HOMÉLIE SUR LA DIVINE TRANSFIGURATION

                    de notre Seigneur et Sauveur Jésus Christ

Du champ, la réjouissance de la moisson; de la vigne les fruits délectables;

et des divines Écritures, l'enseignement vivifiant. Le champ a un temps pour

la moisson, la vigne a un temps pour la vendange, mais l'Écriture lue en tout

temps répand un enseignement vivifiant. Le champ reste nu après la

moisson, la vigne est amoindrie après la vendange; mais l'Écriture est

chaque jour moissonnée, et les épis de ce qui est interprété en elle ne

manquent pas; chaque jour elle est vendangée, et en elle, les grappes de

l'espérance ne s'épuisent pas.

Approchons-nous donc de ce champ, jouissons de ses ruisseaux vivifiants,

et moissonnons en elle des épis de vie, les paroles de Notre Seigneur Jésus

Christ, qui dit à ses disciples : "Quelques-uns de ceux qui sont ici ne

mourront point qu'ils n'aient vu le Fils de l'homme venir dans son règne (Mt.

16, 28), et "Six jours après, Jésus prit avec Lui Pierre, Jacques et Jean son

frère, et il les conduisit à l'écart sur une haute montagne. Il fut transfiguré

devant eux; son Visage resplendit comme le soleil, et ses vêtements

devinrent blancs comme la lumière" (Mt 17,1-2). Les hommes dont Il avait

dit qu'ils ne verront pas la mort jusqu'à ce qu'ils voient la marque de sa

venue sont ceux qu'Il a pris et emmenés sur la montagne; et il leur a montré

comment Il viendrait au dernier jour, dans la Gloire de sa Divinité et dans le

Corps de son humanité.

Il les conduisit sur la montagne pour leur montrer qui est le Fils. En effet,

quand il leur avait demandé que disent les hommes qu'est le Fils de

l'homme, ils lui dirent : "Les uns Élie, les autres Jérémie ou l'un des

prophètes." C'est pourquoi Il les a conduit sur la montagne et leur a montré

qu'Il n'est pas Élie, mais le Dieu d'Élie; ni Jérémie mais Celui qui a sanctifié

Jérémie dans le ventre de sa mère; ni l'un des prophètes, mais le Seigneur

des prophètes, celui qui les a envoyés et qui leur a montré qu'Il est le

Créateur du ciel et de la terre, qu'Il est le Seigneur des vivants et des morts.

en effet, Il commanda au ciel et il a fait descendre Élie; Il fit signe à la terre et

elle a attiré Moïse. Il les conduisit sur la montagne, pour leur montrer qu'Il

est le Fils de Dieu, Celui qui est né du Père avant les siècles, et dernièrement

incarné de la Vierge, comme Lui le sait, enfanté sans semence et

ineffablement, en gardant la virginité incorruptible. En effet, là où Dieu veut,

l'ordre de la nature est vaincu; car Dieu le Verbe a demeuré dans le ventre de

la Vierge, et le feu de sa Divinité n'a pas brûlé les membres du corps de la

Vierge, mais Il l'a même protégée durant les neuf mois. Il a demeuré dans le

ventre de la Vierge sans exécrer la mauvaise odeur de sa nature, et c'est

d'elle qu'Il provint comme Dieu incarné, pour nous sauver. Il les conduisit

sur la montagne pour leur montrer la Gloire de la Divinité et pour leur faire

connaître que c'est Lui le Rédempteur d'Israël, comme Il l'a déclaré par les

prophètes et pour qu'ils ne soient pas troublés en voyant sa Passion

volontaire, qu'Il allait souffrir humainement pour nous. Car ils le

connaissaient comme homme fils de Marie, les fréquentant dans le monde;

et leur fit savoir qu'Il est Fils de Dieu. Ils l'ont vu manger, boire, se fatiguer,

se reposer, avoir sommeil, dormir, avoir peur, transpirer, toutes choses qui

ne s'accordaient pas à la nature de sa Divinité, mais seulement à son

humanité. Et c'est pourquoi Il les a emmenés sur la montagne, afin que l

Père appelle le Fils, et leur montre qu'Il est en vérité son Fils et Dieu. Il les

conduisit sur la montagne, et leur a montré sa Royauté avant sa Passion, sa

Puissance avant sa mort, sa Gloire avant son blâme, et son Honneur avant

son déshonneur, afin que, lorsqu'il serait saisi et crucifié par les Juifs, ils

sachent qu'Il n'a pas été crucifié par faiblesse, mais par sa Bienveillance,

volontairement, pour le salut du monde. Il les a emmenés sur la montagne et

leur a montré la Gloire de sa Divinité avant sa Résurrection, afin que

lorsqu'il ressusciterait des morts dans la Gloire de sa nature divine, ils

sachent qu'Il n'a pas reçu la Gloire pour sa peine, comme un pauvre, mais

qu'elle était sienne avant les siècles en le Père, et avec le Père, comme Il l'a

dit en allant vers la Passion volontaire : "Et maintenant, Père, glorifie-moi

auprès de Toi-même de la Gloire que j'avais auprès de Toi avant que le

monde fût." (Jn 17,5).

C'était donc cette Gloire de sa Divinité non manifestée et cachée dans son

humanité qu'il a démontrée a ses apôtres sur la montagne, car ils virent son

Visage briller comme un éclair et ses vêtements blancs comme la lumière.

Les disciples voyaient deux soleils; un dans le ciel comme d'habitude, et un

autre contraire à l'habitude. L'un qui leur apparaît et qui éclaire le monde

dans le firmament, et l'autre qui fait apparaître à eux seuls son Visage. "Ses

vêtements étaient blancs comme la lumière"; Il a montré que la gloire de sa

Divinité jaillissait de tout son corps et que, de tous les membres de son

Corps brillait la lumière. En effet, sa Chair ne luisait pas d'une beauté

extérieure comme Moïse, mais c'est de lui-même que jaillissait la Gloire de

sa Divinité. Sa lumière parut, et se rassembla en lui-même; En effet, elle ne

l'a pas quitté pour aller à un autre lieu, car si elle était venue d'ailleurs pour

l'embellir, elle aurait été inutile. Et Il n'a pas déployé tout l'abîme de sa

Gloire, mais seulement autant qu'en pouvait contenir la dimension des

pupilles de leurs yeux.

Et "voici Moïse et Élie leur apparurent, s'entretenant avec Lui." (Mt. 17,3).

Et telles étaient les paroles qu'ils échangeaient : ils Lui rendaient grâce, car

leurs paroles, et celles de tous les prophètes avec eux, ont été accomplies en

sa Présence. Ils Lui firent une prosternation pour le salut qu'Il a opéré pour

le monde, - le genre humain - et parce que le mystère qu'eux-mêmes ont

peint, Lui l'accomplit en oeuvres. La joie envahit les prophètes et les apôtres

en cette ascension sur la montagne. Les apôtres se réjouirent de voir la

Gloire de sa Divinité, qu'ils ne connaissaient pas, et d'écouter la Voix du

Père rendant témoignage du Fils et à travers elle, ils connurent sa Divinité

qui était cachée pour eux. Et, avec la Voix du Père, la Gloire apparue de son

corps, venue de la Divinité unie avec celui-ci, sans changement et sans

confusion, les a convaincus.

Et le témoignage des Trois a aussi été confirmé par la Voix paternelle, à

Moïse et à Élie qui se tenaient près de Lui comme des serviteurs, et ils se

voyaient les uns les autres. Les prophètes voyaient les apôtres, et les apôtres

les prophètes. Là, ils se virent les uns les autres, les chefs de l'Ancien

Testament [virent] ceux du Nouveau Testament. Moïse le saint vit Simon

sanctifié. L'économe du Père vit l'épitrope du Fils. L'un déchira la mer pour

faire passer un peuple à travers les vagues; l'autre dressa une tente pour bâtir

l'Église. Le Vierge de l'Ancien Testament vit le Vierge du Nouveau

Testament : Élie et Jean. Celui qui monta sur le char de feu vit celui qui se

pencha sur la poitrine de feu. Et la montagne devint le modèle de l'Église;

sur elle, Jésus a uni les deux Testaments que l'Église a reconnus; et Il nous a

fait connaître que c'est le deuxième qui a révélé la Gloire de ses Oeuvres.

Simon dit : "Seigneur, il est bon que nous soyons ici" (Mt. 17,4). Ô Simon,

que dis-tu  ? Si nous demeurons ici, qui accomplira la parole des prophètes

? Qui confirmera la parole des prédicateurs  ? Qui achèvera les mystères des

justes  ? Si nous restons ici, pour qui s'accomplira le "Ils ont percé mes

mains et mes pieds" (Ps. 21,19)  ? À Qui s'accordera le "ils se sont partagés

mes vêtements, ils ont tiré au sort ma tunique" (Ps. 21,19)  ? A qui arrivera le

"ils m'ont donné pour nourriture du fiel, pour étancher ma soif, ils m'ont

abreuvé de vinaigre" (Ps. 68,22)  ? Qui affirmera le "libre parmi les morts"

(Ps 87,5)  ? Si nous restons ici, qui déchirera la créance d'Adam  ? Et qui

acquittera sa dette  ? Qui lui restituera le vêtement de gloire  ? Si nous

restons ici, comment se réalisera tout ce que j'ai dit  ? Comment l'Église

sera-t-elle bâtie  ? Comment recevras-tu de moi les clefs du Royaume des

Cieux  ? Que lieras-tu  ? Que délieras-tu (Mt. 18,18)  ? Si nous restons ici,

tout ce qu'on dit les prophètes tardera.

Il dit encore : "Je dresserai ici trois tentes, une pour Toi, une pour Moïse, et

une pour Élie" (Mt 17,4). Simon a été envoyé pour bâtir l'Église dans le

monde, et il veut rester ici pour dresser des tentes sur la montagne; en effet,

il voyait encore Jésus humainement et le plaça au même rang que Moïse et

Élie. Et aussitôt Il lui montra qu'Il n'avait pas besoin de sa tente. C'est en

effet Lui qui a créé à ses pères une tente de nuage dans le désert. "Comme Il

parlait encore, une nuée lumineuse les couvrit" (Mt 17,5). Vois-tu, Simon,

une tente faite sans peine  ? Une tente qui protège de la brûlure, et qui n'a

pas d'obscurité  ? Une tente resplendissante et lumineuse. Et les disciples

furent ébahis. "Et voici, une voix fit entendre de la nuée ces paroles :

Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui j'ai mis toute mon affection :

écoutez-le!" (Mt 17,5). À la Voix du Père, Moïse retourna à sa place, Élie

rentra dans son pays, les apôtres tombèrent à terre, et Jésus resta seul

debout, car ce n'est qu'en Lui que cette Voix trouvait son accomplissement.

Les prophètes partirent et les apôtres tombèrent à terre car la voix du Père

qui rendait témoignage n'était pas accomplie en eux. "Celui-ci est mon Fils

bien-aimé, en qui j'ai mis toute mon affection : écoutez-le!" Le Père leur a

enseigné que l'oeuvre de Moïse a été accomplie pour qu'ils obéissent

désormais au Fils. En effet, celui-là , comme un serviteur - de même que

tous les prophètes - a parlé de ce qui lui a été ordonné, et a prêché ce qui lui

a été dit, jusqu'à ce qu'arrive ce qui était espéré, c'est-à-dire Jésus - qui est

Fils et non congénère; Seigneur, et non esclave; Dominant et non dominé -

dans la nature divine : "Celui-ci est mon Fils bien-aimé". Et ce qui leur était

caché, le Père le révéla aux apôtres. Celui qui est annonce Celui qui est; le

Père révèle le Fils : à cette voix, "les disciples tombèrent à terre". En effet, ce

fut comme un coup de tonnerre redoutable, si bien qu'à cause de sa Voix, la

terre s'effraya, et ceux-ci tombèrent à terre. Elle leur montra que le Père s'est

approché et que le Fils les a appelés de sa propre Voix, et les a relevés. En

effet, comme la Voix du Père les a jetés à terre, ainsi la voix du Fils les a

relevés dans la Puissance de sa Divinité, qui, demeurant dans sa propre

Chair, est unie à elle sans changement, et toutes deux restent sans

confusion, indivisiblement en une seule hypostase et une seule personne. Il

n'est pas devenu beau extérieurement comme Moïse, mais, comme Dieu, Il

resplendit dans sa Gloire. En effet, l'apparence du visage de Moïse fut

revêtue de beauté, mais Jésus resplendit de tout son Corps dans la Gloire de

sa Divinité, comme le soleil dans ses rayons. Et le Père cria : "Celui-ci est

mon Fils bien-aimé, en qui j'ai mis toute mon affection : écoutez-le!", non

pas séparé de la Gloire du Fils de la Divinité, car le Père, le Fils, et le saint

Esprit sont une nature, une puissance, une substance et un Règne, et par une

Voix, il cria une parole parfaite, d'une Gloire redoutable.

Marie aussi l'appelait Fils, non pas séparé, en ce qui concerne le corps

humain, de la Gloire de sa Divinité; car un seul est Dieu, apparu aux

hommes dans un corps.

Sa Gloire a annoncé la Gloire divine venue du Père; et son Corps a annoncé

sa gloire humaine venue de Marie. Les deux natures se réunissent en une

seule hypostase. Fils unique du Père et Fils unique de Marie, quiconque se

sépare de Lui sera séparé de son royaume, et quiconque confond ses

natures perd sa vie; celui qui nie que Marie a enfanté Dieu ne voit pas la

Gloire de sa divinité; et celui qui nie qu'Il porta une chair sans péché est

rejeté du salut, et de la vie qui est donnée à travers sa chair. Tout cela

témoigne - et ses puissances divines l'enseignent - à ceux qui ont le

discernement, qu'Il est Dieu vrai; et sa Passion montre qu'Il est homme vrai.

Et si les faibles en esprit ne s'informent pas, ils seront jugés au jour

redoutable.

S'Il n'était pas chair, à quoi bon l'intermédiaire de Marie  ? Et s'Il n'était pas

Dieu, qui Gabriel appelait-il "Seigneur"  ? S'Il n'était pas chair, qui était

couché dans la crèche  ? Et s'Il n'était pas Dieu, les anges descendus, qui

glorifiaient-ils  ? S'Il n'était pas chair, qui était enveloppé dans les langes  ?

Et s'Il n'était pas Dieu, qui les bergers adoraient-ils  ? S'Il n'était pas chair,

qui Joseph circoncit-il  ? Et s'il n'était pas Dieu, en l'honneur de qui l'étoile

courait-elle dans le ciel  ? S'Il n'était pas chair, qui Marie allaitait-elle  ? Et s'Il

n'était pas Dieu, à qui les mages offrirent-ils des cadeaux  ? S'Il n'était pas

chair, qui Siméon tenait-il dans ses bras  ? Et s'il n'était pas Dieu, à qui

disait-il : Tu me laisses m'en aller en paix (Lc 2,29)  ? S'Il n'était pas chair, en

prenant qui Joseph s'enfuit-il en Égypte  ? Et s'Il n'était pas Dieu, en qui

s'accomplirait le "J'ai appelé mon Fils hors d'Égypte (Os 11,1)  ? S'Il n'était

pas chair, qui Jean baptisa t-il  ? Et s'Il n'était pas Dieu à qui le Père disait-Il :

"Celui-ci est mon Fils bien-aimé en qui j'ai mis toute mon affection (Mt

3,17)  ? S'Il n'était pas chair, qui jeûnait et eut faim dans le désert  ? Et s'Il

n'était pas Dieu, qui les anges descendus servaient-ils  ? S'Il n'était pas chair,

qui fut invité aux noces à Cana en Galilée  ? Et s'Il n'était pas Dieu, qui

changea l'eau en vin  ? S'Il n'était pas chair, dans les mains de qui les pains

se trouvaient-ils  ? Et s'Il n'était pas Dieu, qui rassasia les cinq mille

hommes, sans compter les femmes et les enfants, avec cinq pains et deux

poissons  ? S'Il n'était pas chair, qui était assis dans la barque  ? Et s'Il n'était

pas Dieu, qui menaça le vent et la mer  ? S'Il n'était pas chair, avec qui

Simon le Pharisien mangea t-il  ? Et s'Il n'était pas Dieu, qui pardonna les

péchés de la courtisane  ? S'Il n'était pas chair, qui était assis sur le puits,

fatigué de marcher  ? Et s'Il n'était pas Dieu, qui donna de l'eau vive à la

Samaritaine, et qui décela qu'elle avait eu cinq maris  ? S'Il n'était pas chair,

qui portait des vêtements d'homme  ? Et s'Il n'était pas Dieu, qui faisait des

prodiges et des miracles  ? S'Il n'était pas chair, qui cracha à terre pour en

faire de la boue  ? Et s'Il n'était pas Dieu, qui ouvrit des yeux avec la boue  ?

S'Il n'était pas chair, qui pleurait au tombeau de Lazare  ? Et s'Il n'était pas

Dieu, qui ordonna au mort de quatre jours de sortir  ? S'Il n'était pas chair,

qui s'assit sur l'ânon  ? Et s'Il n'était pas Dieu, à la rencontre de qui la foule

sortit avec gloire  ? S'Il n'était pas chair, qui les Juifs saisirent-ils  ? Et s'Il

n'était pas Dieu, qui commanda à la terre et les jeta face contre terre  ? S'Il

n'était pas chair, qui reçut un soufflet  ? Et s'Il n'était pas Dieu, qui guérit

l'oreille coupée par Pierre et la remit à sa place  ? S'Il n'était pas chair, le

visage de qui reçut-il des crachats  ? Et s'Il n'était pas Dieu, qui souffla sur

les apôtres pour qu'ils reçoivent le saint Esprit  ? S'Il n'était pas chair, qui se

présenta devant Pilate dans le prétoire  ? Et s'Il n'était pas Dieu, de qui la

femme de Pilate eut-elle peur en songe  ? S'Il n'était pas chair, les vêtements

de qui les soldats ont-ils enlevés et partagés  ? Et s'Il n'était pas Dieu,

comment le soleil s'obscurcit-il au moment de la crucifixion  ? S'Il n'était pas

chair, qui était pendu sur la Croix  ? Et s'Il n'était pas Dieu, qui fit trembler la

terre de tous ses fondements  ? S'Il n'était pas chair, les mains et les pieds de

qui les clous ont-ils transpercés  ? Et s'Il n'était pas Dieu, comment le voile

du temple se déchira t-il  ? Comment les rochers se fendirent-ils et les

sépulcres s'ouvrirent-ils  ? S'Il n'était pas chair, qui s'écria : "Mon Dieu, mon

Dieu pourquoi m'as-tu abandonné"  ? Et s'Il n'était pas Dieu, qui dit : "Père,

pardonne-leur"  ? S'Il n'était pas chair, qui était pendu sur la Croix avec les

larrons  ? Et s'Il n'était pas Dieu, comment dit-Il au larron : "Aujourd'hui tu

seras avec moi au paradis  ? S'Il n'était pas chair, à qui offrirent-ils du

vinaigre et du fiel  ? Et s'Il n'était pas Dieu, en entendant la voix de qui

l'enfer s'effraya-t-il  ? S'Il n'était pas chair le côté de qui la lance a-t-elle

piqué, en faisant jaillir du sang et de l'eau  ? Et s'Il n'était pas Dieu, qui brisa

les portes de l'enfer et en rompit les liens, et à l'ordre de qui les morts

enfermés en sortirent  ? S'Il n'était pas chair, qui les apôtres virent-ils dans la

chambre haute  ? Et s'Il n'était pas Dieu, comment entra-t-Il les portes

fermées  ? S'Il n'était pas chair, la marque des clous dans les mains et celle

de la lance dans le côté, et que Thomas toucha, à qui étaient-elles  ? Et s'Il

n'était pas Dieu, à qui s'écria-t-il : "Mon Seigneur et mon Dieu"  ? S'Il n'était

pas chair, qui mangea sur les bords du lac de Tibériade  ? Et s'Il n'était pas

Dieu, à l'ordre de qui le filet se remplit-il de poissons  ? S'Il n'était pas chair,

qui les anges et les apôtres virent-ils monter au ciel  ? Et s'Il n'était pas Dieu,

pour qui le ciel s'ouvrit-il, qui les Puissances adorèrent-elles avec crainte, et

pour qui le Père avait-Il dit : "Siège à ma droite, etc..." (Ps 109,1)  ?

S'Il n'était pas Dieu et chair, notre salut est donc un mensonge, mensonge

aussi alors la voix des prophètes. Mais ce qu'ont dit les prophètes s'est

réalisé, et leurs témoignages sont vrais. Pour tout ce qui a été ordonné, c'est

le saint Esprit qui parlait par eux.; c'est pourquoi Jean aussi, le pur et vierge -

celui qui se pencha sur la poitrine de feu - en certifiant la voix des prophètes

et parlant de Dieu dans l'Évangile, nous a enseigné en disant : "Au

commencement était la Parole, et la Parole était avec Dieu, et la Parole était

Dieu. Elle était au commencement avec Dieu. Toutes choses ont été faites

par elle, et rien de ce qui a été fait n'a été fait sans elle. ( Š) Et la parole a été

faite chair, et elle a habité parmi nous" (Jn 1,1-3 et 14). De Dieu, Verbe Dieu,

et du Père Fils unique, consubstantiel au Père, être de l'être, Verbe d'avant

les siècles; né du Père sans mère ineffablement avant tous les siècles;

lui-même, les derniers temps, enfanté par une fille d'homme, Marie la

Vierge, sans père; Dieu incarné portant la chair par elle, et devenu homme,

ce qu'Il n'était pas, pour sauver le monde.

Et Il est le Christ, le Fils de Dieu, Fils unique de Père, Fils unique aussi de

mère. Je confesse le même Dieu parfait et homme parfait, reconnu en deux

natures selon l'hypostase - c'est-à-dire la personne - unies indivisiblement,

sans confusion, sans changement, revêtu de la chair animée, avec une âme

raisonnable et mentale, devenu en tout notre compagnon de souffrance sauf

le péché.

Lui-même, terrestre et éternel, passager et perpétuel, avec commencement et

sans commencement, dans le temps et hors du temps, créé et non-créé,

passible et impassible, Dieu et homme, parfait selon l'un et l'autre, un dans

les deux et un en trois. Une personne du Père, une personne du Fils, et une

personne du saint Esprit. Une seule divinité, une seule puissance, un seul

Règne en trois personnes - c'est-à-dire hypostases. C'est ainsi que nous

glorifions la sainte Unité en Trinité, la sainte Trinité en Unité. De cette

manière, le Père cria depuis les cieux : "Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en

qui j'ai mis toute mon affection : écoutez-le!"

Voilà ce que l'Église universelle de Dieu a reconnu, et c'est en cette sainte

Trinité qu'Elle baptise pour la vie éternelle, c'est Elle qu'Elle confesse sans

partage, inséparablement, et c'est Elle qu'Elle adore sans faillir, et qu'Elle

confesse et glorifie. À cette Unité tri-hypostatique reviennent la gloire,

l'action de grâce, l'honneur, le règne, la grandeur, au Père, au fils, et au saint

Esprit, maintenant et toujours et aux siècles des siècles. Amen.

          DISCOURS DE POLÉMIQUE

                La perle évangélique

Un jour, mes frères, une perle me tomba entre les mains. Un travail

merveilleux réunissait en elle les insignes de la royauté, les images et les

symboles de cette majesté imposante et sublime. Je compris qu'elle était la

source à laquelle je pourrais puiser en abondance les secrets du Fils de Dieu.

Étendant aussitôt la main, je la saisis, et, tandis que je la tiens et que je

l'examine avec attention, je m'aperçois qu'elle n'a pas une seule face; qu'elle

est sans aspérités, et ne présente à la vue qu'un seul aspect. Aussi je compris

qu'elle était le type du Fils de Dieu dont la divinité reste encore

impénétrable, incompréhensible, bien qu'elle soit toute lumière. Le lustre,

l'éclat brillant de cette perle représentait cette nature supérieure dont la

splendeur n'est obscurcie par aucune ténèbre et dont la paix n'est troublée

par aucune guerre. Son exquise blancheur indiquait l'inaltérable pureté du

Corps du Seigneur, et sa nature simple et indivisible attestait aussi que la

vérité est une. On voyait en elle la figure de l'Église, enfant immaculé de

cette perle; dans ses bras le Fils de Dieu, et près du Fils, sa Mère assise avec

la gloire qui lui échut autrefois dans les nuées et dans les cieux, d'où cette

lumière, émanation de la Lumière est venue briller sur nos têtes. De tels

symboles laissaient voir en elle l'image de ses victoires et de ses triomphes,

indiquaient ses services et ses fruits admirables; en sorte que je ne compris

pas seulement les beautés offertes à ma vue, mais que j'en imaginais une

foule qu'elle recélait.

Je me félicitais d'avoir trouvé une arche plus précieuse que celle de Noé, et

je ne pouvais me lasser d'en contempler la magnificence. J'admirais en elle

des chambres nuptiales, qui, pour être fermées, n'étaient pas cependant

obscurcies par les ténèbres, parce qu'elle est fille du soleil. J'admirais des

signes éloquents, la réponse donnée dans le silence de l'oracle, une harpe

immobile et résonnant sans bruit, lorsque tout-à-coup le son de la trompette

vint frapper mes oreilles, les nuées se rompirent et ces paroles retentirent

avec un éclat épouvantable: "Garde-toi de désirer orgueilleusement ce que

l'on te refuse; passe avec une admiration discrète et silencieuse sur les

secrets et les mystères, et poursuis avec modestie ce que l'on te permet de

connaître." Je fus de nouveau saisi d'étonnement à la vue d'une pluie sans

nuages; l'eau qui semblait tomber du ciel était la source qui remplissait mes

oreilles de l'interprétation d'une infinité de mystères. Aussi la perle était pour

moi cette rosée de miel qui suffit pour faire subsister le peuple sans qu'il eût

besoin d'une autre nourriture. Elle m'a dégoûté de tout autre aliment : déjà je

ne recherche plus les livres, leur interprétation me semble inutile, encore

qu'il me reste mille secrets que j'eusse désiré découvrir; je vois pourtant que

cette perle n'a ni bouche pour me parler quand je l'écoute, ni oreilles pour

m'entendre quand je l'interroge. Enfin je reconnais qu'elle n'est douée

d'aucun sens, elle qui me transmet des facultés nouvelles pour pénétrer les

divins mystères.

Tout-à-coup elle s'exprime en ces termes: "Je suis fille de l'immense océan,

et de cette mer qui m'a donné l'être; j'apporte dans mon sein le trésor des

mystères. Pour toi, mesure les flots qui ont été mesurés à tes forces,

respectes-en le Maître et crains de lever tes yeux jusqu'à Lui. J'ai vu des

plongeurs expérimentés dans leur art me suivre dans cette mer, et reculer

aussitôt épouvantés de ses profondeurs, et n'en pouvant supporter un

instant le murmure, tremblants, ils regagnaient la terre. Et qui donc pourrait

sonder à loisir la divine immensité ?" Le Fils de Dieu est la mer qui prépare

aux navigateurs d'heureux retours ou des naufrages; n'avez-vous jamais

remarqué les flots en courroux briser votre navire qui lutte tandis qu'ils le

conservaient, lorsque, docile, il leur obéissait sans résistance ? La mer a

englouti les Égyptiens; et cependant ils avaient respecté la religion des saints

mystères, leur témérité n'avait pas osé les violer. De même les Hébreux

innocents de ce crime furent abîmés sous la terre : voyez quel châtiment

vous menace, vous qui voulez tout connaître. La flamme consuma Sodome;

ah! redoutez, redoutez cette fin. La mer transmit les gémissements des

mourants, et les poissons et les énormes baleines tremblèrent de frayeur.

Vous avez un coeur de fer, je le crois, vous qui lisez que de semblables

supplices ont été infligés aux coupables et qui méditez des crimes pareils à

ceux qu'ils ont commis. Pour moi, je tremble, je l'avoue, alors que je vois

qu'on s'efforce de cacher à Dieu ses forfaits, pour les soustraire à sa Justice.

La soumission religieuse et la dispute impie entrent ensemble dans la lice: de

quel côté mettez-vous la victoire ? La même bouche célèbre un hymne

harmonieux et fait retentir le sanctuaire sacré de ses bruyants débats.

Laquelle des deux voix, selon toi, arrive au Seigneur ? Celle-ci L'interroge

avec arrogance, et l'autre Le supplie humblement; quels accents

pensez-vous que le Seigneur écoute ? Quand les monstres marins

aperçurent Jonas, fuyant son Dieu, devenant comme eux habitant des

ondes, seulement durant trois jours, ils eurent horreur de son crime, et ils

s'écrièrent : "Qui peut échapper au Seigneur ?" Jonas cherchait à L'éviter; et

vous, impies, vous vous obstinez à Le poursuivre.

                            II.

A qui te comparer, ô perle admirable ? J'écoute avec anxiété, oh! de grâce,

que ton silence m'instruise; parle, mais sans bruit; tes paroles muettes, à qui

les comprendra, révéleront que le mystère que tu présentes exprime

silencieusement le Réparateur de notre salut. Ta mère est vierge et pourtant

elle est femme de l'Océan: l'Océan ne l'a point épousée, c'est de son propre

mouvement qu'elle s'est précipitée dans son sein. Elle t'a conçue en état de

virginité; ta mère vierge dédaigne les femmes juives qui se parent de colliers

de perles; nulle autre ne rappelle comme toi par son origine le Verbe divin

que seul engendra le Très-Haut. Les perles sorties des mains de la nature

semblent n'avoir été formées que pour rehausser l'éclat des perles célestes.

Un fruit délicieux est offert à nos yeux; le sein qui l'a conçu est encore

ignoré; ô perle! ta conception est d'autant plus admirable qu'elle a été opérée

sans le secours d'un époux et des principes fécondants; ton origine est

unique, jamais tu n'auras de rivale. On dit que le Seigneur eut des frères, et

certes, c'est à tort, puisque par sa nature Il est seul et unique. Ô admirable et

merveilleux enfant, qui n'as rien de semblable à toi que le Fils

seul-engendré! Eh bien, je veux qu'on dise que tu as autant de frères et de

soeurs que les diadèmes royaux font briller de rubis. Daigne accepter pour

frères et pour amis les précieux béryls et les pierres étincelantes. Que l'or soit

aussi admis au nombre de tes parents, il n'en est pas moins vrai que nul, si

ce n'est tes élus, ne peut venir prendre place sur le diadème du Roi des rois.

Tu étais sortie de la mer, sépulcre d'êtres vivants, lorsque tes bien-aimés

vinrent au-devant de toi; en les considérant, tu t'es écriée : "Je suis venue ici,

troupe de saints, parce que je voulais vous avoir pour proches, pour parents

et pour frères." Les épis portent les grains de blé enveloppés dans leurs

cellules, mais les diadèmes des rois te tiennent enchâssée dans une élégante

cavité d'or. Cet honneur si bien mérité t'a été rendu, afin que tu puisses

monter, du lieu où tu étais ensevelie, au plus haut degré de la gloire. C'est

dans un champ que l'épi de blé porte le froment; mais c'est à sa tête et

comme un ornement de prix qu'un roi, traîné dans un char magnifique, te

promène partout avec orgueil. Ô bienheureuse fille de la mer qui, des ondes

où tu as été engendrée, es venue sur la terre pour chercher ceux qui t'aiment.

Dès ton apparition, ils se sont emparés de toi pour te faire servir à leur

parure. De même les nations ont embrassé le Fils seul-engendré dès sa

Venue au milieu d'elles; elles L'ont aimé, et chacune à l'envi L'a porté sur sa

tête comme un glorieux diadème.

Les hommes ont battu le serpent par la secrète force de la vérité, et le

serpent a été foulé aux pieds; alors aussi les vainqueurs ont rejeté leur

vêtement d'ignominie et, se plongeant bientôt dans les eaux pures, ils se sont

revêtus du Christ par l'onction sacrée; c'est aussi de son Sein qu'ils t'ont

tirée. De là ils sont sortis nus et rejetant loin d'eux les vêtements qu'ils

avaient déjà dépouillés. Par cette résolution ils ont retiré leurs âmes de la

gueule du serpent qui, dans sa douleur, poussa de vaines plaintes. Et toi, tu

as acquis ce calme paisible, cette sérénité d'esprit comparable à la douceur

de cet agneau qu'on mena à la mort et qui n'ouvrit pas même la bouche.

Hélas, une main t'a saisie, pour te placer sur sa croix, c'est-à-dire que les

méchants t'ont suspendue à leurs oreilles. C'est ainsi que les Juifs ont

suspendu le Seigneur sur le mont du Calvaire, et cependant tu ne refuses pas

ta lumière à ceux qui te regardent, mais tu la répands même avec libéralité

sur ceux qui en sont indignes.

Sur ton front est empreinte la radieuse beauté du Fils de Dieu qui a souffert

sur la croix attaché par des clous sur ce bois de douleur. Eh quoi ? ne

t'a-t-on pas infligé une peine semblable, et, malgré ton innocence, tes mains

ne sont-elles pas percées ? Si la croix lui a valu le royaume des cieux, tes

souffrances et tes travaux t'ont mérité l'éclat de la grâce. La constance et la

cruauté de ses persécuteurs ont été d'un grand prix pour elle. Simon Pierre,

ému de compassion pour les douleurs de la Pierre, a prédit au nom de la

vérité que, blessée par ceux qui l'attaqueraient, elle les blesserait à son tour:

et loin qu'on puisse douter que sa splendeur ait été obscurcie par les

persécutions, on peut donner l'assurance qu'elle était plus belle au sortir de

ce combat et qu'elle a répandu une lumière nouvelle dans les cieux et dans

les enfers.

                            III.

Que j'aime à te voir, ô perle divine, chercher dans ta simplicité précieuse

l'éclat de la lumière et fuir l'obscurité des ténèbres! Le marchand, plein de

ton amour, s'est dépouillé de ses vêtements, non point pour te couvrir,

puisque tu n'étais point nue car ton éclat te protège, t'embellit et te revêt des

vêtements qui te manquent. Par là tu représentes Eve, qui ne fut jamais plus

voilée que tant qu'elle conserva sa nudité. Aussi combien mérite-t-il notre

haine, ce fourbe qui, enveloppant la femme de ses pièges, la dépouilla de

son innocence et l'abandonna sans voile. Il n'en sera pas ainsi pour toi, le

serpent n'enlèvera pas ta parure, il n'en a pas la puissance; et, dans ton jardin

de délices, une lumière nouvelle te couvre d'une robe semblable à celle de la

femme innocente.

L'Éthiopie produit des perles d'une étonnante blancheur, ainsi que nous

l'enseignent les saintes Écritures; qui donc t'a donnée au pays de la Nigritie,

toi la plus éclatante de toutes les perles précieuses ? C'est sans doute Celui

qui donne le jour à toutes les nations et qui éclaire en même temps et l'Inde

et l'Éthiopie. Philippe, aussi pur qu'un agneau, revenait du bain lorsqu'il

rencontra un eunuque de ce pays qui s'avançait traîné dans son char; il

s'approche de l'homme de couleur noire, et, après l'avoir instruit par une

lecture sacrée, il le purifie dans les eaux saintes. L'Éthiopien, éclairé par une

lumière soudaine, reprend son voyage un moment interrompu (Ac 8, 27-39).

De retour dans sa patrie, il enseigna à ses concitoyens à changer leur couleur

et à transformer en perles blanches les noirs Éthiopiens: lorsque le Fils de

Dieu les eut agréées, Il offrit à son Père un diadème enrichi des perles de

l'Éthiopie.

La reine de Saba, brebis venue parmi des animaux féroces, se rendit au pays

de Chanaan (1 R 11). Salomon fit briller à ses yeux le flambeau de la vérité,

lui qui penchait déjà vers l'idolâtrie des nations et qui s'inclina aussi devant

elle. La reine, après avoir reçu la lumière, se retira joyeuse et laissa les

Hébreux livrés à un aveuglement déplorable, vice habituel de cette nation.

Cependant, l'heureuse étincelle qu'elle avait apportée dans cette région

d'ignorance y conserva sa lumière jusqu'à ce que, fortifiée d'une lumière

nouvelle, l'étincelle, si faible d'abord, brille comme un soleil, et, après avoir

dissipé les ténèbres de l'erreur, répande ses clartés sur toute cette province .

La mer contient d'énormes poissons, une foule d'entre eux arrivent à une

prodigieuse grosseur, et ils sont cependant véritablement bien petits. Mais

toi, divine perle, quelle que soit ta petitesse, tu décores le diadème des rois

avec splendeur et magnificence : par là je veux dire que tu es le symbole du

Fils de Dieu, dont l'humilité a élevé Adam à la dignité souveraine. Attachée

au diadème, tu couronnes le front, ton aspect flatte les yeux, et tu es

l'ornement des oreilles. Assez longtemps tu es restée sous les eaux, toi à qui

la nature avait assigné la terre pour demeure. Pourquoi retourner dans ta

patrie ? tu dois t'habituer à nos oreilles, vraiment, il est naturel qu'elles

conçoivent pour toi le même amour que pour la parole de salut, parole qui

pénètre en elle, tandis que toi, tu restes en dehors: que notre oreille, à qui tu

as été destinée par ton Créateur, apprenne de toi à rechercher la parole de

vérité: sois-en le miroir, que ta beauté nous rende l'éclat du Verbe, et que par

toi nous connaissions tout son prix! Suppose que l'oreille est un rameau,

pense que le corps est un arbre, et que tu es entre eux comme le principe de

la divine lumière; peut-être aussi tes symboles représentent-ils la source de

la lumière elle-même. Le Seigneur a dit que tu ressemblais au royaume des

cieux, royaume dont Il dit dans un autre passage que les cinq vierges en

obtinrent l'entrée parce qu'elles avaient su conserver la lumière de leurs

lampes (Mt 25,1). Et toi aussi, tu ressembles aux vierges et tu brilles de la

même lumière qu'elles.

N'offrez jamais une perle à la femme pauvre, cette parure ne lui convient

pas: qu'elle se borne à acquérir gratuitement la foi qui s'unit et s'adapte à

tous les organes de l'homme. Mais qu'une dame noble n'échange pas sa

perle pour de l'or. Toi qui saisis le sens de ces paroles, quelle honte, quelle

infamie, tu le vois, pèserait sur ta tête, si tu pensais à jeter dans la boue une

perle d'un si grand prix. La valeur de la perle éternelle, il faut l'apprécier en la

comparant à ce frêle diamant que nous gardons dans un écrin, que nous

portons enchâssé dans un anneau, et qu'ensuite nous cachons sous clef,

avec tant de précautions et de soins. Quant à ta perle, c'est dans ton coeur

que le Très-Haut a marqué sa place; car Celui qui a mis un prix aux choses

sait demander et tenir compte des bienfaits et de la reconnaissance.

                            IV.

Le bon larron avait ouvert son coeur à la foi; la foi s'en empara, et,

l'attachant par des liens spirituels à l'arbre de la croix où il avait été suspendu

pour ses crimes, elle l'emporta avec elle dans un jardin de délices. Dans la

faim qui le pressait, dans cette soif de justice qui le dévorait, ce bois était

pour lui le bois sauveur de l'immortalité; et, en mangeant le fruit qui pendait

à ses rameaux, il a été l'image d'Adam notre premier père. Égaré dans les

voies de l'erreur, un homme insensé s'attaque à la foi, et, pour calmer

l'irritation de son oeil trompé, il prétend l'enlacer dans les filets de ses

questions captieuses; mais si le plaisir attaché à cette satisfaction passagère

trouble un instant son regard, combien la manie de disputer contre la foi

aveugle davantage l'esprit! Le plongeur examine-t-il avec une triste anxiété

la perle qu'il vient de trouver ? Les marchands, qui se réjouissent qu'elle soit

tombée entre leurs mains, s'inquiètent-ils d'où elle peut venir ? Et le roi

prend-il la peine de demander qui l'a placée à sa couronne ?

Balaam, sous l'enveloppe grossière d'une brute, fut justement forcé d'obéir à

la voix impérieuse d'un animal, lui qui avait refusé d'écouter la parole dont

l'honorait son Dieu; mais vous, c'est une perle qui vous sert aujourd'hui de

maître et de guide. Autrefois un rocher, docile à sa parole, servit à Dieu

d'instrument pour châtier son peuple au coeur de pierre, et le rocher, soumis

à la puissance de sa Volonté, fit rougir les hommes de leur rébellion. Vous

tous qui fermez l'oreille à la vérité, c'est la perle qui vous invite à entrer

aujourd'hui dans le bon chemin. La tourterelle et le milan vinrent, à l'appel

de Dieu, porter témoignage contre l'égarement des hommes; le boeuf et l'âne

en firent autant; et voici que la perle, pour sceller de son autorité l'accusation

portée contre leur folie, se joint aux habitants de l'air, de la terre et des mers.

Gardez-vous de penser qu'elle est semblable à une lune qui croît et décroît

sans cesse, qui tantôt brille de tout son éclat, et tantôt nous cache sa lumière.

Comparez-la plutôt au roi des astres, au soleil; car, bien qu'elle soit petite,

dans cette petitesse même elle représente le Fils de Dieu, cette source de

lumière dont un seul rayon éclipse le soleil lui-même. Oui, la perle est un

astre dont la splendeur ne s'altère jamais, et qui ne ressemble en rien aux

diamants vulgaires auxquels le lapidaire peut enlever quelque chose; elle est

protégée par sa forme, qui la conserve dans son intégrité; elle ne peut être ni

usée, ni diminuée; en quelque lieu qu'elle soit, elle y est toute entière. Qu'on

ose la diviser, et, après en avoir retranché la plus faible partie, se l'approprier,

elle cesse tout-à-coup d'être elle-même et nous rappelle cette fable imaginée

par les déserteurs de la sainte religion, qui, à force de subtiliser sur la foi,

finissent par l'anéantir. Je doute qu'il y ait plus de vérité dans la parole de

ceux qui disputent ainsi sur les dogmes de la sainte doctrine. La nature de la

foi est parfaite et ne souffre pas d'altération; en essayant de l'attaquer, on se

blesse soi-même, et quiconque s'en éloigne n'est pas conséquent avec

lui-même. Celui qui fuit la lumière n'en obscurcit pas moins la beauté; il ne

fait qu'enlever à ses yeux la faculté de voir. L'air et le feu sont divisés par

l'interposition des corps, la lumière seule et indivisible; semblable à son

Créateur, la lumière est féconde, et, sans rien perdre de sa force, engendre

ces êtres qui lui ressemblent.

Ô perle! s'imaginer que tu es composée de la réunion de plusieurs parties,

c'est une grossière erreur; ta nature atteste que tu n'es pas une oeuvre de

main d'homme et que tu n'es pas divisible comme toute espèce de pierre.

Non, non, tu es l'image du Fils unique engendré et non créé; l'image! et voilà

pourquoi tu n'es pas comparable au Fils de Dieu ; car tu tires ton origine

d'un lieu obscur, et le Fils de ton Créateur est sorti du Très-Haut, aux pieds

duquel rampe tout ce qu'il y a de plus grand; et c'est de sa similitude parfaite

avec le Père qu'il faut conclure sa dissemblance avec Lui-même. On peut

assigner deux berceaux à ta naissance; en descendant du ciel ta nature était

fluide et subtile; puis tu es sortie des eaux solides et compactes comme le

cristal, et alors tu t'es complu dans le commerce des hommes; mais dès ce

moment tu as pris un corps, pour ainsi dire, tu as été enchâssée dans l'or par

la main habile de l'artisan, puis attachée au diadème, comme sur une croix,

par ceux qui ont eu le bonheur de te posséder, tu ornes le front des

vainqueurs comme l'insigne du courage; tu brilles suspendue aux oreilles, et

tu en es comme le complément et la force, et tu as ainsi l'heureux privilège

de t'appliquer à tout avec grâce.

                            V.

Admirons maintenant ce trésor, c'est-à-dire la perle, qui est sortie des eaux

de son propre mouvement pour venir au-devant des désirs du plongeur,

nous rappelant la lumière qui s'offre d'elle-même à nos yeux, brillante image

du soleil divin qui, sans qu'on le lui demande, fait luire un jour éclatant, non

pas à nos sens, mais dans nos esprits. C'est avec la même habileté que le

peintre reproduit ton portrait sous les couleurs de sa palette, mais de

manière que nous reconnaissions en toi la figure de la foi exprimée non par

l'effort du pinceau, mais par des caractères, des figures et des symboles, en

même temps que nous voyons dans les traits dont il t'a embellie ceux de ton

divin Auteur. Tu es sans parfum; cependant tu nous réjouis et nous enivres

par l'odeur des mystères divins; tu n'es pas un aliment, et pourtant tu

communiques une saveur délicieuse à notre palais; tu n'es pas une liqueur et

tu ne saurais étancher la soif de l'homme altéré, cependant tu es pour nos

oreilles une source mystique, dont le doux murmure charme ceux qui

l'écoutent.

La bassesse de ton origine n'ôte rien à ta grandeur. Ton volume, ta masse et

ton poids atteignent le dernier degré de la petitesse; cependant tu donnes au

diadème une dignité que nul ne saurait imaginer. Celui qui, n'apercevant pas

ta grandeur cachée sous ton petit volume, te dédaigne et ne s'afflige pas de

ta perte, déplorera bientôt son imprudence lorsqu'il te verra orner le diadème

des rois et qu'en même temps il t'entendra lui reprocher son ignorance.

Des pêcheurs se plongèrent nus dans les flots de la mer, et te firent briller à

nos yeux. Perle admirable, ce n'est pas de la main des rois que tu as passé

d'abord dans celle d'un autre; ce sont de vils mercenaires qui, dépouillés de

leurs vêtements, t'arrachèrent pour notre usage du fond de la mer. Ils étaient

la figure des apôtres du Seigneur, pauvres, pêcheurs et Galiléens. L'accès

jusqu'à toi n'est en effet possible ni par une autre voie, ni pour d'autres

hommes; ceux qui ne se sont pas défaits de leurs anciens vêtements

espéreraient en vain te posséder; ceux que tu as enrichis ont été nus comme

de petits enfants et ont enseveli leurs corps sous les eaux; ils sont descendus

vers toi; mais tu les as reçus avec tendresse, heureuse de l'amour que tu leur

inspirais. Ils proclamèrent aussitôt ta grandeur et ta beauté; et ces hommes

que pressaient l'indigence et la misère tirèrent de leur sein et offrirent aux

regards étonnés des lapidaires la perle nouvelle qu'ils avaient conquise. Le

peuple était ravi du don précieux qu'on daignait lui faire; il t'embrassa de ses

deux mains : tu étais à ses yeux le baume consolateur des maux de la vie.

Tous ceux qui, prêts à descendre sous les flots, se sont dépouillés de leurs

vêtements, figurèrent ton ascension du sein des eaux. Les apôtres qui

devaient être les prédicateurs de la vérité du Créateur, attendirent sur le bord

de la mer que le Fils seul-engendré fût revenu des enfers, et bientôt la mer

fut honorée de ta présence et de celle du Seigneur. Quiconque sortit des

eaux saintes après s'y être plongé reprit ses vêtements; c'est ainsi que Simon

Pierre, après avoir traversé la mer à la nage, cherchait à couvrir sa nudité,

regrettait les habits qu'on lui avait dérobés. Les uns et les autres, en effet,

s'étaient revêtus de ton amour et de l'amour de ton Dieu.

Mais où me laissé-je entraîner ? Je reviens à moi, et jusqu'ici spectateur oisif,

je veux désormais m'efforcer de te ressembler. Et puisque tu te tiens

constamment enfermée tout entière en toi-même, et que dans ton unité tu

restes toujours semblable à toi-même, je veux demeurer en toi, toujours

fidèle à cette grande loi d'unité et de constance. J'ai recueilli des perles; j'ai

l'intention d'en faire une couronne pour l'offrir au Fils de Dieu. Aussi je

m'étudie à effacer les taches empreintes sur mon corps. Accepte mon

offrande, Seigneur, je T'en conjure. Je suis loin de croire que Tu aies besoin

du présent que je T'offre; mais c'est pour que Tu viennes en aide à ma

misère que je Te prie de me purifier de mes souillures. Ma couronne où

brillent des perles, ouvrage de l'intelligence et de la raison, n'est point d'or, il

est vrai, mais la charité l'a tressée; la foi en est toute la force et toute la

solidité; ce ne sont pas mes mains, c'est ma langue qui, célébrant tes

Louanges, l'élève jusqu'au trône du Très-Haut.

                            VI.

Plût à Dieu que l'odeur qui s'exhale du tombeau de nos ancêtres vînt

inspirer plus souvent leurs enfants! Doués d'une sagesse éminente, ils

voulurent y joindre la simplicité et la modestie: aussi, rejetant toute question

oiseuse, ils s'en tinrent au témoignage de la foi, et, entrés dans la voie qu'elle

leur indiquait, ils résolurent d'y marcher avec persévérance. Quand Dieu

promulgua sa loi, les montagnes, à l'aspect d'un si grand Législateur, se

fondirent comme une cire molle sur leur base, et les hommes, dans

l'égarement de leur raison, ont méprisé la loi. Dieu se servit de corbeaux

pour envoyer de la nourriture à Élie caché près d'un torrent, dans une

solitude profonde. D'un cadavre décharné il fit couler du miel pour Samson.

Ni l'un ni l'autre ne s'emportèrent jusqu'à interroger Dieu, et à Lui demander

pourquoi Il avait attaché la pureté à certaines substances et à quelques autres

l'impureté.

Dieu abolit les fêtes du Sabbat et délivra les nations de l'antique superstition

qui pesait sur elles. Samson alla chercher une épouse chez un autre peuple,

et nulle plainte ne fut élevée par les justes sur ce mariage avec la fille de

l'étranger. Un prophète même épousa une courtisane, et aucun homme de

bien n'osa l'en blâmer. Ainsi, le Seigneur réprimande sévèrement certains

hypocrites qui veulent plutôt paraître juste que l'être réellement; Il découvre

à tous les yeux les vices dont ils sont infectés; mais combien de fois aussi ne

Le vit-on pas plaindre le pêcheur et le relever avec bonté! Combien de fois

ne l'a-t-Il pas déchargé du poids des crimes qui pesaient sur lui! Il a établi et

sanctionné ses droits sans que personne osât réclamer. Vrai Seigneur et

véritable Maître, Il eut des serviteurs dociles et obéissants, fidèles comme

l'ombre au Corps qui la projette : même but, même esprit et même volonté;

Soleil levé sur le monde chrétien, Il a dissipé les ténèbres où étaient plongés

les apôtres.

Ce qui étonne, c'est de voir dans combien d'embarras se sont jetés les

hérétiques, en des matières d'ailleurs évidentes et faciles! N'est-il pas clair

que le nouveau Testament que nous suivons a été annoncé de la manière la

plus positive par celui que Dieu donna aux prophètes ? Néanmoins ces

hommes à la vue bornée, encore sous le charme du sommeil profond qui les

accablait, et comme perdus, en lisant l'un et l'autre, au milieu de ténèbres

épaisses, virent s'éteindre les lumières de leur intelligence, et dans la route

que les hommes de la plus grande sainteté, sans s'écarter de la vérité qu'on

leur avait enseignée, avaient frayée et aplanie sous leurs pas, ils ne

rencontrèrent que des précipices. Qu'attendre de bien, en effet, d'hommes

gorgés de vin ? Ils ont abandonné le droit chemin pour se jeter d'eux-mêmes

dans d'inextricables détours. Il ne faut pas s'étonner qu'ils se soient

honteusement égarés, puisqu'ils s'obstinaient à suivre pour guide aveugle la

funeste manie de disputer. Ils ont changé en ténèbres, afin sans doute que

leur égarement fût libre et plus complet, la lumière qui s'offrait à leurs yeux;

la perle de la foi tomba entre leurs mains, et bientôt, tout occupés qu'ils

étaient du soin de l'examiner en tous sens, dans leur indiscrète curiosité, elle

échappa à leurs mains imprudente et fut à jamais perdue pour eux. C'est

ainsi que la perle devint pour eux une pierre d'achoppement contre laquelle

ils se heurtèrent de plein gré.

Ô précieux remède contre la mort, que des hommes insensés ont changé en

poison! Le Juif a tout fait pour détourner les flots limpides de leur source

sacrée; mais l'événement a trompé ses efforts. C'est par une ruse semblable

que les hérétiques, ne pouvant anéantir ta beauté, ont cherché à la séparer de

son Principe. Mais tout ce qu'ils ont entrepris pour te détourner de ton

Auteur a tourné contre eux, et sans te séparer de Lui, les en a rejetés bien

loin, et ils sont tombés, vaincus par ta puissance. N'avons-nous pas vu les

rameaux qu'avait produits la vigne de Sion, arrachés et dispersés, et les

sectes des hérétiques avoir le même sort ? Ô foi sainte et sacrée, mesure ta

grandeur à notre petitesse; tant qu'il n'est pas possible à l'oeil de te voir tout

entière et de saisir toute ton étendue, c'est en vain qu'on exigerait de l'amour

repos et silence. Daigne rester en des limites plus étroites, abaisse-toi autant

que tu le pourras; car si ta tête domine tout ce qui l'entoure, tu répands

cependant, partout et sur tous, les trésors de ta grâce.

Ce qui suffirait pour réfuter ceux qui examinent notre perle avec trop de

curiosité, c'est que du moment où la charité s'éloigne, le discours éclate entre

les frères, leur audace s'accroît au point qu'enflammés du désir de connaître

tes beautés, ils essayent de lever le voile qui couvre ton visage, persuadés

sans doute qu'elle est l'effet de l'art, tandis que son origine et sa naissance

sont ineffables. Toutefois tu as daigné, en certains temps, accorder aux

incrédules la faveur de te considérer de plus près, pour leur faire voir de quel

archétype tu es le symbole; mais lorsqu'ils se sont aperçus que tu es toute

lumière, leur esprit s'est arrêté épouvanté et troublé à un tel point qu'ils ont

voulu te diviser en autant de parties qu'il y a de sectes qui les partagent.

Qu'arriva-t-il ? c'est qu'en se séparant de toi, ils ne s'accordaient plus avec

eux-mêmes, quand, au contraire, toujours semblable à toi-même, tu restais

dans ton immutabilité, privés des yeux de la vérité, il ne leur fut pas même

possible de contempler ton visage. Le voile merveilleux tissé par la main des

prophètes et qui enveloppe leurs mystérieux symboles couvrait la splendeur

de ta face radieuse et la dérobait à leurs yeux; de là vint leur erreur, ils te

virent autre que tu n'es; et tu ne fus pas pour eux ce miroir de la vérité que,

dans leur aveuglement, ils s'efforcent de ternir.

Mais parce que les uns ont voulu t'élever au-dessus de ta nature, et les autres

te rabaisser au-dessous, pour les ramener au vrai, descends, tu le peux, des

hauteurs où les païens et les barbares te placèrent et relève-toi de l'abîme où

les Juifs t'ont précipitée, bien que le ciel soit à jamais ton partage. Toujours

fidèle à la vérité que tu aimes, sois notre médiatrice entre les hommes et

Dieu; qu'à ta voix accourent les prophètes, et qu'ils disent hautement ce

qu'ils ont cru du Sauveur, et que Dieu qui L'a engendré fasse retentir la

parole que les Juifs et les païens s'efforcent en vain d'étouffer.

Viens embraser nos coeurs, ô foi, don précieux fait par le ciel à la sainte

Église, demeure, je t'en supplie, repose-toi dans son sein! Si les circoncis

cherchent à t'en chasser, il ne faut pas t'en étonner; les insensés s'attachent à

la poursuite d'illusions mensongères qui les entraînent; ils conspirent les uns

contre les autres, et ne se plaisent qu'au milieu des querelles et des plus

violents débats. Sois reconnaissante envers Celui qui t'a donné une pieuse et

brillante famille, qui promène glorieusement ton trône par tout le monde.

Tes traits légèrement esquissés dans le Testament de Moïse brillent dans le

Nouveau de tout l'éclat de la perfection, et ta lumière s'est étendue des

premiers hommes jusqu'à nous. Il ne nous reste qu'à rendre des actions de

grâce à Celui qui d'abord nous a montré l'aurore de ta lumière et nous

inonde maintenant de tous les feux du midi.

                           VII.

Je cherchais une retraite, j'entrai par hasard dans une académie, des

sophistes y étaient assemblés. Dans leur oisiveté, ils voulaient examiner la

nature du feu, les couleurs dont il brille, l'élasticité et la mobilité de la

lumière; un rayon de soleil qui était venu les frapper avait lancé ces grands

génies dans ces hautes questions. Ils prétendaient, dans leur folie, toucher

du doigt la nature du Fils de Dieu qui est moins accessible à la faiblesse de

nos sens que la pensée elle-même. Ils se vantaient d'avoir rendu palpable

l'Esprit saint qui échappe également à toutes nos facultés; le Père Lui-même,

que l'on regarde généralement comme placé au-dessus de la sphère de

l'intelligence humaine n'avait pu se dérober à leurs savantes recherches, à

leur sublime analyse. Pour nous, humbles d'esprit, nous avons dans

Abraham un modèle parfait de la foi; de pénitence dans les Ninivites et la

maison de Rahab; enfin les prophètes et les apôtres sont les archétypes de

nos espérances.

Le poison fatal de la jalousie est entré dans le monde par le démon; bientôt

les égyptiens sont tombés dans une religion impie; ils placent le honteux

simulacre d'un veau sur leurs autels profanes; les éthéens, un spectre

horrible, une idole à quatre visages. Un insecte rongeur, la dialectique des

sophistes, est sorti du cerveau des Grecs. Un ennemi de la foi orthodoxe, qui

s'est infecté du poison de leurs livres, a de nos jours corrompu la saine

parole, répandu des opinions impies, et ébranlé les fondements de notre

espérance. Ah! sans doute celui qui alluma le premier la passion des

disputes a donné au monde un fruit plus empoisonné que le venin des

serpents.

Lorsque le démon vit ses armées renversées par la vérité qu'il combattait, et

qu'il la vit grandir et étouffer l'ivraie qu'il avait semée, il se déroba à la

lumière du jour; il dressa contre notre croyance des embûches cachées et

tendit partout ses dangereux filets. D'abord, il s'attaqua aux prêtres et alluma

dans leur coeur le feu de l'ambition. Bientôt les clercs, renversant toutes les

barrières, franchissant toutes les distances, tentèrent toutes les voies qui

pouvaient les conduire à des postes plus élevés, à toutes les dignités

ecclésiastiques; d'autres y marchèrent par des routes souterraines; d'autres

au contraire se frayèrent un chemin par la violence et à main armée, pour

ainsi dire; la plupart les achetèrent à prix d'argent, par le mensonge et

l'hypocrisie. Ils ne prirent pas tous le même chemin, mais tous avaient le

même but. Les jeunes gens, comptant sur leurs années, ne virent pas, ne

réfléchirent pas, que le poste qu'ils convoitaient ne convenait pas à leur âge;

et les vieillards étendirent au-delà des jours de la caducité leurs espérances et

les songes dont ils se berçaient. C'est ainsi que le fourbe enveloppa tout

dans son réseau d'iniquité. Aujourd'hui, jeunes et vieux, et même les

enfants, aspirent dans l'église aux dignités les plus élevées.

Laissant de côté ses armes usées, le démon s'en forgea de nouvelles.

L'ancien peuple juif (et s'il en reste encore quelque chose, ce n'est plus qu'un

squelette décharné) est en proie à la dent corrosive des vers; à de nouvelles

nations, comme à de nouveaux vêtements, s'attachent de nouveaux insectes.

Voyant les meurtriers du Christ avilis et méprisés, et exclus comme des

étrangers du commerce des hommes, il alla chercher dans le sein même de

la famille chrétienne des esprits curieux qu'il façonna de ses mains, leur

souffla l'aigreur de la dispute, les courba sous son joug et fit éclore le ver

rongeur au manteau même de la foi, l'y laissa caché, se promettant les

mêmes fléaux qu'auparavant. Puis, lorsqu'il vit toutes les moissons infestées,

le grain corrompu dans les greniers, il s'assit dans son repos. Soudain les

blés, fruits de tant de peines, ne furent plus qu'une vile poussière; les tissus

précieux, insignes honorables de la dignité et de la puissance, furent de

même en proie à ses ruses infernales : tant il se joue de notre crédulité! tant

nous nous faisons illusion à nous-mêmes, quand notre raison s'est éteinte

dans le délire de l'ivresse! Satan sema l'ivraie, et les épines envahirent un

champ auparavant si bien cultivé. Il infecta la bergerie et les brebis; il attira à

lui tout le troupeau dont il s'enrichit. Il commença le combat contre le

peuple juif, et après l'avoir vaincu, il s'élança sur les nations, dont il fit un

trophée à sa victoire.

Le vieux peuple, en insultant le Fils de Dieu, Lui offrit un roseau pour

sceptre. Criminels imitateurs de nos pères, c'est d'un roseau que se servirent

leurs enfants pour L'abaisser, dans leurs écrits, à la simple condition

d'homme. C'est l'arme que le démon aiguisa contre le Réparateur de notre

salut, et, au lieu des vêtements dont ses meurtriers L'avaient revêtu par

dérision et par mépris, il Lui attacha la flétrissure de ses stigmates, en

désignant l'Auteur de toutes choses tantôt par le mot de créé, et tantôt par

celui de fait; comme on Lui avait tressé jadis une couronne d'épines

naturelles, il Lui fit aussi, au bruit d'une trompeuse harmonie, comme une

couronne d'épines intelligentes, et cacha ainsi le chardon sous les fleurs.

Après s'être aperçu qu'on avait découvert son iniquité, et que le vinaigre et

les crachats, les épines et les clous, la croix et les vêtements ignominieux, le

roseau et la lance, les tourments et les outrages n'inspiraient plus que le

dégoût et l'horreur, nautonier prudent, il changea de voiles et lança sa nacelle

vers d'autres rivages. Aux soufflets dont notre Seigneur fut meurtri, il

substitua la licence et l'erreur, il remplaça les outrages par la fureur des

querelles, il mit les machinations clandestines à la place des insignes

ignominieux, et la discorde fut le nouveau spectre dont il s'arma. Il ne

négligea rien pour nous diviser et nous perdre. De l'orgueil naquit la haine; la

jalousie et la colère, l'arrogance et la dissimulation conspirèrent contre notre

Sauveur avec la même ardeur qu'elles déployèrent autrefois pour Le faire

mourir. L'hérésie secrète fut substituée à la croix, instrument public du

supplice; les disputes impies aux clous de fer, et l'abandon de la vérité

orthodoxe à la descente de notre Sauveur aux enfers. Satan fit tous ses

efforts pour renouveler le type de la croix usé par le temps. Au lieu d'une

éponge imbibée de vinaigre et de fiel, il suscita l'inquiète curiosité au regard

empoisonné, et si le Seigneur refusa autrefois le fiel qu'on lui offrait, l'esprit

de révolte fut accepté par des hommes insensés comme un don plein de

charme et de douceur.

En ce temps-là les juges vengèrent la mort du Sauveur: maintenant, au

contraire, je vois les juges conspirer contre nous, pour ainsi dire, et au lieu

d'un acquittement, prononcer une sentence de condamnation. Et ce que

nous devons surtout déplorer, c'est que les prêtres, dont les mains

consacraient les rois, multiplient sous leurs pas les occasions de chute, au

lieu de prêcher la paix, allument les brandons de la guerre, dont le feu

dévore les nations. Seigneur, nous Te demandons la paix pour les prêtres et

les rois; fais que les prêtres et le peuple réunis dans l'unité de l'église offrent

à Dieu leurs prières et leurs voeux pour le salut de ceux qui gouvernent et

qu'ils implorent la clémence des princes pour leurs sujets. Seigneur, apaise

les troubles qui agitent l'empire, calme les haines intestines, Toi qui

au-dedans et au-dehors, étends ta Puissance sur toutes choses.