Culture et anticléricalisme


    Cinéma

     

      Christianisme

    • Suzanne Simonin, la Religieuse de Diderot, 1966, Jacques Rivette, 

        Fille illégitime, Suzanne Simonin est envoyée de force dans un couvent pour sauver l'honneur d'une famille qui en est dépourvue. Ne pouvant accepter l'oppression qui y est la règle de vie, la religieuse se rebelle et contacte un avocat pour fuir ce lieu de perdition. La sanction hiérarchique est sans pitié: privation de nourriture, d'hygiène, complot contre sa raison... Grâce à l'intervention de l'avocat et d'un supérieur, Suzanne est transférée dans un autre couvent aux mœurs très libertines. N'étant pas aveuglée par le semblant de bonheur qui y est offert, la jeune religieuse conserve intact son rêve de liberté et parvient à quitter le couvent. Mais la rencontre avec le "monde" est un choc dramatique pour tant de pureté. Jacques Rivette dépeint avec force et talent le régime militaire qui soumet les religieuses (utilisation de bruit de cloches assourdissant et incessant) et gagne l'estime de la population du "monde" hors les murs. Mais le cinéaste montre aussi un ordre religieux qui puise sa notoriété dans des légions d'ecclésiastiques sans vocation, forcés, ou dont la foi les abandonne.
         

    • Sous le Soleil de Satan, 1987, Maurice Pialat 

        Un curé perturbé cède au désespoir et à l'abattement devant la charge qui l'accable: venir en aide aux autres quand lui-même est abandonné de Dieu. Le mal est partout, Satan est le maître de l'humanité. Le film est la défaite de Dieu qui baisse la garde devant Satan. L'existence est pénible et malheureuse. L'abandon du prêtre par son dieu atteint sa meilleure illustration à la fin du film. L'abbé l'invoque de ne pas le retirer du monde tant qu'il peut y être utile mais son dieu ne connaît pas la pitié et le prêtre décède peu après dans l'isolement du confessionnal. D'après Bernanos dont le livre fut écrit dans une optique distincte de cette analyse.
         

    • L'âge d'or, 1930, Luis Bunuel 

        De l'anticléricalisme surréaliste dont la pleine compréhension suppose une connaissance préalable de l'œuvre de Bunuel. Une émeute a été causée par l'extrême droite qui a saccagé la salle lors de sa première projection à Paris. La préfecture de Paris a alors décidé de son interdiction sur les écrans.
         

    • La Voie Lactée, 1969, Luis Bunuel 

        Encore de l'anticléricalisme surréaliste mais beaucoup plus explicite que dans L'âge d'or.  La Voie Lactée retrace le voyage de deux mendiants à Saint Jacques de Compostelle et donne lieu à  blasphémer.  La finalité du voyage, qui ne saurait être appelé pèlerinage, n'est que l'appât du gain représenté par la foule des bigots qui assurera une mendicité rentable. Au nombre des multiples blasphèmes on comptera un prêtre échappé d'un hôpital psychiatrique, l'attribution à deux enfants des noms "tu ne seras pas mon peuple" et "plus de miséricorde" en réponse à des préceptes chrétiens, l'exécution du pape par une troupe aux allures de républicains espagnols. On doit aussi à Bunuel d'avoir retenu les propos de JC dans l'Evangile de Mathieu (10, 34): "Ce n'est pas la paix que je suis venu apporter mais le glaive". Des propos suivis par la guérison de deux aveugles, mais une guérison seulement temporaire puisqu'ils retombent aussitôt dans la cécité, signe que la puissance de JC décide  arbitrairement d'apporter le mal comme le bien. La partie espagnole du trajet vers Saint jacques est mise à profit pour évoquer l'Inquisition avec un règlement de compte post mortem entre évêques.
         

    • Viridiana, 1961, Luis Buñuel 

        Du grand Buñuel où son anticléricalisme ne connait pas de limites. Une jeune fille, Viridiana, est sur le point de prononcer ses vœux pour entrer au couvent quand elle va passer ses derniers jours de liberté chez un oncle qui ne lui a jamais porté beaucoup d'attention. Viridiana ne reviendra en fait jamais au couvent, sa foi aura subi deux épreuves dramatiques qui auront eu raison de sa bigoterie. La première est la demande en mariage du vieil oncle suivi d'un faux viol et la seconde est une tentative de viol, réelle celle-là, par l'un des mendiants dont elle aura eu pitié. Le film conclut sur la transformation de la jeune fille: elle abandonne le foulard dont elle était jusque-là inséparable et va rejoindre le monde et ses tentations. Le cheminement spirituel de Viridiana, et ses désillusions, permettent à Buñuel de régaler le spectateur de quelques blasphèmes délicieux: une lame intégrée à un petit crucifix en fait un objet terrifiant, les treize mendiants pris à sa charge par Viridiana profitent de son absence pour se repaître d'un repas paillard en une représentation de la Cène où c'est un aveugle qui prend la place de JC! Enfin, après le renoncement définitif de Viridiana à une vie dévote et consacrée religieusement au secours des plus faibles, la couronne d'épines pour laquelle elle avait la plus grande vénération est jetée au feu par une fillette turbulente. La réaction de l'Espagne franquiste et catholique fut sans surprise: le film fut interdit dès sa sortie. Donc un excellent film à voir!

    • La controverse de Valladolid, 1992, Jean Daniel Verhaeghe 

        Les amérindiens ont-ils une âme? C'est à cette question que doit répondre le Légat du Pape, à Valladolid. Une réponse négative les maintiendrait dans leur état de bête de somme exploitée dans les mines d'Amérique Latine et une réponse positive déclencherait leur évangélisation massive. La controverse oppose Bartolomé de Las Casas, un prêtre qui a dénoncé les horreurs perpétrées au nom de JC par les Espagnols dans son fameux Brevissima relación de la destrucción de las Indias (1542), à Gines de Sepulveda qui assure que les populations soumises l'ont été par la grâce de Dieu donnant la meilleure preuve de la supériorité du monde chrétien. Le téléfilm se déroule exclusivement dans une salle d'un couvent et ignore les artifices usuels au bénéfice de dialogues très précis. Le verdict du Légat du Pape est très finement énoncé. En déclarant qu'il est décidé (tel est le terme utilisé, distinct de "reconnu" ou "admis") que les amérindiens ont une âme, le visage de Sepulveda s'obscurcit, signe de la victoire d'une Eglise humaniste. Mais la décision est immédiatement suivie d'une solution au problème économique de la nature humaine des autochtones: un chrétien ne peut être massacré ou exploité sans rémunération. L'envoyé du Pape ouvre alors une perspective qui fera ses preuves: la main d'œuvre gratuite doit être recherchée parmi les noirs d'Afrique. L'assemblée rayonne. Ce très bon téléfilm est, de surcroit, très bien servi par Jean Carmet (le Légat du Pape), Jean Pierre Marielle (Bartolomé de Las Casas) et Jean Louis Trintignant (Gines de Sepulveda). Le scénario est de Jean Claude Carrière et a été édité chez Actes Sud.
         

    • Larry Flynt, Milos Forman, 1996 

        Larry Flynt n'est pas un saint et s'en voudrait de l'être. Son métier c'est le porno (pas l'érotisme), celui qui montre tout et qui lui rapporte aussi beaucoup de dollars par sa revue Hustler. Bien entendu ce n'est pas moral, sachant que la morale est définie par quelques intégristes chrétiens. Larry Flynt est l'adaptation à l'écran de la vraie vie du fondateur de Hustler. Les noms des protagonistes sont respectés ce qui permet d'attaquer directement le révérend Jerry Falwell, apôtre des télévangélistes américains qui n'en finit pas de clamer sa bonne parole et de proférer le rejet des mal pensants. Larry Flynt aime l'argent, le sexe, le pouvoir, abhorre le christianisme, après certes quelques dérives mystiques contractées au contact de la sœur du président Carter, et n'a que faire de principes politiques. A quoi il faut ajouter que l'usage de stupéfiants lui a fait faire connaissance avec le milieu psychiatrique. Mais là n'est pas l'objet du film, Milos Forman ne souhaite pas nous faire aimer Larry Flynt ou sa pornographie, une entreprise qui serait perdue d'avance. Par l'avocat de Flynt, Isaacman, il nous procure plutôt un plaidoyer pour la liberté d'expression garantie par le premier article de la constitution des USA. L'état ne saurait interdire les activités de Larry Flynt, chacun doit avoir le droit d'acheter ou de ne pas acheter Hustler, chacun doit avoir le droit d'aimer ou de détester la pornographie. Ni la justice des Etats Unis, ni les groupes de pression chrétiens n'ont le pouvoir de définir ce qui est moral et ce qui ne l'est pas. L'énoncé présent d'un interdit peut être générateur de répressions plus graves dans un futur proche. Et qu'est-ce qui est le plus sale? L'exposition de personnes nues au physique agréable ou les horreurs de la guerre montrées chaque jour dans les journaux et à la télévision? Est-il normal qu'une photographie d'ordre érotique vaudra l'excommunication de son auteur dans son accès au médias alors que celui qui montrera des corps détruits par la famine ou les bombes en sera récompensé? Et c'est avec une certaine ironie que le spectateur est informé dans le générique de fin que l'un des principaux protagonistes défenseur de ce christianisme à la pensée sclérosée a été impliqué dans un des plus grand scandales financiers des USA qui a coûté 6 milliards de dollars aux contribuables! Pourtant, le réalisateur a cédé, en France, devant les protestations de l'AGRIF (organisation chrétienne d'extrême droite): l'affiche qui présentait un homme en position de crucifié devant un bas ventre féminin a été retirée des espaces d'affichage et remplacée par une autre montrant simplement un homme muselé par le drapeau des Etats Unis d'Amérique (voir l'affiche). L'attaque de la censure chrétienne s'est donc limitée au scénario du film sans s'accompagner d'actes cohérents dans sa promotion. Le courage du réalisateur a ses limites que le commerce lui dicte.
         

    • Le chocolat, 2000, Lasse Hallström 

        Fin des années 50, la vie d'un village français standard est rythmée par le son des cloches d'une église dont le notable et maire du village s'assure que tous les paroissiens la fréquentent avec assiduité. Arrive dans ce coin perdu, en plein carême, une pâtissière athée (Juliette Binoche) dont le sourire radieux est un affront à l'ordre moral. Ses efforts pour amener charme et joie de vivre se heurteront immédiatement à l'hostilité de cathos étouffés par une morale biblique paralysant toute déviance de l'orthodoxie. Mais gourmandise et convivialité auront raison des esprits étroits, les tabous et les interdits tomberont pour fournir une fin heureuse. Même si l'Eglise catholique s'en tire sans trop de dégâts avec un sermon tout propre qui sauve sa face austère, on doit se réjouir de ce conte gentillet qui est aussi une belle incitation à la gourmandise.
         

    • La langue des papillons, José Juis Cuerda, 2000, 

        Dans l'Espagne républicaine de 1936, un vieil instituteur dispense à ses élèves un enseignement éclairé, fait d'humanisme et de rêves de liberté. Ses efforts de justice et d'équité trouvent un excellent écho chez un petit écolier (acteur remarquable) de nature fragile, juste, droit et curieux de toute forme de connaissance. Mais 1936 est aussi l'année du déclenchement de la guerre civile. Le film se termine sur la prise du village par les franquistes: l'instituteur athée fait partie des premiers à être arrêtés. Malgré un côté assez mélo et des personnages stéréotypés, le film voit son intérêt dans le rappel que l'athéisme reste considéré comme une honte dans l'Espagne des années 30. En contrepoint à l'ensemble du film où les caractères humains restent assez superficiellement traités, la fin de l'histoire touche par son réalisme et, sans doute aussi, parce qu'elle traduit le renoncement de chacun devant le danger: pour sauver sa vie, on s'humilie à renier les compagnons d'hier, arrêtés pour leur fidélité à leur idéaux.
         

    • Amen, Constantin Costa-Gavras, 2002 

        Rien de l'édifice multiséculaire de l'Eglise chrétienne, catholique et protestante, ne reste intact après l'extraordinaire film de Costa-Gavras sur l'indifférence des institutions chrétiennes à l'égard de l'extermination des juifs. "Amen" signifie "d'accord", c'est l'accord implicite donné par le Vatican aux nazis dans leur œuvre de destruction massive des juifs. Pourtant de très nombreuses voix catholiques et protestantes s'étaient élevées dans l'Allemagne nazie après les massacres de malades mentaux. Face à cette mobilisation de l'opinion publique, les autorités avaient dû renoncer à la poursuite du sinistre programme. L'Eglise est contre l'euthanasie et l'extermination des malades mentaux entrait dans cette catégorie d'où l'opposition de l'Eglise. Mais nul précepte chrétien n'oblige à protéger les juifs, le peuple déicide. Pourquoi alors leur venir en aide? Les juifs, comme les tziganes, n'ont donc reçu aucun soutien de la part des autorités religieuses. Comble du cynisme, cet état de fait est rappelé par un officier SS qui interprète de silence comme une autorisation à continuer dans la voie tracée par Hitler. Le film de Costa-Gavras est une adaptation de la pièce de théâtre de Rolf Hochhuth Le Vicaire qui fit scandale dans les milieux catholiques à sa sortie en 1963. Les deux personnages principaux sont chrétiens : Kurt Gerstein est un officier SS protestant et le jeune Ricardo est un jésuite en poste à Berlin. L'un comme l'autre vont tenter d'alerter l'opinion internationale et les autorités religieuses sur l'horreur qui se trame dans les camps de l'est. Et Gerstein sait de quoi il parle: ingénieur chimiste, il est chargé d'approvisionner les camps de la mort en Zyklon B, une substance dont les émanations sont mortelles. Le rôle de Gerstein est interprété admirablement par Ulrich Tukur. L'horreur des camps de concentration côtoie la brutalité et le cynisme des nazis comme procédant d'une même folie. Costa-Gavras ne montre aucun charnier, aucune marque de douleur physique; seuls les convois lancinant de trains, vides quand ils quittent les camps, remplis et portes fermées à leur retour, ponctuent le film d'une présence obsédante et macabre. Des fumées s'élèvent des cheminées, pas de cris ni de corps: le point de vue est celui du résistant en uniforme SS Kurt Gerstein. Les juifs n'y sont que des "unités" et leur extermination reçoit le qualificatif de désinfection. Mais le jésuite Ricardo et le lieutenant SS Gerstein vont tout tenter pour informer le Vatican, en pure perte pourtant. Le Vatican sait déjà, ainsi que les puissances occidentales, mais personne ne fait rien, tout le monde se terre derrière le silence. Jamais les alliés n'ont par exemple bombardé les lignes de chemin de fer qui menaient aux camps; la priorité était la victoire, pas le sauvetage des juifs. Le pape Pie XII ne montre pas plus de compassion, il se cache derrière des déclarations vagues donc sans incidence, la mesure et la patience sont à conseiller plutôt que l'emportement et la passion. Les prétentions de l'Eglise à incarner la justice s'écroulent et Ricardo en vient à la douloureuse interrogation que "Dieu laisse mourir les siens". Ricardo finira lui aussi dans un camp en arborant avec courage une étoile jaune, ultime provocation désespérée envers sa propre hiérarchie. Gerstein écrit un rapport qu'il livrera aux Alliés en trois exemplaires en allemand, français et anglais. Incarcéré dans une prison à Paris, située rue du Cherche Midi et aujourd'hui détruite, il se suicidera après la lecture de son acte d'accusation émis par une justice française incapable de discernement entre lui et les pires bourreaux. Les barbares auront, eux, été recyclés avec une compassion obscène par l'Eglise catholique. La dernière scène du film est saisissante. Le cynique supérieur hiérarchique de Kurt Gerstein est reçu au Vatican chez Mgr Hudal, un personnage réel, qui le rassure sur son avenir: l'Argentine lui est destinée grâce aux bons soins de l'Eglise. L'affiche du film a donné lieu à une polémique orchestrée par la Conférence des Evêques de France et l'AGRIF. Le Tribunal de Grande Instance de Paris a rejeté la demande de retrait de l'affiche formulée par cette association fasciste.

    • Le sourire de ma mère, 2002, Marco Bellochio 

        Le Vatican s'est enragé comme un diable contre le film de l'anticlérical Marco Bellochio qui s'attaque à une des techniques fondamentales de la manipulation des masses: la cause des saints, ici une sainte. Un peintre athée résiste avec force aux manigances de sa famille décidée à obtenir la canonisation de sa mère. Celle-ci était certes une grenouille de bénitier, adoratrice du Père Pio, mettant sans cesse ses enfants en garde contre le blasphème, mais elle ne fut jamais une personne estimée ou reconnue pour les valeurs qui lui sont maintenant attribuées. Et elle était en outre très bête, une bêtise qui assurément l'a rapprochée de la religion. Avoir une sainte dans la famille n'est pas chose habituelle et assurera la prospérité à une famille nostalgique de son luxe passé. Les manœuvres familiales consternent et agacent Ernesto, le peintre, qui est presque le seul résistant à ces intrigues dont la seule finalité est l'argent. Il mettra aussi toute son énergie à préserver son fils de la religion. La première scène donne le ton du film: le fils se débat contre un interlocuteur invisible, l'enjoignant de le laisser seul, libre et indépendant sans entraver sa pensée. Aux questions inquiètes de sa mère, l'enfant répond qu'il conversait avec Dieu dont l'omniprésence n'est à ses yeux qu'un frein à la liberté de penser. Le film a été interdit, en Italie, aux moins de 14 ans en raison des blasphèmes qui y sont proférés dont un superbe "Porca Madona" (putain de Madonne). Il est prononcé par un frère d'Ernesto dont la maladie mentale n'a jamais reçu la considération nécessaire par sa mère et qui finira par la tuer. Cet acte fou et désespéré est bien entendu exploité par la sainte famille avide de sensationnel et de lires. Marco Bellochio réalise une peinture implacable d'un clergé oppressant, immobiliste, qui tient les femmes sous son influence et manipule son monde à l'envi.

       

      Islam

    • Le destin, 1996, Youssef Chahine 

        Youssef Chahine ne s'est pas fait que des amis avec Le destin. Censuré en Egypte dès sa sortie, Le destin est une dénonciation du fanatisme musulman par une approche de la philosophie de la tolérance d'Averroes (XIIème siècle). L'action débute dans le midi de la France en proie aux flammes de l'Inquisition. Le héros principal fuit cette terre brûlée pour le sud de l'Espagne où le croissant remplace la croix. Mais la sérénité religieuse qui y est prôné par Averroes est anéantie par des fanatiques copie conforme des intégristes actuels. Epoques différentes mais méthodes identiques, la terreur seule permet de s'imposer. Si Youssef Chahine parvient à dresser un très bon parallèle entre ces fous de dieu anciens et récents, le film repose néanmoins sur l'illusion d'un islam humaniste.
         

    • Bab el Oued city, 1993, Merzak Allouache 

        A Alger comme ailleurs, le muezzin appelle à la prière cinq fois par jour. C'est trop, beaucoup trop, lorsque le haut parleur est situé sur le toit de sa maison. Un homme décide donc de l'enlever et les ennuis commencent.
         

    • Le Cercle, 2000, Jafar Panahi 

        Le Cercle est celui qui enferme les femmes iraniennes dans un quotidien fait d'absurdité et de soumission. Une journée dans la vie de ces femmes, désespérées ou rageuses selon leur état de résistance, montre des portraits qui se croisent, se heurtent à une société dans laquelle elles ne sont rien sans leur mari. Les unes sortent de prison par une courte permission mais se retrouvent dans une autre sans barreaux, d'autres sont livrées au désespoir ou à la prostitution. Cet excellent film est un cri angoissant et douloureux contre le drame de la condition de la femme en Iran. C'est la honte d'une famille devant la naissance d'une fille, l'impossibilité pour une femme de voyager sans être accompagnée, l'interdiction de l'avortement, l'impasse dans laquelle s'est engagée une religion qui interdit la moindre évolution, le moindre progrès.
         

    • Kandahar, Mohsen Makhmalbaf, 2001

        Une journaliste afghane domiciliée au Canada reçoit une lettre de sa sœur restée à Kandahar en Afghanistan l'informant de son prochain suicide prévu pour le 17 août 1999, jour de l'éclipse totale du soleil. A partir de cette histoire vraie, Mohsen Makhmalbaf retrace le périple de cette journaliste (Nafas) qui accourt dans son pays pour sauver sa sœur. C'est donc tout naturellement que le rôle principal lui à été confié. La sœur n'apparaîtra pas à l'écran, ni la ville de Kandahar, objet de ce voyage à haut risque. Seule l'immensité, somptueuse mais hostile, de la zone frontalière Iran Afghanistan s'étale sous le regard du réalisateur, un désert de sable et de pierre mais aussi un désert d'humanité où on chercherait en vain un brin de respect à l'égard des femmes. « Si ma femme ne porte pas le burka (le voile prison qui retire la femme du monde des vivants) je serai la risée de mes amis » dit à peu près le passeur iranien chargé d'accompagner Nafas en Afghanistan. Makhmalbaf a opté pour une exposition sobre, de style documentaire, du drame qui ravage l'Afghanistan : une école coranique où l'islam est défendu à la force de la kalachnikov, les villages moyenâgeux où tente de subsister la population, la relégation de la femme à un rang proche de celui d'un pestiféré et bien sûr l'omniprésent, l'obsédant, voile intégral derrière lequel la femme n'est qu'une ombre. Un tableau qui est peint sans cris ni pleurs, procédant d'un fatalisme inéluctable. On pourra néanmoins regretter la simplicité du scénario, une fin en apparence inachevée, mais proposer un vrai film d'action au pays des Talibans n'aurait été qu'un travestissement commercial de l'histoire : le temps s'est arrêté en Afghanistan où le Coran a dissuadé de toute forme d'espoir, de toute action pour le changement. L'apparente monotonie et le semblant de calme qui règnent dans le film rappellent la lente mort d'un pays qu'aucun soubresaut ne vient perturber.
         

    • L'oiseau d'argile, Tareque Masud, 2001, 

        A la fin des années 60 la partie orientale du Pakistan tente de se libérer du joug musulman pour devenir en 1971 le Bangladesh sous la force des communistes laïques. Dans cet effervescence, un petit garçon est envoyé dans une madrassa, une école coranique, par un père rigoriste qui soumet sa famille à une discipline sans faille. Se divertir, recevoir des cadeaux et assister à des fêtes hindoues sont vécus comme contraire à l'islam. Le jeune écolier, Anou, se heurte à un environnement nouveau, austère et rude. C'est l'apprentissage du Coran au rythme des balancements abrutissant d'avant en arrière qui l'accueille dans cette entreprise de décervellement. Après avoir arabisé son nom, Anou devient Mohammed Anouar et découvre que certains jeux sont interdits: jouer à la balle est prohibé et une scène très émouvante le montre avec son nouvel et unique ami jouant avec une balle invisible. Le père poursuit pendant ce temps sa pseudo activité de guérisseur. Rejetant la médecine générale car impie, le père s'abandonne à l'escroquerie que sont les fausses médecines de l'allopathie et de l'homéopathie. Mais quand sa fille est atteinte d'une forte fièvre, ces remèdes de charlatan ne peuvent rien contre le mal; Allah qui est si puissant n'a pu sauver l'enfant. Pourtant, le progrès et l'espoir ne sont pas absents car portés par le frère de ce père à l'islam autoritaire. Ardent partisan d'un Bangladesh autonome où l'islam ne règnerait pas en maître et où il serait permis à chacun de s'exprimer librement grâce aux principes laïques, ce frère ira jusqu'à prendre les armes face à l'armée pakistanaise. L'oiseau d'argile est un film magnifique qui touche par des images d'une grande beauté et des personnages simples et sincères subissant l'oppression d'une religion obscurantiste. Excellente peinture de vies sacrifiées silencieusement par l'islam, le film de Tareque Masud est une ode remarquable à la laïcité. Il a été récompensé au Festival de Cannes 2002 par le Prix International de la Critique. Le gouvernement du Bangladesh a interdit le film, anticipant les foudres des fondamentalistes musulmans (Rationalist International numéro 97, 2 juin 2002).

       

      Judaïsme

    • Kadosh, 1999, Amos Gitaï 

        Le film débute à Jérusalem dans une famille juive orthodoxe par le lever du mari Meir qui, avant de témoigner un signe d'affection à sa femme Rivka, récite des prières parmi lesquelles remercier son dieu de ne pas l'avoir fait femme. Le ton est donné: la paralysie de la femme par le judaïsme intégriste en Israël. Le film se déroule tout entier à Jérusalem, dans un monde clos, avec un nombre limité d'acteur, signe de la micro société organisée par les juifs. Meir ne travaille, il étudie la torah et le talmud depuis plus de 10 ans dans une yeshiva en compagnie de quelques autres collègues tous autant emprisonnés dans leurs textes. C'est une minorité de la société israélienne où l'homme a pour seul but l'étude et la femme la procréation d'enfants mâles destinés à suivre l'exemple du père dans une école religieuse. Rivka est elle aussi sincèrement croyante et accepte sa condition, enfermée dans le moule. On la voit prier au mur des lamentations où hommes et femmes sont séparés. Mais sa sœur, mariée de force à un autre fou de dieu collègue de Meir, refuse l'absurdité d'une vie d'esclave où la femme ne peut rire, conduire et où "une femme sans enfant est une femme morte", dixit les textes vénérés par la cécité juive. Une fin qui sera celle de Rivka.
        L'excellent film d'Amos Gitaï montre un monde auto sacrifié par ses propres ouailles et qui tire gloire du musellement de ses femmes. Kadosh est une œuvre somptueuse, très bien interprétée, figée, ne laissant aucun espoir de changement. Le seul salut de cet enfer qui ne dit pas son nom réside dans la fuite. Le film brille par les nombreuses références aux textes, excellent argumentaire autant sur le passéisme du judaïsme que sur ses propres contradictions. A noter en particulier, un dialogue surréaliste sur la conformité avec le judaïsme de la préparation du thé pendant le shabbat.


    • Kedma, 2002, Amos Gitaï 

        Le réalisateur est israélien mais s'oppose à la vision officielle, et mythologique, de la fondation d'Israël en 1948. Malgré un début très ennuyeux, la suite s'améliore et les cinq dernières minutes du film sont monumentales, extraordinaires. Le film se termine en effet avec un long plan séquence qui est un désaveu cinglant de ce qui est admis actuellement pour l'histoire d'Israël. Un réfugié juif fuyant l'Europe laisse éclater sa rage mêlée d'incompréhension et de désespoir d'avoir reçu, pour première action sur le sol d'Israël, la tâche d'attaquer un village arabe. La fondation d'Israël en 1948 est décrite comme une guerre d'agression menée par les juifs contre les arabes déjà présents. A voir absolument pour tous ceux à la recherche d'une présentation de la fondation du pays distincte de la version officielle.


      Hindouisme


    • La Déesse, Satyajit Ray, 1960 

        Mystique invétéré, le père d'Uma voit dans ses hallucinations la réincarnation de la déesse Kali en la personne de Doya, l'épouse d'Uma. La jeune femme, âgée de seulement 17 ans, ne peut résister à l'envahissement religieux organisé par le beau père qui l'interprète comme la récompense de 40 années de dévotion aveugle. Toute la maisonnée cède alors à la vénération soudaine d'une des leurs. Seule la belle sœur de Doya reste lucide devant un tel accès de folie collective. Le mari, absent lors de la "révélation", accourt précipitamment engageant le conflit avec le père, modernisme sceptique contre tradition et ferveur religieuse. L'adoration de la jeune femme draine une foule chaque jour plus nombreuse au domicile de cette famille aisée. Doya reste muette devant le phénomène dont elle est l'attraction, seuls ses yeux trahissent peur et incompréhension. Au titre de la passivité de la jeune femme doit être reconnue comme déterminante la soumission de la femme indienne, toujours drapée dans un voile, dont le dévouement au maître de la maison est la marque de l'appartenance à la famille. Le silence est néanmoins rompu lorsqu'elle envisage sa possible nature de déesse ce qui atterre son mari réalisant alors la mutation survenue chez sa femme. La mort d'un neveu de Doya, remis pourtant à ses soins plutôt qu'à ceux du docteur, consomme la rupture avec le père et plonge définitivement Doya dans la folie. Ce très bon film illustre parfaitement comment les croyances d'un personnage influent peuvent non seulement entraîner l'adhésion de la foule incapable de discernement mais aussi détruire l'équilibre d'une vie peu disposée, avant cela, à cette vague mystique. Il est aussi important de noter que ce film provient d'Inde, un pays au riche développement scientifique (mathématiques, astronomie, à quoi il faut ajouter, actuellement, l'informatique) et où le rationalisme militant est très actif.
         

    • Délivrance, Satyajit Ray, 1981 

        Un tanneur, de la classe des intouchables, se rend chez le brahmane pour recueillir ses conseils sur la date des fiançailles de sa fille âgée d'une dizaine d'années. Le religieux, imbu de sa supériorité, l'affecte à des travaux pénibles pendant une journée entière en prélude à leur entretien. Mais le dur labeur a raison de l'homme et il décède, exténué. Le film oppose deux classes bien séparées par le système indien des castes: un intouchable menant une vie de labeur dans la pauvreté et le mépris, et un religieux oisif, autoritaire, à la bedaine témoignant de sa bonne alimentation. En Inde comme ailleurs, les religieux constituent une classe de privilégiés vivant en parasite sur le dur labeur d'une population soumise.

    • Le saint, Satyajit Ray 

        En Inde, un homme désespéré depuis le décès de sa femme invite chez lui un prêtre hindou de passage. Le charlatan va vivre la belle vie chez son hôte naïf. Abusant de la crédulité de ses amis il ira jusqu'à prétendre être âgé de 2000 ans et avoir rencontré tous les grands de ce monde. Mais c'est quand il essaiera d'étendre ses foutaises sur la fille de la maison, qui, elle, a toute sa raison, que les ennuis commenceront. Son rationaliste de fiancé ne l'entendra pas de cette oreille, des compères l'aideront et ils parviendront à démasquer l'imposteur. Un bel exercice de démystification du charlatanisme où les religieux n'apparaissent que comme des menteurs et des voleurs.

       

      Autre

    • Sia le rêve du python, Dani Kouyaté, 2001

        Au Burkina Faso, des prêtres invoquent les oracles pour réclamer le sacrifice d'une jeune fille du royaume. Elle doit être noble, vierge et la plus belle; le dieu python exige cette mort, ainsi l'affirment les prêtres. La malheureuse victime s'appelle Sia mais elle refuse de se soumettre à cette désignation barbare et les troupes du roi se lancent à sa poursuite. Loin de tout folklore africain, ce film burkinabe est un excellent film politique où sont montrés les vrais ressorts du pouvoir, des mécanismes qui traversent les époques et les frontières. C'est d'abord et surtout la caste des prêtres, personnages nocifs, obscurantistes et criminels qui abusent de la crainte de la population face à l'inconnu. La crainte du blasphème est permanente et interdit à la population de s'exprimer librement. Revenu d'urgence du front, le fiancé de la jeune fille, Mamadi, décide d'abattre ce dieu python sanguinaire. Mais c'est la surprise quand le jeune héros et sa troupe se rendent à l'évidence: la caverne du dieu python est déserte, point de présence divine en ce lieu. Le dieu python n'existe pas. Les sept prêtres qui ont emmené et violé Sia sont eux, par contre, bien réels. Ils seront promptement expédiés de vie à trépas en punition des multiples sacrifices humains perpétrés depuis des décennies. Sia le rêve du python est aussi un formidable réquisitoire contre les perversions des hommes face au pouvoir, à la gloire, à l'autorité: compromissions par attrait pour la gloire, pouvoir fantoche dirigé par des second couteaux, manipulation de l'opinion publique, revirements opportunistes, interrogatoires brutaux, meurtres politiques, servilité des courtisans et surtout isolement des rares sceptiques, ces quelques humains lucides toujours marginalisés par la masse. Les deux esprits les plus honnêtes et clairvoyants, Sia et Kefta, passeront donc pour fous aux yeux de la multitude prête à acquiescer aux déclarations officielles. Le roi est mort, vive le roi! Le peuple n'est pas souvent bon juge, manipulé aisément par des despotes habiles pour lesquels le mensonge tient lieu de principale politique. Un film très bien tourné à voir absolument.


      Comédies
       
    • La vie de Brian, 1979, Monty Pyhton 

        Le talent des Monty Python au service d'une parodie de la vie de Jésus où le pauvre Brian subit le cours d'une histoire qui ne devrait pas être la sienne. Hilarant.
         

    • Drôle de drame, Marcel Carné

        Dans l'Angleterre de la première moitié du 20ème siècle, l'évêque Bedford exhorte ses brebis, clairsemées, à fuir les mauvaises lectures qui pervertissent la foi chrétienne. Le film est un délicieux amoncellement de quiproquos, de situations où le burlesque et la finesse des dialogues ("Bizarre, vous avez dit bizarre") régalent le spectateur captivé par un scénario d'un très bon comique. L'évêque, campé admirablement par Louis Jouvet, est l'occasion de rire du puritanisme anglais avec ses ligues de vertu. Mais l'angélisme de l'ecclésiastique est quelque peu terni lorsque celui-ci se délecte de la lecture d'une revue des Folies Bergères, dédicacée par une danseuse à l'habillement en rapport avec sa fonction. Très réussie est la scène où la caméra, en élargissant lentement le champ, découvre la progéniture abondante de l'évêque: onze petits chrétiens bien ordonnés. L'intrigue policière de ce film très distrayant s'achève par une fin heureuse qui ne permet pas néanmoins à Bedford, en kilt écossais, d'échapper au ridicule et à l'opprobre populaire.
         

    • Dogma, 1999, Kevin Smith 

        L'envoi sur Terre de deux anges et leur tentative de retour au paradis est un régal anti-catholique hilarant. La Bible est ridiculisée, le catholicisme tourné en dérision, les blasphèmes tombent en avalanche et la mythologie de l'Ancien Testament est présenté en une compilation loufoque. Mais autant l'avertissement préliminaire limitant l'ambition du film à la seule fantaisie que la fin aux accents très bibliques attestent des limites sacrilèges du film qui veille à ne s'en prendre ni à l'idée de Dieu ni à JC. Dogma entend démontrer l'existence d'une contradiction fondamentale dans le catholicisme, l'indulgence plénière, mais une provocation courageuse aurait été de poursuivre le jeu de massacre jusqu'à son terme et affirmer l'absurdité de l'ensemble de la religion chrétienne au lieu de proposer un happy end très US. Néanmoins, le réalisateur nord américain ne sera pas le bienvenu dans les paroisses de son pays.
         

    • Le jour de la bête, 1995, Alex de la Iglesia 

        Un prêtre basque découvre que l'Antéchrist prépare une catastrophe pour la nuit de noël. Seul moyen de l'en empêcher et de le mettre hors d'état de nuire: rencontrer Satan. Pour cela tous les moyens sont acceptables, y compris et surtout ceux peu catholiques (vol, mendicité). Christianisme, astrologie et magie sont joyeusement assemblés dans un mélange ésotérique délirant. Bien que la morale soit sauve (le prêtre remporte son combat contre Satan), aucun bon catholique ne peut recommander la vision de ce film loufoque et inclassable. Pas le genre de film à message fatigant les neurones mais simplement désopilant.
         

    • Le miraculé, Jean Pierre Mocky, 1987 

        Le miraculé c'est 1h27min de blasphèmes ininterrompus qui lui ont valu les foudres de la très sainte Eglise. Sur fond de voyage à Lourdes, on rencontre une foule bigarrée de pèlerins dont les préoccupations s'éloignent parfois assez des recommandations chrétiennes. C'est sans doute parce que Mgr Di Falco n'a pas voulu y reconnaître ce qu'il croit être ses brebis qu'il s'est prononcé contre ce film impur qui abreuve des sillons mécréants plus fertiles que la pseudo parole de l'hypothétique JC. C'est l'industrie des miracles entretenue par un clergé hypocrite qui est ridiculisée dans cette farce grasse. Il aurait été bienvenu néanmoins que Mocky s'abstienne de sacrifier au besoin de merveilleux en terminant son film sur une guérison inattendue dans la grotte de Lourdes. Un évènement qui satisfait le public toujours avide de surnaturel.

      Films ponctuellement anticléricaux

    • Land and freedom, 1994, Ken Loach 

        Ken Loach signe un film extraordinaire sur le combat des républicains espagnols face aux troupes de Franco pendant la guerre civile de 1936 à 1939. Land and freedom est un chef d'œuvre qui retrace avec rigueur les relations houleuses entre les anarchistes, le POUM et le PC soviétisé. Les dialogues sont nombreux et font la richesse et la rigueur du scénario. Ken Loach ne manque pas aussi de dénoncer la convergence de vues et de méthodes entre les fascistes et le clergé. Ainsi, une scène de combat de rue où les militaires sont réfugiés dans une église s'achève par la prise du village par les républicains et la démonstration que le prêtre a effectivement pris part aux combats aux cotés des franquistes.
         

    • Des nouvelles du bon dieu, 1996, Didier Le Pécheur 

        Un groupe d'allumés cherche si la vie a un sens et entreprend un périple en voiture pour soumettre le meilleur interlocuteur à la question : Dieu. L'arrivée d'un prêtre dans le petit groupe ne leur étant d'aucun secours, c'est au pape que l'équipée s'adresse. La scène de cette rencontre est une réussite, autant par ses qualités esthétiques (couleurs) que par sa loufoquerie : une main maladroite expédie le pape de vie à trépas, détruisant tout tentative de réponse. Le réalisateur Didier Le Pécheur a choisi l'absurde et la dérision pour donner sa réponse à la question posée : elle est d'un pessimisme magnifique dans la dernière scène.
         

    • L'ultime souper, 1995, Stacy Title 

        Un groupe d'étudiants nord américains partage la même maison et reçoit pour dîner un camionneur ayant secouru l'un d'eux suite à une panne de voiture. Mais la discussion tourne mal, le routier est un ancien militaire et veut faire usage de la force pour exprimer son mépris envers ces étudiants parasites. Son assassinat le raisonne immédiatement. Le choc émotif passé, une hospitalité aussi soudaine que macabre surgit et les invités se succèdent les jours suivants. Les dîners se terminent immanquablement par le même poison en guise de digestif, à l'effet immédiat. Les profils des victimes sont taillés dans le moule: politicien malhonnête, dame puritaine, anti-sdf. Un prêtre est l'un des premiers à bénéficier du billet aller pour l'au-delà après avoir allégrement passé sur la prière d'avant repas et oublié que la gourmandise est un péché. Et c'est le teint vermeil et la bedaine repue qu'il sacrifie au poison final. Un film très divertissant dont l'issue n'est pas conforme aux habitudes nord américaines.
         

    • Snobs, 1961, Jean Pierre Mocky 

        Une compagnie laitière doit élire son futur directeur et la compétition est rude entre les quatre candidats. Mais le moyen le plus habile de l'emporter est de décrocher une commande importante d'un personnage en très bon termes avec l'évêché et mécène d'un mouvement scout. Intrigues et magouilles des candidats comme du clergé sont distillés par un Mocky en très bonne forme. Le double langage des clercs comme du candidat catholique à la direction brise l'image d'un petit monde où tout va bien et respire l'honnêteté: les marchandages de l'évêque sur les gains de ses œuvres charitables, les ambitions peu altruistes de ce candidat et son arrivée en enfer malgré sa réputation de trop honnête paroissien.


    • Le piège à cons, 1979, Jean Pierre Mocky 

        Une jeune femme mène une enquête contre des politiciens impliqués dans diverses opérations frauduleuses. En particulier, le parti politique en question va à la messe et y affiche donc sa bonne moralité. Mais on en apprend un peu plus sur un de ses modes de financement par l'organisation des quêtes par des religieuses expertes dans le remplissage des tirelires. Mocky nous montre avec cette courte séquence l'implication d'une confrérie religieuse dans une arnaque financière avec ses petites bassesses.
         

    • Tout est calme, 1999, Jean Pierre Mocky 

        Les habitants d'un obscur village tapis au fond des bois quelque part dans l'est de la France ont pour mission d'éliminer les crapules de ce monde. Parmi elles figure en bonne place le pape Léon XV qui est envoyé vérifier l'existence du paradis et de l'enfer par un couple de petits vieux malicieux. Les autres victimes de ces mystérieux villageois sont des politiciens, hommes d'affaire, mafieux, bref le grand nettoyage. Mais le thème amusant ne fait pas oublier la médiocrité du film où beaucoup d'acteurs sont mauvais et le scénario simpliste.

      Les films qui ont choqué les croyants sans être anticléricaux

    • Couvre-feu, 1998, Edward Zwick 

        Les Etats Unis sont en proie à une vague d'attentats perpétrés par des militants islamistes. Aux grands maux les grands remèdes et l'armée US déclare l'état de siège et fait la chasse à tout ce qui ressemble de près ou de loin à un maghrébin ou un arabe. Tout ce petit monde se retrouve parqué dans un stade (des pratiques vues aussi bien au Vel d'Hiv qu'à Santiago du Chili). L'armée US débloque complètement mais, loué soit le seigneur, sa folie est finalement arrêté par les preux policiers du FBI, cela dans un élan œcuménique attendrissant où toutes les religions défilent dans la rue  contre les attentats et les arrestations arbitraires de  centaines de présumés terroristes. Tout est bien qui finit bien, les terroristes sont finalement arrêtés ainsi que  le démoniaque chef de l'armée. C'est donc clairement  un film qui, d'une part ,déclare que seuls les extrémistes religieux sont à craindre, et que, d'autre part, le FBI nous protège de toute dérive fasciste des militaires.  Bref, un scénario nul et une morale qui rassure le spectateur. Mais le plus intéressant est la vague de protestations scandalisées venue des pays musulmans qui ont vus dans cette nullité un brûlot anti-islam.  Il s'agit au contraire d'un satisfecit accordé à toutes les religions à travers l'amitié interconfessionnelle qui mobilise toute l'Amérique religieuse contre les attentats. Distinguer l'islam comme vécu par cette majorité de manifestants de celui d'un groupuscule fanatique n'était sans doute pas dans les possibilités des musulmans outrés par le film.
         

    • La dernière tentation du Christ, 1988, Martin Scorsese 

        Un film de plus sur la vie de JC? Et bien non, Scorsese a eu l'idée lumineuse de ne pas chercher à donner une retranscription littérale de la vie de l'hypothétique gourou basée sur les Evangiles (un travail qui serait voué à l'échec par les très nombreuses contradictions entre ces quatre récits) mais de proposer sa propre vision de ce personnage mythologique. Scorsese nous montre un JC beaucoup plus humain avec ses doutes, ses peurs, ses trahisons (il collabore avec l'occupant romain en lui fournissant des croix-potences pour les condamnés) et surtout ses pulsions sexuelles refoulées pour la belle prostituée Marie Madeleine. Après les péripéties que l'on sait, après avoir vu un JC exalté et violent, Scorcèse en arrive à la tentation ultime. Cloué sur la croix,  tenté par le diable lui apparaissant sous la forme d'un ange,  JC cède à l'envie d'être un homme comme les autres. C'est alors la belle vie qui commence, mariage avec Marie Madeleine, gamins avec elle puis avec les sœurs Marie et Marthe.  Une vie bien rangée à peine troublée par la  sublime rencontre avec le charlatan Paul. Si tout cela ne parait pas très chrétien, Scorcèse revient à plus d'orthodoxie en dévoilant à JC le stratagème démoniaque. Tout rentre donc très rapidement dans l'ordre, JC abandonne cette vie trop humaine et retourne à son poste sur la croix et meurt en martyr. Une fin qui signe donc la véritable intention du film:
        une excellente propagande chrétienne. Excellente car Scorsese imagine un JC beaucoup plus humain et éloigné de la figure dogmatique qui prévaut depuis des siècles, une interprétation qui aurait du ravir les chrétiens en bute à une foi très dirigée. Mais les fanatiques de la Fraternité Saint Pie X en ont décidé autrement en incendiant le cinéma Espace Saint-Michel à Paris.

    • Je vous salue Marie, Jean Luc Godard, 1984 

        Godard a choqué. La sensibilité chrétienne est restée engoncée dans sa foi sclérosée devant un film aussi éloigné du brûlot que l'est le pape de la séparation de l'Eglise et de l'état. Godard a ménagé son effort pour se contenter d'une transposition rapide à l'époque actuelle du mystère de la virginité de Marie. Celle-ci devient la fille d'un garagiste, l'infortuné Joseph est un chauffeur de taxi obtus, la Palestine migre aux abords du lac Leman et deux anges rappellent épisodiquement la fable biblique. En s'abstenant de commenter le style cinématographique de Godard, le film n'est qu'une fiction de plus accréditant une histoire vue et revue. Aucune originalité, aucune réflexion nouvelle contrairement à La dernière tentation du christ de Scorsese et des références bibliques peu nombreuses et assez convenues. Godard a peut-être lu le Nouveau Testament mais n'a pas montré une lecture démarquée des stéréotypes classiques. Pour comparaison, et dans un autre registre, Dogma propose une multitude de références qui jettent une lumière nouvelle, mais dégradante, sur cette mythologie. Mais là n'était pas le propos de Godard. Il est symptomatique de la faible activité spirituelle du peuple chrétien d'assister à ces récurrentes déclarations scandalisées devant des films qui ne font que renouveler, pour mieux le perpétuer, un mythe banal et simpliste.