Pour un militantisme antireligieux
La mode est à l'oecuménisme, à la fraternité religieuse. Jean Paul II veille attentivement à élaborer cette entente cordiale sous son égide, nous sommes tous égaux mais on le doit plus à certains qu'à d'autres. Ses déplacements dans la terre dite sainte ont fait perdre aux journalistes, non pas leur latin, mais leur conditionnel: "le lac de Tibériade où JC a fait tel ou tel miracle", "le Mont Sinaï où Moïse a reçu l'inspiration divine", etc... Mais ce détail de conjugaison est bien minime devant la désormais assurée humanité du christianisme. Le pape, toujours lui, a, dans le même élan, rayé d'un trait 2000 ans de massacres et d'oppression par des déclarations de repentance aux vertus anesthésiantes. Si l'islam ne lui a pas encore emboîté le pas, ce n'est qu'une question de temps et de maturation. A l'échec d'un islam politique, dont les réalisations dans les régimes islamiques ont laissé les populations dans le marasme économique qu'elles étaient censées résorber, succède en Europe un islam clérical qui, en dépit d'une absence d'organisation nette et unanime des musulmans, cherche à contourner les acquis, sinon de la séparation de l'Eglise et de l'état, du moins de l'éloignement croissant du politique et du religieux. Et pour rappeler la soif de spiritualité, vue comme la légitimité des religions, le tout est saupoudré d'une fine pellicule de bouddhisme dont l'exotisme semble garant d'une pureté perdue. Cette curiosité pour l'Orient n'est pas nouvelle, l'islam en a eu les faveurs deux à trois siècles auparavant lors de l'exploration progressive de l'Afrique et de l'Asie par les européens. La mode des mahométans est un peu passée.
Ainsi tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes. L'anticléricalisme a vécu, la loi de 1905 est une bonne loi et comme pour toutes les bonnes choses, n'en abusons pas. Tel est le discours actuel très consensuel dont le monde politique, philosophique et médiatique se repaît.
Mais quelques rappels vont quelque peu ternir ce tableau idyllique où prêtres, imams, rabbins et bonzes se partagent le monde. Les rencontres oecuméniques du Vatican ne sont qu'un nouveau Yalta.
Les religions requièrent pour s'établir deux éléments essentiels : un gourou (JC, Mahomet, Bouddha) suffisamment populiste, agitateur, sectaire, thaumaturge pour accréter une communauté, et des dogmes qui interdiront à ces membres fraîchement captés de retourner à leur croyance ou incroyance ancienne. L'esprit communautaire s'occupe de la suite où chacun doit à son tour non seulement conserver la foi mais la propager par tous les moyens, l'épée étant d'une efficacité reconnue. En outre, la morale enseignée doit être suffisamment vaste pour rassembler le maître et l'esclave, l'homme et la femme, le riche et le pauvre, le guerrier et le pacifiste. En un mot, elle doit être populiste. 2000 ans de christianisme et 1400 ans d'islam apportent la preuve que la formule était bien adaptée.
Fidèles à leur préceptes discriminatoires, christianisme et islam ont propagé croix et croissant par delà les mers et les continents dans un colonialisme religieux inavoué. Si leur passé est bien connu, aucune garantie n'existe quant à un avenir qui ne lui ressemblerait pas. La prétendue maturité des religions n'est qu'un voeu pieux et l'actualité de ce 20ème siècle est là pour le démontrer. Le soutien de l'Eglise catholique à diverses dictatures et les régimes islamistes racistes envers tout ce qui n'est pas musulman sont moins des reliques du passé que le signe de religions despotiques sacrifiant l'individu à la prospérité de l'institution. L'avenir est donc extrêmement prévisible: soit les religions disparaîtront et seront remplacées (réactualisées, un processus qui rappelle leur naissance) par d'autre illusions paralysantes, soit elles auront l'habileté de mieux se fondre dans la vie politique et économique pour la façonner à leur image dans une diversion cléricale. Je n'envisage pas un retour à une domination religieuse dictatoriale, un optimisme qui n'est, certes, en rien justifié par le passé. La première hypothèse n'est pas pour demain alors que la seconde est déjà à l'oeuvre. Quelques exemples parmi d'autres: le Vatican surveille de près tout texte régissant l'organisation de la Communauté Européenne, Israël est tiraillé entre des laïques soucieux de progrès et les ultras voulant imposer une chape de plomb à toute la population et l'islam en France tente de se soustraire aux lois républicaines acquises contre l'avis des religions, la catholique principalement. Laïcité, démocratie et droit de l'homme ne sont pas des conquêtes religieuses.
Les freins et obstacles toujours posés par les religions contre l'évolution démocratique justifient alors la permanence et la vigilance d'une action militante qui ne peut se contenter d'afficher son anticléricalisme ou son horreur devant les fondamentalismes mais doit clamer qu'une humanité juste ne peut être construite sans la disparition des religions. Mais militantisme antireligieux n'est pas l'interdiction de la croyance de chacun dans la mesure où celle-ci n'entrave pas la liberté d'autrui ni ne soumet le croyant à une autorité qui l'esclavagise. Une foi sans prêtre ni dogmes est-elle un exutoire bancal mais unique à une religiosité faite d'obéissance aveugle? Aux mystiques de répondre.
A l'heure où des structures judiciaires internationales apparaissent pour juger les crimes commis en ex-Yougoslavie, au Rwanda, et peut-être un jour au Cambodge pour les Khmers Rouges, la responsabilité pénale de mouvement "philosophiques" disséminant la haine comme l'Eglise chrétienne ou de l'islam peut alors être envisagée. Il ne s'agit pas de faire comparaître tel chef religieux pour avoir expédié un gêneur dans un au-delà imaginaire (la justice actuelle est suffisante pour cela), mais de prononcer des condamnations envers les discours appelant au rejet de l'autre avec ou sans incitation explicite au meurtre. Le Coran, l'Ancien mais aussi le Nouveau Testament distillent à profusion de telles discriminations envers les adeptes d'autres mythes, les incroyants, les femmes. La justice française interdit, par exemple, la tenue de propos nazis et il est urgent que soit reconnue la virulence raciste des propos religieux présents dans les textes dits "sacrés".
Un pape qui s'auto attribue le droit de prononcer une repentance au nom de l'Eglise ne peut faire l'économie d'être aussi la personne morale responsable actuellement des crimes anciens (j'insiste sur le mot "ancien" car il n'est pas encore venu de repentance sur ceux commis au Rwanda). Si Karol Wojtyla demande pardon devant l'humanité, il doit aussi se conformer à un éventuel refus de certains groupes religieux ou athées, ses victimes, de le lui accorder ce qui fait alors de lui le premier accusé car dépositaire d'une histoire chrétienne dont il cherche le pardon. S'arroger le droit de laver ses prédécesseurs d'un passé criminel sous entend la reconnaissance d'une lignée qui en fait l'héritier moral. Il est donc envisageable que les dignitaires religieux comparaissent devant une justice internationale qui les jugera pour d'une part, l'affirmation d'une idéologie discriminatrice qui vise à la domination de l'humanité (conscience planétaire des religions) en vue de son assimilation par la destruction des différences (aucune religion n'a jamais encouragé ni accepté la pensée indépendante) et, d'autre part, la responsabilité morale qu'elles revendiquent à propos de leur histoire donc des actes criminels associés, réalisation dans les faits de leur idéologie du rejet.
La léthargie ambiante entretenue par des JMJ festives et des bonzes aux couleurs chatoyantes n'empêchera pas l'expression du militantisme résolument antireligieux.
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