4 septembre 1090

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Le Christ bénissant, par Duccio di Buoninsegna (Italie 1255-1318), National Gallery of Art (Washington)
Ce jour-là...

 

Les Assassins s'emparent d'Alamout

Le 4 septembre 1090, un chef de bande perse, Hassan ben Sabbah, s‘empare de la forteresse d‘Alamout, située à 1800 mètres d‘altitude dans l‘Elbourz, une chaîne de montagnes qui surplombe la mer Caspienne (Iran actuel).

De ce nid d‘aigle imprenable, par le crime et le pillage, Hassan va établir une domination occulte sur l‘ensemble du Moyen-Orient, avec le secret dessein d‘établir la suprématie des Perses sur les Arabes et les Turcs.

Hassan ben Sabbah (ou al-Hassan ibn-al-Sabbah) est né à Qom dans la religion traditionnelle de la Perse, le zoroastrisme.

Converti à l‘ismaélisme, une branche dissidente du shi‘isme musulman, il se rend au Caire et se lie à Nizar, fils du calife fatimide el-Mutanzir II, qui gouverne alors l‘Egypte.

A la mort de son père, Nizar est exclu de la succession. Ses fidèles, les nizarites, aussi appelés… «fidaiyyun» (ou fedayins, d‘un mot arabe qui désigne ceux qui se sacrifient), se replient vers la Perse sous la conduite de Hassan ben Sabbah.

Avec l'appui de 5.000 guerriers et la mainmise sur Alamout, Hassan consolide sa nouvelle puissance.

Cultivé, bon connaisseur des cultures hellénistique et hindouiste, qu‘il a découvertes à Alexandrie d‘Egypte, Hassan se présente comme le successeur d‘Ismaël (le septième imam ou prophète, après Mahomet lui-même, selon les ismaéliens).

Lui-même et ses disciples se désignent sous le nom de batiniens (de l‘arabe «batin», ceux qui interprètent les textes).

L‘avènement de Hassan précède de peu le premier appel à la Croisade du pape Urbain II. Pendant les deux siècles que dureront les Croisades, les ismaéliens nizarites vont ainsi se trouver les alliés objectifs des Croisés contre les Turcs et les Arabes.

Hassan assoit sa puissance en pillant les caravanes à partir de ses nids d‘aigle, dispersés dans les montagnes d‘Orient, et en terrorisant les puissants seigneurs du cru.

Ses disciples se montrent prêts à tuer sur son ordre au péril de leur vie… et avec la certitude de gagner le paradis par leur sacrifice.


 < Le "Vieux de la Montagne" vu par Marco Polo >

Des chroniqueurs musulmans et chrétiens, y compris Marco Polo, rapportent sans garantie de véracité que ces terroristes absorbent une boisson spéciale avant de partir en mission.

Ils s'endorment alors pendant trois jours et entrevoient le paradis, avec ses vierges lubriques et ses mets succulents. Une fois dissipés les effets de la boisson, ils n‘ont plus que l‘envie d‘y aller pour de bon et se montrent prêts à mourir.

C‘est ainsi que sont poignardés des vizirs, voire des chefs croisés comme le comte Raymond de Tripoli en 1152 ou le roi de Jérusalem Conrad de Montferrat en 1192. A noter que le chef des ismaéliens et ses successeurs ne s‘en prennent qu‘aux élites dirigeantes et se soucient fort peu de massacrer les gens ordinaires.

L‘héritier le plus prestigieux de Hassan est le grand-maître Rachid ed-Din el-Sinan, que les Croisés surnomment le «Vieux de la montagne». Il traite avec les Grands de son époque: Saladin, Richard Cœur de Lion,… L‘un de ses successeurs traitera même avec Saint Louis lors de la septième Croisade.

Mais les nizarites perdront tout pouvoir lors de l‘invasion mongole. Leur forteresse d‘Alamout tombe aux mains du Mongol Hulagu en 1256. En Syrie, leur principale forteresse, Masyad, est, elle, conquise en 1272 par les Mamelouks. Dans le même temps, les derniers Croisés lâchent prise sous les coups des Turcs… L‘Orient arabe entre dans un profond assoupissement.

Mystérieux assassins

Les disciples de Hassan ben Sabbah et de ses successeurs restent connus dans l’Histoire sous le nom d’Assassins. Le mot viendrait de l’arabe assas qui signifie fanatique. Employé sous ce sens-là par les chroniqueurs médiévaux, il aurait dérivé jusqu’à prendre son sens actuel: tueur avec préméditation.

Selon une autre interprétation, développée au XIXe siècle par Sylvestre de Sacy, il viendrait de l’arabe «hachîchi», qui désigne celui qui consomme du chanvre indien, ou hachîch (herbe en arabe). On suppose dans cette hypothèse que la fameuse boisson consommée par les tueurs devait être du hachîch.

Le descendant de Hassan ben Sabbah est aujourd‘hui connu sous le nom d‘Aga Khan. C‘est le chef respecté (et très riche) des ismaéliens, une communauté de quinze millions de personnes présente principalement sur les bords de l‘Océan indien, y compris en Afrique orientale).

Sa femme porte le titre de Bégum, bien connu de la presse magazine. On est loin ici du souvenir des assassins.

 

Mise à jour le 23 février 2003