CINÉMA

 

Que savait-on de la Shoah?

Etoile

Le pape Pie XII face au nazisme:

12/03/1939: élection de Pie XII

20/01/1942 : Solution finale

De l'antijudaïsme à l'antisémitisme

Que savait-on de la Shoah?

Amen., un film pour deux Histoires
  

La Shoah, entreprise d'extermination systématique des Juifs d'Europe (et des gitans) a été menée par les nazis dans le plus grand secret de 1941 à 1945.

De façon  significative, le nom de code des opérations de transport des déportés était  «Nacht und Nebel» (Nuit et Brouillard).

Malgré cela, par son ampleur, elle n'a pas échappé dès son commencement à la vigilance de quelques observateurs de bonne volonté ainsi qu'aux représentants de la Croix-Rouge.

Winston Churchill, Premier ministre du Royaume-Uni, dénonce l'extermination des Juifs dans le discours à la Nation du 24 août 1941 (soit au tout début des massacres d'innocents, quand ceux-ci se pratiquaient à la mitrailleuse dans des fosses communes): «Depuis les invasions mongoles au XIIe siècle, on n'a jamais assisté en Europe à des pratiques d'assassinat méthodique et sans pitié à une pareille échelle. Nous sommes en présence d'un crime sans nom (...). Quand sonnera l'heure de la libération de l'Europe, l'heure sonnera aussi du châtiment».

Un an plus tard, dans son numéro du 25 juin 1942 et les suivants, le Daily Telegraph  de Londres publie une série d'articles incendiaires.

Le premier révèle: «Plus de 700.000 Juifs polonais ont été exterminés par les Allemands dans le plus grand massacre de tous les temps».

Ces informations sont reprises par le New York Times et suscitent des manifestations de protestation  à New York.

Elles proviennent d'une dépêche reçue par Samuel Zygelbojm, membre du  Conseil national polonais de Londres. Blessé par l'indifférence de l'opinion publique, celui-ci se suicide le 12 mai 1943 («Puisse ma mort être un  cri contre l'indifférence avec laquelle le monde regarde la destruction du monde juif et ne fait rien pour l'arrêter»).

Des informations plus ou moins fiables ont donc circulé tout au long de la guerre. Un observateur vigilant pouvait en tirer une idée assez précise du drame qui se jouait en Europe centrale.

Pourtant, personne ou presque n'en a rien voulu savoir. C'est que l'extermination paraissait proprement incroyable aux contemporains du fait de son caractère inédit et démesuré.

Le philosophe Raymond Aron, qui servit la France Libre à Londres, explique dans ses Mémoires son incrédulité et celle de ses contemporains: «Les chambres à gaz, l'assassinat industriel d'êtres humains, non, je l'avoue, je ne les ai pas imaginés et, parce que je ne pouvais pas les imaginer, je ne les ai pas sus».

Un Français confie qu'ayant entendu à la radio, en 1945, que  les Alliés avaient libéré d'horribles camps d'extermination, il avait d'abord pensé à une banale affaire de propagande de guerre.

Qui est responsable?

Il est très difficile a posteriori de départager les responsabilités des uns et des autres dans l'absence de réaction au génocide.

Il semble d'abord que nul, y compris le pape, Churchill et le président américain Roosevelt, n'ait osé prendre la véritable mesure d'un drame comme l'humanité n'en avait encore jamais connu.

Pour Churchill et Roosevelt, chefs de guerre engagés dans une lutte inexpiable, il était impensable d'autre part de détourner des moyens militaires ou logistiques pour tenter de sauver des civils, avec des résultats qui n'étaient pas le moins du monde garantis.

Que  pouvaient-ils faire? Arrêter les trains de la mort? Ce n'était pas une mince affaire que de bombarder des voies ferrées au cœur de la Pologne occupée par les nazis.

De leur point de vue, une seule chose importait dans l'intérêt de l'humanité: en finir au plus vite avec le nazisme.

Le président  américain était sensible aussi à son opinion publique et il connaissait sa versatilité. Devait-il prendre le risque de rompre le front national contre le nazisme en hébergeant quantité d'immigrants juifs?

Les organisations sionistes qui préparaient l'avènement en Terre sainte d'un État juif étaient dans la même expectative.

Leur leader, David Ben Gourion, s'était accommodé des mesures  antisémites de l'Europe des années 1930 qui lui avaient permis d'accueillir en Palestine des flots d'immigrants.

Confronté aux informations concordantes sur le génocide, il n'avait, pas plus que les autres, mesuré sa véritable dimension.

Le pape Pie XII, enfin, a tenté tardivement et timidement, à la Noël 1942, de dénoncer le génocide.

Sans doute ne faut-il pas se faire d'illusions. Après la mi-1941, Hitler et les nazis étaient déjà trop engagés dans la course au précipice pour s'arrêter à des injonctions publiques.

Et nous...

Méfions-nous de la tentation de refaire l'Histoire après coup et de juger nos aïeux.

Rappelons-nous. En 1978, il ne fallut que quelques heures au président de la République pour envoyer des paras à Kolwezi, au cœur de l'Afrique. Sans s'embarrasser d'arguties diplomatiques, ces hommes allaient sauver une poignée de Blancs menacés par la soldatesque locale. Fort bien.

En 1994, la France s'abrita derrière l'ONU pour ne rien faire quand des Hutus massacrèrent leurs compatriotes à la machette, sous les yeux des officiers français chargés d'assister le gouvernement du Rwanda.

Songeons une minute à ce que pourront dire nos enfants quand ils réexamineront notre attitude face aux horreurs du génocide rwandais (1994), de la guerre en Yougoslavie (1992-1996) ou encore face à la collusion entre les groupes pétroliers (TotalFinaElf,...) et les régimes meurtriers d'Afrique (Soudan, Congo, Nigéria).
 

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