Les curés pédophiles
L'habitude est désormais acquise, dans nos sociétés "évoluées", de porter à l'enfant une considération et une attention équivalentes à celles dont bénéficie un adulte. La communication entre l'adulte et l'enfant s'est affinée comme jamais auparavant par l'écoute de sa parole, le décryptage de ses gestes et ses symboles, et ce pour le plus grand profit des parents, éducateurs, et des enfants eux-mêmes.
La libération de la parole de
l'enfant a notamment permis de prendre conscience de l'importance des
phénomènes de maltraitance dont les enfants sont victimes et contribue
à briser le tabou des abus sexuels et de la pédophilie.
Du coup ont été prises toute une série de
mesures destinées à favoriser la libre expression de l'enfant:
- mise en place de permanences téléphoniques
gratuites ("Numéros VERT") permettant à un enfant victime de se confier
directement à un tiers;
- formation des enseignants et éducateurs à l'écoute de
l'enfant;
- précocité de l'éducation sexuelle;
- mise en garde des jeunes enfants contre les comportements
déviants de certains adultes.
Sur le plan législatif plusieurs textes
ont considérablement amélioré la situation des mineurs victimes d'infractions
sexuelles:
- délai de prescription de l'action publique (c.a.d. limite
dans le temps pour engager des poursuites) porté de 3 à dix ans pour la
majorité des infractions commises contre des mineurs de 15 ans, et point de
départ de cette prescription commençant à courir à compter de la majorité de la
victime;
- possibilité offerte à certaines associations de se porter
partie civile aux côtés des victimes d'infractions sexuelles;
- suppression des sanctions pénales à l'encontre des
personnes astreintes au secret professionnel qui divulguent les atteintes
sexuelles commises contre des mineurs de 15 ans;
- formation des policiers à la mise en confiance et
l'enregistrement filmé des petites victimes.
Le résultat de ces mesures ne s'est pas
fait attendre: on assiste désormais à une avalanche de plaintes pour atteintes
sexuelles, les prisons se remplissent de pervers en tous genres et les cours
d'assises croulent sous les procès tous plus scabreux les uns que les autres.
Les auteurs ont tous un point commun: ce
sont presque toujours des proches de la victime: parents,
grands-parents,
oncles, cousins, éducateurs, amis. Toutes les professions sont visées:
enseignants, éducateurs, militaires, médecins, juge des enfants (!), etc. Il
semble toutefois que la fréquence avec laquelle les ministres du culte
catholique sont impliqués soit anormalement élevée. Voici en
vrac quelques cas glanés sur internet :
- l'abbé BISSEY, qui vient d'être condamné à 18 ans de réclusion, à abusé de nombreux enfants de choeur et scouts pendant des années avec l'absolution des prêtres auxquels il s'était confessé et peut-être celle de son évêque (aujourd'hui en examen) qui s'était contenté de le muter;
- l'abbé GAUT, en novembre 1997, a été condamné à 7 ans d'emprisonnement pour les mêmes motifs: il sévissait à DIJON;
- l'abbé van der LINJ a écopé en avril 1998 de 6 ans par un tribunal de BRUXELLES (viols, etc); son évêque a été déclaré civilement responsable;
- condamnation à 2 ans d'emprisonnement de l'abbé VINCENT par le tribunal correctionnel de BAR-LE-DUC (savonnages poussés sous les douches, "visites médicales", etc);
- l'abbé HECKNER, incarcéré en août 98: il sévissait en Alsace;
- l'abbé LOUIS, curé d'Ottré, a été condamné à 30 ans de prison à Namur en Belgique le 25 octobre 2000;
- l'abbé MONTRICHARD, de Belfort, procès en octobre 2000 à Lure en Haute Saône;
- l'abbé MAUREL, procès en février 2000 à Rodez;
- l'abbé MERCURY d'une paroisse de Pessac, près de Bordeaux, a été mis en examen le 19 octobre 2000. Cet abbé avait déjà été condamné à 18 mois de prison avec sursis pour des faits similaires à Toulon;
-
un curé de Glos, près de Lisieux dans le Calvados, a été incarcéré le 23 octobre 2000;
-
un curé a été mis en examen au Mans le 1er octobre 1998;
-
l'abbé BERLAN a été mis en examen à Carcassonne le 10 janvier 2001;
-
un prêtre de 57 ans du sud de l'agglomération nantaise a été mis en examen en mars 2001;
-
l'abbé Leblond de Pont-Saint-Pierre dans l'Eure a été mis en examen le 22 mars 2001 pour des faits commis il y a une vingtaine d'années;
-
l'abbé Jean-Marie Le Gentil, curé de la commune de Saint-Gilles, dans le Gard, a été mis en examen le 22 mars 2001;
-
aux Etats Unis d'Amérique, le diocèse de Dallas ainsi qu'un de ses prêtres ont été condamnés à payer 100 millions de dollars aux victimes;
-
condamnations des Eglises canadiennes;
- et sans doute beaucoup d'autres...
La prudence s'impose: après tout, ces affaires ne seraient-elles pas montées en épingle par des journalistes peu scrupuleux en quête de sensationnel ? En l'absence d'éléments chiffrés, force est de constater que les cas de déviances sexuelles ont été observés de tous temps dans les milieux catholiques et que cette situation est plus particulièrement choquante:- nombreux cas de pédophilie dans les milieux catholiques où ce vice est observé depuis longtemps: nombreuses allusions de Voltaire sur la sexualité des jésuites, couplets satiriques des chansons anticléricales du siècle dernier (Béranger, en particulier), anecdotes puisées dans des ouvrages contemporains ("TOINOU, enfant auvergnat", PEYREFITTE et ses lamentables amitiés particulières, etc), confidences de policiers, sans oublier les nombreux procès en cour d'assises ou en correctionnelle;- situation particulièrement choquante de voir des ministres d'une religion dont le chef donne à longueur d'année des leçons de morale adopter un comportement privé qui en est le plus parfait démenti, leur ministère favorisant de donner libre cours à leurs penchants en les assouvissant sur des enfants dont les parents ont toute leur confiance, l'absolution réciproque apaisant leurs scrupules après coup.Sous cette avalanche de procès et de révélations, l'Eglise catholique semble tomber des nues et écarquille les yeux. Bien forcés de reconnaître qu'"il y a un problème", ses représentants sont obligés de réagir et de s'exprimer publiquement. Leurs propos paraissent dénoter un manque de sincérité, de courage, et une certaine mauvaise foi :
- le père LALANNE, porte-parole de la conférence épiscopale des evêques de France, a reconnu récemment qu'il y avait bien un problème de pédophilie dans l'Eglise, "a l'instar des autres professions". Ayant ainsi mis tout le monde dans le même sac, il a déclaré ensuite que l'Eglise allait prendre des mesures afin de mieux former les futurs prêtres à la "connaissance de toutes les dimensions de la vie".
- à l'occasion de l'affaire BISSEY, le représentant des évêques de France a fait part également de son étonnement et annoncé son intention de faire procéder à un audit par des "experts".
- dans des documents internes (revues paroissiales, bulletins
diocésains, etc) des auteurs consacrent au problème des articles longs,
alambiqués, où revient sans cesse la notion de responsabilité collective
et de péché. Ces textes indigestes n'apportent rien à la compréhension
du problème.
A mon avis, les causes sont à rechercher à l'intérieur même de l'institution ecclésiale, dans son fonctionnement, ses croyances, ses méthodes :
- l'obligation de célibat imposée aux prêtres, laquelle se cumule avec l'interdiction faite à tout chrétien d'avoir des relations hors mariage, s'avère particulièrement difficile à observer et ne peut que favoriser les transgressions et déviances de toutes natures;
- de même, le silence absolu sur la sexualité au cours des années de formation à la prêtrise et l'absence de consignes à ce sujet ne peuvent que laisser les prêtres désemparés et livrés à eux-mêmes;
- l'assignation par le magistère de l'Eglise d'une finalité reproductrice à l'activité sexuelle a pour effet de culpabiliser la sexualité dès lors qu'elle s'exerce en dehors du but qui lui est fixé;
- le silence imposé aux confesseurs, dont rien ne peut les délivrer, à la différence du secret professionnel, est aussi gage d'impunité et encourage les pédophiles repentis à récidiver;
- enfin, la rémission facile des péchés (l'abbé BISSEY a
avoué avoir confessé ses actes de pédophilie à plusieurs reprises et a toujours
obtenu l'absolution) accroît elle aussi le sentiment d'impunité.
Regarder la vérité en face est un exercice difficile qui exige beaucoup de courage et oblige parfois à faire des choix douloureux. Institution millénaire, figée et rétrograde, l'Eglise catholique ne me paraît pas encore disposée à consentir un tel effort.
Octobre 2000
Hervé Le Maréchal
herveLEMARECHAL@wanadoo.fr
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