COMPLOTS AUTOUR DU SAINT SUAIRE
Le centenaire d'une immense énigme scientifique

par Frédéric Pons (Valeurs Actuelles du 24/01/98)
Foi
aveugle contre rationalisme
Le grand
silence des religieux
Sa
destruction aurait stoppé la polémique
Au vu des
résultats..... Relique ou icône ?
Introduction
On dit dans l'armée américaine : " Une fois, c'est un hasard. Deux fois, c'est une coïncidence. Trois fois, c'est un complot. "
Les coïncidences sont nombreuses et troublantes dans l'existence mouvementée du linceul de Turin, cette pièce archéologique unique, réputée avoir enveloppé le corps du Christ après sa descente de croix.Apparu - ou réapparu - en 1357 en Champagne, conservé à Turin, le linceul révéla dans ses fibres, il y a un siècle, le 28 mai 1898, le négatif photographique parfait d'un homme crucifié comme le racontent les Evangiles.
Ce drap de lin taché de sang était ombré de mystérieuses traces, invisibles à l’œil nu, et révélées en 1898. Les analyses de plus en plus fouillées confirmèrent des données physiologiques justes, inscrites dans les fibres, et des informations scientifiques inconnues au Moyen Age, qui ne commenceront à être connues que cinq a six siècles plus tard. Le centenaire de la découverte faite par le photographe italien Secundo Pia sera célébré dans quelques semaines avec l'ostension exceptionnelle du linceul, à la demande de Jean-Paul II.
Le linceul est aujourd'hui gardé dans un lieu tenu secret. On craint sa destruction. Il a déjà échappé à plusieurs reprises à la disparition : le vol, l'incendie accidentel ou criminel. Le dernier, le 11 avril 1997, faillit faire disparaître le linceul dans les flammes. Il fut sauvé " par miracle ".C'est un autre complot, celui de la négation scientifique, du doute agnostique, du relativisme religieux, réunissant des scientifiques et des hommes d'Eglise, qui faillit aussi, à plusieurs reprises, lui ôter toute raison d'être, gommer le message inscrit dans ses fibres, l'enlever à la vénération des fidèles.
FOI AVEUGLE CONTRE RATIONALISME
Aux yeux de la plupart des chrétiens, le linceul de Turin est bien le Saint Suaire, témoin de la Passion, de la mort et même de la résurrection du Christ. Il est, depuis le Moyen Age, l'une des plus insignes reliques de la chrétienté, à laquelle les fidèles vouent un culte fervent. Aux yeux de certains hommes d'Eglise pourtant, et dès l'origine, l'authenticité du linceul a toujours suscité une forte réticence, jusqu'à la négation.
Ce refus d'attribuer au linceul la qualité de " relique " (pièce sainte, digne d'adoration, à la différence de l' icône ", simple reproduction d'artiste) s'est nourri, au fil des siècles, des travaux menés par les historiens et les scientifiques. Longtemps, les questions non résolues sur l'origine du tissu et la chronologie de son histoire alimentèrent les rumeurs sur l'existence d'un génial faussaire. C'était, front contre front, la foi aveugle des uns contre la raison scientifique des autres. De nombreux indices vinrent pourtant s'accumuler, entre 1898 et le début des années soixante-dix.
Il fallut attendre 1988 pour espérer pénétrer le secret du linceul de Turin. Ce fut la tentative de datation au radiocarbone 14, organisée par trois laboratoires indépendants, sous la tutelle du British Museum.La datation obtenue confirma d'abord ce que beaucoup pensaient déjà : une fabrication du tissu entre 1260 et 1390, " avec 95 % de fiabilité ", annonçait le 13 octobre 1988 le cardinal Ballestrero, custode pontifical du Saint Suaire, presque soulagé. Le Dr Michael Tite, coordonnateur de ces travaux déclarait:
" Je crois que nous ne nous occuperons plus du linceul. Nous n'avons plus rien à dire à son sujet. "
Hélas! Les limites propres à la méthode du carbone 14 avaient été oubliées . Puis on eut très vite des doutes sur le respect des procédures scientifiques. Au terme d'une enquête policière de deux ans, frère Bruno Bonnet-Eymard, un religieux français membre d'une communauté traditionaliste installée à Saint-Parres-lès-Vaudes (Aube), révéla l'incroyable tentative de " forgerie " :
" Il y a eu manipulations, malversations, introduction subreptice d'un échantillon imprévu. "Le dossier n'était pas clos. Arnaud-Aaron Upinsky, jeune mathématicien, épistémologue, expert en systèmes logiques et historien des sciences, décidait de tout reprendre à zéro, passant toutes les pièces au crible de la méthode scientifique la plus rigoureuse, pour tenter de déchiffrer " ce mystérieux encryptage qui protège les informations du linceul depuis vingt siècles ".
L'AVIS DU CHIRURGIEN
Impossible à fabriquer...
Que lisait Pierre Barbet sur le linceul ? Une représentation parfaite, au regard de son expérience de chirurgien, de la physiologie des plaies. L'étude du linceul lui avait même appris beaucoup sur elles. Notamment le fameux espace de Destot inhérent à la crucifixion. L'espace de Destot, ce point seul capable de soutenir un corps, se situe dans le poignet et non dans la paume de la main. Il avait déclaré n'avoir jamais vu, dans toutes les œuvres d'art européennes, de la Renaissance à l'art moderne, un tableau rendant avec plus d'exactitude et de justesse les blessures ou l'apparence du sang sur les vêtements, d'un réalisme étonnant.
L’œil du médecin professionnel ne voyait pas l'image comme une peinture. Observations confirmées par tous les médecins. Et ultérieurement par le British Museum.
LE FLASH DE LA RÉSURRECTION
En juin 1993, à Rome, il révélait le résultat de ses travaux. Sans aucune réfutation scientifique sérieuse. A la veille du centenaire de la photo de 1898, voici qu'il raconte dans l'Enigme du linceul (Fayard) cette enquête de neuf ans. Un document fouillé, implacable de méthode et de logique, jusqu'à une étonnante conclusion, d'esprit presque apocalyptique : " Le décodage du linceul donne un sens particulier à l'an 2000. " De ce livre événement, nous reproduisons en exclusivité quelques bonnes feuilles. Ces extraits livrent les données scientifiques sûres qui militent en faveur de l'authenticité du linceul de Turin. Ils dévoilent la logique cachée du Saint Suaire. Ils racontent toutes ces " mesures de retardement " que l'auteur aurait subies, de façon paradoxale, de la part de " religieux éloignés du message ".Selon Upinsky, " pour accéder à la certitude, il faut prendre conscience de l'unicité absolue du linceul de Turin dans toute l'histoire de l'humanité : un seul a conservé l'image-empreinte d'un crucifié, représentation fidèle du surchâtiment de Jésus de Nazareth décrit dans les Evangiles, négatif parfait d'un corps, représentation non reproductible, donc infalsifiable, témoignant d'un mécanisme de transfert d'image et de séparation du corps avec le linge (impression-retrait sans contact) inexplicable. " Ce que les croyants appellent de façon familière " le flash de la Résurrection ".
Voyez dans les pages qui suivent les éléments de ce dossier, les certitudes acquises depuis dix ans, mais aussi la part de mystère encore non élucidée que recèle cette pauvre pièce de lin jauni de 1,10 sur 4,36 mètres.
UNE ÉNIGME PRESQUE RÉSOLUE
Le résultat de 10 années d’enquête :Voici quelques unes des données scientifiques contenues dans le livre événement d'Upinsky.
LES POINTS FORTS
Des Evangiles au linceul
-Deux points pour le temps, la crucifixion romaine (abrogée par l'empereur Constantin au IVe siècle) et le mode de tissage de type archaïque.
-Trois points pour le lieu, la sépulture juive (le corps enveloppé par un linge), le type sémitique archaïque de l'homme du Linceul; la localisation par les pollens trouvés sur le linceul (sur cinquante-huit pollens identifiés sur le linceul, quarante-quatre provenaient de Jérusalem et de ses environs).
-Douze points pour l'action, un homme au visage majestueux, âgé de trente à trente-cinq ans; un couronnement d'épines; une flagellation romaine : le portement de la croix; une crucifixion; un coup au cœur par lancea-post-mortem, du sang et de l'eau; les os des jambes non brisés ; un linceul blanc (de prix); un corps resté moins de trois jours (non-putréfaction) dans le linceul et le corps de l'homme du Linceul non lavé.Sans oublier le caractère tout à fait singulier de l'action rapportée par le film du linceul. Notamment la multiplication des supplices, en crescendo, que la loi interdisait et qui traduit bien les hésitations de Pilate relatées par les évangélistes ; le coup au cœur post-mortem au lieu des jambes brisées ; le fait que le corps ne fut pas lavé, ce qui traduit l'urgence du sabbat.
L'INEXPLIQUÉ : La disparition du corps
Le linceul de Turin est la 5 pièce archéologique à receler un signe de contradiction scientifique non explicable par la science la puissante de tous les temps, celle de l'impression- retrait- sans contact (IRSC) du cadavre de l'homme du Linceul. Le corps a laissé son image sans contact et ayant interrompu son contact avec le linge et son sang, sans la moindre altération des décalques, sans le moindre arrachement brilles du lin et des fibrines du sang !
Il n'y a que deux sorties possibles pour un cadavre
-la putréfaction : mais ici le processus de putréfaction aurait détruit l'image, et les expertises auraient trouvé des cristaux de putréfaction.
-l'enlèvement ; mais dans ce cas l'arrachement du corps aurait laissé des traces sur le tissu.Tout se passe comme si le corps s'était dématérialisé avant que la putréfaction n'intervienne.De la thèse de l'enlèvement du corps par les disciples ou de la thèse de la disparition du corps " sui generis " quelle est celle qui est conforme à la réalité scientifique ?A cette question, la science du XXe siècle répond que l'impression retrait-sans-contact du linceul prouve que ni les disciples, ni les autorités religieuses, ni les Romains n'ont pu enlever le corps du linge pour simuler la prédiction relatée par les Evangiles.Que, par conséquent les Evangélistes n'ont pas menti sur ce point essentiel.
LE PORTRAIT-ROBOT
L'homme du Suaire
Le visage de l'homme du Linceul - exprimé par l'image - est empreint de majesté. L’ homme était âgé de trente à trente-cinq ans. Il était de type yéménite archaïque. Sa taille était de 1,78 à 1,81 mètre et il pesait entre 77 et 80 kg.
Concernant les enseignements de l'empreinte sanguine, c'est John Heller qui en a donné le tableau le plus vivant. " Médicalement, les empreintes sont celles d'un supplicié, flagellé avec un instrument du genre du flagrum (cent vingt coups environ - par-devant et par-derrière par deux bourreaux, d'un homme qui porta un fardeau lourd et rugueux qui a meurtri ses épaules; d'un homme sur la tête duquel on plaça quelque chose blessant le cuir chevelu et le front; d'un homme au genou éraflé et au nez brisé, comme après une chute; d'un homme frappé au visage; d'un homme cloué à la croix par les poignets; d'un homme crucifié dont le sang coula le long de ses bras, suivant la pesanteur, faisant des angles corrects. 65 et 45° ,avec la position des bras sur la croix; d'un crucifié dont les jambes ne semblaient pas avoir été brisées et dont le flanc avait été transpercé – post-mortem, avec un objet ayant les dimensions d'une lancea romaine , laissant s'écouler, sur le linge après la mort - par asphyxie -, des globules et du sérum jusqu'au creux des reins; d'un homme dont le corps flagellé présentait des blessures profondes et sanglantes suintant d'albumine sérique; d'un homme crucifié - à la romaine - dont les pieds ensanglantés et terreux avaient été transpercés d'un gros clou. "
AU VATICAN
Avis divergents
L'authenticité du linceul de Turin n'étant pas un article de foi, plusieurs cardinaux et papes ont émis à son sujet des avis divergents. Pour Pie XI, ce linceul n'était " certainement pas fait de main d'homme ".Jean-Paul Il confirme: " C'est assurément une relique. " Pour le cardinal Ballestrero, qui était en 1988 archevêque de Turin et custode du linceul, c'est une " icône du Christ " datant du Moyen Age .Mgr Ballestrero, d'abord nommé custode à vie, a été dessaisi de cette fonction par Jean-Paul II en 1989 au profit Mgr Saldarini. L’actuel archevêque de Turin, le cardinal Saldarini, est un bibliste. Il juge " possible " l'authenticité du linceul. Mgr Saldarini, ne voulant pas démentir son prédécesseur, a déclaré :
" Il ne suffit pas d'affirmer que le drap est une pièce médiévale. Le problème est de comprendre comment il est né. " La balle est dans le camp des sceptiques.
LE COUP DE LANCE
La plaie au cœur
Cette plaie est particulièrement riche d'enseignements. Le Dr Pierre Barbet a découvert que les dimensions de la plaie sont bien celles d'une lancea romaine (48 mm sur 15 mm). Le fait que le coup avait été porté à droite s'explique par l'habitude de l'escrime romaine qui entraînait les soldats à frapper de gauche à droite au " côté ouvert " latus apertum), non défendu par le bouclier de l'adversaire. De ce fait, la lancea avait glissé sur la sixième côte et perforé le cinquième espace intercostal.
Sur le trajet, reconstitué par Pierre Barbet, la lance avait rencontré le péricarde, plein de sérosité, et l'oreillette droite, toujours pleine de sang. D'où la phrase étonnante de l'Evangile : " Il sortit du sang et de l'eau " (Jn 19, 33-34).
Notons que le coup porté à droite du corps appareil à gauche sur le linceul du fait du décalque qui inverse la droite et la gauche. Ce qui veut dire que si un génial faussaire au Moyen-âge avait voulu simuler le coup au cœur - faisant couler le sang et l'eau -, en plus de l'inversion de l'image, il aurait dû aussi penser à l'inversion des côtés. Et le réaliser. Ce qui, nous le savons désormais, est techniquement impossible, même avec un authentique cadavre.
UN PEINTRE FAUSSAIRE ?
La coloration du tissu
Le linceul de Turin est attesté pour la première fois à la collégiale de Lirey, en Champagne, vers 1357.Vers 1370, Henri de Poitiers, évêque de Troyes, avait fait cesser les ostensions. Quand, vingt-cinq ans plus tard, le linceul avait été de nouveau exposé, son successeur, Pierre d'Arcis, avait écrit au pape Clément VII et au roi de France pour leur dire que son prédécesseur avait enquêté et qu' " il avait fini " par découvrir la fraude et comment ledit linge avait été astucieusement peint, la vérité étant attestée par l'artiste qui l'avait peint ".On sait seulement que des deux bulles qui autorisèrent cette ostension, la première, du 6 janvier 1390, accrédite l'idée que l'image est l'effet d'une coloration par la peinture -, qu'en revanche, sur la seconde, celle du,6 juin 1390, ce point a été raturé par Jean de Naples. Cette bulle est toujours au Vatican. Telle est l'origine de l'hypothèse du peintre faussaire. Explicitement ou implicitement, elle est la base de toutes les négations de l'authenticité jusqu'à nos jours, En 1973, une commission italienne de savants avait déjà effectué les premiers prélèvements sur le linceul et n'avait trouvé ni pigments ni traces de peinture. Au microscope, les savants avaient alors découvert que l'image était superficielle et composée de " fibrilles jaunes ". Mais les études n'avaient pas été bien organisées.
En 1978, l'équipe américaine du Sturp s'était d'abord attaquée à l'étude de la formation de l'image, en cherchant notamment à y voir l'œuvre d'un peintre par une série de tests très serrés: eau, feu, microscope, rayons X, infrarouges, ultraviolets, radiographie, fluorescence, réflectrométrie, chimie, VP8 de la Nasa (qui permet une représentation en relief de l'image).
La série de tests ne fit apparaître aucun pigment, aucune trace de peinture. Mais elle établit la présence de sang à l'emplacement des plaies. Le Sturp confirma que l'image était superficielle, que sa coloration ne pénétrait pas dans les fils; que l'image ne touchait que les fibres supérieures de la trame du linceul sur une profondeur de l'ordre de 40 microns. Ce qui exclut toute imprégnation de liquides et par là même toute technique d'imprégnation pour l'image. Celle-ci est bien composée de " fibrilles jaunes ".La coloration est le produit d'une déshydratation de la cellulose d'origine inconnue faisant penser à une sorte roussissure provoquée par une source de chaleur. Les études confirmaient ce que l'incendie de 1532 avait montré: la stabilité de l'image à l'eau et au feu, ce n'est pas le cas d'une peinture. L'image n'a pas vieilli, comme l'auraient fait les peintures anciennes. Aucun " tracé directionnel " (coup de pinceau) ne fut identifié sur le linceul. A l'évidence, cette image n'avait pas de facture artistique. C'était un " négatif photographique " parfait, très détaillé.
L'INCENDIE DE 1997
COÏNCIDENCES TROUBLANTES
C'était la deuxième fois que le linceul échappait aux flammes. Déjà en 1532, à Chambéry, la nuit du 3 au 4 décembre, il avait été sauvé de peu de l'anéantissement, comme en témoignaient les traces visibles laissées sur le tissu par Le feu et par l'eau. Si le linceul de Turin avait disparu cette nuit-là dans les flammes, qu'est-ce qui alors été aurait alors irrémédiablement perdu?Qu'aurait-il encore été possible de faire pour sa reconnaissance? Plus rien. De son côté, le Saint Siège ne regretterait-il pas d'avoir tant tardé à déclencher la procédure de reconnaissance officielle de l'authenticité scientifique ? Comment, enfin, expliquer que le christianisme, qui a produit tant de grands esprits dans le passé reste aujourd'hui obstinément silencieux sur l'objet scientifique le plus chargé de sens de son temps.
Ce qui m'a tout de suite frappé c'est la série de coïncidences étonnantes qui entourait l'évènement. C'est le fait que l'incendie avait éclaté à la fin d'un dîner de gala donné en l'honneur du secrétaire général des Nations unies, Koffi Annan. (Ce gala se tenait au Palais royal de Turin même, dans lequel se trouvait justement la " chapelle du Saint Suaire et dont les salles communiquent par une porte avec cette chapelle.)
C'est le fait que l'incendie avait précisément éclaté dans cette chapelle. C'est sa violence exceptionnelle : les pompiers ont lutté toute la nuit contre les flammes. Il n'a pas fallu moins de sept heures pour maîtriser le sinistre.
" QUELQU'UN VOULAIT DÉTRUIRE LE SUAIRE! "
C'est au péril de sa vie que, armé d'une masse de quatre kilos, le pompier Mario Trematore mettra vingt minutes pour défoncer la vitre pare-balles, composée de huit épaisseurs de verre, qui emprisonnait au milieu des flammes la châsse d'argent dans laquelle était enfermé le linceul : " J'étais là, abrité derrière une colonne de la chapelle, avec les flammes qui cernaient le Saint Suaire. Je me suis dit : c'est ton tour.
Et je sentais, provenant de l'intérieur du reliquaire, une force divine qui demandait à être sauvée par moi. Oui, vraiment par moi, je vous l'assure. Le verre ne voulait pas céder. Je crois qu'à cet instant c'est Dieu qui m'a donné la force de le rompre. Je me disais : ce qu'un projectile ne peut percer, c'est toi qui le feras, avec cette simple masse.
Les ouvriers qui travaillent à la restauration de la chapelle assuraient avoir enlevé les appareils et coupé l'électricité. Une dépêche de l'AFP annonça que " quatre ou cinq foyers, tous localisés dans la chapelle, avaient été détectés ".En définitive, personne ne comprit comment un tel incendie avait pu se déclencher et le parquet de Turin ouvrit une enquête. " Si les magistrats privilégient la piste du court-circuit, c'est seulement en tant qu'hypothèse.
SECRETS INVISIBLES
La troisième dimension
L'étude confirma également l' effet de distance de l'image. La définition de la densité de couleur était bien en rapport avec la distance entre la toile et le corps. Ce qui permit au Sturp - grâce à un appareil de la Nasa, le VP8 - de confirmer les travaux précédents sur la " tridimensionnalité de l'image ".
La connaissance scientifique qu'impliquait la représentation du Linceul - image et empreinte -, notamment anatomique, excédait largement les connaissances du haut Moyen Age. La surinformation de l'image et de l'empreinte était incompatible avec le travail d'un peintre médiéval. En bref, la science médiévale ne permettait ni de connaître ni de représenter le linceul tel qu'il est aujourd'hui. Puisque l'homme du XXe siècle n'était capable ni d'imaginer ni de construire le générateur " photographique " de l'image, c'était que l'image automatique du fait rendait directement compte de ce fait, sans intervention artificielle d'un homme. A l'évidence, il n'y avait pas d'autre issue : le mécanisme de transfert d'image - le générateur " photographique " était " naturel ".
LOGIQUE MATHÉMATIQUE
Ce que prouve la Science
Plus mes recherches progressaient, plus j'étais frappé par la correspondance existant entre la logique scientifique du linceul et la logique sémantique des Evangiles. Ce que les mathématiques appellent isomorphisme (la même forme logique). J'étais frappé par le fait que la logique du linceul était aussi contraignante que celles des mathématiques. Que, par l'impression-retrait-sans-contact (le 18e point), elle posait aux hommes du XX' siècle la question posée vingt siècles plus tôt aux contemporains de la Passion par la disparition du corps.
Qu'elle obligeait à mettre le fait - et non l'opinion - au premier plan. Qu'elle faisait dépendre la datation du linceul de l'identification de l'homme, et non l'inverse. Que l'identification de l'homme du Linceul n'était absolue que si l'on introduisait le 18eme point -métaphysique - qui identifiait le Christ religieux au Jésus historique, l'un " collant " ainsi à l'autre nécessairement... Aucun fait attaché à cet homme et scientifiquement mesurable n'a été attesté depuis le détachement du corps d'avec le linge.
La science prouve simplement que le corps de l'homme du Linceul s'est dématérialisé - puisqu'il a disparu sans contact - et que par conséquent les sages-femmes n'ont pas menti dans leur témoignage sur la disparition inexpliquée du corps. La science prouve seulement la dématérialisation. Il existe un fossé entre la dématérialisation et la " résurrection ", que la science moderne ne saurait franchir, car elle ne possède aucune information sur cette dématérialisation.
(L'Enigme du linceul, d'Arnaud-Aaron Upinsky, Mitions Fayard, 251 pages.)
Les aléas du C14
Tout organisme vivant possède un taux de carbone 14 radioactif constant. Lorsque l'être meurt le C14 radioactif se désintègre alors selon une loi mathématique immuable. il lui faut une période d'environ 5700 ans pour perdre la moitié de son poids, puis encore à nouveau le même délai pour perdre la moitié du poids restant. Et ainsi de suite. Sur cette base, il ne reste plus alors qu'à mesurer le taux de C14 radioactif restant dans un objet d'origine organique pour en déduire depuis combien de temps le vivant dont il est tiré est mort et donc son âge. L'enthousiasme que cette méthode avait provoqué à l'origine est vite retombé. Ses postulats de base - la constance du taux de C14 dans le temps et dans l'espace, la fixité de la période d'environ 5 700 ans - ont été remis en question.
Dans plusieurs cas célèbres, cette datation a même donné des résultats des plus fantaisistes:
· l'homme de Lindow a été daté successivement de 300 ans avant Jésus-Christ, puis du 1er siècle après Jésus-Christ, et enfin du V siècle, soit 800 ans d'écart; des coquilles d'escargots encore vivants ont été datées de 24000 ans avant Jésus-Christ, datation qui a projeté dans le passé ancien un objet actuel ; un cor viking a été daté de 2006 après Jésus-Christ par le laboratoire de Tucson, datation qui a projeté dans le futur un objet vieux de 1500 ans.
LE GRAND SILENCE DES RELIGIEUX
Le responsable scientifique de l'authentification va trouver porte close au Vatican. Pourquoi ? Après le travail incomparable effectué sur un siècle, après le symposium de Rome (1993), la communauté scientifique internationale était en droit de penser que l'Eglise allait prendre le relais et enclencher sans délai la procédure de reconnaissance officielle de l'authenticité.
Alors que, le 13 octobre 1988, l'Eglise avait immédiatement réagi et accepté le verdict de faux de la datation au C 14, depuis le 12 juin 1993 l'Eglise n'avait ni réagi ni accepté le verdict d'authenticité du linceul, proclamé par l'ensemble de la communauté scientifique internationale engagée dans les recherches.
L'Académie pontificale des sciences, impliquée précédemment dans la datation au C 14, n'avait reçu aucune mission. Pourquoi l'Eglise s'obstinait-elle à qualifier d'icône ou de signe cette authentique pièce archéologique de son propre fondateur ?
L'authenticité n'était-elle pas une bonne nouvelle pour l'Eglise ? Pour clarifier les positions et prendre à nouveau date, le 7 avril 1996 j'adressai une lettre officielle à Jean-Paul II. Au nom de la communauté scientifique internationale, je mentionnais que le symposium de Rome de juin 1993 avait apporté la preuve attendue depuis six siècles : " l'identification scientifique de l'homme du Linceul : Jésus de Nazareth ". Que ce symposium avait posé " le fondement scientifique du fait générateur du christianisme ".
La réponse de la secrétairie d'État, que Mgr Sandri me fit au nom de Jean-Paul II, fut, il faut bien le dire pour le moins paradoxale. Alors que ma question était officielle et rigoureusement scientifique, la réponse était privée et strictement pastorale.
Aux termes de cette lettre, J-Paul II invoquait sur ma personne " l'assistance de l'Esprit " et " les dons pour témoigner du Royaume ". Il restait muet sur l'objet de ma lettre. Perplexe devant une réponse aussi déconcertante, je demandais alors une audience au Nonce Mgr Mario Tagliaseri.
Il me reçut le 2 décembre 1996, avenue du Président-Wilson, dans le somptueux hôtel particulier qui abrite la nonciature. Le nonce m'accueillit avec une extrême courtoisie. Nous restâmes tous les deux seuls dans cette vaste pièce. Il finit par me dire, après une attente qui me sembla interminable : " Si le Saint-siège ne vous répond pas, c'est qu'il ne veut pas vous répondre. " Puis, sur un second point, il me demanda de garder le secret. Pour la mystérieuse raison, il était urgent d'attendre et de faire le silence sur l'essentiel.
SA DESTRUCTION AURAIT STOPPE LA POLÉMIQUE.
Une comparaison diplomatique me vint alors à l'esprit : si le Saint-Siège était si peu pressé d'accréditer le Messager qu'était le linceul, n'était-ce pas parce qu'il jugeait son Message irrecevable ? Ce qui fut sans doute le révélateur décisif, ce furent les pressions inouïes que je subis au début de 1997 en provenance du milieu ecclésiastique pour arrêter mon travail sur le linceul de Turin.
Autant il me paraissait concevable qu'au sommet de l'Eglise les décisions pussent répondre à des considérations politiques " supérieures ", autant le rejet viscéral du linceul par un prêtre me semblait un contresens intrinsèque. Le 18 septembre 1997, j'appris que le prieur d'un couvent venait de dire -sans qu'aucun religieux de son ordre osât intervenir - qu'" il était regrettable que le linceul de Turin n'ait pas été détruit dans l'incendie. Ce qui aurait mis un terme aux polémiques ".
Au vu des résultats…….RELIQUE OU ICÔNE ?
Un envoyé spécial du quotidien milanais a rapporté dans il Giorno l'ambiance de quasi-comédie dans laquelle avait baigné la conférence de presse du 13 octobre 1988, au cours de laquelle le cardinal Anastasio Ballestrero, archevêque de Turin et custode du linceul, était censé annoncer une bien mauvaise nouvelle pour l'Eglise (le résultat par la datation au radiocarbone). Le texte officiel de sa déclaration mérite d'être cité :
" Ce document précise que l'intervalle de date calibré assigné au tissu du suaire, avec un taux de certitude de 95 %, se situe entre 1260 et 1390 après Jésus-Christ. " En remettant à la science l'appréciation de ces résultats, l'Eglise reconfirme son respect et sa vénération pour cette vénérable icône du Christ. ( ... ) "
Tout scientifique note que l'utilisation du mot " certitude " est erronée. C'est l'expression " intervalle de confiance de 95 % " qui est adaptée. Un " taux de certitude de 95 % " n'a pas de sens... La certitude, c'est 100 %. 95 %, c'est une probabilité ou une confiance.
Comment, sur le plan scientifique, au lieu de s'en tenir à l'annonce stricte du résultat de la datation au C14 du linceul, le custode peut-il, de son propre mouvement, en venir, contre toute raison, à qualifier d'icône une pièce archéologique qu'aucun scientifique n'a jamais qualifiée d'icône et qui ne saurait en être une sans preuve ? Comment, sur le plan religieux, peut-il parler de " culte d'une icône " au risque de friser l'idolâtrie, ce culte des " images " qui semble si déplacé en la circonstance ?
Au vu des résultats scientifiques établis avant cette datation, l'observateur ne pouvait que se demander pourquoi diable l'Eglise confiait le " culte " d'une telle " relique " à un homme d'Eglise qui croyait si peu à l'éventualité de son authenticité.
