Présentation d'un dossier en quelques pages : 

enfin comprendre le phénomène du terrorisme

Par Riccardo Levi

Economiste & Historien des religions

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1. Des torches vivantes, un Livre à la main

Mardi 11 septembre ; il est 9H. du matin à New York quand un acte terroriste d'une audace inouïe plonge la ville dans l'épouvante. Aux larmes succède la consternation ; puis vinrent les interrogations. Comment une chose aussi folle, aussi répugnante avait-elle été possible ? Pourquoi et par qui ? Les terroristes islamiques furent immédiatement suspectés comme si eux seul étaient capable d' un acte si terrible, comme si cela allait de soi. Au fil des constats dramatiques la peur d'un terrorisme islamique multinational se précise. Quant aux médias, très honorablement et à juste titre ils condamnèrent unanimement toute tentative d'amalgame entre le terrorisme islamiste et l' islam.

Fort heureusement, la libre expression de la vindicte populaire n'a pas cour dans nos démocraties. Il est vrai que les musulmans sont pour la plupart des gens pacifiques. S'ils vivent dans le respect de leur culture et de leurs croyances, cela n'en fait pas des terroristes ; il faut se garder de faire l'amalgame entre le croyant et sa religion dont il n'a le plus souvent qu'une connaissance partielle. Mais ce n'est pas une raison pour se mettre du sable dans le cerveau. De toute façon il faudra tôt ou tard ouvrir le débat ; tant il est vrai que le fossé entre les riches et les pauvres ne suffit pas à expliquer pourquoi le terrorisme religieux trouve ses adeptes dans les communautés musulmanes et nulle part ailleurs.

L'épouvantable catastrophe survenue le 11 septembre à New York et à Washington révèle que quelque chose ne tourne plus rond dans la tête de certains musulmans extrémistes.

Pour tenter de comprendre plus en profondeur ces actes de terrorisme il nous faut examiner leurs origines culturelles ; la source d'inspiration et le système de légitimation d'où procède la vocation des terroristes suicidaires et leur irréductible détermination. Nous savons d'ores et déjà que ces kamikazes agissent au nom du Coran, le texte des Ecritures sacrées de l'islam. Mais pourquoi le Coran ? Nous répondrons…

À ce stade, risquons un premier constat : le texte coranique est d'un abord extrêmement délicat, tous les historiens en conviennent. Il n'est nullement irrévérencieux de se poser des questions: un conditionnement culturel serait-il à l'origine du terrorisme islamiste actuel ? Mais dans ce cas, toute communauté musulmane doit être mise sous contrôle : cette idée va faire du chemin. Le WTC de New York a-t-il été détruit par un Livre ?  D'autres "World Trade Center" pourraient- ils connaître le terrible destin de celui de New York ?

Dans ce contexte, un juste combat pour plus de justice économique, des sentiments nationalistes et xénophobes -- dont les terroristes ne possèdent absolument pas l'exclusivité -- ne suffisent pas, et de loin, pour expliquer que des millions de musulmans manifestent une disposition à la destruction et à l'autodestruction sans autre motif qu'émotionnel.

2. Un livre sacré, une culture sacrée

 L'islam est fondé sur un livre sacré: le " Coran ". Le texte fut écrit vers la fin du VIIe siècle, soit un demi-siècle après la mort du Prophète Mahomet dont il transcrit les révélations que Dieu lui aurait directement inspirées. Le Coran succède donc à la Torah des juifs et aux Évangiles des chrétiens. Toutefois, le Coran se démarque radicalement de ses deux prédécesseurs. En effet, les Ecritures sacrées juives et chrétiennes ne consignent que des paroles humaines écrites par des hommes qui témoignent librement de ce qu'ils savent où de ce qu'ils ont vécu en tant qu'être humain. Par contre, le Prophète Mahomet institua un principe théologique révolutionnaire. Mahomet conçut sa prédication comme la répétition authentique d'une révélation verbale, une récitation à haute voix par Dieu lui-même, apparu sous la forme de l'ange Gabriel. Selon ce postulat, Dieu se serait adressé en arabe à un Prophète arabe, sans intermédiaire. Le prophète affirma n'être qu'un " instrument " élu par Dieu pour transmettre des révélations destinées au nouveau peuple élu : le peuple arabe. De ce point de vue le Coran marque une certaine supériorité sur la Torah et les Évangiles. Son caractère sacré est incontestablement plus élevé puisque c'est Dieu qui l'a écrit. Aussi bien les musulmans estiment-ils -- à l'instar du christianisme pour les chrétiens -- que l'islam est le stade ultime et achevé du monothéisme.

Une autorité semblable à celle du collège des évêques de l'Église romaine n'a pas été prévue par le Coran puisque le texte se suffit à lui-même en tant que reflet immédiat de la parole de Dieu en personne.

À partir de + 622, le Coran est adopté sans contestation dans toute la péninsule arabique; puis bien au-delà grâce aux conquêtes militaires.

Synthèse des multiples coutumes locales, voilà qu'apparaît une culture nationale spécifiquement arabe que ne cesseront d'irradier les " révélations " de ce Dieu unique qui a choisi le peuple arabe pour lui dire tout ce qu'il avait à dire à l'humanité. Frappée du sceau de ce postulat innovateur, la culture arabe ne pourra être que religieuse . Une religion fondée sur un " Livre " habité par une présence divine flamboyante à laquelle les musulmans ne cesseront de porter une vénération quasi obsessionnelle; une ferveur réactivée quotidiennement par l'invocation liturgique, de la " shahada " : " j' atteste qu'il n'y a pas de divinité en dehors de Dieu et que Mohamed est l'envoyé de Dieu ".

Nul besoin, dans ces conditions, d'une autorité religieuse officielle pour dire le vrai et le faux ; le Coran est autosuffisant, immuable, indépassable, éternel car il est la parole de Dieu.

Par conséquent toute exégèse critique est interdite : elle est d'ailleurs punissable. De même la critique littéraire et historique car cette théologie ne pourrait tolérer ne fussent que l'hypothèse d'un auteur humain dans un milieu humain ; impossible de suspecter un écart entre le sens littéral du texte et un sens réel qui découlerait de son histoire. Par conséquent, la liberté d'interprétation du texte est quasi nulle : le sens de toute chose doit dériver " stricto sensu " du Coran.

Les conséquences de ces postulats théologiques sur l'évolution de la culture arabe seront immenses car l'islam régi le statut de l'individu , les formes de la vie familiale, sociales et politiques. Le musulman ne sera pas libre de se comporter sans tenir compte des préceptes du Coran . Car si Dieu est la source de tout , alors toute chose est sacrée et relève de son autorité. De ce principe découle que dans les sociétés musulmanes des normes sacralisées s'appliquent en lieu et place des Droits de l'Homme tels que nous les concevons . Aussi bien, la façon dont le musulman s'intègre ou ne s'intègre pas dans les sociétés occidentales dépend-elle de la possibilité de se livrer aux pratiques sacrées prévues dans le Coran. C'est à ce point vrai qu'en dépit de son matérialisme athée, l'ancienne Union soviétique avait introduit de nombreux énoncés coraniques dans les législations de ses républiques musulmanes . Mais pour les islamistes ce n'était pas suffisant.

3. Et Dieu fit siennes les ambitions de son prophète.

Les versets du Coran sont de petits énoncés concis, parfois contradictoires, souvent confus . Ils ne pouvaient constituer une base juridique suffisante pour répondre à tous les pro blèmes concrets du nouvel empire arabe . Au cours des siècles qui suivirent la mort de Mahomet ( 632), des érudits communément appelés " docteurs de l'islam " ou aussi " docteurs de la loi ", effectuèrent un travail d'approfondissement du texte sacré. Avec beaucoup de précaution, ils réunirent des traditions orales consacrées à la vie publique et privée du Prophète ; de cette façon ils reconstituèrent le fil chronologique des événements.

Une découverte de grande importance allait découler de ce travail lorsque les savants se rendirent compte que ces traditions n'étaient en réalité que des écrits dérivés du Coran. C'était donc le Coran qui expliquait les annales biographiques du Prophète et non l'inverse. La preuve indiscutable d'une relation directe entre les versets du Coran et les circonstances historiques de la vie du Prophète était faite.

Le mystère du texte coranique était éclairci et les versets restituèrent leur sens historique. Les docteurs de la loi découvraient que les 140 chapitres ou " sourates " du Coran se profilent comme des programmes de propagande construits pour servir les intérêts du prophète. Certains versets présentent des normes théologiques, d'autres énoncent des règles morales ou comportementales; d'autres encore profèrent des exhortations religieuses adressées aux fidèles pour motiver leur ferveur ; enfin, il y a aussi et surtout ces fameuses imprécations polémiques et partisanes à l'encontre de ceux qui contestaient le nouveau monothéisme arabe. L'intolérance et la violence islamique dérive de cette dernière catégorie de versets.

Mais il y a plus grave ; car, en proclamant que ses prêches lui avaient été révélées directement par Dieu, le Prophète Mahomet avait trouvé le moyen de donner à ses désirs et à ses ambitions, la force de la légitimité divine. C'est pourquoi ses visées personnelles furent érigées en normes incontestables, contraignantes, universelles, éternelles. Ce qui, pour un esprit raisonnable, apparaît d'une complète absurdité, allait devenir le principe fondamental d'un mode de vie de plus d'un milliard d'individus. Nous sommes au coeur de la problématique de l'islam !

S'il est vrai que l'interprétation des versets produisit des montagnes de traditions qui modelèrent la législation de l'islam, pour un grand nombre de musulmans il ne s'agit que d' écrits humains, imparfaits et susceptibles d'être contestés. Ceux-là ne reconnaissent que le texte d'origine; plus grave, ils le lisent littéralement. C'est pourquoi , le Coran deviendra l'alibi et l'outil de tous ceux qui, déçus, laissés-pour-compte, en mal de destin, rêvent de déstabiliser les sociétés musulmanes pour s'y faire une place au soleil par tout moyen et y compris celui de la violence: aujourd'hui on les nomme " islamistes intégristes ".

Doué de son étrange et inquiétant pouvoir, le Coran va devenir le seul programme politique de ces islamistes intégristes qui n'ont rien d'autre à offrir que leur haine du modernisme et de son capitalisme libéral arrogant.

4. En lisant le Coran...

C'est aux environs du VIIIe siècle que les prédications du Prophète furent fixées une fois pour toutes dans un livre baptisé : " Vulgate " qui, dans le langage commun est mieux connu sous le nom de Coran . La Vulgate est le nom donné aux " révélations coraniques ", c'est-à-dire, aux révélations communiquées oralement par Dieu. C'est dans la Vulgate -- ou Coran -- que furent consignés les versets identifiés officiellement comme l'authentique parole de Dieu. Et pourtant, ce livre présente un complet désordre, un enchevêtrement d'énoncés sans unité thématique ni ordre chronologique. Tout au plus a-t-on rassemblé dans chaque sourate des versets traitant de thèmes connexes. Il n'existe par conséquent pas ou peu de continuité contextuelle qui permettrait un travail d'interprétation. Il semble que les versets y furent transcrits pêle-mêle au gré des caprices " des événements " ; c'est une explication très plausible au désordre, aux redites, aux contradictions qui règnent dans la Vulgate.

Par contre, si l'on confronte le texte littéral des versets avec les circonstances particulières de la vie du Prophète, bien des contradictions ainsi que des énoncés au contenu étrange dévoilent leur vérité.

À titre d'exemple la sourate 33 offre une illustration anecdotique de l'implication personnelle du Prophète dans le texte. Les versets 37 et 52 de cette sourate autorisent le mariage du Prophète avec l'épouse de son fils adoptif ; ce que le droit coutumier de l'époque lui interdisait.

D'autre part, très révélatrice est l'histoire des luttes qui opposèrent Mahomet à ses opposants païens, juifs et chrétiens. L'apparente contradiction entre les versets de tolérance et d'intolérance est clairement élucidée.

La prédication de Mahomet commence en 611 dans la ville de la Mecque . Les " révélations " de cette première période ont donné entre autres thèmes, une eschatologie inspirée des apocalypses juives ainsi que des exhortations à la conversion des juifs et des chrétiens. Les versets de cette période manifestent à leur égard une certaine tolérance.

Voici quelques exemples :

" ils ont dit, qu'ils soient juif ou chrétiens, ils sont sur la bonne voie... La religion d'Abraham est le modèle même de la droiture... ", Sourates 2/135 ;

ou encore : "Et Allah certes prit l'engagement des enfants d'Israël. Nous nommâmes 12 chefs d'entre eux. Et Allah dit :" je suis avec vous"... ", sourate 5/12;

ou encore : "... Dans la Torah il y a guide et lumières... car on leur (aux juifs) a confié la garde du Livre d'Allah et ils en sont les témoins ... ", Sourates 5/44.

De tels versets révèlent l'état d'esprit du Prophète au début de son apostolat. En ce temps-là, il espérait réaliser la fusion du judaïsme et du christianisme sous la bannière de l'islam. En plus de ces considérations politiques un minimum de respect s'imposait de toute évidence, le prophète ayant homologué sa théologie en faisant appel aux personnages illustres des Ecritures sacrées juives et chrétiennes : Adam, Noé, Moïse, Abraham, Joseph, J.-C., Marie...

Mais les efforts du Prophète furent vains ; les mecquois rejetèrent l'idée du Dieu unique. Alors commença un temps de violence. Au cours de cette deuxième période, les " révélations " engagèrent un processus de déjudaïsation et de haine religieuse.

Aux " révélations " de tolérance succédèrent des menaces de châtiments divins à l'endroit de toutes les catégories d'infidèles. Quelques exemples suffisent à illustrer le changement de ton à l'égard des juifs et des chrétiens :

"ô croyants ! Ne prenez pas pour alliés les juifs et les chrétiens... Allah ne guide certes pas les gens injustes... ", sourates 5/51

autre exemple : " ...les juifs et les chrétiens imitent le dire de mécréant avant eux. Qu'Allah les anéantisse ! ", sourate 9/30.

De tels versets en tant que normes éternelles et contraignantes ne devraient-ils pas suffire à nous faire augurer de sinistres présages ? Quelles mines d'or par pour les groupes islamistes palestiniens comme le Hamas ou le Ezbollah, dont l'unique projet vise à détruire le processus de paix israélo-palestinien en vue de l'instauration future d'un État islamique dans toute la Palestine.

5. Le triomphe, l'élitisme et l'affirmation de soi…

En 622 Mahomet se réfugie dans la ville de Médine. Ses disciples s'organisent en groupe armés. Ils attaquent des caravanes mecquoises, persécutent les polythéistes de Médine, expulsent et massacrent les juifs. En 630 la Mecque se soumet au Prophète. L'islam triomphe. Un État théocratique s'impose dans toute la Péninsule; les tribus bédouines païennes et les communautés chrétiennes arabes reconnaissent son autorité. Mahomet en est le chef religieux et politique. Il concentre sur sa personne les pouvoirs législatifs, exécutifs et judiciaires : l'idéal intégriste d'aujourd'hui.

Les " révélations " consécutives à ce triomphe ont donné lieu à 24 sourates; la vie quotidienne du musulman , les structures familiales et sociales s'y trouvent placées sous la bannière exclusive de règles religieuses. Le statut de la femme, les interdits, les peines corporelles datent plus ou moins de cette époque. Au cours des deux siècles qui suivent la mort du prophète, l'islam s'imposera par des conquêtes militaires : la Syrie, la Palestine, l'Égypte, Chypre, la côte Est -- africaines, l'Andalousie, l'Irak, la Sicile, ensuite l' Italie est menacée tandis qu'à partir du IIe millénaire l'islam se répand en Inde . L'élément primordial du futur Empire musulman sera une religion élitiste et universaliste, révélée en arabe, à un arabe, pour les Arabes. L'idéologie contenue dans le Coran répond si parfaitement aux aspirations du monde arabe que bientôt la religion en arrivera à supplanter le rôle de la famille comme fondement de l'équilibre social : " ne prenez pas pour alliés, vos pères et vos frères, s'ils préfèrent la mécréance à la foi " , sourate 9/23 .

L'élitisme et un sentiment nationaliste confondu avec le besoin d'absolu produiront une puissante volonté d'affirmation face aux autres religions . Il est significatif que de nos jours l'indépendance acquise par de jeunes états d'Afrique, du Proche et de l'Extrême-Orient, est souvent vécue comme une victoire de l'islam sur les religions locales et tout particulièrement sur le christianisme. Bien des versets attestent un tel état d'esprit.

Voici des exemples : " ...combat jusqu'à ce qu'il ne subsiste plus d'idolâtre, et que la religion soit entièrement à Allah... " Sourates 8/39 ;

ou encore : " tuez-les partout où vous les trouverez, et chassez-les d'où ils vous auront chassés. La tentation à l'idolâtrie est pire .... ", Sourates 2/187 ;

ou encore : " quel spectacle lorsque les anges (= les fidèles) ôtent la vie aux infidèles ! Ils frappent leurs visages et leurs reins ...", sourates 8/52;

ou encore : " abattez leur tête et frappez les extrémités de leur doigts ... ", sourates 8/12.

Comment ne pas être troublé par l'étonnante similarité de ces versets avec le manuel d'instructions destiné aux combattants du groupe "Al Qaïda " fondé par Oussama Ben Laden. On y apprend comment il faut frapper l'ennemi : " ...sur la cage thoracique, à l'arrière de la tête, sur les yeux, dans le haut de la colonne vertébrale... " (Le Monde, 30/09, p6, Eric Leser).

6. Le chemin de l'amour et de la guerre.

Le mot " djihad " traduit "faire un effort sur le chemin de Dieu ". Mais le sens coranique de ce mot dépend en grande partie du choix des versets. Pour la très grande majorité des musulmans le " chemin de Dieu " se réfère à un chemin spirituel vers plus d'harmonie avec Dieu. Tandis que pour une certaine minorité de croyants, le " chemin de Dieu " correspond aux versets de la deuxième partie de l'apostolat de Mahomet: celle des combats contre les juifs, les chrétiens et les païens. Dans ce cas, le " chemin de Dieu " manifeste l'idée d'une juste propagation de l'islam par la violence; le " djihad " est alors synonyme de guerre sainte. Il est fatal que certaines catégories d'individus tombent dans le panneau de tels versets. Voici des exemples :

" faites la guerre à ceux qui ne croient pas en Dieu... ", sourate 9/27 : ou encore "... tuez les idolâtres partout où vous les trouverez... ", sourates 9/5 . Plus redoutable encore, le salut éternel - ce combustible qui brûle la cervelle de tous les monothéistes -, est plusieurs fois exalté : " Dieu a destiné aux combattants une récompense plus grande qu'à ceux qui restent dans leurs foyers... ", sourate 4/47 : ou encore : " ne crois surtout pas que ceux qui sont tués sur le chemin de dieu sont morts ; ils sont vivants " sourate 3/149; autre exemple " ne croyez pas que ceux qui ont succombé en combattants dans le sentier de Dieu soient morts : ils vivent près de Dieu, et reçoivent de lui leur nourriture... ", sourate 3/163.

Quant à la déculpabilisation du combattant, elle est assurée de façon redoutable : " ...ce n'est pas vous qui les tuez, c'est Dieu" sourate 8/7. En conclusion, le " djihad " est ce que veut bien en faire le croyant. Mais quel que soit son tempérament, il sait -- l'ayant appris dans le Coran -- que seule la vie des croyants est sacrée par Allah : " ne tue aucune vie qu'Allah a rendu sacrée " sourate soit 17/33. Toute la question est là ; qu'en est-il des vies qu'Allah n'a pas rendu sacrées ? Pour dire les choses autrement : que vaut la vie d'un infidèle ? Globalement le Coran répond qu'elle a une valeur dans la mesure où un infidèle à une chance se convertir. C'est ce que confirme la sourate 5/32 : "... Quiconque tuerait une personne non coupable d'un meurtre ou d'une corruption sur la terre, c'est comme s'il avait tué tous les hommes... " ; fort bien, mais pour qui connaît la définition coranique du mot " corruption ", elle donne des sueurs froides !

7. Retour à l'actualité

 À la mort du Prophète Mahomet les musulmans se divisèrent en deux tendances :chiite et sunnite. Les sunnites représentent 90 % des musulmans dans le monde. Quant aux chiites, on les trouve essentiellement en Iran, en Irak, quelques-uns au Liban et en Libye. La brouille ne portait pas sur la valeur des versets coraniques mais sur la façon de les comprendre. Le postulat chiite affirme l'existence d' un sens ésotérique dont le texte littéral ne dévoilerait que l'apparence. C'est pourquoi les communautés chiites sont dirigées par des exégètes spécialisés : les imams. Il est possible que grâce à leur dimension spirituelle, les imams chiites puissent exercer un contrôle sur la façon dont les fidèles étudient le Coran. Les sunnites, pour leur part, optèrent pour la primauté du texte littéral dont le sens temporel est directement accessible à la lecture . Il est facile d'imaginer les conséquences de cette conception : chaque croyant sunnite lit et comprend les versets à sa façon -- c'est à peine exagéré car l'imam sunnite n'est qu'un responsable séculier. L'encadrement idéologique est à peu près inexistant. Selon son caractère et les influences qu'il subit, le croyant sera sensible à certains versets plutôt qu'à d'autres. On pourrait presque dire que chaque musulman sunnite est une église à lui tout seul.

Compte tenu de ce qui a été dit plus haut, on aperçoit ce que cela peut donner : une très grande majorité de gens qui ne " voient " dans le Coran que tolérance et solidarité ; mais également une très petite minorité sensible à l'enseignement de l'intolérance. Or, les groupes islamistes qui défrayent les chroniques ; les GIA, le Hamas, le Ezbollah, les groupes du Djihad islamique, le FIS, le Takfir égyptien, les groupes Moujahidins, le FPLP palestinien, la " fondation " Al Qaida de Ben Laden, sont tous sunnites. Ce n'est pas une preuve scientifique mais un indice sérieux d'une certaine responsabilité du " Coran littéral " dans l'ardeur mise par une " international islamiste " à trouver des adeptes dans les communautés musulmanes du monde entier. Et précisément, ces communautés musulmanes sont toutes sunnites.

Il est significatif que la doctrine islamique intégriste d'aujourd'hui dérive des écrits du théologien sunnites Ibn Taymiyya qui vécut en Syrie au XIVe siècle. Selon Ibn Taymiyya, l'islam est l'unique vérité, ceux qui n'y adhèrent pas doivent mourir. Son programme consistait à renforcer l'unité des musulmans par une application littérale du Coran. Au début du XXe siècle une association égyptienne appelée

" Frères musulmans " a fournit les premiers islamistes contemporains à l'origine de la plupart des groupes actuels. Or, à l'origine, cette association se réclamait et s' inspirait des écrits d' Ibn Taymiyya pour lutter contre les penchants laïcs des Etats à majorité musulmane ; la Turquie de Mustafa Kémal Ataturc, l'Iran du Shah, l'Algérie de Boumediene, l'Égypte de Nasser puis de Sadate, l'Indonésie de Sucarno, ainsi que plusieurs républiques de l'ex Union -Soviétique furent finalement contraints à tenir compte de la Sharia dans leur législation. Mais à terme, les " Frères " veulent obtenir que le Coran devienne la constitution dans tous les pays musulmans. Aujourd'hui, tous les groupes islamistes , qu'ils agissent dans la légalité ou en marge dans une opposition radicale de type terroriste, se réclament de la philosophie initiale des " Frères musulmans. Leurs influences sont omniprésentes dans le monde arabo-musulman et au-delà. En France, par exemple, l'Association des étudiants islamiques de France (AEIF) ainsi que l'Union des organisations islamiques de France (UOIF) se réclament ouvertement des " Frères musulmans ".

La plupart des groupes islamistes se constituèrent en confréries sunnites au sein de deux organisations internationales: la " Ligue islamique mondiale (1963) et l' Organisation de la Conférence islamique (OCI, 1970).

Ensuite, profitant de la fragilité des Etats qui comptent une communauté musulmane importante, certaines de ces confréries tentèrent de s'imposer politiquement au moyen d'une propagande religieuse combinée avec de la bienfaisance. Rien de neuf donc par rapport au christianisme. Mais à partir des années 70, une partie de ces " confréries " se transformèrent en factions radicales utilisant le Coran pour justifier une stratégie de violence partout où cela était possible. L'Algérie, l'Égypte, la Palestine, le Soudan, la Tchétchénie occupent régulièrement la première page des journaux ; mais les Balkans, le Caucase, l' Afrique subsaharienne et l'Asie n'échappèrent pas non plus aux visées intégristes : le " triomphe universel de l'islam ". Ces groupements ou plutôt ces " confréries " formeront ce que l'on appelle désormais une " internationale islamiste ".

Les commentateurs étrangers interprètent le combat de ces intégristes islamistes en se référant à l'opposition Nord/Sud. Il est vrai que l'islamisme se nourrit aussi du sous-développement. Mais les islamistes actuels nous démontrent que là où ils sont au pouvoir ils appliquent " volontairement " des politiques de régression socio-économique au nom de la religion (Arabie Saoudite, Soudan, Afghanistan) : alors ?

À tort ou à raison ces commentateurs escamotent -- par crainte ou par prudence -- le noeud de la question : toute culture dominée par une foi monothéiste induit une sensibilité et des comportements incompatibles avec le progrès social et l'esprit scientifique. Osons reconnaître que le monde musulman est sexuellement sinistré. Son mode de vie est en effet inséparable d'une gigantesque misère sexuelle imposée par des dogmes enseignés de façon répressive dès la plus tendre enfance.

En fin de compte, la rage de détruire et de se détruire ne serait-elle pas une rage de ne pas savoir vivre, un cumul de frustrations imposées par un Livre qui régit d'autorité tout ce qui normalement doit s'épanouir dans la liberté : sentir, s'écouter soi-même, s'exprimer, connaître, jouir, ou tout simplement "être".

Parce qu'ils rejettent le monde occidental, les musulmans considèrent le modernisme comme anti - musulman. Ils veulent bien un modernisme, mais de type arabe; fort bien ! Mais alors que faire du Coran?

En réalité, le monde musulman d'aujourd'hui est déchiré entre des groupes d'intérêts contradictoires. Face aux pressions du modernisme extérieur il se tourne fort logiquement vers l'islam pour trouver ses repères. Cela donne une folie idéologique responsable de la violence. A la suite d'un réflexe d'autodéfense l'influence islamique ne cesse d'augmenter : l'inertie culturelle en est le prix. Par conséquent, hormis les Etats pétroliers du golf et quelques communautés de l'Inde et d'Indonésie, tous les états musulmans perpétuent le sous-développement.

Les extrémistes sont souvent appuyés par des parties substantielles de la population ; quoique l'on dise, leur influence est décisive: l'avenir confirmera. La réalité juridique des pays arabes est symptomatique ; tous se réclament d'un pouvoir politique constitutionnellement dépendant de l'islam (à l'exception du Yémen). Cela ne signifie pas qu'ils sont tous des États islamiques. C'est néanmoins en toute légalité que ces pays dits " démocratiques " mettent en pratique une discrimination au sein des pouvoirs publics entre les musulmans d'une part, et d'autre part, les chrétiens, les juifs et les athées qui en sont exclus; toutes les évolutions constatées vont dans le même sens; alors ?

Quant à la France, un récent sondage effectué par l'IFOP pour " Le monde ", le Point ", et " Europe 1 ", révèle une incrustation islamiste rampante au sein de la communauté musulmane. En effet, selon ce sondage effectué entre le 22 le 28 septembre sur un échantillon de 548 personnes représentant la population musulmane de France, 12 % d'opinions se sont déclarées ouvertement favorables au personnage responsable des attentats de New York et de Washington : Oussama Ben Laden. Et le sondage ne prend pas en compte tous ceux qui n'ont pas osé le dire...

Les extrémistes le savent, ils ont le Coran, ils le lisent... et ils y trouvent ce dont ils ont besoin.

"Les hommes ne font jamais le mal aussi complètement et aussi joyeusement que lorsqu'ils le font par conviction religieuse" .

(Blaise Pascal)