Bibliographie
Religions et dictatures, guerres
Pie XII et le IIIe Reich, Saul Friedlander
Le Vatican contre l'Europe, Edmond Paris
Le vicaire, Rolf Hochhuth
Les croisades vues par les Arabes, Amin Maalouf
L'Inquisition à Carcassonne, Charles Carayon
El Tribunal de la Inquisición en Canarias (1505 - 1526), Manuela Ronquillo Rubio
La controverse de Valladolid, Jean Claude Carrière
Chili: L'Église catholique 1958 - 1976, complicité ou résistance?, Charles Condamines
Des nazis au Vatican, Mark Aarons et John Loftus
L'Eglise et le génocide au Rwanda, les Pères Blancs et le négationisme, Jean Damascène Bizimana
Lajja (La honte), Taslima Nasreen
Jihad, expansion et déclin de l'islamisme, Gilles Kepel
Le radeau de Mahomet, Jean-Pierre Péroncel-Hugoz
Les réseaux d'Allah, les filières islamistes en France et en Europe, Antoine Sfeir
Pie XII et le IIIe Reich, Saul Friedlander, Le Seuil, 1964
Cet excellent ouvrage, écrit par un fils de déportés morts à Auschwitz, éclaire les relations obscures qui ont existé entre le Vatican et le régime nazi lors de la seconde guerre mondiale. L'auteur a minutieusement étudié quantité de documents pour présenter ce violent réquisitoire contre la complicité silencieuse du pape Pie XII envers les exactions nazies. Ce grand défenseur de la foi est resté muet devant les invasions allemandes faisant part seulement d'une timide compassion sans jamais mettre en cause directement la bestialité nazie. Silence sans doute motivé par le souci de préserver la situation des nombreux catholiques allemands mais aussi par la peur du communisme venant de l'est, nazis et fascistes italiens en constituant un rempart fort apprécié au Vatican. Pour plus de renseignements, cliquer ici.
L'auteur dénonce l'action du Vatican dans la première moitié du 20ème siècle contre les nations européennes. Les pontificats successifs sont examinés: Benoît XV (le pape "boche"), Pie XI, Pie XII (au silence assourdissant devant le nazisme). Les responsabilités sont affligeantes dans l'attitude pro-allemande durant les deux guerres mondiales, les crimes croates envers les serbes orthodoxes, les régimes fascistes espagnols et italiens ainsi que les protections apportées aux perdants de la deuxième guerre mondiale. L'Église avait créé une "Commission Pontificale d'Assistance" destinée a aider les réfugiés politiques. En fait de réfugiés, il s'agissait de criminels de guerre de toutes nationalités qui ont été accueillis dans divers couvents ou qui ont pu émigrer en Amérique du Sud par le biais du Vatican. L'identité de ces personnages était, bien entendu, connue de l'Église. Ainsi, le bourreau croate Pavelitch a pu couler des jours paisibles en Argentine, le chef de la milice de Vichy, Darnand, a trouvé refuge chez un curé italien, un couvent romain a hébergé Bormann, leader nazi condamné à mort, etc... Mussolini, mort, a lui aussi bénéficié de la complicité catholique, sa dépouille ayant été cachée dans un couvent de Milan. Le constat est éloquent d'horreur, l'Église catholique n'arme plus son bras de manière ostentatoire comme pendant l'Inquisition mais procède par des voies plus sournoises. Des citations du livre d'Edmond Paris sont présentées dans la rubrique citations.
Somptueuse et subversive pièce de théâtre écrite par un protestant contre l'inaction complice du Pie XII face aux horreurs nazies. Ses premières représentations ont donné lieu à de nombreux scandales signifiant ainsi l'opposition fondamentale de toute religion à la liberté d'expression. Constantin Costa Gavras s'est inspiré de la pièce de Rolf Hochhuth pour son film extraordinaire Amen. Là encore, les chrétiens réactionnaires, c'est à dire aussi bien l'épiscopat au niveau national que l'extrême droite catholique, n'ont pas manqué de rappeler que le recours à la censure est l'unique réponse apportée par le christianisme aux lâchetés de son histoire.
La guerre sainte menée par les chrétiens pour la conquête de Jérusalem est décrite dans toute sa barbarie. De 1096 à 1291 les croisades auront donné lieu à une succession de massacres où chacun tue au nom de son Dieu et où la quête spirituelle s'accommode très bien du pillage systématique des populations locales. A une guerre sainte y répond une autre, le jihad des musulmans. Elle nécessitera deux siècles pour rejeter l'ennemi européen, une durée causée par les querelles internes des divers souverains arabes, turcs, arméniens, kurdes. Un ouvrage qui est une mise au point sur les atrocités causées par les expéditions des fanatiques chrétiens.
Ce livre retrace l'activité inquisitoriale aux 13ème et 14ème siècles dans la région de Carcassonne, de Toulouse à Béziers. L'auteur expose de façon détaillée les luttes de personnes, les jugements sommaires, et les innombrables bûchers qui ont agité la région pendant deux siècles. Il rappelle en particulier le chiffre de 1000 jugements d'hérétiques entre 1301 et 1315 annoncé par les inquisiteurs. Développée sous l'impulsion des Frères Prêcheurs (ordre des Dominicains), l'inquisition devra faire face à Bernard Délicieux, religieux de l'ordre des Frères Mineurs (Franciscains), une antipathie profonde régnant entre ces deux ordres. Bernard Délicieux prenant le parti des opprimés sera arrêté en 1318.
Cette analyse de l'activité inquisitoriale aux îles Canaries entre 1505 et 1526 recense 72 personnes ayant été l'objet de punitions infligées par l'Église dont 9 furent brûlées. L'inquisition s'avère être un processus judiciaire très structuré dont le but est l'obtention d'aveux forcés sans veiller à assurer la défense de l'accusé. L'accusation la plus grave est celle d'hérésie et d'apostasie, les juifs étant les plus concernés, viennent ensuite les musulmans et d'autres formes d'hérésies. Moins graves, mais néanmoins coupables, furent les délits de "mépris pour la religion", "manquement à la morale" et "superstition". Les peines encourues pouvaient être le bûcher avec confiscation des biens, l'emprisonnement ou la honte publique.
Jean Claude Carrière examine, dans cette pièce de théâtre, la question dont ont débattu les théologiens de l'Espagne des conquistadores en 1550 : les amérindiens ont-ils une âme ? Formulée en d'autres termes : leur nature humaine les soumettra à la conversion au christianisme, sinon leur maintien à l'état d'esclave restera justifié pour le service des colons espagnols. La décision prise par le légat du Pape est terrible : oui les amérindiens sont des créatures de "Dieu" au même titre que les espagnols mais le défaut de main d'œuvre qui résultera de leur évangélisation devra alors être comblé par l'importation d'une nouvelle chair servable et corvéable à merci qui sera puisée en Afrique noire, préfigurant ainsi le honteux commerce qui durera trois siècles. Voir le film qui en a été tourné par Jean Daniel Verhaeghe.
Si la bourgeoisie catholique a clairement souhaité et favorisé le coup d'état chilien de 1973, l'attitude de l'Église catholique a fait preuve d'une grande complexité au cours de la période 1970 - 1976. L'auteur, témoin privilégié du drame chilien, retrace avec beaucoup d'objectivité les diverses tendances au sein de l'Église pendant les années Allende (1970 - 1973) et Pinochet (1973 - 1976). C'est d'abord l'existence, minoritaire, d'une gauche chrétienne solidaire des espoirs de l'arrivée démocratique d'Allende au pouvoir puis, ensuite, sa mise au silence par l'imposition du régime fasciste de Pinochet. La dictature a alors permis à la composante fascisante de l'Église de s'exprimer pleinement tandis qu'un courant ambigu symbolisé par le Cardinal Silva de Santiago mêlait paradoxalement timides critiques et légitimation du pouvoir militaire. Alors que les quelques éléments progressistes de l'Église disparaissaient rapidement (fin de la théologie de la libération au Chili), la popularité de l'Église catholique connaissait un véritable accroissement grâce aux facilités accordées par Pinochet, cherchant là une justification à sa mission de reconquête du Chili chrétien.
Des nazis au Vatican, Mark Aarons et John Loftus, 1992, Éditions Olivier Orban
La fin de la deuxième guerre mondiale avec l'instauration de l'emprise communiste sur l'Europe de l'Est a jeté sur les routes des milliers de réfugiés fuyant la barbarie soviétique. Or, parmi ceux-ci, de nombreux criminels de guerre fascistes, qu'ils soient nazis allemands, oustachis croates ou encore fascistes ukrainiens. C'est alors en parfaite connaissance de leur passé que le Vatican a organisé leur exfiltration en Amérique du Sud principalement, cela avec la complicité de l'Angleterre, des États Unis d'Amérique et, dans une moindre mesure, de la France. Pie XII est sur le trône et le futur Paul VI, Mgr Montini, est spécialement chargé de "l'aide aux réfugiés politiques" comme le rappelle pudiquement sa biographie sur le site du Vatican. Les milieux de l'espionnage occidentaux sont avant tout préoccupés par la lutte anticommuniste et n'hésitent donc pas à recruter des nazis pour cela. Mais les auteurs expliquent au cours de leur enquête que ces actions anti russes ont été systématiquement déjouées par le réseau d'espions soviétiques infiltrés dans les organisations fascistes de l'après guerre ainsi qu'au Vatican.
L'Eglise et le génocide au Rwanda, les Pères Blancs et le négationnisme, Jean Damascène Bizimana, L'Harmattan, 2001
Jean Damascène Bizimana est rwandais et peut donc particulièrement bien parler du génocide qui a décimé 800000 rwandais d'avril à juillet 1994. Mais il est aussi un ancien élève des Pères Blancs ce qui en fait un témoin privilégié du rôle de l'Eglise catholique pendant cette tuerie effroyable. L'auteur a perdu 84 membres de sa famille étant tutsis. La grande force de l'ouvrage réside dans la précision des faits qui y sont rapportés: sont cités les noms des prélats ayant encouragé les tueurs, les dates, les lieux. Il serait faux de croire, et l'auteur le démontre bien, que ce racisme n'était que le fait de l'Eglise rwandaise: les Pères Blancs, essentiellement composés d'ecclésiastiques belges, partageaient cette vision ethniciste et raciste de la société rwandaise. Le Vatican, lui-aussi, n'a pas ménagé ses efforts pour protéger les criminels en organisant leur exfiltration vers l'Europe et en soutenant ceux, restés sur place, confrontés à la justice rwandaise comme ce fut le cas pour Mgr Misago finalement acquitté suite aux pressions du Vatican. L'argumentation de Jean Damascène Bizimana ne se limite pas à l'énoncé macabre de tueries mais analyse aussi le discours de l'Eglise et des Pères Blancs, fait d'un mélange d'imprécisions et d'ambiguïtés synonymes de négationnisme. Le terme de "génocide" est systématiquement remplacé par celui de "guerre" qui évoque sournoisement une situation d'affrontement entre deux belligérants. La réalité était pourtant bien différente puisqu'il ne s'agissait en rien d'un conflit symétrique mais du massacre systématique et planifié d'une partie de la population non armée et non organisée (les tutsis et les hutus refusant le génocide) par des hutus qui ont toujours reçu le soutien de l'Eglise. Et pour convaincre que l'implication de l'Eglise n'est pas un épiphénomène local, l'auteur assure de la permanence des sentiments anti-tutsis de l'institution lors de la poursuite de sa formation en théologie à Toulouse après le génocide. L'ouvrage reste un témoignage poignant sur la folie hutue qui a décimé le pays pendant quatre mois et une accusation implacable de l'Eglise.
En décembre 1992, des extrémistes hindous détruisent une mosquée en Inde prétextant qu'elle est située sur le lieu de naissance d'une de leurs divinités. Dans les semaines qui suivent, la riposte des fondamentalistes musulmans est d'une violence inouïe, aussi bien en Inde que dans le Bangladesh: massacres, viols, pillages d'habitations, destruction de temples hindous. Taslima Nasreen propose un roman reportage vu du coté du Bangladesh, par le regard d'une famille profondément attachée aux idéaux de laïcité et d'humanisme. Mais l'idéal ne paie pas. Le crime est, par contre, beaucoup plus rémunérateur pour les musulmans dont les agissements sont détaillés dans toute leur horreur. Des exactions qui profitent d'une réelle impunité dans un pays gouverné par les islamistes, le Bangladesh comporte 87% de musulmans et 13% d'hindous. Cette résurgence des guerres de religions fait suite à des évènements similaires survenus deux ans auparavant. Et comme en 1990, les hindous voient dans l'exode vers l'Inde leur seul salut, leur proportion dans le pays diminuant régulièrement depuis cinquante ans. Lajja raconte le désespoir, la faillite d'un pays qui, après avoir acquis son indépendance en 1971 en se libérant du Pakistan musulman, s'est vu, peu à peu, à partir de 1975, gangrené par les islamistes. C'est aussi une illustration de l'impossibilité de l'entente inter-religieuse si souvent utilisée comme argument pour contrer la laïcité. Lajja fut condamné par les extrémistes musulmans comme blasphématoire et Taslima Nasreen fut contrainte à l'exil en Suède suite à la fatwa (condamnation à mort) prononcée contre elle. Il faut saluer cette oeuvre comme un monument de courage, défiant la mort et le sectarisme religieux. Un cri, un appel désespéré à se libérer des religions, toujours sources de ruptures et d'oppression.
Jihad, expansion et déclin de l'islamisme, Gilles Kepel, Gallimard, 2000
Un excellent ouvrage de référence sur l'activité de l'islam fondamentaliste durant les trois dernières décennies. Tout y est: l'origine de la mouvance islamiste, ses penseurs, son développement guerrier, les couches de population attirées par son émergence puis appeurées par son évolution, les sources de financement, son déclin consécutif à un redoublement de violence et à la disparition du soutien populaire. Cette somme impressionnante de connaissances dresse le constat de l'échec de l'islam violent et, en conclusion, ne laisse à l'islam que la participation au jeu démocratique pour empêcher sa disparition.
Le radeau de Mahomet, Jean-Pierre Péroncel-Hugoz, Flammarion, 1984
Par un style vigoureux et loin de toute forme de mondanité, Jean-Pierre Péroncel-Hugoz alerte l'opinion sur le danger islamiste qui montre, en ce début des années 80, ses réelles capacités de nuisance: révolution iranienne et, en Egypte, oppression des coptes avec infiltration de l'état. Fin connaisseur des pays musulmans et de l'Egypte en particulier, l'auteur était correspondant du journal Le Monde au Caire, Jean-Pierre Péroncel-Hugoz fustige aussi et surtout la complaisance, l'ignorance, les niaiseries des universitaires, politiciens et journalistes français qui refusent de voir la réelle nature des dictatures musulmanes et du fanatisme associé. Bien que de sensibilité chrétienne, le livre annonce avec justesse l'avenir du fondamentalisme musulman: les craintes de l'auteur se sont, vingt ans après, dramatiquement réalisées.
Les réseaux d'Allah, les filières islamistes en France et en Europe, Antoine Sfeir, Plon, 2001
Antoine Sfeir dirige la revue Les Cahiers de l'Orient et, avec sa connaissance du monde arabe, propose dans Les réseaux d'Allah une approche très enrichie du fondamentalisme musulman. Essentiellement axé sur la situation en Europe, le livre fournit quantité de renseignements sur les mouvements islamistes, leurs dirigeants et leurs réalisations concrètes bien que souvent dissimulées via la construction de mosquées et leur gestion. On apprend ainsi que la mosquée d'Evry a été construite avec le soutien financier de l'Arabie Saoudite (30 millions de francs), que l'Union des Organisations Islamistes de France dispose d'un centre de formation d'imams dans la Nièvre et que le Tabligh, mouvement d'origine pakistanaise, dispose d'une solide implantation en Europe. Néanmoins il convient de noter que l'auteur est partisan d'une adaptation de la laïcité au fait musulman en France (opinion exprimée brièvement au début de l'ouvrage): délimitation de carrés musulmans dans les cimetières, enseignement de la culture musulmane dans les écoles, prise en compte des spécificités musulmanes dans les hôpitaux et l'armée et financement de la construction des mosquées! L'auteur se laisse donc aveugler par son souhait de paix sociale sans réaliser que ce sont là les objectifs avoués des intégristes.
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