16 février 1899

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Les deux soeurs à la terrasse (détail), par Pierre-Auguste Renoir (France 1841-1919)
Ce jour-là...

La mort heureuse de Félix Faure

Emotion à l'Elysée. Le Président de la République meurt dans les bras d'une admiratrice.

Cela se passait le 16 février 1899. Ce n'est pas à notre époque que l'on verrait des choses pareilles ;-))

La victime, Félix Faure, est un bel homme de 58 ans avec une fine moustache tournée à la façon de Guy de Maupassant. Ses contemporains le surnomment affectueusement le «Président Soleil» en raison de son amour du faste.

La rumeur publique croit d'abord que sa compagne des derniers instants est Cécile Sorel, une actrice célèbre du moment. On saura seulement dix ans après qu'il s'agissait d'une demi-mondaine célèbre dénommée Marguerite Steinheil.

On prete à Georges Clemenceau ce bon mot sur le malheureux président: «Il a voulu vivre César, il est mort Pompée..»

Autre anecdote sans rapport avec la grande Histoire : «Le président Félix Faure, alors qu'il est dans les bras de sa maîtresse a une faiblesse. Elle s'affole et appelle au secours. Les domestiques accourent, appellent un médecin, et la première question que celui-ci pose en arrivant, est :
- A-t-il toujours sa connaissance ?
- Non, on l'a fait sortir par en arrière, lui répond-t-on»
.

Conséquences d'une mort impromptue

Félix Faure possède une belle avenue parisienne et une station de métro à son nom bien qu'il n'ait rien accompli de marquant... comme la plupart des autres Présidents de la IIIe République.

On sait seulement qu'il s'opposa à la révision du procès de Dreyfus, condamné à tort pour espionnage et que son gouvernement dût céder aux Anglais le Soudan après le bras de fer de Fachoda.

Deux jours plus tard, l'élection de son successeur, Emile Loubet, par les deux Chambres réunies en Congrès à Versailles, sème la consternation chez les antidreyfusards. Le nouveau Président est conspué aux cris de «Elu des Juifs!»

Le 23 février, pendant les funérailles de Félix Faure, le polémiste Paul Déroulède tente d'entraîner un général dans un coup d'Etat parlementaire en vue de préparer la guerre de revanche contre l'Allemagne.

Le polémiste est banni. Mais, de retour en France en 1905, il n'aura de cesse d'exciter les esprits contre l'Allemagne. Il n'y réussira que trop bien.

Morale et Belle Epoque


L'aventure du président Félix Faure ne scandalisa guère les contemporains de la «Belle Epoque».

Dans cette période qui précède la Grande Guerre de 14-18, les privilégiés donnaient libre cours à leur appétit de jouissance... sans doute pour mieux dissimuler leurs angoisses existentielles (ce fut l'une des rares époques où le taux de suicide des classes aisées se révéla supérieur à celui des classes inférieures, ainsi que l'a noté l'historien Emmanuel Todd dans son essai: «Le fou et le prolétaire»).

Il était admis que les bourgeois mènent grand train et ne s'embarrassent pas des principes moraux qu'ils imposaient à leur épouse.

On se moquait gentiment du leader républicain Georges Clemenceau, qui affichait partout ses innombrables conquêtes, mais l'on trouvait normal qu'il divorça de son épouse américaine, mère de trois enfants, et la renvoya aux États-Unis en 3e et dernière classe, après qu'il l'eût surprise dans les bras d'un soupirant.

Le vieux Ferdinand de Lesseps, qui épousa à 64 ans une jeunette de 22 et lui fit 12 enfants, n'en continua pas moins de papillonner dans les maisons closes comme le voulaient les coutumes de l'époque. Un policier affecté à sa surveillance rapporte sa visite à 3 jeunes prostituées, à 85 ans sonnés.

 

Mise à jour le 24 février 2003