre coeur ne
doit pas s'arrêter en ce monde. Mais ce que fait l'huile rance, le livre
corrompu, le sel affadi et la lumière éteinte, c'est cela que fait le faux
pharisien! Si donc vous ne voulez pas périr, prenez garde de faire ce que
font les pharisiens d'aujourd'hui. »
Chapitre 152
Parvenu à Jérusalem, Jésus entra dans le temple un jour de sabbat, Les
soldats s'approchèrent de lui pour le tenter et se saisir de lui, Ils dirent
: «Maître, est-il permis de combattre? » Jésus répondit : «Notre foi nous dit
que notre vie est un combat continuel.»
Les soldats reprirent : «Tu veux donc nous convertir à ta foi, et tu veux que
nous abandonnions la multitude des dieux - Rome seule en a vingt-huit mille
que l'on voit - pour suivre ton dieu qui est unique, mais comme on ne le voit
pas, on ne sait pas où il est et peut-être n'est-il qu'une illusion. » Jésus
répondit : «Si moi je vous avais créés comme notre Dieu vous a créés, je
chercherais à vous convertir. » Ils répondirent : «Comment ton Dieu nous
a-t-il créés puisqu'on ne sait pas où il est ? Montre-nous ton Dieu et nous
deviendrons juifs! »
Jésus dit alors : «Si vous aviez des yeux pour voir, je vous le montrerais,
mais parce que vous êtes aveugles, je ne peux pas vous le montrer.» Les
soldats répondirent : «Pour sûr, l'honneur que te fait ce peuple doit t'avoir
ôté de raison, car chacun de nous a deux yeux dans la figure et tu dis que
nous sommes aveugles! » Jésus répondit : «Les yeux charnels ne peuvent voir
que des choses grossières et extérieures; vous ne pourrez donc voir que vos
dieux de bois, d'argent et d'or qui ne peuvent rien faire. Mais nous de Juda,
nous avons des yeux spirituels qui sont la crainte et la foi de notre Dieu;
c'est pourquoi en tout lieu nous pouvons voir notre Dieu. »
Les soldats répondirent : «Prends garde à ce que tu dis, car si tu méprise
nos dieux, nous te livrerons entre les mains d'Hérode et il vengera nos dieux
qui sont tout-puissants.» Jésus répondit : «S'ils sont tout-puissants, comme
vous le dites, pardonnez-moi, je veux les adorer aussi. » Les soldats se
réjouirent en l'entendant et ils commencèrent à faire l'éloge de leurs
idoles. Jésus dit alors : «En cette affaire, il n'y a pas besoin de paroles,
mais de faits. Faites donc que vos dieux créent une mouche et alors je veux
les adorer !»
En l'entendant, les soldats furent déconcertés, et ils ne savaient que dire.
Jésus dit donc : «Il est évident que s'ils ne font pas une seule mouche à
partir de rien, je ne veux pas à cause d'eux abandonner ce Dieu qui a tout
créé d'une seule parole et dont le nom seul épouvante les armées. » Les
soldats répondirent : «Eh bien, fais-nous voir cela, car nous allons te
prendre! » Et ils voulaient mettre la main sur lui.
Jésus dit alors : «Adonaï Sabaot ! » Aussitôt les soldats furent poussés hors
du temple comme on pousse les tonneaux quand on les lave pour y mettre du
vin, de telle sorte que pieds et têtes frappaient la terre à tour de rôle
sans que personne les ait touchés. Ils furent pris d'une telle et ils
s'enfuirent si loin qu'on ne les vit plus en Judée.
Chapitre 153
Les prêtres et les pharisiens murmuraient entre eux et disaient : «Il a la
sagesse de Baal et d'Astaroth; c'est en vertu de Satan qu'il a fait cela !»
Ayant ouvert la bouche, Jésus dit : «Notre Dieu a commandé qu'on ne dérobe
pas ce qui appartient à notre prochain; depuis, ce seul précepte est
tellement violé et contaminé qu'il a rempli le monde de péché, et d'un péché
qu'il ne sera jamais remis comme on remet les autres péchés; en effet, si on
les regrette, si on les commet plus, si on jeûne, si on prie et si on fait
l'aumône, notre Dieu puissant et miséricordieux les pardonnes, mais ce
péché-là est tel qu'il ne sera jamais remis à moins qu'on ne rende ce qu'on a
enlevé à tort !»
Un scribe dit alors : «Maître, comment le péché de vol a-t-il rempli le
monde? Il est évident qu'à présent, grâce à Dieu, il n'y a que peu de
voleurs, et à peine les a-t-on vus qu'ils sont immédiatement arrêtés par la
malice. » Jésus répondit : «Ceux qui ne connaissent pas quels sont les biens,
ne peuvent connaître quels sont les voleurs. Et même en vérité je vous le
dis, beaucoup volent et ne savent pas ce qu'ils font. Aussi leur péché est-il
plus grand que celui des autres, car la maladie qui n'est pas connue ne se
guérit pas. »
Les pharisiens s'approchèrent alors de Jésus et dirent : «Maître, puisque toi
seul en Israël connais la vérité, enseigne-nous !» Jésus répondit : «Je ne
dis pas que je suis seul à connaître la vérité, parce que ce mot
"seul" n'appartient qu'à Dieu et non au autres; c'est lui qui est
la vérité, et c'est lui seul qui connaît la vérité. Si je dirais donc cela,
je serais un voleur plus grand encore car je volerais l'honneur de Dieu. Si
je disais que je suis le seul à savoir, Dieu me ferait tomber dans une
ignorance plus grande que celle des autres. Aussi avez-vous fait un grave
péché en disant que j'étais seul à connaître la vérité. Je vous le dis, si
vous l'avez dit pour me tenter, c'est un péché plus grand encore !»
En voyant alors que tous se taisaient, Jésus ajouta : «Bien que je ne sois
pas le seul en Israël à connaître la vérité, je parlerais seul.
Ecoutez-moi donc puisque vous m'avez interrogé. Tout ce qui est créé
appartient au créateur, si bien que rien ne peut prétendre à rien. C'est
pourquoi l'âme, la sensibilité, la chair, le temps, les biens et l'honneur,
tout est à Dieu, et si on ne les acquiert pas comme Dieu le veut, on devient
un voleur. C'est pourquoi je vous dis : Vive Dieu en présence de qui se tient
mon âme, lorsque vous prenez votre temps en disant : «Demain, je ferai ceci,
je dirai cela, j'irai en tel endroit », et en ajoutant pas : «Si Dieu le veut
», vous êtes des voleurs. Et vous êtes des voleurs plus grands encore quand
vous dilapidez le meilleur de votre temps à votre plaisir et non au plaisir
de Dieu. Et quand vous employez le plus mauvais de votre temps au service de
Dieu, vous êtes vraiment voleurs. Celui qui commet le péché, quel qu'il soit,
est un voleur, parce qu'il vole le temps, l'âme, et sa propre vie qui doit
servir Dieu et qu'il la donne à Satan ennemi de Dieu.
Chapitre 154
Donc si un homme possède l'honneur, la vie et les biens, et qu'on lui vole sa
richesse, le voleur sera pendu. Si on lui enlève la vie, le meurtrier sera
décapité. Et cela est juste, parce que l'a ordonné. Mais si on vole l'honneur
du prochain, pourquoi le voleur n'est-il pas crucifié ? Les biens sont-ils
préférable à l'honneur ? Dieu a-t-il ordonné que celui qui vole les biens
soit puni, que celui qui vole la vie et les biens soit puni, mais que celui
qui vole l'honneur soit sauf ? Certainement pas ! Car c'est à cause de leurs
récriminations que nos pères n'entrèrent pas à la terre promise, mais plutôt
leurs fils; et c'est à cause de ce péché que les serpents tuèrent environ
soixante-dix mille personnes de notre peuple. Vive Dieu en présence de qui se
tient mon âme, celui qui vole l'honneur est digne d'une plus grande peine que
celui qui vole les biens et la vie de l'homme. Et celui qui écoute celui qui
récrimine est semblablement coupable parce qu'un l'un reçoit Satan sur la
langue et l'autre dans les oreilles !»
Les pharisiens se consumaient de rage en l'entendant, car ils ne pouvaient
condamner ses paroles. Un docteur s'approcha alors de Jésus et lui dit : «Bon
Maître, dis-moi pour quelle raison Dieu a interdit le froment et la pomme à
nos pères. Puisqu'il savait qu'ils devaient tomber, il aurait dû leur
permettre le froment ou alors ne pas le laisser voir à l'homme !» Jésus
répondit : «Homme, tu m'appelles bon, mais tu te trompes, Dieu seul est bon.
Et tu trompes beaucoup plus quand tu parles, car Dieu n'a pas agi selon ta
servelle. Pourtant je te répondrai à tout. Je te le dis don, quand Dieu notre
créateur agit, il ne se conforme pas à nous. Il n'est donc pas permis à la
créature de chercher sa manière et sa convenance, mais bien l'honneur de
Dieu, son créateur, afin que la créature dépende du créateur et non pas le
créateur de la créature. Vive Dieu, en présence de qui se tient mon âme, si
Dieu avait tout pemisà l'homme, l'homme n'aurait pas su qu'il est serviteur
de Dieu, et il se serait cru maître du paradis. C'est pourquoi le créateur -
qui est béni à jamais - lui interdit cet aliment afin que l'homme se tienne
soumis à lui. Je te le dis en vérité, celui qui a l'oeil clair voit tout
clairement et il tire lumière des ténèbres elles-mêmes, ce que ne fait pas
l'aveugle. Je te le dis donc, si l'homme n'avait pas péché, nous ne
connaîtrions pas, ni toi ni moi, la miséricorde de Dieu ni sa justice. Et
Dieu avait fait l'homme impeccable, celui-ci aurait été en cela égale à Dieu.
Aussi le Dieu béni créa-t-il l'homme bon et juste, mais libre de faire ce qui
lui plaît de sa propre vie : salut ou damnation. » le docteur fut stupéfait
et il s'en alla confus.
Chapitre 155
le pontife appela alors secrètement deux vieux prêtres et les envoya à Jésus.
Celui-ci était sorti du temple et s'était assis sous la portique de Salomon
en attendant l'heure de la prière de midi pour prier. Près de lui, se
tenaient ses disciples et une multitude de peuple. Les prêtres s'approchèrent
de Jésus et dirent : «Maître, pour quelle raison l'homme mangea-t-il le
froment et la pomme ? Dieu voulut-il qu’il les mangeât ou bien non ? » Ils
dirent cela pour le tenter, car s'il disait : «Dieu le voulut.», ils allaient
répondre : «Pourquoi l'interdit-il? » Et s'il disait : «Dieu ne le voulut pas
», ils allaient dire : «L'homme peut donc plus que Dieu puisqu'il agit contre
la volonté de Dieu.»
Jésus répondit : «Votre demande est comme le chemin de la montagne; il y a un
précipice à droite et à gauche, mais je marcherai au milieu.» En entendant
cela, voyant qu'il connaissait leur coeur, les prêtres furent confus, Jésus
dit alors : «Tout homme agit pour son utilité, selon les besoins qu'il a.
Mais Dieu qui n'a besoin de rien, agit pour son bon plaisir. En créant
l'homme, il le laissa libre pour qu'il sache que Dieu n'a pas besoin de lui,
comme fait un roi par exemple, qui donne la liberté à ses serviteurs pour
montrer sa richesse et pour que ses serviteurs l'en aiment davantage. Dieu
créa donc l'homme libre pour qu'il en aime bien plus son créateur et qu'il
reconnaisse sa libéralité. En effet, bien que dieu soit tout-puissant et
qu'il nit pas besoin de l'homme puisqu'il l'a créé par sa toute puissance, il
l'a laissé libre, dans sa liberté; il peut donc résister au mal et faire le
bien. Dieu eût pu faire obstacle au péché, mais il ne voulut pas contredire
sa libéralité - il n'y a pas de contradiction en Dieu - afin que, comme je
l'ai dit, la toute-puissance et la libéralité qui avaient agi dans l'homme ne
s'opposent pas au péché de l'homme et que la miséricorde de Dieu et sa
justice puissent agir dans l'homme. Pour signe que je dis la vérité, je vous
dis que le pontife vous a envoyés pour me tenter. C'est cela le fruit de son
sacerdoce!» Les vieillards partirent et racontèrent tout cela au pontife.
Celui-ci dit : «Il a le diable au corps qui lui raconte tout, car il aspire à
régner sur Israël. mais Dieu y pourvoira !»
Chapitre 156
En sortant du temple après la prière de midi, Jésus rencontra un aveugle de
naissance. Les disciples l'interrogèrent : «Maître, qui a péché en lui
pour qu'il soit né aveugle, son père ou sa mère ?» Jésus répondit : «Ni son
père, ni sa mère n'ont péché en lui, mais Dieu l'a créé ainsi en témoigne de
l'évangile !» Ayant appelé l'aveugle près de lui, il cracha par terre, fit de
la boue, la mit sur les yeux de l'aveugle et lui dit : «Va à la piscine de
Siloé et lave-toi !» L'aveugle y alla et s'étant lavé, il vit Comme il s'en
retournait chez lui, beaucoup de ceux qui le rencontraient disaient : «Si
celui-là était aveugle, je dirais certainement que c’est lui qui s'asseyait à
la belle porte du temple !» D'autres disaient : «C'est lui, mais comment
voit-il ?» Et ils le retenaient en disant : «Es-tu l'aveugle qui s'asseyait à
la belle porte du temple ?» Il répondit : «C'est moi, pourquoi ?» Ils dirent
: «Comment donc se fait-il que tu voies ?» Il répondit : «Un homme fit de la
boue en crachant par terre, il me mit cette boue sur les yeux et il me dit :
«Va et lave-toi à la piscine de Siloé !» J'y suis allé, je me suis lavé et
maintenant je vois. Que soit béni le Dieu d'Israël !» Quand l'aveugle-né fut
revenu à la belle porte du temple, Jérusalem entière fut remplie de cette
nouvelle.
Alors on le conduisit au prince des prêtres Celui-ci complotait contre Jésus
avec les prêtres et les pharisiens. Le pontife l'interrogea en disant :
«Homme, n'es-tu pas né aveugle ?» - «Oui !» répondit-il. «Eh bien, rends
gloire à Dieu, dit le pontife, et dis-nous quel prophète t'est apparu en
songe qui t'a donné la lumière ? Ce fut notre père Abraham ou Moise,
serviteur de Dieu, ou quelque autre prophète, car les autres ne peuvent faire
une telle chose !» L'aveugle-né répondit : «Je n'ai vu en Abraham, ni Moise, ni
aucun prophète qui m'ait guéri; mais alors que j'étais à la boue avec son
crachat, il mit de cette boue sur mes yeux et m'envoya me laver à la piscine
de Siloé. J'y suis allé, je me suis lavé et je suis revenu avec la lumière de
mes yeux.» Le pontife lui demanda le nom de cet homme. L'aveugle-né répond :
«Il ne m'a pas dit son nom, mais un homme qui a vu cela m'appela pour me dire
: «Va te laver comme a dit cet homme, car c'est Jésus de Nazareth, prophète
et saint de Dieu d'Israël.» Le pontife dit alors : «Est-ce aujourd'hui qu'il
t'a guéri, jour de sabbat ?» L'aveugle répondit : «C'est aujourd'hui qu'il
m'a guéri.» Le pontife dit : «Eh bien, tu vois comme est pécheur celui qui
n'observe pas le sabbat !»
Chapitre 157
L'aveugle-né répondit : «Qu'il soit pécheur, je ne sais pas, mais je sais que
j'étais aveugle et qu'il m'a donné la lumière !» Les pharisiens ne le crurent
pas. Ils dirent donc au pontife : «Qu'on envoie chercher son père et sa mère
: ils nous diront la vérité !» Ils envoyèrent donc chercher le père et la
mère de l'aveugle. Quand ils furent arrivés, le pontife les interrogea :
«Est-ce que celui-ci est votre fils ?» Ils répondirent :«C'est vraiment notre
fils !» Le pontife dit alors : «Il dit qu'il est né aveugle et maintenant il
voit Comment cela est-il arrivé ?» Le père et la mère de l'aveugle-né
répondirent : «Il est vraiment né aveugle, mais nous ne savons pas comment il
a recu la lumière. Il a l'âge, interrogez-le, il vous dira la vérité !» Alors
on les congédia et le pontife s'adressa à nouveau à l'aveugle-né : «Rends
gloire à Dieu, dit-il, et dis-nous la vérité !»
Le père et la mère craignirent de parler parce qu'un décret du sénat romain
était arrivé selon lequel personne ne devait se quereller pour Jésus,
prophète des Juifs, sous peine de mort; c'est ce qu'avait réclamé le
gouverneur. C'est pourquoi ils avaient dit : «Il a l'âge, interrogez-le !»
Le pontife, dis-je, dit à l'aveugle-né : «Rends gloire à Dieu, et dis-nous la
vérité, car nous savons que cet homme dont tu dis qu'il t'a guéri est un
pécheur! » L'aveugle-né répondit : «Qu'il soit pécheur, je ne sais pas, mais
ce que je sais c'est que je ne voyais pas et qu'il m'a donné la lumière ! Il
est certain que depuis le commencement du monde jusqu'à maintenant aucun
aveugle-né n'a recu la lumière et que Dieu n'exauce pas les pécheurs !» Les
pharisiens dirent : «Mais comment fit-il quand il t'a donné la lumière? »
L'aveugle-né s'étonna alors de leur incrédulité et dit : «Je vous l'ai dit!
Pourquoi donc m'interrogez-vous à nouveau? Ne voulez-vous pas, vous aussi,
devenir ses disciples? » Le pontife le maudit alors en disant : «Tu es né
tout entier dans le péché et tu veux nous enseigner! Va-t-en et deviens
toi-même disciple de cet homme, car nous, nous sommes disciples de Moise et
nous savons que Dieu a parlé à Moise; mais lui nous ne savons pas d'où il
est.» Ils le chassèrent hors de la synagogue et du temple en lui interdisant
de prier avec les purs d'Israël.
Chapitre 158
L'aveugle-né alla trouver Jésus, celui-ci le réconforta en disant : «En aucun
temps, tu n'as été aussi heureux que tu l'es maintenant car tu es béni par
notre Dieu. Il a parlé en effet contre les amis du monde en disant par David
notre père et son prophète : «Ils maudissent, et moi je bénis.» Et par
Michée, prophète, il dit : «Je maudis vos bénédictions, car la terre est
moins opposée à l'air, l'eau au feu, la lumière aux ténèbres, le chaud au
froid et l'amour à la haine, que le vouloir de Dieu est opposé au vouloir du
monde! »
Les disciples l'interrogèrent alors en disant : «Seigneur, tes paroles sont
élevées; dis-nous donc le sens, car maintenant nous ne les comprenons pas! »
Jésus répondit : «Quand vous connaîtrez le monde, vous verrez que j'ai dit
vrai et ainsi vous connaîtrez la vérité en tout prophète. Sachez donc qu'il y
a trois sortes de mondes pour un seul vocable. Le premier s'appel les cieux,
la terre, l'eau, l'air, le feu, ainsi que toutes les choses inférieures à
l'homme. Ce monde-là est en tout conforme à la volonté de Dieu, car comme le
dit David, le prophète de Dieu : «Dieu leur a donné un ordre qu'ils se
transgressent pas.»
Le deuxième s'appelle tous les hommes, de même qu'on nomme la maison de
quelqu'un, non d'après les murs, mais d'après la famille. Ce monde là aime
Dieu aussi car naturellement ils désirent Dieu, pour autant que par nature
tous désirent Dieu, même s'ils se trompent en le cherchant. Et savez-vous
pourquoi tous désirent Dieu ? Parce que chacun désir un bien infini dépourvu
de tout mal, c'est à dire Dieu seul. Aussi le Dieu miséricordieux a-t-il
envoyé ses prophètes à ce monde pour son salut.
Le troisième monde, c'est la tendance dépravée des hommes pour le péché. Elle
s'est changée en loi contre Dieu créateur du monde et rend l'homme semblable
aux démons ennemis de Dieu. Or ce monde-là, notre Dieu le hait tellement que
si les prophètes avaient aimé ce monde, croyez-le, Dieu leur aurait
certainement enlevé leur ministère prophétique. Que dis-je? Vive Dieu en
présence de qui se tient mon âme, quand le messager de Dieu viendra dans le
monde, s'il se prenait d'amour pour ce monde méchant, Dieu lui enlèverait
certainement tout ce qu'il lui a donné en le créant et il le réprouverait,
tellement Dieu est opposé à ce monde-là! »
Chapitre 159
Les disciples répondirent : «Maître, tes paroles sont très élevées Mais
prends-nous en pitié, nous ne les comprenons pas! » Jésus dit : «Croyez-vous
peut-être que Dieu a créer son messager pour qu'il soit son rival qui veuille
s'égaler à lui? Certes non! Mais bien pour qu'il soit son bon serviteur qui
ne voudrait pas ce que ne veut pas son maître Vous ne pouvez pas le
comprendre, car vous ne savez pas ce qu'est le péché. Ecoutez donc mes
paroles!
En vérité, en vérité, je vous le dis, le péché ne peut naître dans l'homme
que pour contredire Dieu, car seul est péché ce que Dieu ne veut pas et tout
ce que Dieu veut est tout-à-fait étranger au péché. Si donc nos pontifes et
nos prêtres, ainsi que les pharisiens, me persécutaient pour la raison que le
peuple d'Israël m'a appelé Dieu, ils feraient chose agréable à Dieu et Dieu
les récompenserait. Mais au contraire, Dieu les a en abomination parce qu'ils
me haïssent et qu'ils désirent ma mort Ils me persécutent e effet parce
qu'ils ne veulent pas que je dise la vérité, tout comme ils ont contaminé
avec leurs traditions le livre de Moïse et celui de David, prophètes et amis
de Dieu.
Dites-moi, Moïse tua des hommes et Achab tua des hommes Est-ce que tout
cela est un meurtre? Sûrement pas, car Moïse tua ses hommes pour détruire
l'idolâtrie et pour conserver le culte du vrai Dieu, tandis que Achab tu a
ces hommes pour détruire le culte du vrai Dieu et pour conserver l'idolâtrie.
L'action de tuer des hommes se changea donc pour Moïse en sacrifice et pour
Achab en sacrilège, en sorte qu'une même action produisit ces deux effets contraires.
Vive Dieu, en présence de qui se tient mon âme, si Satan avait parlé aux
anges pour voir comment ils aimaient Dieu, il ne serait pas reprouvé parce
qu'il chercha à les détourner de Dieu.»
Celui qui écrit répondit : «Comment faut-il comprendre ce qui est dit du
prophète Michée à propos du mensonge que Dieu ordonna de proférer par la
bouche des faux prophètes, ainsi qu'il est écrit au livre des rois d'Israël ?
» Jésus répondit : «Barnabé, raconte un peu tout ce qui est arrivé, que nous
voyions la claire vérité!»
Chapitre 160
Celui qui écrit dit alors : «En écrivant l'histoire des rois d'Israël et des
tyrans, le prophète Daniel écrit ceci : «Le roi d'Israël et le roi de Juda
s'unirent pour combattre les fils de Bélial, c'est-à-dire les réprouvé,
c'est-à-dire les ammonites. Josaphat roi de Juda, et Achab roi d'Israël étant
assis tout deux sur leur trône en Samarie, quatre cents faux prophètes se
tenaient devant eux, qui disaient au roi d'Israël : «Monte contre les
Ammonites, car Dieu les livrera entre tes mains et tu disperseras Ammon !»
Josaphat dit alors : «Y a-t-il ici quelque prophète de Dieu de nos pères ?»
Achab répondit : «Il n'y en a qu'un qui est mauvais car il me prédit toujours
du mal. Je le garde en prison.» Il dit cela : «Il n'y en a qu'un» car tous
les autres avaient été tués sur son ordre Comme tu nous l’as dit, Maître, les
prophètes s'étaient sauvés sur les montagnes où les hommes n'habitaient pas.
Josaphat dit alors : «Envoie-le chercher et voyons ce qu'il dit !» Achab
ordonna donc que Michée soit amené.
Il arriva, les chaînes aux pieds et la mine défaite comme un homme qui se
trouve entre la vie et la mort. Achab l'interrogea : «Dis-nous, Michée, au
nom de Dieu, monterons-nous contre les Ammonites? Dieu livrera-t-il les
villes entre nos mains?» Michée répondit : «Monte! Monte! tu monteras bien
que tu descendras mieux !» Les faux prophètes louèrent alors Michée comme un
vrai prophète de Dieu et lui délièrent les chaînes des pieds
Josaphat qui craignait notre Dieu et dont les genoux ne ployèrent jamais
devait les idoles, interrogea Michée : «Pour l'amour du Dieu de nos pères,
dis-nous la vérité : Comment as-tu vu l'issue de cette guerre ? » Michée
répondit : «Josaphat, je crains ton visage, c'est pour ca que je t'ai dit que
j'ai vu le peuple d'Israël comme des brebis sans pasteur.» En riant, Achab
dit alors à Josaphat : «Je t'ai dit que celui-ci ne prédit que le mal ! Mais
toi tu ne le croyais pas! »
Tous deux dirent alors : «Comment connais-tu cela, Michée ?» Michée répondit
: «J'ai entendu un conseil d'anges qui se préparait en présence de Dieu et
j'ai entendu Dieu demander : «Qui trompera Achab afin qu'il monte contre
Ammon et soit tué ?» Alors que certains répondaient ceci, et certains cela,
vint un ange qui dit : «Seigneur, je combattrai contre Achab, j'irai vers ses
faux prophètes et je mettrai le mensonge dans leur bouche; ainsi il montera
et il sera tué.» En l'entendant Dieu dit : «Eh bien, va et fait ainsi; tu
vaincras !» »
Alors les faux prophètes se mirent en colère et leur prince frappa la joue de
Michée en disant : «Réprouvé de Dieu, quand donc l'ange de vérité
s'éloigna-t-il donc de nous et vint à toi? Dis quand vint à nous l'ange qui
nous apporta le mensonge ?» Michée répondit : «Tu le sauras quand tu fuira de
maison en maison par crainte d'être tué, ayant trompé ton roi !»
Le roi Achab se mit alors en colère et dit : «Prenez Michée, mettez-lui au
cou les chaînes qu'il avait aux pieds et gardez-le au pain d'orge et à l'eau
jusqu'à mon retour, parce que pour l'instant je ne sais pas encore la mort
que je veux lui donner !»
Ils montèrent donc et il fut comme avait dit Michée, car le roi des Ammonites
dit à ses serviteurs : «Gardez-vous de combattre contre le roi de Juda, ou
contre les princes d'Israël, mais tuez Achab, le roi d'Israël, mon ennemi !»
Jésus dit alors : «Arrête-toi ici, barnabé, car cela suffit pour notre propos
!»
Chapitre 161
«Avez-vous compris tout cela? « dit Jésus. Les disciples répondirent : «Oui,
Maître!» Jésus dit alors : «Le mensonge est un péché en vérité, mais le
meurtre est un péché plus grand, car le mensonge est un péché propre à celui
qui le dit, tandis que le meurtre, bien qu'il soit à celui qui le commet,
détruit en fait ce que Dieu a de plus cher ici ur terre, c'est-à-dire
l`homme. On peut réparer le mensonge en disant le contraire de ce qu'on a
dit, alors qu'il n'y a aucun remède au meurtre puisqu'on ne peut pas rendre
la vie à celui qui est mort.
Mais, dites-moi, Moïse, serviteur de Dieu, pécha-t-il en tuant tous ceux
qu'il tua? » Les disciples répondirent : «Dieu nous garde! Dieu nous garde de
dire que Moïse pécha en obéissant à Dieu qui le commanda! » Jésus dit alors :
«Et moi je dis : Dieu nous garde de dire que l'ange qui trompa les faux
prophètes d'Achab par un mensonge a péché; car de même que Dieu accepta le
meurtre en sacrifice, de même accepta-t-il lemensonge en louange. En vérité,
je vous le dis, de même que se trompe le nain qui se fait faire des
chaussures à la pointure de géant, ainsi se trompe celui qui voudrait
soumettre Dieu à la loi, comme lui-même est soumis à la loi puisqu'il est
homme. C'est pourquoi quand vous croirez qu'il n'y a de péché que ce que Dieu
ne veut pas, vous trouverez la vérité comme je vous l'ai dit. En effet Dieu
n'est pas composé ni susceptible de mutation, il ne peut à la fois vouloir et
ne pas vouloir quelque chose, car il y aurait contradiction en lui-même et
par conséquent souffrance et il ne serait pas infiniment bienheureux.»
Philippe répondit : «Mais comment faut-il comprendre ce qu'a dit le prophète
Amos : il n'y a pas de mal dans la cité que Dieu n'ait fait ?» Jésus répondit
: «Eh bien, tu vois ici, Philippe, combien il est dangereux de s'arrêter à la
lettre comme le font les pharisiens qui se sont fabriqué la prédestination de
Dieu pour les élus, de sorte qu'ils en viennent pratiquement à dire que Dieu
est injuste, simulateur et menteur. Horrible jugement qui demeurera sur eux!
Je te dis donc qu'Amos, prophète de Dieu, place ici du mal ce que le monde
appelle mal, car s'il avait employé le langage des justes, on ne l'aurait pas
compris. En effet, toutes les tribulations sont un bien, soit qu'elles nous
purifient du mal que avons fait, soit qu'elles nous empêchent de faire le
mal, soit qu'elles font connaître à l'homme la condition de cette vie, afin
que nous aimions et que nous désirions la vie éternelle. Si donc le prophète
Amos avait dit : «Il n'y a aucun bien dans la cité que Dieu n'ait fait », il
aurait donné raison de désespérer aux affligés qui se voient tourmentés
tandis que les pécheurs vivent dans la prospérité. Et ce qui est pire,
beaucoup craindraient Satan et le serviraient pour ne pas être tourmentés
croyant qu'il a un tel empire sur les hommes.
Amos se fit donc comme l'interprète romain qui, parlant en présence du
pontife, ne fait pas attention aux paroles mais à la volonté et aux affaires
du juif, étant donné que lui-même ne sait pas parler hébreu.
Chapitre 162
Si Amos avait dit : «Il n'y a aucun bien dans la cité que Dieu n'ait fait »,
vive Dieu, en présence de qui se tient mon âme, il aurait commis une grave
faute car le monde ne considère bien que les scélératesses et les péchés que
l'ont commet par illusion. Les hommes auraient donc agi beaucoup plus
injustement en croyant qu'il n'y a de péché et de scélératesse que Dieu n'ait
fait. Que la terre tremble en entendant cela! » A peine Jésus avait-il dit
cela que survint un grand tremblement de terre, de sorte que chacun en resta
à moitié mort Jésus les releva et dit : «Jugez donc vous-mêmes si je vous dis
la vérité! Que ceci vous suffise. Lorsqu'en parlant avec le monde Amos dit :
«Dieu a fait du mal dans la cité », il le dit des tribulations que seuls les
pécheurs appellent mal.
Venons-en maintenant à la prédestination que vous désirez connaître. Je vous
parlerai près du Jourdain, que nous passerons demain, s'il plaît à Dieu.»
Chapitre 163
Jésus s'en alla avec ses disciples au désert, au delà du Jourdain. Après
avoir fait la prière du midi, il s'assit près d'un palmier et ses disciples
s'assirent à l'ombre d'un palmier Jésus dit alors : «Frères, la
prédestination est si secrète, je vous le dis en vérité, qu'elle ne sera
clairement connu que par un seul homme C'est celui qu'attendent les nations,
à qui les secrets de Dieu sont si clairs que ceux qui écouteront ses paroles
seront heureux quand il viendra dans le monde. Dieu en effet enverra sa
miséricorde sur eux comme ce palmier est sur nous Et de même que cet arbre
nous défend de l'ardeur du soleil, ainsi la miséricorde de Dieu
défendra-t-elle contre Satan ceux qui croiront en cet homme.»
Les disciples répondirent : «Maître, qui sera cet homme dont tu parles et qui
viendra dans le monde ?» Jésus répondit dans la joie de son coeur : «C'est
Muhammad, messager de Dieu! Sa venue dans le monde porteuse d'abondante
miséricorde, comme la pluie qui fait fructifier la terre quand il n'a pas plu
depuis longtemps, sera cause de bonnes actions parmi les hommes. Car il est
une nuée blanche, remplie de la miséricorde de Dieu, que Dieu répandra sur
les fidèles comme la pluie.
Chapitre 164
Je vais donc vous parler maintenant de ce peu de connaissance que Dieu a bien
voulu me donner sur la prédestination. Les pharisiens disent que toute chose
est tellement prédestinée que celui qui est élu ne peut pas devenir réprouvé
qt que celui qui est réprouvé ne peut en aucune manière devenir élu. Ils
disent de même que Dieu a prédestiné le bien comme voie par laquelle l'élu
marche vers le salut, de même que Dieu a prédestiné le péché comme voie par
laquelle le réprouvé va à la damnation. Que maudite soit la langue qui dit
cela, ainsi que la main qui l'écrivit, car la foi de Satan c'est cela! On
peut voir par là ce que sont les pharisiens d'à présent, ce sont les fidèles
serviteurs de Satan!.
Que veut dire prédestination, sinon volonté absolue de conduire quelque chose
à son but quand on a les moyens en main. Car sans moyen, on ne peut parvenir
au but. Comment parviendrait-il à construire une maison celui qui n'a ni
pierre, ni argent à depenser, ni même de terre ou poser le pied ?
Certainement personne ne le pourrait. Eh bien, voici ce que je vous dis : si
la prédestination prive l'homme du libre arbitre que Dieu lui a donné par
pure libéralité et le prive en outre de la loi de Dieu, cela n'est plus prédestination,
mais abomination!
Que l'homme soit libre, le livre de Moïse le démontre. Quand notre Dieu donna
la loi sur le mont Sinaï, il dit : «Mon commandement n'est pas dans le ciel
pour que tu t'excuse en disant : «Qui donc nous apportera le commandement de
Dieu et qui nous donnera les forces pour l'observer?» Il n'est pas non plus
au-delà de la mer pour que tu ne t'excuse par la même façon. Moais mon
commandement est dans ton coeur, si bien que tu peux l'observer quand tu
veux.»
Dites-moi : si le roi Hérode ordonnait à un vieillard de redevenir jeune et à
un malade de revenir à la santé et s'ils les faisait tuer parce qu'ils ne le
font pas, cela serait-il juste? » Les disciples répondirent : «S'il
l'ordonnait, Hérode serait très injuste et impie.» Jésus dit alors en
soupirant : «Frères, voilà les fruits des traditions humaines, car en disant
que Dieu a tellement prédestiné le réprouvé qu'il ne puisse pas devenir élu,
il blasphèment, faisant passe Dieu pour impie et injuste, lui qui commande au
pécheur de ne pas pécher et, s'il a péché, d’en faire pénitence. Une telle
prédestination en effet enlève au pécheur tout pourvoir, sinon de pécher, et
elle le prive totalement de pénitence.
Chapitre 165
Au contraire, que dit Dieu par le prophète Joël, écoutez! «Je vis, moi, votre
Dieu et veux pas la mort du pécheur, mais je m'em ploie à ce qu'il se
convertisse et fasse pénitence.» Dieu prédestinera-t-il donc ce qu'il ne
voudra pas ? Voyez vous-mêmes ce que dit Dieu et ce que disent les pharisiens
d'à présent!
De plus, Dieu dit par le prophète Isaïe : «J'ai appelé et tu n'a pas voulu
m'entendre !» Que de fois Dieu a-t-il appelé ! Écoutez-le lui-même vous le
dire par le même prophète : «Tout le jour, je tends les mains vers le peuple
qui ne me croit pas, mais qui me contredit.» Or, lorsque nos pharisiens
disent que le réprouvé ne peut pas devenir élu, que disent-ils sinon que Dieu
se moque des hommes, comme se moquerait d'un aveugle celui qui lui montrerait
du blanc, comme se moquerait d'un sourd celui qui lui parlerait à l'oreille.
Quand à savoir si l'élu peut-être réprouvé, considérez ce que dit notre Dieu
par le prophète Ezéchiel : «Aussi vrai que je vis, dit Dieu, si le
juste abandonne sa justice et qu'il commet des abominations, il périra et je
ne me souviendrai plus du tout de sa justice, car tandis qu'il se fie en
elle, elle l'abandonnera devant moi et ne le sauvera pas.»
Quand à la destinée du réprouvé, Dieu ne dit-il pas par le prophète Osée :
«J'appellerai le peuple non élu et je l'appellerai élu !» Dieu est véridique
et ne peut pas mentir, car étant la vérité, il dit la vérité. mais les
pharisiens d'à présent contredisent Dieu en toute chose par leur doctrine.»
Chapitre 166
André répondit : «Mais comment faut-il comprendre ce que Dieu dit à Moïse :
Il fera miséricorde à celui qui il voudra et il endurcira ceux qu'il voudra
endurcir ? » Jésus répondit : «Dieu dit cela pour que l'homme ne croit pas
qu’il se sauve par sa propre vertu mais sache que c'est dans la libéralité
que Dieu lui a donné la vie et la miséricorde. Il le dit aussi pour que soit
rejetée l'idée qu'il n’y a d'autres dieux que lui.
C'est pourquoi, s'il a endurci Pharaon, il l'a fait parce que celui-ci avait
flagellé notre peuple et tenté de le détruire en faisant noyer tous les
enfants mâles d'Israël, au point que Moïse était tout près d'y perdre la vie.
Donc, je vous le dis en vérité, la prédestination a pour fondement la loi de
Dieu et le libre arbitre de l'homme. En effet, bien que Dieu puisse sauver le
monde entier et faire en sorte que personne ne périsse, il ne le veut pas,
pour ne pas priver l’homme de liberté pour contrarier Satan, en sorte que
même si ce tas de boue méprisé par lui pèche comme fit l'esprit, il puisse
néanmoins se repentir et occuper la place d'où l'esprit fut chassé. Notre
dieu, dis-je, veut assister de sa miséricorde la libre volonté de l'homme et
ne veut pas priver la créature de sa toute-puissance.
Ainsi au jour du jugement, personne ne pourra invoquer d'excuse pour ses
péchés, car il verra alors manifestement tout ce que Dieu a fait pour sa
conversion et combien de fois il l'a appelé à la pénitence.
Chapitre 167
Par conséquent, si votre raison ne s'en contente pas et si vous voulez dire
encore : «Pourquoi en est-il ainsi ?» Je vous révèlerais un
"pourquoi" qui est celui-ci : Dites-moi pourquoi une pierre ne peut
pas demeurer sur l'eau alors que toute la terre se tient sur l'eau ?
Dites-moi pourquoi l'eau éteint le feu et pourquoi la terre fuit l'air, en
sorte que personne ne peut unir en paix la terre, l'eau, l'air et le feu, et
qu'ils sont néanmoins unis dans l'homme et y demeurent pacifiquement ?
Si donc vous ne le savez pas et même si tous les hommes en tant qu'hommes ne
peuvent pas le savoir, comment sauraient-ils que d'une seule parole Dieu a
tout créé du néant ? Comment connaîtraient-ils l'éternité de Dieu ? Il est
évident qu'ils ne pourront pas connaître cela non plus. Pourquoi ? parce que
l'homme est fini, qu'il est composé d'un corps et que celui-ci en se
corrompant, comme dit le prophète Salomon, alourdit l'âme. Et les oeuvres de
Dieu qui sont proportionnées à Dieu, qui pourra les comprendre ?
Voyant cela, Isaïe, le prophète de Dieu, s'écria :«Vraiment tu es un Dieu
caché!» A propos du messager de Dieu, sur la facon dont Dieu l'a créé, il dit
: «Sa génération, qui pourra la raconter ?» A propos de l'action de Dieu, il
dit : «Qui a été son conseiller ?» C'est pourquoi Dieu à la Nature humaine :
«De même que le ciel est élevé au-dessus de la terre, ainsi sont élevés mes
voies au-dessus de vos voies et mes pensées au-dessus de vos pensées.»
Je vous le dis donc, la manière dont s'effectue prédestination n'est pas
claire pour les hommes, même si le fait que tout ce que je vous ai dit est
vrai. L'homme doit-il donc rejeter le fait sous prétexte qu'il n'en connaît
pas la manière ? Je n'ai certainement jamais vu personne refuser la santé
même s'il ne connaît pas la manière dont Dieu guérit le malade quand je le
touche. cela est encore inconnu à moi-même.»
Chapitre 168
Les disciples dirent alors : «Vraiment Dieu parle en toi car jamais un homme
n'a parlé comme toi! » Jésus répondit : «Croyez-moi, quand Dieu m'a choisi
pour m'envoyer à la maison d'Israël, il me donna un livre comme un miroir
clair qui descendit dans mon coeur, en sorte que tout ce que je dis sort de
ce livre Quand ce livre aura fini de sortir de ma bouche, je serais enlevé du
monde.»
Pierre répondit : «Maître, ce que tu dis maintenant, est-ce aussi écrit dans
ce livre? » Jésus répondit : «Tout ce que je dit pour la connaissance de Dieu
et pour le service de Dieu, pour la connaissance de l'homme et pour le salut
de l'homme, tout cela sort de ce livre qui est mon évangile.»
Pierre dit : «La gloire du paradis y est-elle écrite aussi ? »
Chapitre 169
Jésus répondit : «Écoutez, je vais vous dire comment est le paradis et
comment les saints et les fidèles y demeureront sans fin, car c'est là l'un
des plus grands biens du paradis Chaque chose en effet, si grande qu'elle
soit devient petite et s'anéantit quand elle prend fin. Le paradis est une
maison où Dieu conserve ses délices. C'est au point que la terre foulée par
les pieds des saints et des bienheureux est si précieuse qu'une drachme de
cette terre là a plus de prix que mille mondes.
Ces délices-là, notre père David, prophète de Dieu, les vit, car Dieu les lui
montra en lui faisant voir la gloire du paradis. Revenu ensuite en lui-même,
il se couvrit les yeux des deux mains et dit en pleurant : «O mes yeux, ne
regardez plus ce monde-ci car tout est vain, sans rien de bien! » De ses
délices-là le prophète Isaïe dit : «Les yeux de l'homme n'ont pas vu, ses
oreilles n'ont pas entendu, le coeur humain n'a pas compris ce que Dieu a
préparé pour ceux qu'il aime.»
Savez-vous pourquoi ils n'ont ni vu, ni entendu, ni compris ces délices-là?
C'est parce que, vivant ici-bas, ils ne sont pas dignes de les voir. Même si
notre père David les vit, je vous le dis en vérité, il ne les vit pas avec
ses yeux humains, mais Dieu attira son âme à lui Il les vit donc. Vive Dieu,
en présence de qui se tient mon âme, puisque les délices du paradis sont
infinis et que l'homme est fini, l'homme ne peut pas les comprendre, de même
qu'un petit pot de terre ne peut contenir la mer.
Regardez donc comme le monde est beau en été quand tout fructifie et que le
paysan, enivré de joie à la vue de sa récolte fait résonner de ses chants les
vallées et les monts et se félicite grandement de ses fatigues. Eh bien,
élevez de même votre coeur vers le paradis! Toute chose y fructifie à la
mesure de celui qui l'a cultivée.
Vive Dieu, pour connaître le paradis, qu'il vous suffise de savoir que Dieu
l'a créé pour qu'il soit la maison de ses délices. Croyez-vous donc que la
souveraine bonté n'a pas de choses souverainement belles? Prenez garde de
faire une très grave erreur en pensant qu'il n'en est pas ainsi.
Chapitre 170
Voici ce que Dieu dit à l'homme qui le sert fidèlement : " Je connais
tes oeuvres. C'est pour moi que tu les accomplis. Aussi vrai que je vis à
jamais, ton amour ne surpassera pas ma libéralité. Tu me sers en effet comme Dieu,
ton créateur, en reconnaissant que tu es mon oeuvre et tu ne demandes que la
grâce et la miséricorde de me servir fidèlement. Tu ne fixes pas non plus de
6n à ton service puisque tu désires me servir pour l'éternité!
Voici ce que je ferai : je te récompenserai comme si tu étais Dieu, mon égal.
Non seulement je mettrai entre tes mains l'abondance du paradis, mais je me
donnerai moi-même à toi, et de même que tu veux être toujours mon serviteur,
de même serai-je toujours ta récompense. "
Chapitre 171
" Que pensez-vous du paradis?" dit Jésus à ses disciples. Y a-t-il
une intelligence qui puisse comprendre de telles richesses et de telles
délices ? II faudrait que l'homme ait la connaissance même de Dieu pour
savoir tout ce que Dieu veut donner à ses serviteurs.
Quand Hérode fait un cadeau à l'un de ses barons favoris avez-vous vu ce
qu'il lui donne?". Jean répondit : "Moi, je l'ai vu deux fois. Un
pauvre se contenterait certainement de la dixième partie de. ce qu'il lui
donne." Jésus dit : " Mais si un pauvre reçoit quelque chose
d'Hérode, qu'est-ce que ce sera? " Jean répondit : "Une ou deux
petites pièces de monnaie " Que cela soit votre livre d'étude pour
connaître le paradis, reprit Jésus, car tout ce que Dieu a donné à l'homme en
ce monde pour son corps est comparable à la petite pièce de monnaie qu'Hérode
donnerait à un pauvre. Mais tout ce que Dieu donnera à l'âme et au corps dans
le paradis, c'est comme si Hérode donnait à l'un de ses serviteurs tout ce
qu'il possède et sa vie elle-même.
Chapitre 172
Dieu dit ceci à celui qui l'aime et le sert fidèlement : " Mon
serviteur, va donc voir comme est nombreux le sable de la mer. Eh bien, si la
mer te donnait un seul grain de sable, cela te semblerait peu, bien sûr.
Aussi vrai que je vis, moi, ton créateur, tout ce que j'ai donné en ce monde
à tous les princes et rois de la terre n'est même pas comme ce grain de sable
que te donnerait la mer, en comparaison de ce que je te donnerai dans mon
paradis. "
Chapitre 173
" Voyez donc quelle est l'abondance du paradis, dit Jésus, car si Dieu a
donné à l'homme une once de bien en ce monde, dans le paradis il lui en
donnera dix, cent et mille mesures. Voyez la quantité de fruits qui sont dans
ce monde. la quantité d'aliments. la quantité de fleurs et la
quantité de choses qui servent l'homme. Vive Dieu, en présence de qui se
tient mon âme, de même qu'il reste du sable à la mer lorsqu'on en reçoit un
grain, de même la qualité et la quantité des figues du paradis surpassent la
sorte de figues que nous mangeons ici-bas. Et ainsi de tout le reste au
paradis. Mais de plus, je vous le dis en vérité, de même qu'une montagne d'or
et de perles a plus de prix que l'ombre d'une fourmi. de même les délices du
paradis ont plus de prix que tous les délices que les princes du monde ont
eues et auront jusqu'au jugement de Dieu, quand le monde prendra fin. "
Pierre répondit : " Le corps que nous avons maintenant ira donc au
paradis?" Jésus répondit : "Pierre, prends garde de devenir
Saducéen ! car les Saducéens disent que la chair ne ressuscitera pas et qu'il
n'y a pas d'anges. C'est pourquoi leur âme et leur corps sont privés d'aller
au paradis et sont privés en ce monde de recevoir des anges quelque service
que ce soit. As-tu oublié Job, prophète et ami de Dieu, qui dit : "Je sais
que mon Dieu vit, qu'au dernier jour, je ressusciterai dans ma chair et que
de mes yeux je verrai Dieu, mon sauveur! Mais crois-moi, notre chair sera si
purifiée qu'elle n'aura plus aucune des propriétés qu'elle a maintenant. Elle
sera expurgée de tout désir mauvais et Dieu la ramènera à l'état dans lequel
se trouvait Adam avant de pécher.
Deux hommes servent un même maître dans un même travail. L'un ne fait que
regarder l'ouvrage et commande le second ; celui-ci exécute ce que commande
le premier. Vous semble-t-il juste, dis-je, que le maître récompense
seulement celui qui voit et commande, et chasse de la maison celui qui s'est
épuisé à travailler? Certes non! Comment donc la justice de Dieu
supporterait-elle alors que l'âme, le corps et la sensibilité de l'homme
servent Dieu, l'âme ne faisait que regarder et commander le service? car,
puisqu'elle ne mange pas de pain, elle ne jeûne pas elle ne marche pas, elle
ne souffre ni du froid ni de la chaleur, elle ne tombe pas malade, elle n'est
pas tuée puisqu'elle est immortelle, elle ne souffre aucune des peines
corporelles que souffre le corps à cause des éléments, est-il juste, dis je,
qu'elle seule aille au paradis et pas le corps qui s'est tellement épuisé au
service de Dieu ? " Pierre répondit : "Maître, puisque le corps a
fait pécher l'âme, il ne faut pas le mettre au paradis! "
Jésus répondit : " Mais comment le corps pécherait-il sans l'âme ? Ce
serait tout à fait impossible! Ainsi, en privant le corps de la miséricorde
de Dieu, tu condamnes l'âme à l'enfer!"
Chapitre 174
Vive Dieu, en présence de qui se tient mon âme, notre Dieu promet sa
miséricorde au pécheur en disant : " A l'heure même où le pécheur
regrettera son péché à cause de moi. je ne me
souviendrai plus jamais de ses iniquités. Or, qui mangerait les aliments du
paradis si le corps n'y allait pas? Certainement pas l'âme, car elle est
esprit! " Pierre répondit : " Les bienheureux mangeront donc au
paradis! Mais comment la nourriture ne produira-t-elle pas d'ordure?"
Jésus répondit " Quelle béatitude aurait donc le corps s'il ne mangeait
ni ne buvait ? " II est tout à fait convenable de donner une gloire
proportionnée à celui qui est glorifié. Mais tu fais erreur, Pierre, en
pensant qu'une telle nourriture produira de l'ordure, car le corps présent
mange des nourritures corruptibles et la putréfaction s'en suit, tandis qu'au
paradis le corps sera incorruptible, impassible, immortel. libre de toute
misère, et les nourritures sans aucun défaut ne produiront aucune
putréfaction.
Chapitre 175
En se moquant des réprouvés, Dieu parle ainsi dans le prophète Isaïe : "
Mes serviteurs siégeront à table dans ma maison, ils festoieront joyeusement
au son des harpes et des orgues et je ne les laisserai manquer de rien. Mais
vous qui êtes mes ennemis, vous serez chassés loin de moi où vous mourrez de
misère, méprisés par tous mes serviteurs. "
Chapitre
176
"Pourquoi dire : ils festoieront, dit Jésus à ses disciples! Certes,
Dieu parle clair. Mais pourquoi quatre fleuves de liqueur précieuse dans le
paradis et pourquoi tant de fruits? Dieu ne mange certainement pas, ni les
anges, ni l'âme, ni la sensibilité! Par contre la chair mange, elle; la chair
c'est-à-dire notre corps. Ainsi la gloire du paradis consiste pour le corps
dans la nourriture, et pour l'âme et la sensibilité dans la fréquentation des
anges et des esprits bienheureux.
Cette
gloire sera mieux manifestée par le messager de Dieu qui connaît tout mieux
qu'aucune
créature puisque Dieu a tout créé pour son amour " Barthélémy dit :
" Maître, la gloire du paradis sera-t-elle égale pour tous les hommes.
Si elle est égale, ce ne sera pas juste, et si elle n'est pas égale, les plus
petits envieront les plus grands! " Jésus répondit : " Elle ne sera
pas égale, car Dieu est juste, mais chacun sera content, car là i1 n'y a pas
d'envie. Dis-moi, Barthélémy, un patron a beaucoup de serviteurs. II les
habille tous d'une même étoffe. Est-ce que les enfants qui ont des vêtements
d'enfants se plaignent de ce qu'ils n'ont pas de vêtements d'adultes ? Tout
au contraire, si les adultes voulaient leur donner leurs grands vêtements,
ils se mettraient en colère, les vêtements n'étant pas à leur taille, et ils
se croiraient moqués. Eh bien, Barthélémy, élève ton coeur vers Dieu dans le
paradis et tu verras qu'une seule et même gloire ne produira en eux aucune
envie, même si elle .est accordée plus à celui-ci et moins à celui-là. "
Chapitre 177
Celui qui écrit dit alors : "Maître, le paradis a-t-il comme ce monde
ici la lumière du soleil?" Jésus répondit :" Barnabé, Dieu m'a dit
ceci : le monde dans lequel vous habitez, ô hommes pécheurs, a le soleil, la
lune et les étoiles qui l'ornent pour votre profit et votre joie, c'est cela
que j'ai créé.
Mais croyez-vous que la maison qu'habiteront mes fidèles ne sera pas meilleure?
Vous vous trompez certainement si vous le croyez car moi, votre Dieu, je suis
le soleil du paradis; mon messager en est la lune qui reçoit tout de moi et
les étoiles, ce sont mes prophètes qui vous ont prêché ma volonté. Ce sont
eux qui ont porté ma parole à mes fidèles. De même, c'est par eux qu'au
paradis de mes délices, mes fidèles recevront plaisir et joie.
Chapitre 178
"Que cela vous suffise pour connaître le paradis ", dit Jésus.
Barthélémy reprit : "Maître, souffre que je te demande encore quelque
chose! " - " Dis-moi ce que tu désires ", répondit Jésus.
" - " Le paradis doit être certainement très grand, dit Barthélémy,
pour contenir d'aussi grands biens! " Jésus répondit :" Le paradis
est si grand qu'aucun homme ne peut le mesurer. Je te le dis en vérité, il y
a neuf cieux entre lesquels se trouvent les planètes. Ils sont éloignés l'un
de l'autre de cinq cents années de marche. La terre aussi est éloignée du
premier ciel de cinq cents années de marche. Pourtant, arrêtes-toi à mesurer
le premier ciel. Par rapport à la terre, il est comme la terre par rapport à
un grain de sable. De même le deuxième ciel par rapport au premier, le
troisième par rapport au deuxième et ainsi de suite jusqu'au dernier ciel. Eh
bien, je te le dis en vérité, la terre et le ciel ensemble sont par rapport
au paradis comme un grain de sable en comparaison de toute la terre. "
Pierre dit alors : " Maître, le paradis doit être plus grand que Dieu
puisque Dieu s'y trouve!" Jésus répondit : " Tais-toi, Pierre, tu
blasphèmes et tu ne t'en rends pas compte! "
Chapitre 179
L'ange Gabriel vint alors à Jésus et lui montra un miroir brillant comme le
soleil, dans lequel il vit écrit ces paroles : " Aussi vrai que je vis à
jamais, de même que le paradis est plus grand que les cieux et la terre
ensemble, et de même que toute la terre est plus grande qu'un grain de sable
ainsi suis-je autant de fois supérieur au paradis que la mer de grains de
sable, qu'il y a de gouttes d'eau dans la mer, qu'il y a d'herbe sur la
terre, qu'il y a de feuilles sur les arbres, qu'il y a de poils sur les
animaux et autant de fois qu'il faudrait de grains de sable pour remplir tout
les cieux et tout le paradis et plus encore! "
Jésus dit alors : "Révérons Dieu qui est béni éternellement. " Cent
fois ils inclinèrent la tête et après la prière, Jésus appela Pierre et lui
dit ainsi qu'à tous les disciples ce qu'il avait vu. I1 dit à Pierre :
"Ton âme qui est plus grande que toute la terre voit à travers un seul
œil le soleil qui est mille fois plus grand que toute la terre" - "
C'est vrai " dit Pierre. Jésus dit alors : " Eh bien, c'est ainsi
que tu verras Dieu notre créateur à travers le paradis!" Après avoir dit
cela, Jésus rendit grâce à Dieu notre Seigneur, en priant pour la maison
d'Israël et pour la cité sainte. Et chacun répondit : " Qu'il en soit
ainsi, Seigneur! "
Chapitre 180
Un jour que Jésus se tenait sous le portique de Salomon, un scribe de ceux
qui prêchaient au peuple s'approcha de lui et lui dit : " Maître, j'ai
prêché souvent à ce peuple et j'ai en tête un passage de l'Ecriture que je ne
peux pas comprendre. " Jésus répondit : " Quel est-il ? " Le
scribe dit : " Ce que Dieu dit à Abraham notre père : "Je serai ta
grande récompense! " Comment l'homme peut-il donc mériter? "
Jésus se réjouit alors en esprit et dit : "Tu n'es certainement pas loin
du royaume de Dieu. Aussi écoute-moi et je te dirai le sens de cette
doctrine-là, Puisque Dieu est infini et que l'homme est fini, l'homme ne peut
pas mériter Dieu. Est-ce là ton doute, frère?" Le scribe répondit en
pleurant " Seigneur, tu connais mon cœur Parle donc, car mon âme désire
entendre ta voix ! " Jésus dit alors : " Vive Dieu, l'homme ne peut
même pas mériter le peu de souffle qu'il reçoit à chaque instant. " En
entendant cela le scribe resta stupéfait. Les disciples s'étonnèrent aussi.
Ils avaient en effet en mémoire que Jésus leur avait dit qu'ils recevraient
le centuple de tout ce qu'ils donnaient pour l'amour de Dieu. II dit alors :
"Si quelqu'un vous prêtait cent deniers d'ors et que vous gaspilliez ces
deniers, pourriez-vous dire à cet homme-là : " Je te donne une feuille
de vigne pourrie, mais toi, donne-moi ta maison, car je la mérite? " Le
scribe répondit : " Non, Seigneur, car il doit d'abord payer sa dette.
Ensuite, s'il veut quelque chose, il devra lui donner de bonnes choses. Mais
à quoi peut servir une feuille pourrie!"
Chapitre 181
Jésus répondit : "Tu as bien parlé, frère! Mais dis-moi, qui a créé
l'homme du néant? C'est Dieu, certes. Et Dieu a donné à l'homme en bénéfice
le monde entier. Mais en péchant l'homme a tout gaspillé, car le monde entier
est opposé à l'homme à cause du péché. L'homme misérable n'a que des œuvres
pourries par le péché à donner à Dieu; en péchant en effet chaque jour, il
pourrit ses œuvres. C'est pourquoi le prophète Isaïe dit : "Nos justices
sont comme un linge souillé", Comment donc l'homme pourrait-il mériter
puisque déjà il ne peut pas payer ses dettes?
Est-ce que l'homme ne pèche pas? Certes, notre Dieu dit par son prophète
David : "Le juste tombe sept fois par jour." Combien de fois tombe
donc celui qui n'est pas juste! Et si nos justices sont pourries, combien
sont abominables les injustices Vive Dieu, il n'y a rien que l'homme doive
éviter davantage que de dire : "Je mérite". Que l'homme considère
les oeuvres de ses mains, frère, et il verra aussitôt quel est son mérite.
Les bonnes choses qui viennent de l'homme, ce n'est pas l'homme qui les fait,
en vérité, mais c'est Dieu qui les accomplit dans l'homme, car l'être
appartient à Dieu qui l'a créé. Ce que fait l'homme, c'est contre dire Dieu
son créateur, et commettre le péché. Et pour cela il ne mérite pas
récompense, mais tourment.
Chapitre 182
Non seulement Dieu a créé l'homme, comme je le dis, mais il l'a créé parfait;
il lui a donné le monde entier; après la sortie du paradis, il lui a donné
deux anges qui le gardent; il lui a envoyé les prophètes ; il lui a donné la
loi ; il lui a donné la foi ; à chaque instant il le délivre de Satan; il
veut lui donner le paradis; et de plus, Dieu veut se donner lui-même à
l'homme. Voyez donc comme la dette est grande! Pour l'éteindre, il faudrait
que vous ayez créé l'homme par vous-mêmes à partir du néant, il faudrait que
vous ayez créé tous les prophètes que Dieu vous a envoyés, et aussi un monde
et un paradis, et de plus un Dieu grand et bon comme l'est notre Dieu, et il
faudrait que vous donniez tout cela à Dieu. C'est ainsi que la dette serait
éteinte. Il ne vous resterait que le devoir de remercier Dieu. Mais vous, qui
ne pouvez même pas créer une mouche puisqu'il n'y a qu'un seul Dieu maître de
tout, comment pourriez-vous éteindre votre dette? Certes, si un homme vous
prête cent deniers d'or, vous êtes obligés de lui rendre cent deniers d'or.
Or le sens de tout cela, frère, le voici, c'est que Dieu peut dire ce qu'il
lui plaît et donner ce qu'il lui plaît puisqu'il est le mettre du paradis et
de toute chose. Quand il dit à Abraham : " Je serai ta grande
récompense", Abraham ne peut pas dire "Dieu est ma récompense
", mais il doit dire : " Dieu m'est donné, il est ma dette. "
C'est pourquoi, frère, quand to prêches au peuple, tu dois expliquer ce
passage comme ceci : " Si l'homme fait le bien, Dieu lui donnera ceci et
cela. Ô homme, si Dieu te disait : " Mon serviteur, tu as fait le bien
pour mon amour, quelle récompense veux-tu de moi ton Dieu?" Réponds :
" Seigneur, puisque je suis l'œuvre de tes mains, il n'est pas digne que
se trouve en moi ce qu'aime Satan, c'est-à-dire le péché.
C'est pourquoi, Seigneur, pour ta gloire, aie pitié des œuvres de tes mains!
" Et si Dieu te disait : "Je t'ai pardonné, mais maintenant je veux
te récompenser", réponds : " Seigneur, pour ce que j'ai fait, je
mérite d'être puni, et pour ce que to as fait, to mérites d'être glorifié.
Punis donc en moi, Seigneur, ce que j'ai fait et sauve ce que tu as accompli!
" Et si Dieu te disait: "Quelle peine te semble convenir à ton
péché? " réponds : " Tout ce qu'endureront tous les réprouvés,
Seigneur! " Et si Dieu te disait : " Pour quoi recherches-tu une
peine si grande, ô mon serviteur fidèle?" Réponds : " Parce que si
chacun d'entre eux avait reçu de toi ce que j'ai reçu, ils t'auraient servi
plus fidèlement que moi! " Et si Dieu te disait : "Quand veux-tu
recevoir, cette peine et pour combien de temps ? " Réponds : " Dès
maintenant et sans fin! " Vive Dieu, en présence de qui se tient mon
âme, un tel homme serait plus agréable à Dieu que tous ses saints anges, car
Dieu aime la véritable humilité et il hait l'orgueil!". Le scribe
remercia alors Jésus et lui dit : " Seigneur, allons à la maison de ton
serviteur et ton serviteur te donnera à manger ainsi qu'à tes disciples !
" Jésus répondit : " je m'y rendrai quand tu me promettras de
m'appeler " frère " et non pas " Seigneur ", et que tu
diras que tu es mon frère et non pas mon serviteur! " L'homme le promit
et Jésus se rendit chez lui.
Chapitre 183
Tandis qu'ils mangeaient, le scribe dit : " Maître, tu as dit que Dieu
aime la véritable humilité, dis-nous donc ce qu'est l'humilité et comment
elle peut être véritable ou fausse. " (Jésus répondit) : " En
vérité, je vous le dis, celui qui ne deviendra pas comme un enfant, tu
entrera pas dans le royaume du ciel " Tous furent troublés en entendant
cela. Ils se disaient les uns aux autres : " Mais comment celui qui a
trente ou quarante ans deviendra-t-il un enfant? Que cette parole est
difficile ! "
Jésus répondit : " Vive Dieu, en présence de qui se tient mon âme, mes
paroles sont vraies ! Je vous dis qu'il faut devenir comme un enfant, car
c'est là la véritable humilité. En effet, si vous demandez à un enfant, qui a
fait les vêtements qu'il porte, il répondra : " Mon père ! " Si
vous lui demandez à qui appartient la maison qu'il habite, il vous dira :
" A mon père! " Si vous dites : " Qui t 'a appris à marcher et
à prier, il vous répondra : " Mon père ! " Mais si vous dites :
" Qui t'a blessé au front pour avoir le front ainsi bandé? " Il
répondra : " Je suis tombé et je me suis blessé à la tête! " Si
vous dites : " Mais pourquoi es-tu tombé? " Il répondra " Ne
voyez-vous pas que je suis petit et que je n'ai pas la force de marcher ni de
courir comme un grand? Si je veux marcher vite, mon père doit me prendre la
main. Mais pour que j'apprenne à bien marcher, mon père m'a lâché un peu, et
Moi, en voulant courir, je suis tombé! " Si vous dites alors: "
Qu'a dit ton père?" II répondra : " Eh bien, pourquoi n'as-tu pas
marché doucement? A l'avenir prends garde de t'éloigner de moi! "
Chapitre 184
" Est-ce que c'est vrai cela ? dit Jésus. "C'est tout à fait vrai !
" répondirent les disciples et le scribe" - " Eh bien, dit
Jésus, ceux qui reconnaîtront dans la vérité du coeur, que Dieu est l'auteur
de tout bien et qu'eux-mêmes sont les auteurs du péché, ceux-là seront
vraiment humbles. Mats celui dont la bouche parlerait comme cet enfant mais
qui dirait le contraire dans les faits, celui-là serait sûrement un faux
humble et un véritable orgueilleux, car le comble de l'orgueil est de se
servir de moyens humbles pour ne pas être réprimandé et foulé aux pieds par
les hommes.
L'humilité véritable est un abaissement de l'âme par lequel l'homme se
connaît véritablement. Mais la fausse humilité est un brouillard de l'enfer
qui obscurcit tellement l'intelligence de l'âme que tout ce que l'homme
devrait s'attribuer à lui-même, il l'attribue à Dieu, et tout ce qu'il
devrait attribuer à Dieu, il se l'attribue à lui-même. Ainsi le faux humble
dira qu'il est un grand pécheur, mais si quelqu'un lui dit qu'il est pécheur,
il se mettra en colère contre lui et le persécutera. Le faux humble dira que
Dieu lui a donné ce qu'il a, mais qu'il n'a pas dormi et qu'il a bien agi.
Dites-moi, frères, les pharisiens d'à présent, comment marchent-ils ?"
Le scribe répondit en pleurant : " Maître, les pharisiens d'aujourd'hui
portent les habits et le nom de pharisiens, mais ce sont des cananéens dans
le cœur et dans leurs œuvres ! Plaise à Dieu qu'ils n'usèrent pas ce nom, ils
ne tromperaient pas les simples! O temps passé, comme tu as été cruel envers
nous, tu nous as enlevé les vrais pharisiens et tu nous as laissé les faux!
"
Chapitre 185
Jésus répondit : "Frère, ce n'est pas le temps qui a fait cela, mais le
monde méchant, car on peut servir Dieu en vérité en tout temps, mais si on
s'approche du monde, c'est-à-dire des mauvaises mœurs, on devient méchant en
tout temps. Ne sais-tu pas que Géhazi, serviteur du prophète Elisée, à la
honte de son maître, vola par un mensonge l'argent et les vêtements d'Aman le
Syrien? Et pourtant Elisée avait un grand nombre de pharisiens et Dieu les
faisait prophétiser.
Je te le dis en vérité, les hommes sont si disposés à mal faire, le monde les
y pousse tant, et Satan les sollicite tellement au mal, que les pharisiens
d'à présent fuient toute bonne action et tout bon exemple.
Que l'exemple de Géhazi te suffise pour savoir qu'ils sont réprouvés par
Dieu. " Le scribe répondit : " C'est tout à fait vrai!" Jésus
dit alors : "Je veux que tu racontes l'exemple
d'Aggée et d'Osée, les deux prophètes de Dieu, pour que nous reconnaissions
le vrai pharisien" Le scribe répondit : "Maître, que dirais-je ?
Beaucoup ne le croiront certainement pas même si c'est écrit par le prophète
Daniel, mais pour t'obéir je te raconterai la vérité.
Aggée avait quinze ans quand il vendit son patrimoine. L'ayant donné aux
pauvres, il sortit
d'Anatot pour servir le prophète Abdias. Le vieil Abdias donc, qui
connaissait l'humilité d'Aggée se servait de lui comme d'un livre pour
enseigner ses disciples. Aussi lui faisait-il souvent cadeau de vêtements et
d'aliments recherchés. Mais Aggée renvoyait toujours le messager en disant :
" Va-t-en, retourne à la maison car tu t'es trompé ! Abdias
m'enverrait-il
de telles choses ? Sûrement pas, car il sait que je ne suis bon à rien et que
je ne fais que pécher. " Et quand Abdias avait quelque chose de mauvais,
il le donnait au plus proche voisin d'Aggée afin que celui-ci le vole. Et en
le voyant Aggée se disait : " Tu vois bien qu'Abdias t'a tout à fait
oublié, car cela ne convient qu'à moi puisque je suis le plus mauvais de
tous. Il n'y a pas de chose si grossière qui ne soit pour moi un trésor si je
la reçois d'Abdias : c'est Dieu qui me la donne par ses mains. "
Chapitre 186
Quand Abdias voulait apprendre à prier à quelqu'un; il appelait Aggée et
disait : " Récite ici ta prière pour que chacun entende tes paroles!
" Alors Aggée disait : " Seigneur Dieu d'Israël, regarde avec
miséricorde ton serviteur qui t'appelle parce que tu l'as créé! Seigneur,
Dieu juste, souviens-toi de ta justice et punis les péchés de ton serviteur
pour que je ne contamine pas ton œuvre! Seigneur mon Dieu, je ne peux pas te
demander les délices que tu donnes à tes serviteurs fidèles, car je ne fais
que pécher. Mais Seigneur, quand tu veux donner une maladie à l'un de tes
serviteurs, souviens-toi de moi, ton serviteur, pour ta gloire! " Parce
qu'Aggée faisait cela, dit le scribe. Dieu l'aima tant qu'il donna le don de
prophétie à tous ceux qui se trouvaient avec lui en ce temps là; et il n'y a
pas de chose qu'Aggée demandât dans la prière, que Dieu ne lui accordât.
Chapitre 187
En disant cela, le bon scribe pleurait comme pleure le marin quand il voit
son bateau détruit. Il ajouta : "Quand Osée s'en alla servir Dieu, il
était prince de la tribu de Nephtali et âgé de quatorze ans. Ayant vendu son
patrimoine et l'ayant donné aux pauvres, il partit pour être disciple
d'Aggée. Il était si enflammé de charité, qu'il disait pour tout ce qu'on lui
demandait : " Dieu m'a donné cela pour toi, frère, accepte-le donc.
" De cette manière, il n'eut bientôt plus que deux habits : la tunique
de cilice et le manteau de peau. Et je dis qu'il vendit le patrimoine et
qu'il le donna aux pauvres, car autrement on n'aurait laissé personne prendre
le nom de pharisien.
Osée possédait le livre de Moïse et le lisait avec une ardeur extrême. Ainsi,
Aggée lui dit un jour " Osée, qui t'a pris tout ce que tu avais ? "
il répondit : " Le livre de Moïse! " Il arriva qu'un disciple d'un
prophète voisin voulut aller à Jérusalem. Or il n'avait pas de manteau.
Ayant entendu parler de la charité d'Osée, il alla le trouver et lui dit :
" Frère. je voudrais aller à Jérusalem pour offrir un sacrifice à notre
Dieu, mais je n'ai pas de manteau et je ne sais que faire! " ? A ces
mots, Osée dit : " Pardonne-moi, frère, j'ai commis un grand péché
contre toi : Dieu m'a donné un manteau pour que je te le donne, et je l'ai
oublié. Accepte-le donc et prie Dieu pour moi ! " ajoutant foi, l'homme
reçut le manteau d'Osée et s'en alla. Quand Osée alla chez Aggée. celui-ci
lui dit : " Qui t'a pris ton manteau " Osée répondit Il arriva qu'un
pauvre fui dépouillé par des voleurs et qu'il resta nu. Osée l'ayant vu
ainsi, se dépouilla de sa tunique et la donna à celui qui était nu, lui-même
restant avec un peu de peau de chèvre sur ses parties secrètes. Niais comme
il n'allait pas chez Aggée, le bon Aggée pensa qu'Osée était malade. Il alla
le trouver avec deux de ses disciples. Ils le trouvèrent enveloppé de
feuilles de palmier. Aggée dit alors : " Dis-moi donc pourquoi tu n'es
pas venu chez moi? " Osée répondit : " Le livre de Moïse m'a pris
ma tunique et j'ai craint d'aller là bas sans tunique. " Alors Aggée lui
en donna une autre. Il arriva qu'un jeune homme en voyant Osée lire le livre
de Moïse, dit en pleurant : " Moi aussi j'apprendrais bien à lire si
j'avais un livre! " A ces mots, Osée lui donna le livre et dit : "
Frère, ce livre est à toi car Dieu me l'a donné pour que je le donne à celui
qui, en pleurant. désire un livre. " L'homme le crut et accepta le
livre.
Chapitre 188
Un disciple d'Aggée était voisin d'Osée. Voulant voir si son livre était bien
écrit, il se rendit chez lui et lui dit : " Frère, prends ton livre et
voyons s'il est comme le mien ! " Osée répondit : " On me l'a pris
" - " Qui te l'a pris? " dit le disciple. Osée répondit "
Le livre de Moïse! " Ce qu'entendant, celui-là alla chez Aggée et lui
dit : " Osée est devenu fou car il dit que le livre de Moïse lui a pris
le livre de Moïse ! " Aggée répondit : "Pries à Dieu. frère. que je
sois aussi fou et que tout les fous soient semblables à Osée ! " Comme
les voleurs de Syrie avaient traversé le pays de Judée et pris le fils d'une
pauvre veuve qui habitait près du mont Carmel. où habitaient les prophètes et
les pharisiens, il arriva qu'Osée, étant allé couper le bois, rencontra la
femme qui pleurait. Aussitôt il se mil à pleurer. car quand il voyait rire,
il riait, et quand il voyait pleurer. il pleurait. Osée interrogea la femme
sur la raison de ses larmes et
elle lui raconta tout. Osée dit alors : " Viens, soeur, car Dieu veut te
rendre ton fils ! " Ils allèrent tout deux à Hébron, où Osée se vendit
lui-même et donna l'argent à la veuve. Celle-ci ne sachant comment il avait
eu ces deniers, les accepta et racheta son fils. Celui qui l'avait acheté
Osée sans le connaître, l'amena à Jérusalem où il habitait. Aggée voyant qu'on
ne trouvait plus Osée. en restait affligé. L'ange de Dieu lui dit alors qu'il
avait été emmené à Jérusalem comme esclave. En l'entendant, le bon Aggée
pleurait l'absence d'Osée comme une mère pleure l'absence de son fils. Ayant
appelé deux de ses disciples, il se rendit à Jérusalem. A l'entrée de la
ville, par volonté de Dieu, il rencontra Osée portant du pain aux ouvriers de
la ville de son maître. L'ayant reconnu, Aggée lui dit : " Fils, comment
as-tu abandonné ton vieux père qui te cherche dans la douleur?" Osée
répondit : " Père, j'ai été vendu." Aggée dit alors en colère :
" Quel est ce méchant qui t'a vendu?" Osée répondit " Que Dieu
vous pardonne!, père, car celui qui m'a vendu est si bon que s'il n'était pas
dans le monde, personne ne deviendrait saint! " - " Quel est celui
là?" dit Aggée. Osée répondit : "Père, c'est le livre de Moïse !
" Le bon Aggée en resta comme égaré et dit " Plaise à Dieu, fils,
que le livre de Moïse me vende moi aussi et tous mes fils, comme il t'a
vendu! ".
Et Aggée alla avec Osée chez son maître. Celui-ci ayant reconnu Aggée dit :
" Que notre Dieu soit béni qui a envoyé son prophète chez moi !" Et
il courut lui baiser les mains. Aggée dit alors : " Frère, baise les
mains de ton serviteur que tu as acheté, car il est meilleur que moi ! "
Et il lui raconta tout ce qui s'était passé. Le maître rendit donc la liberté
à Osée. Est-ce cela que tu désires, Maitre ? "
Chapitre 189
Jésus dit alors : " C'est bien cela, Dieu me l'a certifié. Et pour que
tous sachent que c'est la vérité : au nom de Dieu, que s'arrête le soleil et
qu'il ne marche pas pendant douze heures ! " Ce qui se fit à l'effroi de
tout Jérusalem et de la Judée. Puis Jésus dit au scribe : " Frère, que
désires-tu savoir de moi si tu as une telle connaissance ? Vive Dieu, cela
suffit pour le salut de l'homme, car l'humilité d'Aggée et la charité d'Osée
accomplissent toute la loi et tous les prophètes.
Dis-moi, frère, quand tu vins m'interroger dans le temple, croyais-tu
peut-être que Dieu m'avait envoyé détruire la loi et les prophètes ? Non,
Dieu ne le fera pas, lui qui est immuable. Mais ce que Dieu a déterminé comme
voie de salut pour l'homme c'est cela qu'il a fait proclamer par tous les
prophètes. Vive Dieu, en présence de qui se tient mon âme, si le livre de Moïse
et le livre de David, notre père, n'avaient pas été contaminés par les
traditions
humaines des faux pharisiens et docteurs, Dieu ne m'aurait pas donné sa
parole. Que dis-je, le
livre de Moïse et le livre de David ? C'est toutes les prophéties qu'ils ont
contaminées, au point qu'on ne recherche pas aujourd'hui une chose parce que
Dieu l'a commandée, mais on regarde si les docteurs l'enseignent et si les
pharisiens l'observent, comme si Dieu se trompait et que les hommes ne
pouvaient pas se tromper.
Malheur donc à cette génération incrédule, car viendra sur eux le sang de
tous les prophètes et
justes ainsi que le sang de Zacharie, fils de Barachie, qu'ils tuèrent entre
le temple et l'autel ! Lequel des prophètes n'ont-ils pas persécuté ? Lequel
des justes ont-ils laissé mourir de mort naturelle ? Presque aucun ! C'est
pourquoi ils cherchent maintenant à me tuer. Ils se glorifient d'être les
fils d'Abraham et d'avoir le beau temple. Vive Dieu, ils sont fils de Satan;
aussi font-ils sa volonté! C'est pourquoi le temple et la ville sainte s'en
iront en ruine, et du temple il ne restera pas pierre sur pierre.
Chapitre190
Dis-moi, frère, toi qui es docteur expert de la loi, la promesse du Messie
faite à notre père Abraham, au sujet de qui est-elle faite? d'Isaac ou
d'Ismaël? 1 " Le scribe répondit : " Maître, je crains de te le
dire, car il y a danger de mort! " Jésus dit alors : " Frère, je
regrette d'être venu manger chez toi puisque tu aimes plus la vie présente
que Dieu, ton créateur. C'est donc pour cela que tu crains de perdre la vie
et que tu ne crains pas de perdre la' foi et la vie éternelle? Or on perd
celle-ci quand la langue dit le contraire de ce que le coeur sait de la loi
de Dieu! "
Le bon scribe dit alors en pleurant : " Maître, si j'avais su que je
pouvais avoir quelque influence, j'aurais prêché bien des choses que j'ai
tues pour ne pas susciter de sédition dans le peuple. " Jésus répondit :
" Il ne faut tenir compte ni du peuple, ni du monde entier, ni de tous
les saints, ni dé tous les anges, quand il y a offense de Dieu. Laisse donc
tout périr, sans toi-même offenser Dieu, ton créateur, plutôt que tout
conserver avec le péché, car le péché détruit et ne conserve pas. Dieu est
assez puissant pour créer autant de mondes que la mer a de grains de sable,
et bien plus encore."
Chapitre 191
Le scribe dit alors : " Pardonne-moi, Maître, car j'ai péché ! "
Jésus dit : " Que Dieu te pardonne, c'est contre lui que tu as péché!
" Puis le scribe dit : " J'ai vu un vieux livre écrit de la main
des serviteurs et prophètes de Dieu, Moïse et Josué, celui qui comme toi
arrêta le `soleil t. Ce livre est le vrai livre de Moisez. II y est écrit
qu'Ismaël est le père du Messie, et qu'Isaac est le père du messager du
Messie. Ce messager viendra préparer les voies du Messie. Le livre rapporte
que Moise a dit : " Seigneur, Dieu d'Israël, puissant et miséricordieux,
manifeste à ton serviteur la splendeur de ta gloire!' " Alors Dieu lui
montra son messager dans les bras d'Ismaël, et Ismaël dans les bras d'Abraham.
Auprès d'Ismaël se tenait Isaac tenant dans/ses bras un enfant qui de son
doigt
montrait le messager de Dieu en disant : " Voici celui pour qui Dieu â
tout créé ! " Alors Moise s'écria avec joie : " Ismaël, tu tiens
dans tes bras le monde entier ainsi que le paradis ! Souviens-toi de moi,
serviteur de Dieu, afin que je trouve grâce auprès de Dieu par ton fils pour
qui il a tout fait. "
Chapitre 192
On ne trouve pas dans ce livre que Dieu mange de la viande de brebis ou de
mouton t. On n'y trouve pas que Dieu ait réservé sa miséricorde au seul
Israël, mais au contraire qu'il fait miséricorde à tout homme qui cherche en
vérité Dieu son Créateur. Ce livre-là, je n'ai pas pu le lire en entier, car
le souverain pontife dans la bibliothèque de qui je me trouvais, me
l'interdit en disant qu'un Ismaëlite l'avait écrit ". Jésus dit alors :
" Garde-toi de ne plus jamais taire la vérité, car c'est dans la foi du
Messie que Dieu donnera le salut aux hommes. Sans elle, personne ne se
sauvera." Et Jésus arrêta ici son propos.
Puis, tandis qu'ils mangeaient, voici que Marie, qui pleura aux pieds de
Jésus$, entra dans la maison de Nicodème, car tel était le nom du scribes.
Elle se mit en pleurant aux pieds de Jésus et dit : " Seigneur, ta
servante qui par toi a trouvé miséricorde auprès de Dieu, a une soeur et un
frère. Or celui-ci est malade, en péril de mort. " Jésus répondit :
"Où est ta maison, dis-le et j'irai prier Dieu pour sa santé!"
Marie répondit : " Béthanie appartient à mon frère et à ma saur; quant à
moi, j'habite Magdala. Mon frère est donc à Béthanie ". Jésus dit à la
femme : " Va vite chez ton frère et attends moi, car j'irai le guérir.
Ne crains pas, il ne mourra pas! " La femme s'en alla. Arrivée à
Béthanie, elle trouva que son frère était mort ce jour même. Alors ils le
mirent dans le sépulcre de leurs pères.
Chapitre 193
Jésus resta deux jours chez Nicodème. Le troisième jour, il partit pour
Béthanie. Près de la ville, il envoya deux disciples en avant pour annoncer
sa venue à Mariez. Celle-ci courut hors de la ville, et ayant trouvé Jésus,
elle dit en pleurant : " Seigneur, tu m'avais dit que mon frère ne
mourrait pas
Maintenant il est enseveli depuis quatre jours. Plût à Dieu que tu sois venu
avant que je t'appelle, car il ne serait pas mort!" Jésus répondit :
"Ton frère n'est pas mort, mais il dort, c'est pourquoi je viens le
réveiller! " Marie répondit en pleurant : " Seigneur, d'un tel
sommeil il sera réveillé au jour du jugement par l'ange de Dieu qui sonnera
de ta trompette. " Jésus dit : " Marie, crois-moi, il ressuscitera
auparavant, car Dieu m'a donné pouvoir sur son sommeil! Je te le dis en
vérité, il c'est pas mort, car seul est mort celui qui meurt sans trouver
miséricorde auprès de Dieu. "
Marie retourna vite annoncer à sa sueur Marthe la venue de Jésus. A la mort
de Lazare, une grande foule de Juifs de Jérusalem et beaucoup de scribes et
de pharisiens étaient accourus. Marthe ayant entendu dire par sa soeure Marie
que Jésus arrivait, se leva en hâte et courut au dehors. La multitude des Juifs,
scribes et pharisiens la suivit pour la consoler, car ils croyaient qu'elle
allait au sépulcre pleurer son frère.
Arrivée à l'endroit où Jésus avait parlé avec Marie, Marthe dit en pleurant :
" Seigneur. plût à Dieu que tu aies été ici, car mon frère ne serait pas
mort!"" Marie survint à ce moment en pleurant. Alors Jésus pleura
et dit en soupirant : "Où l'avez vous mis?" Ils répondirent :
"Viens voir!" Les pharisiens disaient entre eux : " Lui qui
ressuscita le fils de la veuve à Naïn, pourquoi a-t-il laissé mourir Lazare
alors qu'il avait dit qu'il ne mourrait pas?"
Arrivé au sépulcre où chacun pleurait, Jésus dit :" Ne pleurez pas, car
Lazare dort et je suis venu le réveiller! " Les pharisiens disaient :
" Plaise à Dieu que tu dormes de cette manière-là ! " Jésus dit
alors : " Mon heure n'est pas encore venue, mais quand elle viendra, je
m'endormirai de la même manière et je serai vite réveillé. " Jésus dit
encore : " Enlevez la pierre du sépulcre ! " Marthe dit : "
Seigneur. il sent mauvais, car il y a quatre jours qu'il est mort! "
Jésus dit : " Pourquoi suis-je donc venu ici, Marthe ? Ne crois-tu pas
que je le réveillerai ? " Marthe répondit : "Je sais que tu es le
saint de Dieu qui t'a envoyé en ce monde. "
Alors, les mains levées au ciel, Jésus dit : " Seigneur, Dieu d'Abraham,
Dieu d'Ismaël et d'Isaac, Dieu de nos pères, aie pitié de la douleur de ces
femmes et rends gloire à ton saint Nom ! " Chacun ayant répondu "
Amen " u, Jésus dit d'une voix forte " Lazare, viens dehors! "
Alors le mort se leva. Jésus dit à ses disciples : " Déliez-le ! "
En effet, il était lié dans le linceul avec le suaire sur le visage, comme
nos pères ont coutume d'ensevelir.
Une grande foule de Juifs et quelques pharisiens crurent en Jésus, car le
miracle était grand. Ceux qui restèrent dans leur incrédulité s'ils allèrent
à Jérusalem et racontèrent aux princes des prêtres la résurrection de Lazare
et comment beaucoup étaient devenus Nazaréens. C'est ainsi qu'ils appelaient
ceux qui faisaient pénitence à la parole de Dieu que prêchait Jésus.
Chapitre 194
Les scribes, les pharisiens et le souverain pontife tinrent conseil pour tuer
Lazare, car beaucoup renonçaient à leurs traditions et croyaient à la parole
de Jésus 1. En effet, le miracle de Lazare était grand
il conversait avec les hommes, il mangeait et buvait. Mais comme il était
puissant, bien introduit à Jéru-salem et qu'avec ses sueurs il était
propriétaire de Magdala et de Béthanie, ils ne savaient que faire.
Jésus entra à Béthanie, dans la maison de Lazare. Marthe et Marie le
servaient=. Un jour que Marie était assise aux pieds de Jésus et qu'elle
écoutait ses paroles, Marthe dit à Jésus : " Seigneur, ne vois-tu pas
que ma sueur ne prend pas soin de toi et ne se soucie pas de ce que toi et
tes disciples vous devez manger?" Jésus répondit : "Marthe, Marthe,
occupes-toi de ce que tu dois faire, car Marie a choisi une part qui ne lui
sera jamais enlevée !'
Pendant qu'il était assis à table avec une grande foule de ceux qui croyaient
en lui, Jésus déclara " Frères, je dois rester avec vous peu de temps
encore, car le temps est proche où je quitterai ce monde. Aussi je vous
rappelle les paroles de Dieu au prophète Ezéchiel : " Aussi vrai que je
vis éternellement, moi votre Dieu, l'âme qui péchera, mourra ; par contre, si
le pécheur fait pénitence, il ne mourra pas, mais il vivra." La mort
présente n'est pas une mort, mais plutôt la fin d'une longue mort. En effet,
quand le corps est évanoui, privé de sens, il ne vaut pas mieux qu'un cadavre
bien que l'âme soit en lui, sauf que le cadavre attend que Dieu le
ressuscite, tandis que l'évanoui attend que la sensibilité lui revienne.
Prenez donc garde que la vie présente ne soit une mort si vous n'avez pas le
sens de Dieu.
Chapitre 195
Ceux qui croiront en moi ne mourront jamais, car par ma parole ils sentiront
Dieu en eux-mêmes et ils feront leur salut t. Qu'est-ce que la mort, sinon un
acte que fait la nature sur l'ordre de Dieu? Comme si quelqu'un tenait un
oiseau attaché par une corde qu'il garderait en main. Si la tête veut que
l'oiseau s'envole, que fait-elle? Elle ordonne naturellement à la main de
s'ouvrir et l'oiseau fuit aussitôt. Quand l'homme est sous la protection de
Dieu, notre âme est, selon le prophète David, comme un passereau délivré de
la ruse du chasseur. Notre vie est comme une corde par laquelle ta nature
tient l'âme attachée au corps et à la sensibilité. Quand Dieu veut et ordonne
à la nature de s'ouvrir, la vie se brise et l'âme se réfugie entre les mains
de l'ange que Dieu a établi pour recevoir les âmes.
Que les amis ne pleurent donc pas quand leur ami est mort, car c'est ainsi
que notre Dieu fa voulu ! Mais qu'ils pleurent sans fin quand il pèche, car
alors l'âme meurt, puisqu'elle se sépare de Dieu sa vraie vie. En effet, si
le corps privé de l'âme est horrible, bien plus épouvantable est l'âme privée
de Dieu qui la rend belle et la vivifie par sa grâce et sa miséricorde.
Sur ces mots, Jésus rendit grâces à Dieu. Lazare dit alors : " Maître,
cette maison appartient à Dieu mon créateur ainsi que tout ce qu'il m'a
donné. en garde pour le service des pauvres; mais comme tu es pauvre et que
tu as un grand nombre de disciples, viens habiter ici quand tu veux et aussi
longtemps que tu veux, car le serviteur de Dieu te donnera pour l'amour de
Dieu tout ce qui te sera nécessaire.
Chapitre 196
Entendant cela, Jésus se réjouit et dit : " Vous voyez comme il est bon
de mourir! Lazare n'est mort qu'une fois et il a appris une doctrine si
grande que ne la connaissent pas les plus grands savants du monde, qui ont
vieilli parmi les livres. Plaise à Dieu que tout homme meure une seule fois
et revienne au monde comme Lazare, pour que les hommes apprennent à vivre !
"
Jean répondit : " Maître, m'est-il permis de dire un mot?" - "
Dis-en mille, répondit Jésus, car l'homme doit distribuer la doctrine de même
qu'il doit distribuer les biens pour le service de Dieu. Et ce devoir est
d'autant plus grand que la parole peut) ressusciter une âme par la pénitence
tandis que les biens ne peuvent pas rendre la vie à un mort. C'est
donc un meurtrier celui qui a le moyen d'aider un pauvre et qui le laisse
mourir de faim sans l'aider. Mais plus grand meurtrier encore est celui qui
peut convertir le pécheur à la pénitence par la parole de Dieu et qui ne le
convertit pas. se tient, selon la parole de Dieu, comme un chien muet'. C'est
contre eux que Dieu dit : " Je reprendrai de tes mains, serviteur
infidèle, l'âme du pécheur qui périra parce que tu lui as caché tua parole !
" Dans quel état se trouvent donc maintenant les scribes et les
pharisiens! Ils ont la clef et ne veulent pas entrer; au contraire ils font
obstacle à ceux qui veulent entrer dans la vie éternelle! Jean, tu me
demandes la permission de dire un mot, alors que tu en as écouté cent mille
de ma part. En vérité, je te le dis, je suis obligé de t'écouter dix fois
plus que tu ne m'as écouté. Celui qui ne veut pas écouter l'autre péchera
chaque fois qu'il parlera, car nous devons faire aux autres ce que nous
voulons pour nous et ne pas leur faire ce que nous-mêmes ne voulons pas
recevoir. "
Jean dit alors : " Maître, pourquoi Dieu n'a-t-il pas donné aux hommes
de mourir une fois et de revenir comme Lazare pour qu'ils apprennent à se
connaître eux-mêmes et à connaître leur créateur? "
Chapitre 197
Jésus répondit : " Dis-moi, Jean, un père de famille donna une
excellente hache à l'un de ses serviteurs pour qu'il coupe les taillis qui
gênaient la vue de la maison. Mais l'ouvrier négligea la hache et dit :
" Si le patron me donnait une vieille hache, je couperais facilement les
taillis! " Jean, dis-moi ce que fit le patron? Dans sa colère, il prit
la vieille hache et il lui en frappa la tête en disant : " Pares-seux et
scélérat! Je t'ai donné une hache avec laquelle tu pouvais sans peine couper
les taillis et tu cherches celle-ci qu'on n'emploie qu'avec grande fatigue et
qui abîme tellement tout ce qu'elle coupe que ce n'est plus bon à rien ! Je
veux que tu coupes les taillis de telle manière que/le travail soit bien fait
! " Est-ce que ce n'est pas juste ? " Jean répondit : " Tout à
fait juste. "
Jésus dit alors : "Aussi vrai que je vis éternellement, dit Dieu, j'ai
donné une bonne hache à tout homme, et cette hache c'est de voir enterrer un
mort. Ceux qui utilisent bien cette hache-là enlèvent sans difficulté de leur
coeur, te taillis des péchés si bien qu'ils reçoivent ma grâce et ma
miséricorde et je leur donne en récompense la vie éternelle parce qu'ils ont
bien agi. Mais celui qui oublie qu'il est mortel alors qu'à tout instant il
en voit d'autres mourir et qui dit : " Si je voyais l'autre vie,
j'agirais bien! " ma fureur sera sur lui et je le frapperai tant par la
mort qu'il ne recevra plus jamais aucun bien ! " O Jean, dit Jésus,
qu'il est grand l'avantage de celui qui par la chute des autres apprend à se
tenir debout ! "
Chapitre 198
Lazare dit alors : " Maître, je te le dis en vérité, je ne peux pas
imaginer la peine que mérite celui qui voit à tout instant des morts portés
au tombeau et qui ne craint pas Dieu, notre créateur ! Ainsi par les choses
de ce monde qu'il devra complètement abandonner, il offense son créateur qui
les lui a données.
Jésus dit alors à ses disciples : " Vous m'appelez Maître et vous faites
bien, car Dieu vous enseigne par ma bouche', mais comment appeierez-vous en
vérité Lazare puisqu'il est ici maître de tous les maîtres qui enseignent la
doctrine de ce monde ? Je vous ai donc enseigné à bien vivre, mais Lazare
vous enseignera à bien mourir. Vive Dieu, il a reçu le don de la prophétie ;
écoutez donc ses paroles qui sont vérité ! Vous devez d'autant mieux
l'écouter qu'il est vain de bien vivre 'et de mal mourir. "
Lazare dit : "Maître, je te remercie de faire apprécier la vérité. Dieu
t'en accordera un grand mérite. " Celui qui écrit dit alors : "
Maître, comment Lazare dit-il la vérité en te disant " tu mériteras,
puisque tu as dit à Nicodème que l'homme ne mérite que la peine ? Seras-tu
donc puni par Dieu ? "
Jésus répondit : " Plût à Dieu que je reçoive de Dieu une peine en ce
monde, car je ne l'ai pas servi aussi fidèlement que je le devais. Pourtant,
dans sa miséricorde, Dieu ma tellement aimé qu'il a éloigné de moi toute
peine. et que je ne serai tourmenté que dans une autre personne. Une peine me
convenait en effet puisque les hommes m'avaient appelé Dieu. Mais comme j'ai
confessé non seulement que je ne suis pas Dieu -ce qui est la vérité -mais
que je ne suis pas le Messie, Dieu m'a enlevé la peine et il la fera endurer
à un méchant en mon nom. Moi, je n'aurai que la honte.
Aussi je te le dis, mon Barnabé, quand l'homme parle de ce que Dieu donnera à
son prochain, qu'il dise que son prochain mérite. Mais quand il parle de ce
que Dieu lui donnera à lui-même, qu'il fasse attention à dire " Dieu
m'accordera " et non pas "je mérite ". Dieu se complaît en
effet à accorder sa miséricorde à ses serviteurs quand ils confessent qu'ils
méritent/l'enfer pour leurs péchés. "
Chapitre 199
Dieu est si riche en miséricorde que l'eau de mille mers, s'il s'en trouve
autant, ne peut éteindre une seule étincelle des flammes de l'enfer, tirndis
qu'une seule larme de celui qui se plaint d'avoir offensé Dieu éteint l'enfer
tout entier par la grande miséricorde avec laquelle Dieu le secourt.
Aussi, pour la confusion de Satan et pour démontrer sa propre libéralité,
Dieu dans sa miséricorde veut appeler " mérite " toute bonne oeuvre
de son serviteur fidèle et il veut que l'homme parle ainsi de son prochain.
Mais que l'homme se garde bien de dire de lui-même " je mérite",
car il serait condamné ! ".
Chapitre 200
Tourné vers Lazare, Jésus lui dit : " Frère, puisque je dois rester peu
de temps en ce monde, quand je serai proche de ta maison, je n'irai plus
ailleurs. Tu me serviras, non par amour pour moi, mais pour l'amour de Dieu.
"
La Pâque des Juifs était proche'. Jésus dit alors à ses disciples : "
Allons à Jérusalem manger l'agneau pascal ! " Il envoya Pierre et Jean
vers la ville en disant : " Près de la porte de la ville vous trouverez
une ânesse avec un ânon. Déliez-la et amenez-la ici car j'en ai besoin pour
me rendre à Jérusalem. Si quelqu'un vous interroge en disant : "
Pourquoi la déliez-vous? " Dites-lui : " Le Maître en a besoin!
" Et ils vous laisseront l'emmener. "
Les disciples partirent et trouvèrent tout ce que Jésus leur avait dit. Ils
amenèrent donc l'ânesse avec l'ânon. lis mirent leur manteau sur l'ânon et
Jésus l'enfourcha. Or, ayant entendu dire que Jésus de Nazareth s'approchait,
les hommes de Jérusalem, tout désireux de le voir, sortirent avec les
enfants. Ils portaient en main des rameaux de palmiers et d'oliviers et
chantaient : " Béni soit celui qui vient à nous au nom de Dieu! Hosanna,
fils de David! "
Quand Jésus eut atteint la ville, .les hommes étendirent leurs vêtements sous
les pieds de l'âne en chantant ; " Béni soit celui qui vient à nous au
nom du Seigneur Dieu! Hosanna, fils de David!" Les pharisiens le
reprochèrent à Jésus' : " Ne vois-tu donc pas ce qu'ils disent? Fais-les
taire ! " Jésus leur dit : " Vive Dieu, en présence de qui se tient
mon âme, si les hommes se taisent, les pierres crieront contre l'incrédulité
des méchants pécheurs ! " A ces mots, toutes les pierres de Jérusalem
crièrent avec fracas : " Béni soit celui qui vient à nous au nom du
Seigneur Dieu ! "
Cependant, les pharisiens demeurèrent dans leur incrédulité. S'étant réunis,
ils tinrent conseil entre eux pour le surprendre dans ses paroles.
Chapitre 201
Quand Jésus fut entré dans le temple, les scribes et les pharisiens lui
présentèrent une femme surprise en adultère'. Ils disaient entre eux : "
S'il la sauve, il est contre la loi de Moïse et nous le tenons pour coupable!
Mais s'il la condamne, il est contre sa propre doctrine, car il prêche la
miséricorde ! " S'étant présentés à Jésus, ils dirent : " Maître,
nous avons trouvé cette femme en adultère. Moïse ordonna qu'elle soit
lapidée, mais toi qu'en dis-tu ? " Jésus se baissa et, du doigt, il fit
par terre un miroir dans lequel chacun voyait ses iniquités. Pourtant, comme
ils insistaient pour avoir la réponse, Jésus se leva et montrant du doigt le
miroir, il dit : " Celui d'entre vous qui- est sans péché, qu'il soit le
premier à la lapider!" Et de nouveau, il se baissa pour former le
miroir. Voyant cela, les hommes sortirent un par un, en commençant par les
plus vieux car ils avaient honte de voir leurs abominations.
S'étant relevé et ne voyant personne d'autre que la femme, Jésus dit : "
Femme, où sont ceux qui te condamnèrent ? " La femme répondit en
pleurant
" Seigneur, ils sont partis et si tu me pardonnes, vive Dieu, je ne
pêcherai plus! " Jésus dit alors " Dieu soit béni, va-t'en en paix
et ne pèche plus, car Dieu ne m'a pas envoyé pour te condamner!" Ayant
réuni les scribes et les pharisiens, Jésus leur dit : " Dites-moi, si
l'un de vous avait cent brebis et qu'il en perdait une, n'iriez-vous pas la
chercher en laissant les quatre-vingt-dix-neuf? et rayant trouvée, ne la
mettriez-vous pas sur vos épaules ? Après avoir réuni les voisins, ne
diriez-vous pas : " Réjouissez-vous avec moi, car j'ai retrouvé la
brebis que j'avais perdue ! " Oui, vous le feriez! Or dites-moi, notre
Dieu aimerait-il moins l'homme pour lequel il a fait le monde? Vive Dieu,
c'est ainsi qu'on se réjouit chez les anges de Dieu pour un seul pécheur qui
fait pénitence, car les pécheurs font connaître la miséricorde de (Dieu)!'-
Chapitre 202
Dites-moi, quels sont ceux qui aiment le plus le médecin ? Ceux qui n'ont
jamais été malades, ou bien ceux que le médecin a guéris d'une grave maladie
? " Les pharisiens répondirent : " Comment celui qui est en bonne
santé aimerait-il le médecin? II ne l'aimera que pour ne pas tomber malade.
Mais comme il ne connaît pas la maladie, il aimera peu le médecin.' "
Dans la force de l'esprit, Jésus dit alors : " Vive Dieu, vos langues
condamnent votre orgueil. Oui, le pécheur qui fait pénitence et qui reconnaît
la grande miséricorde de Dieu à son égard, aime plus notre Dieu/que le juste,
car le juste ne connaît pas la miséricorde de Dieu ! Aussi se réjouit-on plus
chez les anges de Dieu pour un seul pécheur qui fait pénitence, que pour
quatre-vingt-dix-neuf justes2. Où sont les justes de notre temps? Vive Dieu,
en présence de qui se tient mon âme, il est grand le nombre des justes
injustes et dont la condition est égale à celle de Satan! "
Les scribes et les pharisiens répondirent : " Nous sommes pécheurs? Dieu
nous fera donc miséricorde ! " Ils dirent cela pour le tenter, car les
scribes et les pharisiens tiennent pour insulte suprême d'être appelé
pécheurs. Jésus dit alors : "Je crains que vous ne soyez des justes
injustes. Car si vous avez péché et que vous niez le péché, tout en vous
appelant justes, vous êtes injustes. Et si dans votre coeur vous vous
considérez justes mais qu'avec votre langue vous vous dites pécheurs, vous
êtes doublement des justes injustes ! " A ces paroles, les scribes et
les pharisiens furent remplis de confusion et s'en allèrent en laissant Jésus
en paix avec ses disciples. Ceux-ci allèrent chez Simon le lépreux, qu'il
avait guéri de la lèpre. Les habitants de la ville rassemblèrent les malades
dans la maison de Simon et ils prièrent Jésus pour la santé des malades,
Jésus sachant que son heure était proche, dit alors :" Appelez tous les
malades possibles, Dieu est assez puissant et miséricordieux pour les guérir.
" Ils répondirent : " Nous ne connaissons pas d'autre malade ici à
Jérusalem. " Jésus répondit en pleurant : " O Jérusalem, O Israël,
je pleure sur toi car tu ne sais pas la visite que tu reçois. J'ai voulu en
effet te ramener à l'amour de Dieu, ton créateur, comme une poule rassemble
ses poussins sous ses ailes et tu ne l'as pas voulu s. C'est pourquoi Dieu te
dit ceci.
Chapitre 203
O ville au coeur dur et à l'esprit pervers ! Je t'ai envoyé mon serviteur
afin que tu te convertisses en ton coeur t et que tu fasses pénitence. Mais
toi, ô ville de confusion, tu as oublié tout ce que j'ai fait contre l'Egypte
et Pharaon pour ton amour, ô Israël! Souvent tu pleures pour que mon
serviteur guérisse ton corps de la maladie et tu cherches à tuer mon
serviteur parce qu'il cherche à te guérir l'âme du péché!
Seras-tu donc la seule que je ne punirai pas? Vivras-tu toujours ? Ton orgueil
te libérera-t-il de mes mains ? Certainement pas! Car j'amènerai contre toi
des princes et des armées. Ils t’assiègeront et je te livrerai si bien dans
leurs mains que ton orgueil tombera en enfer!
Je ne pardonnerai pas aux vieillards, ou aux veuves, je ne pardonnerai pas
aux enfants, mais je vous livrerai tous à la faim, à l'épée et à la dérision!
Et le temple, que je regardai avec miséricorde, je le rendrai désert ainsi
que la ville et vous serez la fable, la dérision et le proverbe des nations'.
C'est ainsi que ma fureur s'est arrêtée sur toi et que veille mon indignation
! "
Chapitre 204
Puis Jésus ajouta : " Vous ne savez pas s'il y a d'autres malades ! Vive
Dieu, à Jérusalem ceux dont l'âme est saine sont moins nombreux que ceux dont
le corps est malade ! Afin que vous connaissiez la vérité, je vous le dis,
malades'. au nom de Dieu, que la maladie s'éloigne de vous!'" A peine
avait-il dit cela qu'ils furent guéris.
Les hommes pleuraient. ayant senti la colère de Dieu sur Jérusalem et ils
imploraient miséricorde. Jésus dit alors : " Si Jérusalem pleure ses
péchés et fait pénitence, en marchant dans mes voies, dit Dieu, je ne me
souviendrai plus de ses iniquités et je ne lui ferai aucun des maux que j'ai
dits. Mais Jérusalem pleure sa ruine et non pas le déshonneur qu'elle
m'inflige en faisant blasphémer mon nom par les nations. Aussi ma fureur
s'enflamme-t-elle beaucoup plus ! Aussi vrai que je vis à jamais, si Job,
Abraham, Samuel, David, Daniel, mes serviteurs, ainsi que Moïse, priaient
pour ce peuple, ma colère ne s'apaiserait pas sur Jérusalem!' "
Ayant dit cela, Jésus se retira dans la maison, tandis que chacun demeurait
dans la crainte.
Chapitre 205
Pendant que Jésus prenait le repas du soir avec ses disciples chez Simon le
lépreux, voici que Marie, sueur de Lazare, entra dans la maison. Ayant brisé
un vase, elle répandit du parfum sur la tête et les vêtements de Jésus.
Voyant cela, Judas le traître voulait empêcher Marie de le faire en disant :
" Va vendre le parfum, rapporte l'argent et je le donnerai aux pauvres
". Jésus dit : " Pourquoi l'empêches-tu ? Laisse-la faire car vous
aurez toujours des pauvres avec vous, mais moi, vous ne m'aurez pas toujours!
" Judas répondit : " Maitre, on pourrait vendre ce parfum trois
cents deniers. Vois combien de pauvres seraient aidés!'" Jésus répondit
: "Judas, je connais ton coeur, mais sois patient, je te donnerai tout!
" Tous mangèrent avec crainte et les disciples s'attristaient car ils
savaient que Jésus devait bientôt les quitter. Mais Judas, indigné à la
pensée de perdre trente deniers sur le parfum qu'on ne vendait pas, puisqu'il
volait le dixième de tout ce qu'on donnait à Jésus'; alla trouver le grand
prêtre'. Celui-ci réunit en conseil de prêtres, scribes et pharisiens. Judas
s'adressa à eux en ces termes " Que voulez-vous me donner et je livrerai
entre vos mains Jésus qui veut se faire roi d'Israël?" Ils répondirent :
" Comment le livreras-tu entre nos mains ? " Judas répondit :
" Quand je saurai qu'il va prier hors de la ville, je vous le dirai et
je vous conduirai où il se trouvera, car le prendre en ville ne se passera
pas sans émeute. " Le pontife répondit " Si tu le livres entre nos
mains, nous te donnerons trente deniers d'or 6 et je te ferai tout le bien
que tu voudras.
Chapitre 206
Quand il fit jour, jésus monta au temple avec une grande multitude de gens 1.
Le pontife s'approcha de lui et dit : " Dis-moi, Jésus, as-tu oublié ce
que tu as proclamé, que tu n'es ni Dieu, ni fils de Dieu, ni non plus le
Messie ? " Jésus répondit : " Certes non, je ne l'ai pas oublié;
j'ai proclamé et je proclamerai au tribunal de Dieu au jour du jugement que
tout ce qui est écrit dans le livre de Moïse est absolument vrai,
c'est-à-dire que Dieu, notre créateur, est unique, que moi je suis son
serviteur et que je désire servir de messager de Dieu que vous appelez
Messie. "
Le pontife dit alors : " A quoi bon venir au temple avec une telle
multitude ? Chercherais-tu à te faire roi d'Israël ? Prends garde qu'il ne
t'arrive quelque malheur!" Jésus répondit : " Si je cherchais ma
gloire et si je voulais ma part en ce monde, je ne me serais pas enfui quand
le peuple de Naïn voulut me faire roi. Crois-moi, en vérité je ne cherche
rien en ce monde!" Le pontife dit alors : " Nous voudrions encore apprendre
quelque chose sur le Messie. " A ce moment, les prêtres, scribes et
pharisiens firent cercle autour de Jésus. Celui-ci répondit : "Que
cherches-tu à savoir sur le Messie? Le mensonge, peut-être ? Moi, je ne te
mentirai certainement pas. Si j'avais menti, tu m'aurais adoré, ainsi que les
scribes, les pharisiens et tout Israël. Mais comme je vous dis la vérité,
vous me haïssez et vous cherchez à me tuer! ' " Le pontife dit : "
Maintenant, nous savons que tu as le diable au corps, car tu es
Samaritain' et tu n'as pas de respect pour le pontife de Dieu. "
Chapitre 207
Jésus répondit : " Vive Dieu. je n'ai pas le diable au corps', au
contraire je cherche à chasser le diable, c'est pourquoi il excite le monde
contre moi, car je ne suis pas de ce monde x. Je désire au contraire que Dieu
soit glorifié, lui qui m'a envoyé au monde". Ecoutez-moi donc, je vais
vous dire qui a le diable au corps! Vive Dieu en présence de qui se tient mon
âme, celui qui agit selon la volonté du diable, c'est celui-là qui a le
diable au corps! Le diable lui a imposé le mors de sa volonté et il le dirige
à son gré en le faisant courir vers toute iniquité. De même qu'un vêtement
change de nom quand change la personne, bien que ce soit exactement la même
étoffe, ainsi les hommes : bien qu'ils soient tous faits d'une même matière,
ils sont différents à cause des oeuvres de celui qui agit en l'homme.
Si j'ai péché, comme je le sais, pourquoi ne me reprenez-vous pas comme un
frère, au lieu de me hoir comme un ennemi ? En vérité, les membres d'un corps
se secourent l'un l'autre s'ils sont unis à la tête ; et ils ne secourent pas
ceux qui sont coupés de la tête. En effet, les mains ne, sentent pas la
douleur des pieds d'un autre corps, mais celle du corps auquel/elles sont
unies. Vive Dieu en présence de qui se tient mon âme, celui qui craint et
aime Dieu, son créateur, éprouve un sentiment de miséricorde pour ceux à qui
Dieu, son chef, fait miséricorde. Dieu, en effet, ne veut pas la mort du
pécheur, mais il attend sa pénitence et celle de tous. Si vous faisiez partie
de ce corps dans lequel je suis incorporé, vive Dieu, vous m'aideriez à agir
selon mon chef.
Chapitre 208
Si je commets l'iniquité, reprenez-moi et Dieu vous aimera car vous ferez sa
volonté, mais si personne ne peut me reprendre de péché t, c'est signe que
vous n'êtes pas fils d'Abraham, comme vous vous appelez et que vous n'êtes
pas rattachés à cette tête à laquelle Abraham était rattaché'. Vive Dieu,
Abraham aima tellement Dieu que non seulement il mit en pièces les fausses
idoles et qu'il abandonna ,son père et sa mère, mais qu'il voulut tuer son
propre fils pour obéir à Dieu . "
Le pontife répondit : " C'est cela que je te demande, et je ne cherche
pas à te tuer! Dis-nous donc qui fut le fils d'Abraham ? " Jésus
répondit :" Le zèle de ton honneur, ô mon Dieu, me brûle' et je ne peux
pas me taire. Aussi je le dis en vérité, le fils d'Abraham fut Ismaël, de qui
doit descendre le Messie selon la promesse faite à Abraham de bénir en lui
toutes les tribus de la terre. "
En entendant cela, le pontife se mit en colère et s'écria : " Lapidons
cet impie. C'est un Ismaélite. II a blasphémé contre Moise et contre la loi
de Dieu. " Tous les scribes, les pharisiens et les anciens du peuple,
prirent des pierres pour lapider Jésus. Mais il disparut à leurs yeux et
sortit du temple. Cependant dans leur grande volonté de tuer Jésus, aveuglés
de fureur et de haine, ils se blessèrent si bien les uns et les autres, que
mille hommes en moururent. C'est ainsi qu'ils souillèrent le temple saint.
Les disciples et les croyants qui virent Jésus sortir du temple - car pour
eux il ne fut pas caché -, le suivirent chez Simon. Nicodème y vint et
conseilla à Jésus de sortir de Jérusalem et d'aller au-delà du torrent
Cédron' : " Seigneur, j'ai un jardin et une maison au-delà du torrent
Cédron. Aussi, je vous en prie, allez-y avec quelques-uns de vos disciples
"
Chapitre 209
En ce temps-là, comme la vierge Marie, mère de Jésus, se tenait en prière,
l'ange Gabriel la visita et lui raconta la persécution de son fils, Puis il
dit : "Ne crains pas, Marie, Dieu le préservera du monde!" Alors,
Marie quitta Nazareth en pleurant, venant chercher son fils à Jérusalem, chez
sa sœur Marie Salomé. Mais comme il s'était retiré en secret au-delà du
torrent du Cédron, elle ne put le voir en ce monde qu'après le comble de
l'opprobre, car alors l'ange Gabriel, l'ange Michel, Raphaël et Uriel le lui
présentèrent par ordre de Dieu.
Chapitre 210
Le départ de Jésus avait jeté la confusion dans le temple. Le pontife se mit
alors en évidence et fait de la main signe de silence. "Frères, dit-il,
que faisons-nous? croyez-vous pas qu'il a trompé tout le monde par son art
diabolique? Comment donc a-t-il disparu s'il n'est pas magicien? S'il était
saint et Prophète, il ne blasphémerait certainement pas contre Dieu, contre
Moïse son serviteur et contre le Messie qui est l'espérance d'Israël. Que
dis-je? Il a blasphémé notre sacerdoce tout en entier! Aussi je le dis en
vérité, s'il n'est pas supprimé, Israël sera souillé et notre Dieu nous
livrera aux nations. Voyez donc comme ce saint temple est souillé par
lui!" Et le pontife parla de telle manière que beaucoup s'éloignèrent de
Jésus.
Alors la persécution, de secrète qu'elle était, devint ouverte. Le pontife se
rendit personnellement chez Hérode et chez le gouverneur romain en accusant
Jésus de vouloir se faire roi d'Israël. Ils avaient là-dessus de faux
témoins. On tint conseil générale contre Jésus car le décret romain leur
faisait peur; deux fois déjà en effet le sénat avait émis un décret au sujet
de Jésus. dans le premier, il était interdit, sous peine de mort, d'appeler
Jésus nazaréen, Prophète des Juifs, Dieu ou fils de Dieu. Dans l'autre, on
interdit à quiconque sous peine de mort de se quereller à propos de Jésus
nazaréen, Prophète des Juifs. Aussi y avait-il un grand différend entre eux à
ce sujet. Certains voulaient qu'on écrive de nouveau à Rome contre Jésus;
d'autres disaient qu'on devaient laisser Jésus en paix sans se soucier
aucunement de ses paroles, comme pour un fou; d'autres alléguaient les grands
miracles qu'il faisait.
Mais le souverain pontife déclara que personne, sous peine d'anathème, ne
devrait dire un mot pour défendre Jésus. Et il s'adressa à Hérode et au
gouverneur en ces termes : "De toute façon, nous avons un mauvais parti
entre les mains, car si nous tuons ce pécheur, nous aurons agi contre le
décret de César, mais si nous le laissons vivre et qu'il se fasse roi,
qu'arrivera-t-il?"
Hérode se dressa alors et menaça le gouverneur en disant : "Prends garde
que par ta complaisance envers lui cette nation ne se rebelle, car alors je
t'accuserai de rébellion devant César ". Le gouverneur craignit alors le
sénat et il fit la paix avec Hérode, car auparavant ils se haïssaient à mort,
et ils ne firent plus qu'un pour la mort de Jésus. Ils dirent au pontife :
"Chaque fois que tu sauras où se trouve ce malfaiteur, fais appel à nous
et nous te donnerons les soldats!"
Cela arriva pour que s'accomplisse la prophétie de David au sujet de Jésus,
Prophète d'Israël : "Les princes et les rois de la terre se sont unis
contre le saint d'Israël car il leur annonce le salut du monde ". Et ce
jour-là, on se mit à chercher Jésus partout à Jérusalem.
Chapitre 211
Chez Nicodème, au-delà du torrent Cédron, Jésus réconfortait ses disciples en
disant : "L'heure est proche où je quitterai le monde, mais
consolez-vous, ne vous attristez pas, car là où je vais je ne souffrirai
aucune tribulation. Seriez-vous mes amis si vous vous attristez pour mon
bien? Non, bien sûr, bien plutôt des ennemis! Quand le monde se réjouit,
attristez-vous, car la joie du monde se change en deuil. Mais votre tristesse
se changera en joie, et votre joie, personne ne vous l'enlèvera; le monde
entier ne peut enlever la joie que le cœur éprouve en Dieu, son créateur.
Prenez garde d'oublier les paroles que Dieu vous a dites par ma bouche!
Faites en sorte d'être mes témoins contre quiconque contaminera le témoignage
que j'ai donné contre le monde et contre les amis du monde par mon
Evangile."
Chapitre 212
Les mains levées vers le Seigneur, il pria : "Seigneur, notre Dieu, Dieu
d'Abraham, Dieu d'Ismaël et d'Isaac, Dieu de nos pères, fais miséricorde à
ceux que tu m'as donnés et sauve-les du monde! je ne dis pas : enlève-les du
monde! car il est nécessaire qu'ils témoignent contre ceux qui contamineront
mon Evangile, mais je te prie, garde les du mal, pour qu'ils viennent avec
moi au jour de ton jugement témoigner contre le monde et contre la maison
d'Israël qui a contaminé ton alliance.
Seigneur, Dieu fort et jaloux qui venges l'idolâtrie des pères idolâtres dans
leurs fils jusqu'à la quatrième génération, maudit à jamais quiconque
contaminera l'évangile que tu me donna en y écrivant que je suis ton fils,
car moi qui suis boue et poussière, serviteur de tes serviteurs, jamais je n'ai
pensé que j'étais ton bon serviteur. En effet, je ne puis rien te rendre pour
ce que tu m'as donné puisque tout t'appartient!
Seigneur Dieu miséricordieux, qui fait miséricorde pendant mille générations
à ceux qui te craignent, fais miséricorde à ceux qui croient aux paroles que
tu m'as données. Car de même que tu es vrai Dieu, de même la parole que j'ai
dite est vraie puisqu'elle est tienne. En effet j'ai toujours parlé comme
celui qui lit et qui ne peut lire que ce qui est écrit dans son livre. Aussi
ai-je annoncé tout ce que tu m'as dit.
Seigneur Dieu sauveur, sauve ceux que tu m'as donnés pour que Satan ne puisse
rien contre eux! Sauves-les, et non seulement eux, mais aussi toux ceux qui
croiront en eux!
Seigneur libéral et riche en miséricorde, accorde à ton serviteur de faire
partie de la congrégation de ton Messager au jour du jugement. Non seulement
moi, mais tous ceux que tu m'as donnés et même tous ceux qui me croiront à
cause de leur prédication. Fais-le pour toi même, Seigneur, afin que Satan ne
s'en glorifie pas contre toi! Seigneur Dieu qui dans ta providence as pourvu
ton peuple d'Israël de tout le nécessaire, souviens-toi de toutes les tribus
de la terre. Tu as promis de les bénir par ton Messager pour lequel tu as
crée le monde! Fais miséricorde au monde et envoie vite ton Messager pour que
Satan, ton ennemi, perde son empire."
Puis Jésus ajouta trois fois : "Qu'il en soit ainsi, Seigneur, Dieu
grand et miséricordieux!" Et tous répondirent en pleurant : "Qu'il
en soit ainsi!" sauf Judas car il ne croyait rien.
Chapitre 213
Venu le jour de manger l'agneau, Nicodème envoya secrètement l'agneau au
jardin pour Jésus et ses disciples et leur annonça ce qu'Hérode, le
gouverneur et le pontife avaient décrété. Jésus se réjouit en esprit et dit :
"Béni soit ton saint nom, Seigneur, car tu ne m'as pas séparé du nombre
de tes serviteurs qui ont été persécutés par le monde et tués! Je te
remercie, mon Dieu, car j'ai accompli ton œuvre."
Puis, tourné vers Judas, il lui dit : "Qu'attends-tu, mon ami? mon temps
est proche, va donc et fais ce que tu dois faire!" Les disciples crurent
que Jésus l'envoyait acheter quelque chose pour le jour de la Pâque.
Cependant Jésus savait que Judas le trahissait, mais comme il désirait
quitter ce monde, il parla de cette manière. Judas répondit : "Maître,
laisse-moi manger et je m'en irai." -"Mangeons, dit Jésus, parce
que j'ai grandement désiré manger cet agneau avant de vous quitter!"
S'étant levé, il prit une serviette et se ceignit les reins. Ayant versé de
l'eau dans une cuvette, il se mit à laver les pieds de ses disciples, en
commençant par Judas. Quand il arriva à Pierre, celui-ci lui dit :
"Maître, c'est toi qui veut me laver les pieds?" Jésus répondit :
"Ce que je fais maintenant, tu ne le sais pas, mais tu le seras plus
tard." Pierre répondit : "Non, Jamais tu me laveras les
pieds!" Jésus se leva alors et dit : "Toi non plus, tu ne
m’accompagneras pas au jour du jugement!" Pierre répondit :
"Seigneur, lave-moi non seulement les pieds, mais aussi les mains et la
tête!"
Quand les disciples furent lavés et se furent mis à table pour manger, Jésus
dit : "Je vous ai lavé, mais vous n'êtes pas tous purs, car l'eau de la
mer ne lavera pas celui qui ne me croit pas." Jésus dit cela, car il
savait qui le trahissait. Les disciples s'attristèrent à ces paroles. Jésus
ajouta alors : "Je vous le dis en vérité, l'un de vous me trahira, en
sorte que je serai vendu comme une brebis. Mais malheur à lui car il
accomplira ce que David notre père dit de ceux-là : "Il tombera dans la
fosse celui qui l'avait préparée pour d'autres!". " Les disciples
se regardaient les uns les autres en se disant avec douleur : "Quel sera
le traître? " Judas dit alors : "Est-ce que ce sera moi,
Maître?" Jésus répondit : "Tu m'as dit quel sera celui qui me
trahira!" Mais les onze apôtres ne l'entendirent pas.
L'agneau une fois mangé, le diable entra en Judas et celui-ci sortit de la
maison. Jésus lui dit de nouveau : "Fais vite ce que tu dois
faire!"
Chapitre 214
Sorti de la maison, Jésus se retira dans le jardin pour prier selon sa
coutume. Il priait en effet, en ployant cent fois les genoux et en se
prosternant la face contre terre.
Judas, qui connaissait l'endroit où se trouvait Jésus avec ses disciples,
alla chez le pontife et dit : "Si vous voulez me donner ce que vous
m'avez promis, je livrerai cette nuit entre vos mains ce Jésus que vous
cherchez. Il se trouve seul avec onze compagnons." Le pontife répondit :
"Combien désires-tu? " Judas répondit : "Trente deniers
d'or!" Le pontife lui compta aussitôt l'argent et envoya un pharisien
chez le gouverneur et chez Hérode pour prendre des soldats. Ils en fournirent
une légion car ils craignaient le peuple. Ils prirent les armes et sortirent
de Jérusalem avec des lumières et des lanternes sur des bâtons.
Chapitre 215
Comme les soldats et Judas approchaient de l'endroit où se trouvait Jésus,
celui-ci entendit venir beaucoup de monde. Il eu peur et se retira dans la
maison. Les onze dormaient. Mais Dieu voyant le périple que courait son
serviteur ordonna à Gabriel, Michel, Raphaël et Uriel, ses serviteurs,
d'enlever Jésus du monde. Les saints anges vinrent et enlevèrent Jésus par la
fenêtre qui fait face au midi. Ils l'emportèrent et le mirent au troisième
ciel avec des anges, bénissant Dieu à jamais.
Chapitre 216
Judas fit irruption le premier dans la pièce d'où Jésus avait été enlevé et
où dormaient les onze. Alors, l'admirable Dieu agit admirablement : Judas
devint si semblable à Jésus par son langage et dans son visage que nous
crûmes que c'était Jésus.
Judas, lui, nous ayant réveillés, cherchait où était le Maître. Mais,
stupéfaits, nous répondîmes : "C'est toi, Seigneur, notre Maître! Nous
as-tu oubliés ? " Mais il nous dit en souriant : "Etes-vous fous?
Je suis Judas Iscariote."
Tandis qu'il parlait, la milice entra et on mit la main sur lui car il était
en tout semblable à Jésus. Quant à nous, après avoir entendu les paroles de
Judas et vu la foule des soldats, comme hors de nous-mêmes, nous nous
enfuîmes. Jean qui dormait enveloppé d'un drap s'éveilla et s'enfuit. Comme
un soldat l'avait saisi par le drap, il laissa le drap et se sauva nu, car
Dieu avait exaucé la prière de Jésus et sauvé les onze du mal.
Chapitre 217
Les soldats s'emparèrent de Judas et le ligotèrent non sans dérision car il
niait la vérité qu'il était Jésus. Ils lui disaient en se moquant de lui :
"Ne crains pas, Seigneur, nous sommes venu pour te faire roi d'Israël!
Nous ne t'avons ligoté que parce que nous savons que tu refuses le royaume!"
Judas répondit : "Avez-vous perdu la cervelle? Vous êtes venus prendre
Jésus Nazaréen avec des armes et des lanternes comme un voleur et vous m'avez
ligoté pour me faire roi, moi qui vous ai conduits ici!" Alors les
soldats perdirent patience et à coups de poings et à coups de pieds ils
commencèrent à rendre à Judas la monnaie de sa pièce et en furie, ils le
conduisirent à Jérusalem.
De loin, Jean et Pierre suivaient les soldats. Ils affirmèrent à celui qui
écrit qu'ils avaient vu tous les interrogatoires auxquels le pontife et le
conseil des pharisiens réunis pour mettre à mort Jésus soumettaient Judas.
Celui-ci débitait tant de folies qu'il faisait rire tout le monde, tous
croyant qu'il était vraiment Jésus et qu'il faisait le fou par crainte de la mort.
Les scribes lui mirent un bandeau sur les yeux et disaient en se moquant de
lui : "Jésus, Prophète des Nazaréen, - car c'est ainsi qu'ils appelaient
ceux qui croyaient à Jésus- , dis-nous qui t'a frappé!" Ils le
souffletaient et lui crachaient au visage.
Le matin venu, le grand conseil des scribes et des anciens du peuple se
réunit. Le pontife et les pharisiens cherchaient de faux témoins contre
Judas, croyant que s'était Jésus. Ils ne trouvaient pas ce qu'ils
cherchaient. Que dis-je, les pontifes croyaient que Judas était Jésus! mais
tous les disciples et même celui qui écrit le croyaient. La pauvre vierge
mère de Jésus, elle-même, le croyait, ainsi que ses parents et ses amis et la
douleur de tous était incroyable! Vive Dieu, celui qui écrit avait oublié que
Jésus lui avait dit qu'il serait enlevé de monde, qu'il souffrirait dans un
autre et qu'il ne mourrait qu'aux approches de la fin de monde.
Aussi se rendit-il près de la croix avec la mère de Jésus et Jean.
Le pontife se fit amener Judas toujours ligoté et l'interrogea sur ses
disciples et sa doctrine. Judas comme privé de sens ne répondit rien
là-dessus. Aussi le pontife l'adjura-t-il par le Dieu vivant d'Israël de lui
dire la vérité. Judas répondit : "Je vous ai dit que je suis Judas Iscariote
qui vous ai promis de livrer Jésus de Nazareth entre vos mains, mais vous, je
ne sais pas par quel artifice, vous êtes sortis de vous-mêmes! Vous voulez à
tout prix que je sois Jésus!" Le pontife répondit : "Séducteur
pervers, par ta doctrine et tes faux miracles tu as trompé tout Israël de la
Galilée jusqu'ici à Jérusalem, et maintenant tu crois échapper au juste
châtiment qui te revient en faisant le fou! Vive Dieu, tu n'échapperas
pas!"
Cela dit, il ordonna à ses serviteurs de lui donner des soufflets et des
coups de pieds pour lui faire recouvrer les esprits. Les serviteurs du
pontife lui firent alors subir un traitement incroyable. Ils s'ingénièrent à
trouver du nouveau pour faire plaisir au conseil. Ils l'habillèrent en
jongleur et lui donnèrent tant de coups de poings et de coups de pieds qu'il
aurait fait pitié aux Cananéens s'ils l'avaient vu ainsi. Mais les pontifes,
les pharisiens et les anciens du peuple avaient le cœur si endurci contre
Jésus qu'ils prenaient plaisir à voir Judas traité de cette manière en
croyant qu'il était vraiment Jésus.
Puis, toujours ligoté, ils l'emmenèrent chez le gouverneur. Or celui-ci
aimait Jésus en secret. Persuadé que Judas était Jésus, il le fit entrer dans
sa chambre et lui demanda pour quelle raison les pontifes et le peuple le
livraient entre ses mains. Judas répondit : "Si je te dis la vérité, tu
ne me croiras pas car tu es sans doute trompé comme le sont les pontifes et
les pharisiens." Croyant qu'il voulait parler de la loi, le gouverneur
répondit : "Ne sais-tu pas que je ne suis pas juif et que ce sont les
pontifes et les anciens de ton peuple qui t'ont livré entre mes mains?
dis-nous donc la vérité pour que je fasse ce qui est juste, car j'ai le
pouvoir de te libérer ou de te donner la mort." Judas répondit :
"Seigneur, crois-moi, si tu me donnes la mort, tu feras un grand péché
car tu tuera un innocent. En effet je suis Judas Iscariote et non pas Jésus.
Lui, c'est un magicien. Il m'a transformé ainsi par son artifice.
Le gouverneur s'étonna fort en l'entendant; aussi cherchait-il à le libérer.
Il sortit dehors et dit en souriant : "De deux choses, il y en a au
moins une pour laquelle il n'est pas digne de mort, mais plutôt la
compassion. Il prétend - dit le gouverneur- qu'il n'est pas Jésus, mais un certain
Judas qui guida la milice pour prendre Jésus. Et il dit que Jésus de Galilée
l'a ainsi transformé par son art magique. Si c'est vrai, ce serait un grand
péché de le tuer, puisqu'il serait innocent. Mais si c'est Jésus et qu'il le
nie, il a certainement perdu l'esprit et il serait impie de tuer un
fou!". Les pontifes, les anciens du peuple ainsi que les scribes et les
pharisiens s'écrièrent avec force : "C'est Jésus de Nazareth que nous
connaissons, car si ce n'était pas ce malfaiteur, nous ne l'aurions pas livré
entre vos mains. Et il n'est pas fou non plus, mais plutôt fourbe; il cherche
à échapper de nos main par cet artifice; mais la sédition qu'il fomenterait
en s'enfuyant, serait pire que la première!" Pour se débarrasser de ce
cas, Pilate - c'était le nom du gouverneur- dit : "Il est Galiléen. Or
Hérode est roi de Galilée et il ne m'appartient pas de juger ce cas.
Emmenez-le donc chez Hérode!"
Ils conduisirent alors Judas chez Hérode. Depuis longtemps celui-ci
souhaitait que Jésus vienne chez lui; mais Jésus ne l'avais jamais voulu car
Hérode était païen et adorer les dieux faux et menteurs, vivant à la manière
des nations impures. Chez lui, Hérode interrogea Judas sur beaucoup de
sujets, mais Judas y répondait hors de propos en niant qu'il était Jésus. Alors
Hérode se moqua de lui avec toute sa cour et le fit habiller de blanc comme
on habille les fous. Puis il le renvoya à Pilate en lui disant : "Ne
soit pas injuste envers le peuple d'Israël !" Hérode écrivit cela parce
que les pontifes, les scribes et les pharisiens lui avaient donné une bonne
somme d'argent.
L'ayant pris par un serviteur d'Hérode, le gouverneur feignit de vouloir
libérer Judas, lui aussi pour gagner de l'argent. Il le fit flageller par ses
serviteurs qui furent payés par les scribes pour le faire tuer sous le fouet.
Mais Dieu qui avait décrété ce qui devait arriver garda Judas pour la croix
afin qu'il reçoive cette horrible mort qu'il avait vendue à d'autres. Il ne
laissa pas mourir Judas sous le fouet, bien que les soldats le flagellèrent
tant que son corps pleuvait du sang. Puis par moquerie, ils l'habillèrent
d'une vielle robe de pourpre en disant : "Il convient d'habiller notre
nouveau roi et de le couronner." Ils prirent des épines et firent une
couronne semblable à celle d'or et de pierres précieuses que les rois portent
sur la tête. Ils placèrent cette couronne d'épines sur la tête de judas, lui
mirent dans la main un roseau en guise de sceptre et ils le firent asseoir en
un lieu élevé. Les soldats venaient devant lui, s'inclinaient par moquerie et
le saluaient comme "Roi des Juifs!" Ils étendaient la main pour
recevoir des cadeaux puisque les nouveaux rois ont coutume d'en donner. Mais
comme ils ne recevaient rien, ils frappaient Judas en disant : "Comment
es-tu couronné, roi fou, si tu veux ni payer tes soldats ni tes
serviteurs?"
Les pontifes, les scribes et les pharisiens voyant que Judas ne mourait pas
sous le fouet et craignant que Pilate ne le laissât libre, donnèrent de
l'argent au gouverneur. L'ayant reçu, celui-ci livra Judas aux scribes et
pharisiens comme méritant la mort. Avec lui, ils condamnèrent deux voleurs à
mourir en croix.
Ils l'emmenèrent au mont Calvaire où on suspendait les malfaiteurs. Là, ils
le crucifièrent nu pour que la moquerie soit plus grande. Judas ne faisait
vraiment autre que crier : "Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné, car le
malfaiteur a fuit et moi je suis tué à tort ? "
En vérité, je le dis, sa voix, son visage et sa personne ressemblaient
tellement à Jésus que ses disciples et ses fidèles, croyaient tout à fait que
c'était Jésus. Certains d'entre eux s'éloignèrent de la doctrine de Jésus, en
croyant qu'il était faux Prophète et qu'il avait opéré ses miracles grâce à
la magie. Jésus en effet avait dit qu'il ne mourrait qu’aux approches de la
fin du monde et qu'à ce moment là il serait enlevé du monde.
Mais ceux qui demeurèrent fermes dans sa doctrine étaient si affligés de
douleur en voyant mourir celui qui lui ressemblait qu'ils ne se rappelaient
pas ce qu'il avait dit. Aussi en compagnie de la mère de Jésus, allèrent-ils
au mont Calvaire. Ils se tinrent non seulement présents à mort de Judas, en
pleurant toujours, mais encore par l'intermédiaire de Nicodème et de Joseph
d'Arimathie, ils réclamèrent au gouverneur le corps de Judas pour l'ensevelir.
Ils l'enlevèrent de la croix en un tel deuil que certainement personne ne le
croirait, et l'ayant enveloppé avec cent livres de parfum précieux, ils
l'ensevelirent dans le monument neuf de Joseph.
Chapitre 218
Chacun rentra chez soi. celui qui écrit, ainsi que Jean, et son frère Jacques
se rendirent à Nazareth avec la mère de Jésus. Ceux des disciples qui ne
craignaient pas Dieu allèrent voler de nuit le corps de Judas, le cachèrent
et répandirent le bruit que Jésus était ressuscité. Ainsi naquit une grande
confusion.
Le pontife interdit à quiconque, sous peine d'anathème, de parler de Jésus de
Nazareth. Une grande persécution s'en suivit. Beaucoup furent lapidés,
beaucoup frappés de verges et beaucoup exilés, car ils ne pouvaient se taire
sur un tel sujet.
La nouvelle parvient à Nazareth que Jésus, leur concitoyen, mort sur la
croix, était ressuscité. Alors celui qui écrit pria la mère de Jésus de bien
vouloir quitter son deuil puisque son fils était ressuscité. En l'entendant,
la vierge Marie dit en pleurant : "Allons à Jérusalem trouver mon fils,
car je mourrais volontiers quand je l'aurai vu!"
Chapitre 219
Le jour où parut de décret du pontife, la vierge revint à Jérusalem avec
celui qui écrit, ainsi qu'avec Jacques et Jean. Aussi, comme elle craignait
Dieu. elle ordonna à ceux qui habitaient avec elle d'oublier son fils
quoiqu'elle sut que le décret du pontife était injuste.
Comment chacun fit-il? Dieu qui connaît les coeurs des hommes sait qu'avec la
mère de Jésus nous nous consumions entre la douleur de la mort de Judas, que
nous croyions être Jésus notre maître, et le désir de le voir ressuscité.
Aussi les anges gardiens de la vierge Marie montèrent-ils au troisième ciel
où se tenait Jésus en compagnie des anges. Ils lui racontèrent tout et Jésus
pria Dieu de lui donner le pouvoir de voir sa mère ainsi que ses disciples.
Le Dieu miséricordieux ordonna alors aux quatres anges ses favoris, Gabriel,
Michel, Raphaël et Uriel, de conduire Jésus chez sa mère et de l'y garder
pendant trois jours de suite, ne le laissant voir qu'à ceux qui croyaient à
sa doctrine.
Environné de splendeur, Jésus vint où la Vierge Marie demeurait avec ses deux
soeurs ainsi qu'avec Marthe, Marie-Madeleine, Lazare, celui qui écrit et
Jean, Jacques et Pierre. De crainte, ceux-ci tombèrent comme morts. Mais
Jésus releva sa mère et les autres en disant : "Ne craignez pas, je suis
Jésus! Ne pleurez pas, je suis vivant et non pas mort!" A la vue de
Jésus, ils restèrent longtemps comme privés de sens, car ils croyaient sans
aucun doute qu'il était mort.
Alors la Vierge dit en pleurant : "Maintenant, dis-moi, mon fils,
pourquoi Dieu qui t'a donné le pouvoir de ressusciter les morts, t'a laissé
mourir ainsi à la honte de tes parents et de tes amis, et à la honte de ta
doctrine, de sorte que tous ceux qui t'aiment sont restés comme morts? "
Chapitre 220
En embrassant sa mère, Jésus répondit : "Croyez-moi, mère : je vous le
dis en vérité, je n'ai jamais été mort; Dieu m'a réservé jusqu'au approches
de la fin du monde."
Ayant ainsi parlé, il pria les quatre anges de se manifester et de témoigner
de la manière dont la chose s'était passée. Les anges se manifestèrent donc
comme quatre soleils si resplendissants que, de crainte, tous tombèrent de
crainte comme morts. Jésus donna alors quatre voiles aux anges pour qu'ils
s'en couvrissent et que sa mère et ses compagnons puissent les voir et les
entendre parler. Les ayant relevés, il les réconforta en disant : "Voici
les ministres de Dieu : Gabriel qui annonces les secrets de Dieu, Michel qui
combat les ennemis de Dieu, Raphaël qui reçoit les âmes de ceux qui meurent,
Uriel qui, au dernier jour, appellera chacun au jugement dernier de Dieu.
Les quatre anges racontèrent alors à la vierge que Dieu avait envoyé chercher
Jésus et qu'il avait transformé Judas pour qu'il reçoive la peine qu'il avait
vendue à d'autres. Celui qui écrit dit alors : "Maître, m'est-il permis
de t'interroger comme lorsque tu habitais parmi nous?" Jésus répondit :
"pose les questions qui te plaisent, Barnabé, je te répondrai!"
Celui qui écrit dis alors : "Maître, puisque Dieu est miséricordieux,
pourquoi nous a-t-il tourmentés en nous faisant croire que tu `tais mort? Ta
mère t'a tellement pleuré qu'elle en a été tout près de mourir. Et pourquoi
Dieu a-t-il laissé retomber sur toi, qui es saint de Dieu, l'infamie d'être
tué parmi les voleurs sur le mont Calvaire?"
Jésus répondit : "Barnabé, crois-moi, Dieu punit tout péché, pour petit
qu'il soit, par une grande peine, car il est offensé par le péché. Aussi,
comme ma mère, mes fidèles et mes disciples m'aimaient un peu d'amour
terrestre, le Dieu juste a voulu punir cet amour par la douleur présente,
pour qu'il ne soit pas puni dans les flammes de l'enfer.
Quant à moi, je fus innocent dans le monde, mais comme les hommes m'ont
appelé Dieu et fils de Dieu, Dieu a voulu pour que je ne sois pas raillé par
les démons le jour du jugement, que les hommes me bafouent dans le monde par
la mort de Judas en faisant croire à chacun que c'était moi qui était mort
sur la croix. Aussi cette dérision durera-t-elle jusqu'à la venue de
Muhammad, le Messager de Dieu. En venant dans le monde, il détrompera de
cette tromperie tous ceux qui croiront à la loi de Dieu."
Puis Jésus ajouta : "Tu es juste, Seigneur notre Dieu, car à toi seul
appartiennent honneur et gloire sans fin!"
Chapitre 221
Se tournant vers celui qui écrit, Jésus dit : "Barnabé, fais très
attention à écrire mon Evangile sur tout ce qui est arrivé durant mon séjour
dans le monde! Ecris de même tout ce qui est arrivé à Judas, pour que les
fidèles soient détrompés et que chacun croie à la vérité!" Celui qui
écrit répondit : "Je ferai tout cela, s'il plaît à Dieu, Maître, mais je
ne sais pas ce qui est arrivé à Judas, car je n'ai pas tout vu." Jésus
répondit : "Jean et Pierre qui ont tout vu sont là, ils te diront
comment tout s'est passé."
Puis Jésus nous commanda d'appeler ses fidèles disciples pour qu'ils le
voient. Jacques et Jean rassemblèrent donc les sept disciples ainsi que
Nicodème, Joseph et un grand nombre de soixante douze et ils mangèrent avec
Jésus.
Le troisième jour, Jésus dit : "Allez avec ma mère au mont des Oliviers;
c'est de là que je monterai au ciel et vous verrez qui m'emportera au
ciel."
Tous s'y rendirent donc, excepté vingt-cinq des soixante-douze disciples qui,
par crainte, avaient fui à Damas. Alors que tous se trouvaient en prière, à
l'heure de midi, Jésus vint avec une grande foule d'anges qui bénissaient
Dieu. Tous prirent peur en voyant la splendeur de son visage et tombèrent la
face contre la terre. Les ayant relevés, Jésus les réconforta en disant :
"Ne craignez pas, je suis votre Maître!" Il en réprimanda beaucoup
qui croyaient qu'il était mort et ressuscité : "Nous pensez-vous donc,
moi et Dieu, pour des menteurs? Dieu m'a donné de vivre jusqu'aux approches
de la fin du monde comme je vous l'ai dit. Je vous le dis, je ne suis pas
mort; c'est le traître Judas qui est mort. Prenez garde, Satan fera tout pour
vous tromper! Efforcez-vous donc d'être mes témoins partout en Israël et dans
le monde entier, témoins de ce que vous avez entendu et vu!"
Cela dit, il pria Dieu pour le salut des fidèles et la conversion des
pécheurs. La prière terminée, il embrassa sa mère et dit : "Sois en
paix, ma mère, et repose-toi en Dieu, ton créateur et le mien!" Puis il s'adressa
aux disciples : "Que la grâce et la miséricorde de Dieu demeurent avec
vous! Alors, les quatre anges l'enlevèrent visiblement au ciel.
Chapitre 222
Jésus parti, les disciples se divisèrent selon les diverses régions. La
vérité haïe par Satan, fut persécutée par le mensonge, comme cela se passe
encore aujourd'hui. Quelques mauvais hommes, en effet se prétendant disciples
prêchaient que Jésus était mort sans ressusciter; d'autres prêchaient que
Jésus était vraiment mort et ressuscité; d'autres, et parmi eux se trouve
Paul, trompé lui aussi, prêchaient et prêchent encore maintenant que Jésus
est le fils de Dieu.
Quant à nous, nous prêchent à ceux qui craignent Dieu tout ce qu'il a écrit
pour qu'ils soient sauvés au dernier jour du jugement de Dieu. Amen!
Fin de l'Évangile
|
|