La Raison, février 1997, n° 418
A propos d'une béatification
Une fois de plus, la loi de séparation des Eglises et de l'Etat, fondement de la République française laïque, une et indivisible, est bafouée. En effet, la présence de divers représentants des administrations départementales et locales (M. Besse, président du conseil général du Cantal, M. Pradeyrol, maire de Chalvignac, M. de Broissia, directeur général des services du département), lors de la cérémonie dite de "béatification" de Catherine Jarrige, à Rome, le 24 novembre 1996, est une véritable attaque envers la laïcité institutionnelle.
La fédération de la Libre Pensée du Cantal dénonce cette nouvelle atteinte à la loi du 9 décembre 1905, car la "béatification" est un acte purement religieux qui ne regarde que l'Eglise, sa hiérarchie et la conscience des fidèles.
Quant à l'imagerie de Catherine Jarrige, que l'Eglise tend à diffuser à travers les propos de Mgr Séjourné, évêque de Saint-Flour, elle se situe dans la logique de nouvelle évangélisation de l'Europe et du monde, préconisée par J.-Paul II.
Mgr Séjourné fait appel à la participation active des laïcs pour propager l'Evangile : c'est ce qu'il appelle la "pastorale de proximité". Un véritable réseau pour endormir les consciences, les museler et propager une vérité révélée qui, comme tout dogme, asservit les hommes.
Ce qui permettra aux tenants de l'ordre établi de poursuivre leur travail de destruction des acquis sociaux et des droits des travailleurs. Parfaite collaboration entre l'Eglise et l'Etat. C'est la même démarche qui a conduit le Président de la République à se rendre, à titre officiel, à Rome et à affirmer que la France était de nouveau "la fille ainée de l'Eglise". M. Chirac a besoin de l'Eglise pour mener à bien sa politique au service du capitalisme, de l'ultra libéralisme, aux ordres du F.M.I. et de la Banque mondiale.
La notion de réconciliation ("Catherine Jarrige fut soucieuse de retisser les liens entre l'Eglise et ceux qui l'avaient combattue" dit Mgr Séjourné), ajoute à cette collaboration. Rappelons-nous que cette collaboration a déja porté ses fruits sous le régime de Vichy: "Il serait bien vain l'effort de redressement qui ne s'appuierait sur Dieu!...".
L'Eglise se réconcilie avec la République qu'elle a tant combattue.
En fait, l'Eglise n'oublie rien. Elle n'a jamais accepté la République, jamais accepté la Révolution française.
De son côté, Catherine Jarrige a aidé les prêtres réfractaires. L'Eglise lui rend hommage.
Rappelons-nous que, lors du voyage du Pape en septembre 1996, la
dimension antirépublicaine était présente:
- Voyage en Bretagne, terre où les Frères Monfortains, qui
venaient de Vendée, sévirent.
- Voyage en Vendée et hommage à Louis-Marie Grignion de
Monfort.
Enfin, rappelons-nous que la région d'Auray et la Vendée ont en commun la triste figure de Cadoudal, lieutenant-général des légions royalistes du Morbihan.
La figure béatifiée de Catherine Jarrige (dite Catinon Menette) sert ainsi les desseins de l'Eglise. L'Eglise désire reprendre sa place dans les affaires de l'Etat, développer sa doctrine sociale et ainsi détruire la République au profit d'un état corporatiste.
Nicole CHARLAINE
- Catherine Jarrige (dite Catinon Menette)
Née le 4 octobre 1754 à Doumis, Cantal ;
décédée le 4 juillet 1836 à Mauriac, Cantal ;
béatifiée le 24 novembre 1996, en la basilique de Rome,
par Jean-Paul II.
Née dans une famille de 7 enfants, très pauvre, elle est
placée dès l'âge de 10 ans. Sans dot et
illettrée (son instruction se résume à quelques
leçons de catéchisme), elle choisit à 24 ans de
rejoindre le tiers-ordre de saint Dominique. Elle conserve cependant un
logement à Mauriac, où elle exerce sa profession de
dentellière. Elle se consacre aux pauvres. De 1793 à 1801,
elle aide les prêtres réfractaires en les cachant et en les
ravitaillant.
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