20 janvier 1942

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Les baladins, par Pablo Picasso (Espagne et France 1881-1973), National Gallery of Art (Washington)
Ce jour-là...

Mise au point de la «Solution finale»

 Les grandes étapes de la vie de Hitler

20 avril 1889: naissance de Hitler

27 février 1933: incendie du Reichstag

8 juillet 1933: Concordat

14 juillet 1933: loi sur la stérilisation des handicapés

30 juin 1934: la "Nuit des longs couteaux

15 septembre 1935: premières lois antisémites

12 mars 1938: Anschluss de l'Autriche

30 septembre 1938: les accords de Munich

9 novembre 1938: la "Nuit de Cristal"

1er septembre 1939: invasion de la Pologne; début de la seconde guerre mondiale

10 mai 1940: invasion de la Belgique

24 octobre 1940: rencontre de Montoire

20 janvier 1942: la "Solution finale"

20 juillet 1944: attentat contre Hitler

Le 20 janvier 1942, une quinzaine de dignitaires nazis et d'officiers SS se réunit à Wannsee, dans une villa de ce faubourg huppé de la capitale allemande (Grossen Wannsee, 56-58).

Au cours de cette conférence de Wannsee, Reinhard Heydrich, le chef des services de sécurité allemands - la Sicherheitspolizei (SD) et le Reichsicherheits-Hauptamt (RSHA) -, expose pour la première fois les modalités de la «solution finale de la question juive» (en allemand: Endlosung der Judenfrage).

Cette expression énigmatique recouvre rien moins que le projet d'exterminer tous les Européens israélites ou considérés comme tels par les nazis.

C'est l'aboutissement d'un extraordinaire retournement de situation si l'on veut bien songer qu'en 1914, l'Allemagne et l'Autriche étaient considérées comme les pays européens les plus tolérants envers les juifs.

Au début de la première guerre mondiale, les juifs américains prirent même leur parti contre la Russie tsariste.

Montée de l'antisémitisme

Adolf Hitler est le premier coupable de l'extermination des juifs.

Dans «Mein Kampf» (Mon combat), le gros livre qu'il écrit en prison, en 1924, pour décrire son itinéraire et exposer son projet politique, le futur Führer explique qu'il est devenu un «antisémite fanatique» à Vienne, avant la guerre. Mais c'est en 1918, suite à la défaite des puissances centrales, que son antisémitisme devient véritablement haineux.

Hitler rejette la responsabilité de la défaite sur la «juiverie internationale». En Allemagne même, les juifs aux commandes de l'économie auraient poussé les responsables politiques à demander l'armistice et encouragé les ouvriers à faire la révolution, comme en Russie, afin d'anéantier le peuple allemand. En France et dans les pays anglo-saxons, les juifs auraient aussi usé de leur influence pour entraîner les gouvernements contre l'Allemagne et l'Autriche.

En 1920, le parti nazi projette d'attribuer aux juifs le même statut qu'aux étrangers et de favoriser leur émigration. Dans «Mein Kampf», Hitler s'épanche sur ses sentiments antisémites mais ne dit rien du sort qu'il réserve aux juifs, une fois qu'il serait au pouvoir. En 1928, il renouvelle le souhait de ne tolérer les juifs en Allemagne «que comme des étrangers».

En 1935, au pouvoir depuis deux ans, Hitler prend les premières lois antisémites en vue d'exclure les Juifs de la vie nationale.

Jusqu'à leur entrée en guerre contre leurs anciens alliés soviétiques, le 22 juin 1941, les nazis vont pratiquer un antisémitisme de plus en plus brutal sans toutefois organiser de meurtres systématiques: exclusion des Juifs de toutes les fonctions un tant soit peu importantes, interdictions professionnelles, pogroms etc. Le summum est atteint avec la Nuit de Cristal.

Ils pensent en finir avec les Juifs d'Europe en les regroupant dans des «réserves», d'abord à Lublin, en Pologne, puis à Madagascar. Jusqu'en 1941, un groupe de travail va réfléchir aux moyens de convoyer les Juifs vers la grande île de l'Océan Indien, alors colonie de la France.

Vers l'extermination

Le 3 janvier 1939, tandis que se fait jour l'imminence d'un conflit généralisé, Hitler évoque pour la première fois en public le projet d'exterminer les Juifs et non plus seulement de les chasser, cela dans l'hypothèse où ils menaceraient son projet politique.

Cette hypothèse se profile pendant l'été 1941, quand le projet hitlérien d'une alliance avec l'Angleterre et la France contre les Soviétiques. A l'opposé de ce souhait, l'Allemagne se retrouve en guerre contre l'Angleterre de Churchill et l'URSS de Staline. L'entrée en guerre des États-Unis n'est plus qu'une question de mois.

Le Führer a des motifs de se réjouir de ses succès militaires et pourrait se laisser gagner par l'euphorie.

Mais la guerre-éclair dans les plaines russes, engagée trop tardivement, piétine devant l'arrivée de l'hiver et la résistance des partisans.

Appréhendant une nouvelle défaite après celle de 1918, le Führer éprouve le besoin d'engager totalement le peuple allemand à ses côtés.

Le génocide et la guerre

A la fin de l'année 1941, en Pologne et en URSS, des groupes de SS ont déjà assassiné 300.000 à 400.000 Juifs de différentes façons.

A la réunion de Wannsee, les nazis décident d'accélérer le processus en lui appliquant un mode d'organisation industriel.

L'extermination des juifs d'Europe (mais aussi des tziganes) devient systématique, faisant en moins de quatre ans un total de 6 millions de morts.

Des simples citoyens aux SS en passant par les soldats de la Wehrmacht, beaucoup d'Allemands se compromettent peu ou prou dans l'indicible crime.

Parmi les peuples assujettis aux nazis, il se trouve aussi beaucoup de gens pour se laisser entraîner à des actes impardonnables comme l'a rappelé le procès de Maurice Papon.

En France, René Bousquet, jeune fonctionnaire ambitieux et froid, est le principal acteur de l'entreprise d'extermination.
  

  
Le triangle de la mort

Les nazis constituent en quelques mois un vaste réseau destiné à drainer leurs futures victimes vers les camps de la mort.

Des camps de transit disséminés dans toute l'Europe occupée sont reliés par voie ferrée à ces camps situés en Pologne méridionale, dans un triangle constitué par Treblinka, Chelmno, Sobibor, Belzec et surtout Auschwitz (Oswiecim). 

Dans le seul camp d'Auschwitz, où sévissent 3.000 SS sous la férule de Rudolf Hoess, on arrive en 1944 à exterminer et brûler les malheureux au rythme de 600 par jour.

 Entrée du camp d'Auschwitz

Dès 1941, un camp de concentration (une prison) est construit à Auschwitz pour les résistants polonais. Ces premiers baraquements (Auschwitz I) reçoivent ensuite des prisonniers de guerre soviétiques puis pour l'essentiel des juifs. 

Une extension (Auschwitz II) est réalisée près du village de Birkenau. C'est là que sont amenés les déportés destinés à une mort immédiate. Ils sont dirigés dans des chambres à gaz et leurs corps sont ensuite brûlés dans des fours crématoires.

Un troisième camp (Auschwitz III) reçoit, comme Auschwitz I, les prisonniers affectés au travail forcé. La plupart sont affectés dans une usine chimique voisine de la firme IG Farben.

Un médecin diabolique, Josef Mengele, se rend célèbre en pratiquant à Auschwitz des expériences insoutenables sur les déportés.
 

Malgré le secret dont elle est entourée, l'immense entreprise d'extermination des juifs et des tziganes d'Europe est rapidement connue à l'étranger.

Mais l'opinion démocratique se refuse jusqu'au bout à y croire tant les faits paraissent invraisemblables.

Bibliographie

Sur la genèse du génocide juif, je ne saurais trop recommander la lecture du livre de Philippe Burrin, professeur à Genève: Hitler et les juifs, Seuil, 1989.

 

Mise à jour le 24 février 2003