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Le 15 février
1896 apparaît dans la vitrine d'une librairie de Vienne un ouvrage mystérieux: «Der
Judenstaat, Versuch einer Modernen Lösung der Judenfrage» (L'État juif, recherche
d'une réponse moderne à la question juive).
L'ouvrage a pour auteur un jeune journaliste hongrois d'origine juive, Theodor Herzl.
Il a suivi à Paris dans les années précédentes le déroulement de l'Affaire Dreyfus pour le compte de la Neue Freie Zeitung,
un journal de Vienne. Il a assisté en particulier à la cérémonie de dégradation dans
la cour des Invalides.
Le jeune journaliste a été révolté par la flambée d’antisémitisme dans la
patrie des Droits de l’Homme. Il en a tiré la conclusion qu'il est illusoire pour
les juifs de chercher leur salut dans l'assimilation et qu'ils doivent posséder leur
propre État.
C'est la thèse qu'il présente dans son ouvrage «Der Judenstaat».
Celui-ci suscite d'emblée l'enthousiasme chez les humbles juifs orientaux. Il rejoint
aussi les préoccupations de nombreux militants qui ont déjà entamé un retour vers Sion,
nom d'une colline de la Jérusalem historique.
Herzl est au début indécis sur la localisation du futur État. Il reçoit une suggestion
de la Grande-Bretagne de l'installer... en Afrique, sur le territoire de l'Ouganda.
Cette suggestion est reprise par Éliezer Ben Yéhouda, le créateur de l'hébreu moderne,
et par le mouvement religieux ultranationaliste Mizrahi.
Mais elle est définitivement repoussée par le VIe Congrès sioniste de 1903 et Herzl
lui-même se rallie au principe d'une installation en Palestine, alors province ottomane.
Il donne une impulsion décisive au mouvement sioniste qui regroupe les partisans du
retour des Juifs vers la Terre promise de Sion. Il encourage les initiatives
désordonnées de riches juifs, comme le baron de Rothschild, et de juifs plus modestes en
faveur d'une colonisation agricole.
Cette colonisation est conduite au nom du slogan: «Une terre sans peuple pour un
peuple sans terre». Elle fait fi de la présence sur place, en Palestine,
d'habitants musulmans, chrétiens... ou juifs. Theodor Herzl lui-même n'exclut pas, il
est vrai, d'expulser les indésirables.
Le fondateur du mouvement sioniste crée un hebdomadaire à Vienne, «Die Welt»,
et en 1902, publie un roman d'anticipation qui évoque la vie dans le futur État.
Intitulé en allemand «Altneuland» (Terre ancienne, terre nouvelle, en hébreu,
«Tel Aviv»), le roman décrit le sionisme comme «un poste avancé de la
civilisationn, un rempart de l'Europe contre l'Asie, s'opposant à la barbarie».
Theodor Herzl meurt d'épuisement le 3 juillet 1904, à l'âge de 44 ans. Son rêve trouve
son aboutissement en novembre 1947, lorsque l'assemblée générale des Nations Unies vote
le partage de la Palestine en deux États, dont l'un arabe, l'autre juif.
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