Trois
couleurs pour la France
Le 15 février 1794, à Paris, l'assemblée de la
Convention impose le drapeau tricolore bleu-blanc-rouge.
Elle «décrète qu’à compter du 1er prairial an II (20 mai 1794), le pavillon
sera formé des trois couleurs nationales disposées en trois bandes égales posées
verticalement,...» pour mettre fin à la fantaisie des couleurs dans la Marine
française, sujette à confusion dans les combats.
L'initiative revient à un député de Montauban, le pasteur André Jeanbon, dit Jeanbon Saint-André.
Le peintre Louis David, consulté, suggère pour des raisons d'esthétisme que le bleu
soit fixé à la hampe.
Après des hésitations, le choix de la Convention est confirmé en 1812 par
l'empereur Napoléon 1er et étendu aux régiments de l'armée de terre.
La Restauration monarchique, de 1815 à 1830, impose le drapeau blanc, réputé à tort
être l'emblème traditionnel des rois de France.
Louis-Philippe 1er, qui combattit à Valmy et Jemmapes, revient aux trois couleurs en 1830 de sorte
qu'en 1848, les républicains hésitent à les conserver et penchent pour le drapeau
rouge.
Il faut toute l'éloquence de Lamartine pour les conserver.
Le 14 juillet 1880, enfin, sous la IIIe République, le président Jules Grévy consacre
la popularité de cet emblème en le remettant solennellement à tous les corps de
l'État.
Une longue histoire
Les trois couleurs remontent aux origines de l'Histoire.
Le fameux roi Dagobert, descendant de Clovis, avait pris l'habitude d'arborer la bannière
de Saint-Denis, rouge du sang du martyr, dans les heures
de grand péril.
Cette tradition fut reprise mille ans plus tard par les révolutionnaires parisiens,
insurgés contre le roi, de sorte que le drapeau rouge devint en définitive le symbole
mondial des luttes révolutionnaires et ouvrières!
Le blanc était la couleur d'une écharpe que les chefs des armées et le roi en personne
arboraient au combat, sous l'Ancien Régime, pour signaler leur grade. C'est seulement en
1815, sous la Restauration, qu'il devint le symbole de la monarchie.
On repère le bleu dans les couleurs des bourgeois de Paris, au Moyen Âge, en association
avec le rouge.
Les rois de France, jusqu'à la Révolution, changent d'emblème à leur guise et nul ne
se soucie de vénérer leurs couleurs.
Les couleurs bleu, blanc et rouge commencent d'émerger dès le règne d'Henri IV.
Le «Vert-Galant» recommande ces trois couleurs aux ambassadeurs hollandais qui
en font illico l'emblème de leur Marine. C'est ainsi qu'aujourd'hui, le
bleu-blanc-rouge se retrouve sur le drapeau des Pays-Bas comme sur celui du
Luxembourg (ancienne possession néerlandaise).
Le tsar Pierre 1er le Grand, de passage à Amsterdam au début du XVIIIe siècle, adopte
les mêmes couleurs pour ses navires. De sorte que le bleu, le blanc et le rouge se
retrouvent sur le drapeau de la Russie impériale... et de la Russie actuelle.
Émules des Russes, les Serbes les adoptent à leur tour. Elles figurent aujourd'hui sur
le drapeau de la Yougoslavie.
En France même, les gardes françaises avaient adopté les trois couleurs sur leur
uniforme et l'emblème de leur régiment. Elles les conservèrent en passant du côté de
la Révolution sous le nom de Garde nationale.
Le 17 juillet 1789, peu après la prise de la Bastille,
Louis XVI est accueilli à l'Hôtel de Ville par une foule arborant sur la tête une
cocarde aux couleurs de Paris, le bleu et le rouge.
Le populaire général de La Fayette remet au roi en personne une cocarde semblable où il
insère le blanc. Il est permis de penser que le «héros des deux mondes», qui
s'illustra aux côtés des insurgés américains, vit dans les trois couleurs une
réminiscence du drapeau des États-Unis, pour lesquels il avait la plus grande
admiration.
Devenu chef de la Garde nationale le 31 juillet 1789, La Fayette officialise la cocarde
tricolore. Il la remet solennellement à la municipalité de Paris. «Je vous apporte
une cocarde qui fera le tour du monde,...» dit-il. Il ne croyait pas si bien dire.
Bibliographie
Il existe pléthore d'informations plus ou moins fantaisistes sur la vexillologie («étude
des drapeaux») et sur l'origine des trois couleurs.
Je suis quant à moi reconnaissant à Jacques Boudet, l'auteur du dictionnaire «Les
Mots de l'Histoire» (Larousse, 1998) pour la qualité et la précision de ses
sources.