La Raison, avril 1997, n°420
Non au nouvel ordre moral
L'Eglise catholique, qui a collaboré avec Pétain et les nazis, qui a favorisé l'évasion des criminels SS en Amérique latine et aux îles Canaries après la guerre, ose se prétendre aujourd'hui indignée par les "attaques" contre le Pape et le Vatican.
C'est pourquoi l'épiscopat français a décidé de créer une association intitulée "Croyance et Libertés" destinée à porter plainte contre toute atteinte, je cite, "à la liberté religieuse, aux croyances, aux dogmes, aux principes, à la doctrine et aux institutions catholiques". L'Eglise catholique veut porter plainte contre l'association Act'Up qui a osé publier un poster représentant le très saint père avec la légende suivante: "Cet homme est un assassin!".
L'épiscopat français file donc le train à l'AGRIF, secte néo-fasciste d'obédience catholique, lefebvriste, présidée par Bernard Antony, député européen du Front National. On se souvient du rôle joué par ce parti fasciste et l'AGRIF lors de ces "nuits de cristal" parisiennes, qui virent des cinémas parisiens incendiés par des coktails Molotov et saccagés par grenades offensives, à l'occasion de projections du film de Martin Scorcese, La Dernière Tentation du Christ.
Ce qui ne peut que nous rappeler "l'Affaire des placards" de 1534, de sinistre mémoire. Au cours de la nuit du 17 au 18 octobre 1534, les évangélistes (protestants) avaient placardé dans les rues de Paris et jusque sur la porte du roi François Ier des «posters» qui contestaient l'autorité tyrannique du Pape. Ce fut le point de départ de la persécution des "sectes protestantes", de l'exil de Clément Marot, de François Rabelais, des bûchers de Paris, du massacre des Vaudois (18 avril 1545), de l'Edit de Fontainebleau (1er juin 1540) destiné à combattre l'hérésie luthérienne, du concile de Trente (1545-1550), du supplice affreux d'Etienne Dolet. En janvier 1535, le roi François 1er lui-même fut contraint de défiler dans les rues de Paris en chemise, avec un cierge à la main pour expier ce crime sacrilège commis par ces hérétiques, pour obtenir le pardon de la faculté de théologie de Paris qui avait accusé la propre soeur du roi, Marguerite de Navarre, à cause de ses sympathies pour l'évangélisme.
A Strasbourg, des militants d'Act-Up comparaissent devant le tribunal correctionnel pour avoir brandi des pancartes, lors d'une messe célébrée par l'ancien évêque L.A. Elchinger, bien connu dans le milieu gay par ailleurs. Comme la loi de 1905 de séparation des Eglises et de l'Etat ne s'applique pas en Alsace-Moselle, en vertu des articles du code pénal allemand de 1871, ces blasphémateurs risquent trois ans d'emprisonnement. Voilà qui ne peut que nous rappeler les méthodes des ayatollah qui viennent de confirmer à l'occasion du ramadan, que la tête de Salman Rushdie est toujours mise à prix, conformément à la fatwa coranique prononcée contre lui.
Dans le même temps, les fidèles de l'Eglise apostolique et romaine, comme Claire Fontana (présidente de la secte intégriste "La Trêve de Dieu"), Guilhem de Tarlé (président Front National de la Ligue pour la vie), l'émule Villieriste Xavier Dor (SOS-tout-petits) et autre Oberhauptmanführer des Kommandantur intégristes de la lutte anti-avortement ont commandé 68 opérations commandos dans les hôpitaux, cliniques et centres d'orthogénie (entre 1990 et 1995) dans la plus parfaite impunité.
Des membres éminents du clergé ont participé à ces Kristallnacht anti-IVG, comme l'abbé Matteo Lo Gioco, empruntant les méthodes des gestapistes pour semer la terreur dans les milieux hospitaliers, pour humilier, terroriser ces malheureuses femmes lynchées par la vindicte des "fous de Dieu".
De la même manière, les imams, les mollah et les dignitaires des ligues islamistes ont obtenu satisfaction auprès des cours administratives d'appel pour forcer les jeunes filles à porter le foulard islamique dans les établissements publics et laïques. Ils ont méme obtenu des réparations financières de l'Etat. En Algérie, les méthodes sont plus expéditives: c'est la pratique du sourire d'Allah, c'est-à-dire qu'on tranche simplement la gorge à ces gamines, à ces femmes récalcitrantes.
En France, des ligues islamistes ont décidé de porter plainte comtre des enseignants, comme Marie-Pierre Lombardo, professeur de mathématiques du lycée Racine dans le 8e arrondissement de Paris, qui refuse d'accepter le port du foulard islamique dans ses classes. Les mollah et autres Schutzstaffeln de la foi coranique ont décidé de porter plainte pour "carence" professionnelle des enseignants, "service non fait", et exigent des sanctions administratives, financières et pénales.
A Strasbourg toujours, les islamistes ont revendiqué la stricte application du Concordat et des lois d'exception et exigent, avec le soutien d'Etienne Trocmé, président de l'université des Sciences humaines, la création immédiate d'une filière de théologie coranique, à l'image des deux facultés de théologie (catholique, protestante) de Strasbourg, les deux seules facultés d'Etat en France. Ce qui est en jeu, c'est la laïcité, la pensée libre, le libre exercice de la "raison", cette "putain du diable" comme la nommait Calvin. Les "fous de Dieu" de tous acabits tentent aujourd'hui d'imposer tous azimuts des filières universitaires encadrées militairement par les représentants des cultes, les "dignitaires" religieux.
Pour les libres penseurs, l'Université n'a pas vocation de transmettre un dogme de vérité, de prêcher, d'intoxiquer, de polluer les consciences, de gendarmer les pensées, de faire la police des comportements. N'en déplaise à Etienne Trocmé.
On sait que les représentants des religions catholiques et protestantes (Eglise réformée de France) ont tenté d'imposer la création d'un CAPES de religion en Alsace-Moselle afin d'étendre ce recrutement à toute la France.
Les catholiques et les protestants ont échoué. Néanmoins, les autorités religieuses (confession catholique, protestante, juive, musulmane) ont obtenu la possibilité de ficher leurs élèves en fonction de leurs obédiences (ou plutôt, celles de leur parents). La Libre Pensée combattra jusqu'au bout cette mainmise tyrannique des religieux sur l'école.
L'Eglise catholique, coupable des massacres des cathares, de la Saint-Barthélemy, de l'Inquisition, des génocides que furent les grandes croisades, coupable des persécutions des Copernic, de Galilée, de Voltaire, de Diderot et tant d'autres esprits libres, des tortures et des bûchers, a estimé dans son infinie sagesse qu'elle avait eu tort, parfois. Par l'intermédiaire de cette "cage à poules" pompeusement appelée Académie pontificale des sciences, que la théorie de l'évolution de Darwin et Lamarck était "plus qu'une hypothèse" tout en conspuant son caractère diaboliquement "matérialiste".
Qu'on se souvienne de l'épisode des "Béatitudes" dans l'évangile de Mathieu (5, 3-2): "Beati pauperes spiritu, quoniam ipsorum est regnum caelorum" ("Heureux les pauvres en esprit, car le royaume des cieux est à eux"). Telle est l'entreprise des clergés, des Eglises: abêtir le peuple, abrutir les enfants, les endoctriner, chloroformiser les consciences pour mieux les manipuler.
Le 24 août 1997, peut-être sur la place de la Concorde (l'ancienne place de la Révolution), la pape dira la messe devant le parterre de ses ouailles qui glousseront peut-être de satisfaction si Bernadette Soubirous vient marmotter ses patenôtres avec eux.
On ne s'imagine pas voir défiler Jacques Chirac en Chemise avec un cierge à la main comme le feu François 1er, mais "foi de gentilhomme"... les libres penseurs se battront contre le financement public de l'organisation de ces XIIe Journées mondiales de la jeunesse. Alors que les pauvres dorment dehors, sous des cartons, et ne vivent que des soupes populaires, alors que l'on expulse les plus démunis de leurs logements, que la loi Debré de novembre 1996 invite le peuple français à dénoncer tous les ressortissants étrangers en situation "irrégulière", hébergés de manière "irrégulière", l'Etat s'apprête à mettre à la disposition de l'épiscopat français des internats, des gymnases, des réfectoires, des chambres d'hôpitaux. C'est insupportable!
On sait que d'ores et déjà Jacques Chirac a chargé l'illustre moinillon de service, le général Morillon, de commander les forces frappées de papimanie, la "coordination interministérielle" de ces journées très chrétiennes de la jeunesse.
La grand-messe prévue place de la Concorde, selon Le Canard enchaîné (mercredi 22 janvier 1997) serait organisée au Champ de Mars (autre symbole de la Révolution) ou à l'hippodrome de Longchamp. Il y aura peut-être une course de mules (du Pape, bien sûr). Et ce journal de dénoncer fort justement, non plus l'alliance du trône et de l'autel, de la couronne et de la mitre, mais du "goupillon et du Morillon".
La messe papale à Reims et sa visite en France ont déjà coûté plusieurs milliards de francs. Certains "esprits forts", entendez les hérétiques. les libres penseurs, pourraient considérer qu'on dilapide les fonds publics pour financer les activités du culte. Fi donc! nous lancerait Bernard Langlois... Rien ne "peut faire oublier que la religion chrétienne est fondée sur un message d'amour, sur un hymne au dépouillement. Et il y a toujours eu, il est toujours, des hommes et des femmes restés fidèles à ce message exigeant des origines" (in Politis n°424 du 26 décembre 1996). Bernard Langlois rencontre peut-être Jésus-Christ dans ses chaussons tous les matins quand il se lève, mais sa lecture de la Bible, et en particulier du Nouveau Testament, révèle une myopie certaine... Qu'il relise l'Evangile de Jean et en particulier, le verset 12 (l'arrivée de Jésus-Christ à Béthanie: parfum répandu sur ses pieds par Marie), ce qui l'aidera à comprendre pourquoi il vaut mieux financer les visites du "très saint père" de l'Eglise romaine plutôt que de venir en aide aux miséreux. Je cite: "Jésus arriva à Béthanie. (...) Marie, ayant pris une livre d'un parfum de nard pur de grand prix, oignit les pieds de Jésus, et elle lui essuya les pieds avec ses cheveux; et la maison fut remplie de l'odeur du parfum. Un de ses disciples, Judas Iscariote, fils de Simon, celui qui devait le livrer dit: "Pourquoi ce parfum n'a-t-il pas été vendu 300 deniers qu'on aurait donnés à des pauvres?" Ce à quoi Jésus répondit: "les pauvres, vous les aurez toujours avec vous, mais moi, vous ne m'aurez pas toujours!" (Evangile de Jean - 12, 2-8). Versets à méditer par tous les émules de l'abbé Pierre et autre admirateurs de Roger Garaudy.
Ce que n'a pas manqué de faire une bigote du pays bigouden qui écrivit au journal Ouest-France: "Le Pape ne vient pas souvent en France et il me semble que c'est bien normal d'offrir le meilleur à quelqu'un qu'on reçoit, surtout si on l'aime. Et puis les pauvres, ils aiment aussi offrir, plus que recevoir." (in Ouest-France, 23 août 1996). Il fallait bien démontrer, textes bibliques à l'appui, que les libres penseurs ne sont que des Judas!
A mon tour de répondre aux "olympicoles", aux "déicoles" et autres propagateurs de la "philosophia christi" ou débiteurs de "vaticonneries" en citant l'illustre "abstracteur de quintessence", François Rabelais: "Beati lourdes, quonium trebuchaverunt: (in Pantagruel, chapitre XI, "Comment Baisecul et Humevesne plaidaient devant Pantagruel sans avocats", Livre de poche, collection Bibliothèque classique, p. 195).
Ce que l'on traduira de la façon suivante à l'intention de B. Langlois: "Heureux les esprits lourdauds, car ils n'ont pas besoin qu'on les pousse dans le dos pour se casser le nez!"
Bernard MIRGAIN
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