Bibliographie
Critique fondamentale des religions
Éloge de la Folie, Érasme
L'Antéchrist, Friedrich Nietzsche
Dictionnaire philosophique, Voltaire
L'Ingénu, Voltaire
Traité des trois imposteurs, auteur anonyme
Contre les chrétiens, Celse
Dialogue entre un prêtre et un moribond, Sade
L'autre monde ou les états et empires de la Lune, Cyrano de Bergerac
La Révolution contre l'Eglise, De la Raison à l'Etre Suprême, Michel Vovelle
L'avenir d'une illusion, Sigmund Freud
De l'inhumanité de la religion, Raoul Vaneigem
La Religieuse, Diderot
Lettre sur les aveugles, Diderot
Athée, les pages noires du christianisme, ouvrage collectif
De la religion, Dieu est-il immoral?, Mark Twain
Science et religion, Bertrand Russell
Eglise, qu'as tu fait de l'Evangile de la vie?, Bruno Alexandre
La foi : une histoire culturelle du mal, en danger de croire, Jean-Paul Gouteux
Mon Dieu, pourquoi tous ces interdits?, ouvrage collectif dirigé par Charles Conte
Pourquoi je ne suis pas musulman, Ibn Warraq
Enquête sans salamalecs chez Mahomet, Saint Damien
L'islam est-il rebelle à la libre critique?, ouvrage collectif dirigé par Saïd Branine, Michel Renard et Guy Hennebelle
Le Coran est-il authentique? Mondher Sfar
Les versets sataniques, Salman Rushdie
Éloge de la Folie, Érasme, Flammarion, 1964
Érasme dresse, en 1508, le portrait d'une société aliénée. Parmi les tares flagrantes, le goût du pouvoir, la fascination de l'argent, l'hypocrisie des prêtres figurent en bonne place. Il dénonce aussi la vie opulente du clergé et le recours à la guerre pour imposer la foi.
Nietzsche fait le procès du christianisme, religion de l'intolérance. La critique vise plus l'activité autoritaire et égoïste des prêtres que l'essence même du mysticisme. Ce livre extrêmement virulent assimile les croyants à des malades, leur foi relève plus d'une pathologie que du souhait réel de réaliser un monde meilleur. Le christianisme est la religion de la souffrance, de la soumission, la négation du bonheur et ne peut subsister que grâce à un public domestiqué.
Ce dictionnaire passe en revue les valeurs morales, politiques et religieuses qui donnent à Voltaire l'occasion de dresser un tableau des errements de sa société. Les religions figurent naturellement en bonne place parmi les profiteurs mais la notion de Dieu reste intacte. Quand la subtilité et la finesse s'allient à l'humour et à une pointe d'ironie, le message de liberté et de tolérance n'en est que plus efficacement dispensé.
Les conformismes de la société française du 18ème siècle sont mis à mal par le regard d'un jeune homme arrivant du Canada. Comment accepter que l'amour d'une femme ne puisse se faire que dans le cadre de la religion chrétienne? Que justifie un tel verrouillage du quotidien par une religion omniprésente jusqu'au sommet du pouvoir royal? Le huron se heurte ainsi à une société "avancée", il n'en sort pas indemne et apprend à ses dépends la rigueur cléricale.
Le Traité des trois imposteurs est un excellent exemple du développement de l'athéisme au 18ème siècle. L'auteur, inconnu, y expose que les religions ne sont que les filles de l'ignorance, manipulée par d'habiles ambitieux, les prophètes. Les trois principaux imposteurs que sont Moïse, Jésus Christ et Mahomet voient leurs stratagèmes démasqués. Moïse est un chef invoquant sa religion dans la seule fin d'asseoir son autorité sur les Hébreux, les Évangiles s'avèrent d'un enseignement très inférieur aux textes des philosophes grecs et Mahomet eut la malice de prendre modèle sur ses deux prédécesseurs pour concocter une troisième religion. Enfin, les absurdités, tant en ce qui concerne l'âme que les notions de Dieu, du Diable et de l'Enfer, trouvent leurs pérennité dans l'absence d'éducation d'un peuple peu enclin à la clairvoyance.
(disponible en ligne http://www.geocities.com/Athens/Forum/1619/celse.htm )
En 178 (d'après le traducteur), Celse, auteur romain, dresse le portrait d'une secte naissante dont le ridicule des croyances égale l'ignorance de ses adeptes. Les chrétiens apparaissent comme des naïfs sans instruction qui donnent foi aux pires absurdités. Celse rejette la représentation très humaine du Dieu des chrétiens pour lui préférer celle en vigueur à l'époque dans l'empire romain avec les mythes associés. Celse fournit des indications d'une très grande importance sur les multiples versions de la vie de JC. On apprend aussi que les prétendants au titre de prophète sont encore nombreux au Moyen Orient en cette fin de 2ème siècle. Les contradictions entre les œuvres de Moïse et les enseignements des Évangiles n'échappent pas non plus à l'analyste Celse. Enseignements dont la portée philosophique n'est rien devant les anciens grecs ainsi plagiés.
(disponible en ligne http://www.geocities.com/Athens/Forum/5462/dialogue.html )
Un prêtre recueille les dernières paroles d'un moribond mais en guise de repentance, le mourant exprime toute son horreur de la religion. Sade résume ainsi sa démonstration: "Je détruis, je simplifie". Les religions sont ridiculisées, les prophètes démasqués au rang d'imposteurs et Dieu ne doit son existence qu'à la crédulité des plus faibles.
C'est deux ans après le décès de son auteur que ce magnifique voyage dans la lune est publié. Après un premier essai raté qui ne le transporte qu'au Canada, le narrateur parvient sur la Lune et sa rencontre avec ses habitants l'autorise au donner libre cours à sa liberté d'esprit contre les bien pensants, le clergé et dieu. Si le thème de l'héliocentrisme et de la pluralité des mondes en est le prélude, cette promenade interplanétaire tourne en dérision tout ce qui fait la fortune de l'Église catholique: l'immortalité de l'âme, les jésuites, le cérémonial chrétien qui accompagne la mort, la résurrection, les miracles, la prééminence de l'être humain sur les animaux et les végétaux (grandiose passage où le chou est déclaré l'égal des êtres humains) et allant même jusqu'à démontrer l'absurdité de l'idée de Dieu. L'adresse de l'auteur réside dans le retournement des controverses religieuses contre elles-mêmes en les transposant sur cette société lunaire où sont prises pour blasphématoires les conceptions défendues par le clergé terrestre. On remarquera ainsi une allusion au procès de Galilée en 1633, encore frais dans les mémoires. Les Lettres publiées à la fin du voyage dans la Lune règlent quelques comptes avec les jésuites. Le héros libre penseur et idéaliste Cyrano de Bergerac sera popularisé en 1897 par la pièce d'Edmond Rostand.
La vague anti religieuse de la révolution française en 1793-1794 est disséquée dans ses moindres détails par l'examen d'une documentation très fournie. L'auteur étudie les diverses formes de la déchristianisation (abdication des prêtres avec ou sans mariage, fêtes antireligieuses, confiscation des biens du clergé, remplacement des croyances anciennes par le culte de la raison) et leur propagation à travers le pays. Il distingue ainsi ses multiples agents (représentants en mission du gouvernement, armées révolutionnaires, initiatives locales) en essayant d'évaluer leurs rôles respectifs.
L'avenir d'une illusion, Sigmund Freud, Quadrige, Presses Universitaires de France, 1995
Ce plaidoyer antireligieux est le souhait de l'avènement prochain du règne de la culture. Celle-ci n'a, de tout temps, été voulue et reconnue que par une élite savante, l'homme préférant l'abandon à ses pulsions contre la culture si bien entretenues par la religion. La foi en un dieu naît du désarroi des hommes qui se cherchent un maître qui soit aussi une figure rassurante et protectrice: Dieu incarne alors le rôle du père pour l'enfant. Mais la religion n'est pas seulement une névrose de l'enfance, elle est aussi une illusion. Étant indémontrables, les doctrines religieuses n'ont d'autre recours que la condamnation violente des contestataires épris de culture. Cependant, Freud se montre peut être trop optimiste sur l'avenir de cette illusion en prévoyant sa disparition devant la raison et l'expérience, sans en préciser l'échéance. Ce petit ouvrage s'achève sur la distinction fondamentale entre science et religion, la nature illusoire de la seconde et l'élaboration de la première qui est faite plus de lents progrès que de bouleversements, où les acquis antérieurs apparaissent souvent comme des cas particuliers des avancées nouvelles. C'est donc un texte extrêmement brillant et courageux.
De l'inhumanité de la religion, Raoul Vaneigem, Denoël, 2000
Raoul Vaneigem expose et dénonce avec force la vraie nature des religions, toutes les religions: négation de l'homme, mépris de la vie présente pour le culte d'un paradis post-mortem, dieux vengeurs et meurtriers à la solde des curés, rabbins, imams, bonzes et autres gourous, falsifications historiques avec l'imaginaire JC, entretien du malheur terrestre. Mais là n'est pas le propos principal du livre. L'auteur entend démontrer que le mal religieux doit ses ravages à l'apparition, au néolithique, de l'agriculture et du système marchand impliquant travail et production. Si religion et économie se nourrissent des mêmes exigences avilissantes (bonheur sacrifié dans l'enchaînement à une doctrine, individu noyé dans le groupe), le lien de causalité me semble par contre douteux et la thèse de l'auteur n'est pas convaincante.
La Religieuse, Diderot, 1760
Diderot peint le drame d'une vie vouée à la religion par la contrainte, l'enfermement d'une jeune femme dans l'univers carcéral et répressif des couvents. Suzanne Simonin, fille illégitime, est éloignée du milieu familial par des parents ingrats qui expédient cette présence encombrante au couvent. Bien que n'ayant pas la vocation religieuse, la jeune fille prononce ses voeux sous la pression des milieux monacal et familial. Dans un monde où la règle tient plus de l'obéissance aux ordres et de la négation de chacun que de la quête d'amour et de paix, la jeune religieuse subit les pires brimades et humiliations. Elle rencontre aussi la solitude et la calomnie qui accablent tout puriste préférant rester loin de la servilité humaine. Suzanne Simonin est alors transférée dans un autre couvent où le libertinage de la supérieure épargne les soeurs des austères exigences de la vie chrétienne. Mais l'humanité de Suzanne Simonin souffre de son incompréhension devant cette situation radicalement nouvelle. Et c'est la même solitude, la même inadéquation entre sa foi et le quotidien du couvent. La fuite s'impose alors comme seule issue désespérée. L'ouvrage se termine par de courtes notes sur l'errance qui lui succède, où la jeune femme découvre la rudesse voire la violence de l'autre monde. Voir le film qui en a été tourné par Jacques Rivette.
Lettre sur les aveugles, Diderot, 1749
La guérison d'un aveugle de naissance fait disserter Diderot sur l'expérience, la valeur à accorder aux sens et aux illusions auxquelles ils peuvent soumettre. Diderot montre qu'un aveugle parvient à construire une représentation du monde cohérente. L'aveugle n'est pas soumis aux erreurs de jugement des voyants pour lesquels la capacité à voir les prive de l'utilisation complète des autres sens. Manifestant une utilisation insuffisante des autres sens, le voyant est plus sujet aux illusions que l'aveugle. Et au nombre de celles-ci figure Dieu. Sorti en juin 1749, l'ouvrage est censuré en juillet et Diderot emprisonné. Un livre audacieux.
Athée, les pages noires du christianisme, ouvrage collectif édité par le CROA, 2000
Écrit par des militants anticléricaux présents sur internet (Enrico Riboni, Bruno Courcelle, Christian Guilleminot, Robert Letan, Cavatz et moi-même), l'ouvrage est un recueil d'articles dénonçant l'oppression chrétienne au fil des siècles.
De la religion, Dieu est-il immoral?, Mark Twain, L'Esprit frappeur, 1998
Mark Twain résume en quelques pages l'immoralité du christianisme qui n'a apporté que des méfaits au cours de 1900 ans d'histoire. Mark Twain est croyant mais n'épargne pas ce Dieu qui n'a jamais montré de bienveillance à l'égard des humains ni même donné de signe de sa présence. Ecrit à la fin de sa vie, ce pamphlet jubilatoire est l'expression de l'immense dégout qu'inspire à l'auteur un christianisme meurtrier et mensonger.
Science et religion, Bertrand Russell, Folio essais
"Depuis Copernic, chaque fois que la science et la théologie ont été en désaccord, la science a été victorieuse. Nous avons vu aussi que, là où des questions pratiques étaient en jeu, comme pour la sorcellerie et la médecine, la science a prôné la diminution des souffrances, tandis que la théologie a encouragé la sauvagerie naturelle de l'homme. La diffusion de la mentalité scientifique, par opposition à la mentalité théologique, a incontestablement amélioré jusqu'ici la condition humaine." Ainsi débute la conclusion d'un livre qui ramène la science à son vrai dessein, l'investigation des phénomènes régis par des lois causales, et range la religion dans la catégorie qui a toujours la sienne, celle des superstitions meurtrières. Après l'évocation de la révolution copernicienne, Bertrand Russell présente ses réflexions sur l'évolution, darwinienne bien sûr, mais aussi dans le sens plus large du refus de l'immutabilité du monde et des vivants. La question de la médecine est ensuite abordée où il rappelle qu'elle n'a pu connaître son plein développement que lorsque la société se débarrassa de la démonologie, fantasmes sur le diable et les sorcières qui allumèrent tant de bûchers dans l'Europe chrétienne. Dans le passionnant chapitre sur le déterminisme et le libre arbitre, la doctrine chrétienne est rappelée à ses propres contradictions: l'Eglise enseigne que, signe de la puissance divine, les humains disposent de leur libre arbitre (dont la principale manifestation est l'existence du mal) tout en recourant aux sermons et aux exhortations morales. Or ces actions de manipulation mentale visent justement à combattre le libre arbitre en encourageant des comportements, c'est à dire à établir une relation causale d'ordre psychologique, contraire au libre arbitre par lequel le sujet décide par lui-même sans être aux ordres de son environnement. Enfin, le lecteur apprendra que la mode actuelle niant l'opposition fondamentale entre science et religion avait déjà gagné, dans les années 30, quelques scientifiques et théologiens. Bertrand Russell conclu sur la permanence au 20ème siècle d'idéologies dogmatiques criminelles qui poursuivent dans l'oppression de la science et des libertés, le communisme et le nazisme.
Eglise, qu'as tu fait de l'Evangile de la vie?, Bruno Alexandre, Editions des écrivains, 2000
L'auteur analyse avec une grande rigueur le double langage de l'Eglise catholique qui prône le respect absolu de toute vie mais n'a pas hésité à réclamer, et perpétrer, le meurtre des indésirables. Deux mille ans d'histoire du christianisme sont passés au crible à l'aide d'une documentation extrêmement riche et qui servira de référence. On y apprend ainsi que la théorie de la guerre sainte, ou guerre juste, ne trouve pas son origine dans les régimes islamiques du 20ème siècle mais dans l'œuvre de Saint Augustin, le "grand" Saint Augustin du 4ème siècle dont la pensée est unanimement révérée chez les chrétiens: "L'Eglise persécute par amour et les impies par cruauté" a-t-il écrit. Il est à noter que la déclaration, en février 2002, d'intellectuels des Etats Unis d'Amérique justifiant le recours à la force pour tout et n'importe quoi se réfère explicitement à Saint Augustin. Saint Bernard et, dans une moindre mesure, Saint Thomas d'Aquin, ont poursuivi et amplifié le satisfecit donné par Saint Augustin à l'utilisation des armes pour combattre les hérétiques. Comment, devant des écrits aussi limpides et non désavoués sur l'appel au meurtre, accorder quelque crédit aux jérémiades papales actuelles pour le respect de la vie, plus particulièrement celle intra utérine? Bruno Alexandre fait le procès implacable d'une Eglise au double langage et rappelle adroitement que les actes guerriers encouragés, voire commis, par l'Eglise n'appartiennent pas uniquement à un passé révolu: la collusion de certaines Eglises avec les nazis et fascistes durant la deuxième guerre mondiale n'a toujours pas été dénoncée par le Vatican. Le cas Stepinac y est ainsi très détaillé. Le propos de l'auteur tient aussi dans la contradiction qu'il pense déceler entre un Vatican autoritaire et criminel et une Eglise originelle, avant la conversion de l'empereur romain Constantin, qui serait exempte de tout despotisme en fidèle applicatrice des préceptes du Nouveau Testament. Cette thèse, qui repose sur l'interpétation métaphorique des versets les plus violents du Nouveau Testament, n'est pas convaincante (voir mon analyse Un Jésus menaçant et autoritaire). Néanmoins, le livre de Bruno Alexandre reste un ouvrage à lire absolument pour qui souhaite découvrir les justifications par l'Eglise de sa propre activité guerrière et son hypocrisie à prétendre défendre la vie. Sa documentation abondante témoigne d'un souci honnête de recherche qu'il convient de saluer. Résumé, recto, verso. Un poème sur les religions par Bruno Alexandre.
La foi : une histoire culturelle du mal, en danger de croire, Jean-Paul Gouteux, L'Harmattan, 1998
Jean Paul Gouteux désigne sans concession la véritable cause de l'oppression religieuse dans ce livre courageux: la foi. L'auteur ne se contente pas d'une dénonciation classique du cléricalisme ou de ce qui est décrit comme les excès des religions par une littérature consensuelle, il attaque frontalement la raison même des religions à savoir la croyance en un Dieu. Car la notion de foi religieuse implique nécessairement la condamnation des autres opinions. Une religion, pour être cohérente dans ses dogmes et ses actions, se doit d'être intolérante. L'œcuménisme est un non sens, le dogmatisme religieux ne saurait accepter la multiplicité des cultes autour d'un même dieu ou d'autres dieux. Cet ouvrage d'un athéisme véritable est non seulement extrêmement lucide sur la réalité des religions mais aussi grandement nécessaire dans une société où il est de bon ton de réclamer plus de religion pour combattre les fanatismes mystiques. L'auteur est entomologiste et fait bénéficier le lecteur de ses expériences vécues en Afrique. Il appelle aussi à une extension des investigations des ethnologues: celles-ci ne doivent pas être limitées à l'étude des mythes des sociétés animistes ou polythéistes mais le travail des ethnologues doit s'appliquer d'urgence à l'examen scientifique des doctrines et comportements religieux (christianisme, islam et judaïsme) sans aucun doute plus aliénants sur le plan politique et beaucoup plus criminels. Un livre à lire absolument.
Mon Dieu, pourquoi tous ces interdits?, ouvrage collectif dirigé par Charles Conte, Panoramiques, éditions Corlet, 1993
On ne saurait trop vanter les mérites de la collection Panoramiques: les débats de sociétés y sont alimentés en offrant, sur un même thème, une tribune à des intervenants d'horizons très divers enrichissant ainsi les perspectives ouvertes. Cet excellent numéro consacré aux interdits religieux dissèque la question en six points: (1) énoncé des interdits juif, chrétien et musulman, (2) les interdits dans les religions d'Extrême Orient, (3) discussions et contestations des interdits par des croyants et des incroyants, (4) intrusion des interdits, d'ordre privé, dans la vie sociale, (5) les interdits comme morale culpabilisatrice, et (6) un petit dictionnaire sur 40 signes de l'intransigeance religieuse. La variété des thèmes abordés, le recours aux sources dites "sacrées" et les sensibilités extrêmement diverses des auteurs (libre pensée, athéisme, laïcité, philosophie, théologie, université, psychanalyse, journalisme, franc maçonnerie) en font un ouvrage majeur sur l'imposition religieuse de règles sociétales culpabilisatrices et étouffantes pour mieux asservir.
L'islam est la religion la plus dangereuse actuellement pour l'Europe, l'Asie et l'Afrique. Ibn Warraq prononce à la fois un excellent réquisitoire et une clarification historique de qualité sur une religion qui s'est créée et développée uniquement sur des bases guerrières et discriminatoires. L'ouvrage est une référence incontournable sur l'incompatibilité passée, présente et future de l'islam avec la démocratie et la laïcité, l'impérialisme musulman, les sévices imposées aux femmes, la permanence du jihad et les origines d'une religion qui est apparue comme du banditisme. L'auteur détruit l'aura spirituelle de Muhammad pour dévoiler un chef militaire intolérant et brutal qui use d'un paravent de spiritualité pour unir les Arabes dans leur conquête du monde. Cet excellent ouvrage ne manque pas non plus de fustiger les intellectuels et politiciens occidentaux qui, par peur de l'accusation de racisme ou par avidité électorale, éludent le problème de l'islam guerrier. Entretenir la croyance d'un islam humaniste et démocratique n'est ni un rêve ni une illusion, c'est un mensonge. Voir le compte rendu de Charles Conte sur le site de la Libre Pensée www.multimania.com/librepensee/raisonantdo.htm#livnoir.
Enquête sans salamalecs chez Mahomet, Saint Damien, 1992
Cette étude des fondements de l'islam révèle une origine qui va à l'encontre de la figure idyllique et inattaquable de Mohammed, forgée par le Coran et les Hadiths. L'auteur, caché sous un pseudonyme, est originaire d'un pays musulman, probablement d'Afrique du Nord. Il vit actuellement en France et apporte un témoignage unique sur la réalité de l'endoctrinement religieux dans les pays musulmans. C'est d'abord l'omniprésence au quotidien des légendes formées par des siècles de soumission. Mais c'est aussi la révélation de la véritable identité du "Prophète": un chef de bande armée qui inventa une religion pour mieux accéder au pouvoir, avec vol et assassinat comme instruments de propagation de la nouvelle croyance. L'auteur montre aussi avec quelle habileté Mohammed sut user de prétendus versets révélés à lui par Allah pour justifier a posteriori ses multiples mariages et affaires conjugales. Enfin, c'est un "prophète" pédophile qui n'hésite pas, âgé d'une cinquantaine d'années, à se marier avec une fillette de six ans. Rares sont les ouvrages contestant la base de l'islam et celui-ci mérite d'être lu malgré sa structure un peu désordonnée.
L'islam est-il rebelle à la libre critique?, ouvrage collectif dirigé par Saïd Branine, Michel Renard et Guy Hennebelle, collection Panoramiques, éditions Corlet, 2001
C'est la satisfaction d’une attente impatiente, celle d’une saine critique de l’islam, qui a été réalisée avec la parution de cet ouvrage à la fois honnête et courageux. Honnête car la parole est accordée aussi bien aux tenants d’un islam incompatible avec les valeurs humanistes, qu’aux défenseurs d’un illusoire islam progressiste. Et courageuse car l'initiative de Guy Hennebelle, directeur de la collection Panoramiques, n'hésite pas à affronter, d’une part, le conformisme politicien électoraliste qui fait sien toute revendication communautariste en évitant les thèmes favoris de l’extrême droite, et, d’autre part, l’ire de musulmans dont la foi exubérante s’accommode mal de tant de liberté pour viser au seul remplacement des lois républicaines par le désert intellectuel de la charia. Les contributions remarquables d’Ibn Warraq, Taslima Nasreen, Henri Caillavet... font preuve d’une vraie lucidité sur la religion musulmane. Néanmoins, l’article de Claude Le Borgne ne s’inscrit curieusement pas dans une ambition laïque pour, au contraire, mieux servir un catholicisme souffreteux à la recherche de son salut dans des origines faussement humanistes; les deux derniers paragraphes sont éloquents de manichéisme. La seconde partie de l’ouvrage, dirigée par les directeurs de la revue Islam de France, annonce peu de surprises et est aisément résumable : les hommes ont perverti un message coranique dont seule une interprétation correcte révèle la grandeur. C’est la doléance habituelle de toute sous-communauté s’affirmant détentrice exclusive de la vraie foi, du vrai savoir, en concurrence des autres composantes de la communauté. Les musulmans autodésignés comme progressistes ne pourront convaincre tant que sera conservé le postulat de la perfection du Coran malgré la profusion d’appels au meurtre et d’injonctions discriminatrices, racistes.
Le Coran est-il authentique? Mondher Sfar, Sfar Editions, 2000
Sans renier l'origine prétendument céleste du Coran, Mondher Sfar fait voler en éclat les principaux mythes qui lui donnent plus de solidité qu'il n'en a. Selon la doctrine musulmane, le Coran est un texte parfait, inimitable et unique qui a été transmis de Dieu aux hommes via Mahomet. Mondher Sfar s'attache à détailler les multiples imperfections, erreurs, incohérences, plagiats et conflits d'intérêts qui ont conduit à la construction du texte coranique. Naïvement, celui-ci est considéré, aujourd'hui, comme le pur produit de l'inspiration divine par l'immense majorité des musulmans, plus enclins à se satisfaire de vérités simplistes qu'à effectuer une vraie recherche, même spirituelle. Le cheminement accepté par les croyants s'organise ainsi: Dieu confie le texte en arabe à l'archange Gabriel qui charge Mahomet de le révéler aux hommes, suivi ensuite du travail des scribes pour consigner l'ensemble par écrit. Enfin dernière phase, la collecte des fragments éparts du Coran et les multiples altérations, corrections, ajouts effectués dans les premiers siècles. Parmi les innombrables accrocs à la vision idiote d'un Coran parfait et authentique, l'auteur tunisien n'hésite pas à énoncer, avec un courage qui force le respect, les affirmations suivantes: le Coran n'est pas complet (il ne représente qu'une partie seulement du livre "conservé au ciel"), présence de versets sataniques où le diable s'exprime à la place de Dieu, manque de cohérence (versets interposés dans des contextes sans rapport), versets produits postérieurement à Mahomet, rassemblement incomplet de textes épars, existence de versions différentes pour des mêmes versets, destruction de tous les manuscrits sauf un à l'époque du calife Uthman (pour résoudre le problème des versions multiples et contradictoires), le verset est une notion inventée (un tel découpage était absent à l'origine), le découpage en sourates (chapitres) a évolué au cours du temps par regroupements ou scissions, apparition graduelle des titres des sourates, la collecte des divers éléments du Coran est un phénomène obscur qui n'a pas été décidé par Mahomet, difficulté de la transcription à cause de la qualité médiocre de la langue arabe du VIIème siècle alors en évolution (contrairement à la conviction actuelle des musulmans que cette langue en était déjà à son plein achèvement), l'intervention de l'ange Gabriel est un mythe pour légitimer un travail de scribe, emprunts dans le texte du Coran à la Bible et à l'hindouisme... Mondher Sfar ne laisse aucun répit aux tenants d'un Coran authentique et déplore que dans le monde musulman cette idéologie simpliste ait remplacé, et interdit, la recherche de la réalité historique. Il s'agit donc d'un livre très instructif, clair et facilement abordable. A noter qu'il est distribué par Le Cerf, maison d'édition catholique, trop heureuse de savoir que la Bible, écrite et maintes fois réécrite, n'est pas la seule à ne pas comporter grand chose de divin.
Les versets sataniques, Salman Rushdie, Plon, 1999
Fascinant, extraordinaire, envoûtant, déroutant, bouillonnant, surprenant mais aussi et surtout très blasphémateur! Néanmoins, le livre étant d'un abord assez difficile, il est conseillé d'avoir un minimum de connaissance sur le Coran et la vie de Mahomet pour goûter pleinement tous les assauts de Rushdie contre le fondateur de l'islam. Car les situations dans lesquelles est placé Mahomet ne pouvaient que susciter le courroux de la communauté musulmane: dans le chapitre II Mahomet se fait berner et prononce des injonctions sataniques au peuple qu'il tente d'amener à sa suite, dans le chapitre VI le bordel local dispose de prostituées qui choisissent chacune un des noms de ses épouses, seul moyen pour les clients de manifester pour quelques instants un peu d’irrespect envers le nouveau tyran et la religion imposée, et dans le chapitre VIII des pèlerins musulmans se noient dans une mer dont ils croyaient, dans leur folie, qu’elle allait s’ouvrir pour les amener à La Mecque. Piteuse défaite d'un homme adulé par plus d'un milliard de croyants, méprisable aussi sa vie faite d'intolérance et de bêtise, absurde hallucination collective du pèlerinage à La Mecque. Salman Rushdie ridiculise le personnage de Mahomet ce qui lui vaudra l'appel au meurtre proféré par l'ayatollah Khomeiny en 1989. Les religions sont dénoncées comme des sources d'oppression. Le talent immense de l'auteur incarne l'ange Gabriel, Satan, Mahomet et ses femmes dans des personnages multiples par le jeu de prénoms proches phonétiquement. Le lecteur est alors entraîné dans un vertige où l'imaginaire, les rêves, les délires et la réalité (londonienne ou indienne) se côtoient sans cesse, la frontière étant extrêmement ténue ou même absente. Mais Les versets sataniques ne se limite pas à un réquisitoire contre Mahomet, l'ouvrage est si vaste qu'il englobe aussi les multiples préoccupations et expériences de l'auteur: la colonisation anglaise en Inde, la capitale Londres, sa grandeur et ses déceptions, les problèmes communautaires, le cinéma indien avec sa profusion de films et ses intérêts consuméristes, les rencontres de personnages improbables, l'amour, un mirage lui aussi. Un livre imprévisible, unique, où la surprise attend et déroute le lecteur à chaque page.
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