Editorial, La Raison, mars 1997, n° 419
Toujours plus
La presse catholique annonce désormais très régulièrement que l'année 1997 "sera pour l'Eglise la première étape d'un cycle des trois années préparatoires au grand jubilé de l'an 2000, consacrée à la méditation sur le Christ...".
A cet effet, les initiatives se multiplient. L'appareil politique de la hiérarchie catholique se dispose, selon un plan bien établi, mobilise tous les mouvements et associations catholiques, tente de convaincre d'autre Eglises pour que ce jubilé soit le plus oecuménique possible.
A l'approche de la trente et unième Journée des communications sociales, le 11 mai prochain, Jean-Paul II nous informe que le thème central en sera:"Quel chemins les médias indiquent-ils?"... Comment faire pour que "la bonne nouvelle" soit "mise à la portée de chaque personne par les médias"?
Ne nous y trompons pas:il ne s'agit pas seulement de la présence publique des catholiques, telle que nous la connaissons déjà. Il s'agit pour le Vatican d'aller bien plus loin, d'accaparer encore plus tous les moyens de communication. du plus modeste journal local, de la radio libre la plus reculée, aux plus grands titres.
Le texte pontifical est clair: "Un des plus beaux cadeaux que nous pouvons offrir à Jésus Christ pour le deux millième anniversaire de sa naissance serait de faire en sorte que la Bonne Nouvelle soit enfin mise à la portée de chaque personne dans le monde, tout d'abord par le témoignage vivant de l'exemple chrétien, mais aussi par les médias".
Dans le même temps, la préparation des "Journées mondiales de la jeunesse", en août prochain, à Paris, se poursuit, avec la collaboration active des pouvoirs publics. Le général Morillon (qui commandait les forces des Nations unies en Bosnie) a accepté la proposition du gouvernement: il préside le comité interministériel qui organise ces journées. "Je travaille en liaison étroite avec l'organisation ecclésiale qui est chargée de définir le contenu de ces manifestations", déclare-t-il.
C'est, une nouvelle fois, au plus haut niveau de l'Etat, une violation caractérisée de la loi de Séparation. Cette violation sera déclinée au niveau des régions, des départements. Les fonds publics seront généreusement alloués aux associations catholiques. En 1996, plusieurs actions juridiques ont permis quelques succès républicains. Il faut faire mieux cette année: les laïques doivent s'adresser directement aux élus et ne pas hésiter à saisir les tribunaux administratifs.
Ce numéro de La Raison annonce le meeting international que nous organisons le 24 août, jour où le Pape y dira la messe. J'exprime ici la grande satisfaction de notre Fédération nationale pour ce premier résultat, qui doit permettre un rassemblement important de tous ceux qui entendent organiser efficacement la contre-offensive face à l'envahissement obscurantiste.
Il serait vain de nier les nuances, voire quelques divergences entre les organisations participantes. Mais chaque libre penseur, chaque laïque, mesurera ce que signifie cette manifestation unitaire, sur des bases claires, quelques mois avant 1998, année de révision du traité de Maastricht, à l'occasion de laquelle les chrétiens proposent des modifications visant à délaïciser définitivement les Etats de la Communauté européenne.
Que chacun en soit bien convaincu: la Fédération de la Libre Pensée, forte de l'accord de la grande majorité de ses adhérents, confirmé à plusieurs reprises en congrès national, continuera à oeuvrer pour que la journée laïque du 24 août - que nous réussirons - ne soit pas sans lendemain.
Pas à pas, pierre après pierre, nous continuerons à construire le rassemblement laïque et anticlérical. Bien entendu, chaque mouvement, association, chaque laïque, conserve son appréciation propre sur l'évolution de la situation politique internationale. Il en est de même pour la Libre Pensée qui veille à préserver son indépendance... et qui y réussit.
C'est dans le cadre de cette indépendance que nous manifesterons notre anticléricalisme, notre rejet des religions, dans nos banquets du vendredi prétendu saint, organisés par de nombreuses fédérations départementales de la Libre Pensée. Banquets ouverts qui confirmerons notre liberté de comportement, notre irrespect et notre rejet des dogmes. En plus du plaisir de banqueter, c'est aussi, en ces temps de pensée unique, un acte militant.
Enfin, pourquoi les incroyants, les rationalistes ne prépareraient-ils pas, eux aussi, l'an 2000? Pourquoi ne pas prévoir, préparer, d'ores et déja, à la lumière des connaissances acquises en la matière, colloques, conférences, manifestations, éditions, sur le thème, par exemple, "Jésus-Christ a-t-il existé?".
Au-delà de l'indispensable défense de la laïcité institutionnelle, n'est-il pas temps que se fassent entendre, haut et fort, ceux qui n'ont pas besoin de religions pour vivre, mais qui sont en permanence agressés par la secte qui a réussi?
Joachim SALAMERO
Président de la Libre Pensée
Religions et fascisme Politique générale Laïcité Tout espoir n'est pas perdu
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