Le Panthéon, une église qui ne dit pas son nom
Construit sur les plans de Soufflot et achevé par Rondelet en 1790, le Panthéon est aujourd'hui considéré comme le bâtiment symbole de la République par excellence. On lit sur son fronton majestueux : "Aux grands hommes la patrie reconnaissante". Pourtant il est un détail qui trahit sa destination première: la gigantesque coupole est surmontée d'une croix chrétienne. Le Panthéon était à l'origine, dans l'idée de son promoteur Louis XV, appelé à être tout simplement une basilique à la gloire de "sainte" Geneviève, l'illuminée locale sujette à des hallucinations au 6ème siècle sur cette colline du 5ème arrondissement de Paris.
La décoration intérieure doit beaucoup au peintre Jean Paul Laurens qui, s'il a réalisé de très intéressantes œuvres anticléricales, n'en a pas moins dépeint avec emphase la vie de cette mystique. Le Panthéon compte des représentations de la vie de "sainte" Geneviève, du barbare Clovis, de "saint" Louis et des croisades, de "saint" Denis qui après sa décapitation ramasse sa tête avec la plus grande simplicité et divers autres signes des superstitions chrétiennes. Ces peintures ont été, pour l'essentiel, réalisées après l'épisode de la Commune, entre 1871 et 1879.
L'édifice est en fait surtout connu pour abriter les tombeaux de nombreux acteurs majeurs de l'histoire de France.
Étrange cohabitation où les humanistes côtoient les superstitions les plus stupides et l'obscurantisme le plus barbare.
Les sépultures et les cendres sont conservées dans la crypte, un terme qui rappelle la vocation première du bâtiment. On lira avec intérêt l'inscription gravée sur le tombeau de Voltaire, le deuxième locataire à entrer au Panthéon en 1791: "Il combattit les athées et les fanatiques, il inspira la tolérance, il réclama les droits de l'homme contre la servitude de la féodalité". A rapprocher de ce que Voltaire dit des
athées et de l'athéisme dans son Dictionnaire philosophique. Les accusations du clergé affublant la Révolution française d'ambitions athées se révèlent donc sans fondement; c'est en vain qu'on chercherait des traces d'athéisme dans les manifestations à la gloire de l'Etre suprême dans les années 1790. En fait, il s'agit plus d'un refus du pouvoir despotique de l'Eglise que d'une négation de la transcendance et l'inscription mortuaire de Voltaire en est le meilleur signe (voir le livre de Michel Vovelle La Révolution contre l'Eglise).
Il est à noter que la croix placée au sommet de l'édifice faillit disparaître en 1885 lors des funérailles de Victor Hugo au Panthéon: des ouvriers tentèrent de l'enlever en hommage au célèbre écrivain anticlérical et néanmoins croyant. L'entreprise ne réussit malheureusement pas. La croix avait cependant pu être soustraite pendant la Commune en 1871 ainsi que celle du fronton qui n'y est semble-t-il pas revenue.
Mais une visite du Panthéon pourra être instructive à un autre titre: la célèbre expérience du pendule réalisée par Foucault en 1851 y est montrée de façon permanente. La rotation de la Terre est mise en évidence par l'oscillation, dans un plan constant, d'une boule métallique suspendue à un câble lui-même fixé au sommet de la coupole.
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