L'empereur
d'Allemagne à Canossa
Depuis qu'au XIXe siècle, le chancelier Bismarck, en conflit avec l'Église catholique,
lança: «Je n'irai pas à Canossa!», l'expression «aller à Canossa»
signifie que l'on se rend aux injonctions de l'adversaire.
Elle rappelle une fameuse querelle entre le pape et l'empereur d'Allemagne qui se dénoua
le 28 janvier 1077 par une humiliation feinte de ce dernier.
La Querelle des Investitures
Le pape Grégoire VII avait publié en 1075 vingt-sept
propositions sous l'intitulé Dictatus papae (l'«Édit du pape»), par
lesquelles il affirmait que les évêques devaient être nommés par lui et non plus par
l'empereur. Le pape lui-même devait être élu par un conclave des cardinaux et non plus
par les nobles romains.
Ces propositions participaient d'un vaste mouvement de réforme amorcé par le pape en vue
d'imposer sur la chrétienté l'autorité du Saint-Siège, jusque-là très symbolique.
L'empereur d'Allemagne Henri IV s'opposa à ces réformes qui rompaient avec la
traditionnelle soumission du clergé envers le pouvoir séculier et déséquilibraient les
rapports d'égalité antérieurs entre l'empereur et le pape.
Il tenta de déposer le pape mais celui-ci répliqua en l'excommuniant et en autorisant
ses vassaux à rompre leur serment d'obéissance.
Des seigneurs allemands en profitèrent pour récupérer des biens et des avantages qui
leur avaient été confisqués et ils élirent même un roi concurrent.
Peu à peu abandonné de tous, Henri IV craignit que le pape ne vint en Allemagne au
secours des dissidents.
Il préféra prendre les devants et se rendit lui-même en Italie auprès de
son ennemi, qui était en visite chez la comtesse Mathilde de Toscane, dans son château
de Canossa.
Pieds nus dans la neige, il attendit pendant trois jours que le pape voulût bien le
recevoir et le relever de l'excommunication.
Le pape n'eut d'autre choix que de pardonner au pénitent. Celui-ci en profita pour
restaurer son autorité et... reprendre la Querelle des Investitures.
Fausse victoire de l'empereur
L'humiliation feinte de Canossa débouche ainsi sur la victoire de l'empereur. Henri IV
réunit un concile à sa dévotion qui nomme un nouveau pape.
Grégoire VII doit s'enfuir chez les Normands qui occupent l'Italie du sud et sous
prétexte de restaurer le pape sur la chaire de Saint Pierre, ces derniers en profitent
pour piller Rome.
Le grand pape réformateur mourra abandonné de tous à Salerne le 25 mai 1084.
La papauté devra encore lutter pendant plusieurs décennies avant de gagner
définitivement la Querelle des Investitures avec le concordat de Worms de 1122.
Stabilisée par la séparation du pouvoir spirituel et du pouvoir séculier (c'était
déjà une forme de laïcité), la chrétienté occidentale entamera alors une magnifique
expansion. Elle s'épanouira dans une foi naïve et puissante dont l'art roman nous
conserve le souvenir.