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Les fondateurs de l'Europe:
An Mil: naissance de l'Europe moderne
Eudes devient le premier roi français le 29 février 888
Conrad est élu roi d'Allemagne le 24 septembre 911
Les Hongrois battus au Lechfeld par Otton 1er, fils de
Henri 1er, le 10 août 955
Otton le Grand est couronné empereur à Rome le 2
février 962
22 avril 1073: Hildebrand devient Grégoire VII
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Hildebrand devient pape le
22 avril 1073 et prend le nom de Grégoire VII.
Ce moine d'environ 50 ans, originaire de Soana, en Toscane,
s'était acquis une excellente réputation auprès des Romains
en servant les papes précédents.
Il est proclamé pape et porté sur le trône de Saint Pierre par
la foule romaine, contrairement au décret qu'il avait lui-même
inspiré en 1059, réservant l'élection des papes au collège des
cardinaux (ou prêtres de premier rang, d'après le mot latin
cardo).
Le nouveau
pape modifie profondément l'Église catholique pour la rendre
plus morale et surtout plus indépendante des seigneurs et des
souverains.
Les mesures de Grégoire VII restent connues sous le nom de réforme
grégorienne.
Certaines ont déjà été ébauchées par ses prédécesseurs, sous
l'inspiration de Hildebrand lui-même, du temps qu'il était moine
à Cluny, en Bourgogne.
Les
prémisses de la réforme
Les prémisses de la réforme apparaissent avec Léon IX, pape
imposé à Rome en 1049 par Henri III, le plus énergique de tous
les empereurs germaniques.
Pendant les cinq années de son pontificat, Léon IX n'a de cesse
de parcourir l'Occident et de réunir évêques et abbés en synodes
pour les convaincre de l'urgence de réformer l'institution ecclésiastique.
Les principales pierres d'achoppement sont au nombre de deux:
- la simonie, c'est-à-dire le trafic contre argent des
biens d'Église; le mot simonie venant de Simon le Magicien,
un personnage légendaire qui aurait offert à l'apôtre Saint
Pierre de lui acheter le don de faire des miracles,
- le mariage et le concubinage des prêtres, précédemment tolérés:
si le pape veut imposer le célibat au clergé, ce n'est pas pour
des raisons «morales» mais politiques et économiques.
Les prêtres mariés étaient en effet tentés de s'enrichir et
de constituer une rente au profit de leurs descendants, privant
l'Église des moyens matériels indispensables à l'accomplissement
de sa mission.
Pour réussir dans son entreprise, le pape, qui, au début du
Moyen Âge, était simplement considéré comme l'évêque de Rome,
veut imposer sa prééminence sur les autres évêques.
Cette prééminence est acceptée par les Occidentaux avec plus
ou moins de bonne grâce mais rejetée par les Orientaux de culture
grecque.
C'est sous le pontificat de Léon IX, en 1054, que se confirme
la rupture définitive entre l'église romaine, qui prétend au
qualificatif de catholique, c'est-à-dire universelle,
et l'église byzantine, qui se qualifie d'orthodoxe (en
grec: conforme à la vraie Foi).
L'action
de Grégoire VII
L'évêque Yves de Chartres et les moines de Cluny sont les principaux
inspirateurs de la réforme grégorienne, qui vise à instaurer
l'autorité du pape sur la chrétienté et à ne plus cantonner
le Saint-Siège dans les fonctions symboliques qui étaient jusque-là
les siennes.
Grégoire VII commence par proscrire le mariage et le concubinage
des prêtres; il condamne par ailleurs la simonie.
Le pape s'attelle à la formation des curés qui, trop souvent
incultes, se souciaient assez peu d'évangéliser leurs ouailles.
Enfin, par vingt-sept propositions célèbres de 1075 (le
Dictatus papae), il réserve au collège des cardinaux l'élection
des papes.
Il condamne les investitures laïques, c'est-à-dire le droit
qu'avaient les souverains de nommer les évêques.
C'est une révolution dans un monde où, selon la tradition antique,
on est encore porté à penser que l'empereur est le représentant
de Dieu sur la Terre et que le clergé a vocation à le servir.
Grégoire VII, inspiré par l'esprit de Cluny,
souhaite au contraire imposer la primauté du pouvoir spirituel
sur le pouvoir séculier, celui de l'empereur et des souverains.
Il veut pour le moins une Église autonome. C'est une préfiguration
de la laïcité moderne.
Le pape va s'opposer avec violence sur les investitures à l'empereur
d'Allemagne Henri IV. Celui-ci, fort habilement, lui demandera
pardon à Canossa pour mieux
l'abattre mais la papauté imposera finalement l'essentiel de
ses vues par le concordat de Worms,
en 1122.
La soumission des guerriers au clergé
Last but not least, le pape Grégoire VII, dans la tradition
de l'Église médiévale, s'appuie sur les guerriers à cheval pour
étendre la paix civile et le règne du droit en Occident.
L'apparition de l'étrier, une innovation venue d'Orient au début
du Moyen Âge, a permis aux chevaliers d'être plus stables sur
leur monture et de prendre ainsi le dessus sur les fantassins
à pied.
Prenant en considération cette nouvelle donne, l'Église des
temps carolingiens a patiemment entrepris de transformer la
chevalerie en une arme noble aux objectifs sacrés (la défense
de la veuve et de l'orphelin,...).
Elle a développé des rituels semi-religieux d'adoubement et
a encouragé les «trêves de Dieu», c'est-à-dire les
pauses dans les guerres. Non sans succès, elle a ainsi moralisé
les guerriers et atténué la violence des guerres féodales.
Renouveau du monde
chrétien
L'Église sort considérablement rajeunie de la réforme grégorienne.
Elle entraîne l'Occident médiéval dans une expansion sans précédent,
illustrée par la construction d'églises et de cathédrales, l'éclosion
des Universités et une relative paix civile. Les Croisades
seront une conséquence plus contestable du renouveau de la foi
en Occident.
Raoul Glaber, un clerc bourguignon du XIe siècle, reste connu
pour ses chroniques de l'époque de l'An Mil. Il témoigne du
renouveau qui saisit l'église d'Occident à la veille de l'élection
de Grégoire VII. Son texte ci-après annonce l'art roman:
«Comme approchait la troisième année qui suivit l'an mil,
on vit dans presque toute la terre, mais surtout en Italie et
en Gaule, rénover les bâtiments des églises; une émulation poussait
chaque communauté chrétienne à en avoir une plus somptueuse
que celles des autres. C'était comme si le monde lui-même se
fût secoué et, dépouillant sa vétusté, eût revêtu de toutes
parts une blanche robe d'églises» (Histoires).
Suite à la réforme grégorienne, le XIe et le XIIe siècles vont
donner lieu à la naissance de l'art roman (ou romain,
c'est-à-dire d'inspiration latine).
Différentes provinces périphériques de France en conservent
de précieux témoignages. Ainsi l'église de la Madeleine, à Vézelay,
en Bourgogne, Notre-Dame-la-Grande, à Poitiers, ou encore l'église
Saint-Front, à Périgueux.
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