Editorial, La Raison, janvier 1997, n° 417
Continuons à nous rassembler
Le Président de la République n'a pas le temps de nous recevoir. "Les très nombreuses obligations inscrites à son calendrier ne lui permettront pas de disposer dans les mois à venir de la disponibilité propice à un tel examen".
C'est par ces termes laconiques et convenus que nous est transmise la fin de non-recevoir. Évidemment, nous ne pensons pas une seule seconde que le motif annoncé soit exact!
A travers le refus de recevoir une délégation de la Libre Pensée, ce sont des centaines de milliers d'hommes et de femmes qui sont ravalés au rang de citoyens de seconde zone.
Agnostiques, libre penseurs, athées, rationalistes, laïques, sont ainsi victimes d'une décision discriminatoire.
Le Président n'entend pas. Or, nous voulons être entendus. Nous allons donc faire en sorte qu'il en soit ainsi. Une fois encore, la démonstration sera faite que, lorsque les règles démocratiques les plus élémentaires ne fonctionnent pas, il faut organiser la pression nécessaire pour se faire entendre.
La pétition (1) que nous vous demandons de signer, de faire signer, n'est pas "une pétition de plus"... Il s'agit de notre dignité. Il s'agit de la République et de la laïcité. Il s'agit d'une des libertés démocratiques essentielles: le droit d'être entendus par les pouvoirs publics dont une des missions, pour ne pas dire la mission, est de veiller au strict respect de la laïcité institutionnelle.
Amis lecteurs de La Raison, nous en appelons à votre responsabilité: au-delà même du contenu de notre demande, il faut faire respecter le droit imprescriptible de chaque citoyen, de ses associations représentatives, d'être traités égalitairement.
Que chacun d'entre vous s'empare de notre texte, qu'il organise la collecte des signatures dans son quartier, dans son école, sur son lieu de travail, dans son parti, son syndicat, son association. C'est ainsi que nous rassemblerons les dizaines de milliers de signatures nécessaires.
Cette action de la Libre Pensée, pour ponctuelle qu'elle apparaisse, s'inscrit également dans notre stratégie visant à reconquérir, pour les hommes libres, le droit à l'expression: laïcité bafouée, presse aux ordres, télévision publique envahie par les Eglises, c'en est assez!
Il ne sert à rien de nous lamenter, de nous plaindre de la rigueur des temps, si nous ne dépassons le stade des simples récriminations.
Nous avons fait récemment des démonstrations éclatantes de nos possibilités de rassemblement. Nous devons transformer ces réussites.
Non seulement le Vatican organise, en août 1997 à Paris, le Rassemblement mondial de la jeunesse catholique, avec la prétention d'investir la capitale, mais il prépare très activement le jubilé de l'an 2000 (2) dans le monde entier, l'année 1997 étant "consacrée à une intense activité oecuménique", selon la décision du Pape.
Il faut donc nous attendre à une présence renforcée des religieux, dans tous les domaines de la vie sociale, dans tous les médias.
Pour y répondre, nous ne disposons que de notre volonté, notre détermination. Mais nous savons aussi pouvoir compter avec les nombreux concours de ceux qui oeuvrent dans le même sens que nous.
Alors, sans attendre, pendant quelques semaines faisons en sorte que se manifestent, avec les libres penseurs, tous les laïques. Le Président d'une République qui ne saurait être la propriété privée d'une Eglise, doit nous entendre. Il doit recevoir la délégation de la Fédération de la Libre Pensée.
Si Monsieur le Président de la République nous considère comme quantité négligeable, il se trompe, sur ce point comme sur beaucoup d'autres. Nous allons le lui démontrer.
Joachim SALAMERO
Président de la Libre Pensée
(1) Publiée dans le n° 416 de La Raison, décembre
1996, et dans le présent numéro 417.
(2) Nous aurons l'occasion d'en reparler.
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